Comme pour contrer une éventuelle manoeuvre américaine voire même saoudienne dont le but serait de le déstabiliser, l'Iran affiche vouloir préparer un budget " alternatif" pour faire face à toute action hostile.
Sous entendu, nous allons d'ores et déjà tablé sur un prix du baril à la baisse afin que toute tentative visant à nous affaiblir via réduction de la manne pétrolière soit veine.
Reste néanmoins que le Président iranien Ahmadinejad va avoir du mal à boucler son budget. Alors qu'il doit faire face à de nombreuses critiques lui reprochant son incapacité à juguler une inflation galopante, il a d'ores et déjà dû demander une rallonge à la mi-décembre.
L’Iran prépare un budget alternatif qu’il mettra en œuvre en cas d’action hostile et qui intègre une baisse des recettes pétrolières, a déclaré la semaine dernière Ali Asghari, vice-président de l’Organisation du plan et du budget. "Nous préparons un budget de l’ombre basé sur un baril de pétrole à moins de 30 dollars pour faire face à un incident extraordinaire sur la scène internationale", a déclaré M. Asghari, sans préciser ce que pourrait être un tel incident.
Pour rappel, l'’économie iranienne est extrêmement dépendante du prix du baril, car ses recettes pétrolières représentent plus de 80 % de ses rentrées en devises et contribuent à plus de 50 % au budget de l’État.
Le président iranien a présenté fin janvier un projet de budget pour mars 2007-mars 2008 en hausse de presque 20 %, mais calculé sur la base d’un prix du baril de pétrole à 33,7 dollars, contre 44,1 dollars pour l'année en cours. Cette évaluation correspond ainsi à un cours en baisse de 23 % par rapport à celui pris en compte l’année précédente. L'Organisation du plan avait quant à elle indiqué que le gouvernement basait son calcul sur un baril à environ 40 $ pour l'année 2006-07.
Le budget général de l'Etat pour l'année iranienne commençant le 21 mars est ainsi proposé à 2.290 trillions de Rials (248 milliards de dollars). Ce qui représente une hausse de 17,7% par rapport à celui initialement proposé.
M. Ahmadinejad a expliqué la prise en compte à la baisse du prix du baril par l'éventualité que ses "ennemis veuillent faire baisser le prix du pétrole pour lui faire du tort". Les récents propos tenus par l'Arabie soaudite et ses effets immédiats sur le cours du pétrole semblent tout de même bigrement appuyer ses dires. Selon M. Ahmadinejad, cette décision signifie que "nous sommes prêts à toute éventualité, même s'ils font baisser le prix" du pétrole.
Il a également expliqué que les mesures budgétaires adoptées visaient à minimiser l'impact d'éventuelles sanctions des "ennemis" de l'Iran contre son économie.
Ces derniers jours, plusieurs députés, y compris du camp conservateur, ont protesté contre ce projet de budget, évoquant notamment un « artifice comptable » sur le prix du pétrole. Selon eux, le prix du baril nécessaire à l’accomplissement du budget est de 45 dollars et non 33,7 dollars.
Le prix du baril flirte actuellement avec les 60 dollars, mais il avait failli passer sous la barre des 50 dollars à la mi-janvier.
En l'occurrence et compte tenu du maintien à un niveau important de la demande mondiale de pétrole, une baisse des cours ne pourrait intervenir qu'avec une hausse de l'offre. Or, dans le Golfe, seule l'Arabie saoudite est réputée pouvoir augmenter la sienne de manière significative.
Sources : L'Orient Le Jour, Iran Manif
A lire également :
. L'Arabie saoudite fait chuter le pétrole, contre l'Iran ?
. Intervention de l'Arabie saoudite en Irak si retrait US ?
. Iran : les étudiants en rébellion contre Ahmadinejad
. Iran : rébellion interne contre Ahmadinejad ?
. Le pétrole au coeur de la politique iranienne
mise en garde du Parlement sur l'inflation en janvier 2006

1 Commentaire
1
l'Iran est aujourd'hui le seul pays producteur pour lequel les variations du cours du baril n'ont AUCUNE importance ! la raison en est simple : l'Iran vend depuis des lustres son pétrole à des prix fixes très inférieurs à celui du marché à de grandes companies occidentales (contrats buyback) pour se ménager les appuis diplomatiques indispensables à la survie du régime. Cette politique inconsidérée explique qu'à l'inverse de la Russie ou de l'Algérie, les caisses de l'Etat soient vides aujourd'hui. D'autant que les mollah ont un "train de vie" élevé puisqu'ils financent lourdement leurs amis des Etats périphériques... La raison première de la crise budgétaire iranienne n'a donc rien à voir avec une baisse du baril. La baisse des cours accroît le problème à la marge mais n'est pas le facteur décisif.
De fait, l'offensive actuelle de l'Arabie saoudite contre l'Iran ne repose pas sur une baisse des cours. Les Saoudiens ont compris qu'il était beaucoup plus efficace 1/ de "recadrer" la diplomatie française concernant son soutien démesuré envers l'Iran (voir la récente visite à Paris) 2/ de jouer la carte de l'unité des pays sunnites de la région contre Téhéran 3/ de soutenir plus activement l'étranglement financier décrété par Washington et soutenu par la plupart des grandes banques internationales.
13 février 2007 à 09:41Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.