Chypre-Turquie : bataille pour le pétrole

Chypre_2 La tension monte entre Chypre et Turquie … encore une fois sous forte odeur de pétrole ..

Les autorités chypriotes ont annoncé jeudi qu’elles surveillaient les bâtiments turcs au large de leurs côtes, après ce qu’elles estiment être des "provocations" d’Ankara au sujet des accords signés par Nicosie avec le Liban et l’Egypte sur l’exploration de champs pétroliers et gaziers.

Si l'UE exhorte les protagonistes à la retenue, les Etats-Unis privilégient un recours à la médiation de l'ONU.

I – Chypre : surveillance des bâtiments turcs

Les autorités chypriotes ont accusé vendredi la Turquie de se comporter en "pirate". "Notre décision d'exploiter d'éventuelles réserves de pétrole et de gaz dans nos eaux territoriales n'est en rien illégale et ne peut donc servir d'excuse à ceux que cette décision irriterait", a déclaré le porte-parole du gouvernement. Le refus de la Turquie de reconnaître le droit de Chypre de conclure des accords bilatéraux prouve "que la Turquie estime, se comporte et agit comme le gendarme du monde et, parfois, comme le pirate incontrôlable de l'est de la Méditerranée", a-t-il poursuivi.

« Nous avons déjà des navires qui patrouillent en permanence dans l’est de la Méditerranée et dans la mer Égée, nous n’avons pas besoin d’en envoyer d’autres », avait réagi, vendredi, de façon cinglante, le chef de l’état-major de l’armée turque. Le général Yasar Büyükanit démentait les informations de la chaîne de télévision turque NTV, selon lesquelles des bateaux de guerre auraient été dépêchés en renfort au large des eaux chypriotes pour se livrer à une démonstration de force.

"Nous surveillons la situation en consultation avec la garde nationale et les autres services de sécurité et de renseignement, et nous agirons en conséquence en cas de violation de nos eaux territoriales", a déclaré un responsable du ministère chypriote des Affaires étrangères Alexandros Zenon. "Nous devons confirmer tout cela et déterminer notre réponse", a-t-il ajouté, qualifiant l’attitude du gouvernement turc de "provocation" et d’"inappropriée" de la part d’un Etat souhaitant devenir membre de l’Union européenne.

II Le fond du problème : accord entre Chypre et le Liban et l’Egypte

La République de Chypre, la seule entité reconnue internationalement sur l’île mais qui n’administre de facto que le Sud chypriote grec, a signé avec le Liban le 17 janvier un accord délimitant leurs frontières maritimes, pour faciliter une future exploration de pétrole ou de gaz naturel.

Des accords similaires avaient été signés avec l’Egypte l’année dernière. De plus, Nicosie a prévu de lancer à la suite un appel d’offres international auprès des sociétés de prospection. Selon les estimations, les réserves de pétrole et de gaz au large de Chypre atteindraient 400 milliards de dollars, soit environ 20 fois le produit national brut de l'île.

Cependant, la Turquie a enjoint mardi l’Egypte et le Liban de geler l’application de ces accords signés avec Chypre, Ankara estimant que ses clauses portaient atteinte aux droits de l’entité autoproclamée créée par les Chypriotes turcs au nord de l’île.

Le dirigeant chypriote-turc Mehmet Ali Talat s’était également élevé contre les accords signés avec le Liban et l’Egypte, mettant en garde contre une aggravation des tensions si les champs pétroliers n’étaient pas exploités par les deux parties (turc au nord et grec au sud) de l’île. Chypre est divisée depuis 1974, lorsque l’armée turque a occupé le tiers nord de l’île.

III – La Turquie reste intraitable

La Turquie, qui conteste l’autorité de Chypre sur l’ensemble de l’île et par conséquent sur la totalité de ses eaux territoriales, est déterminée "à protéger ses droits dans l’est de la Méditerranée et ne tolérera aucune tentative pour les limiter", a fait savoir le ministère des Affaires étrangères. Estimant que le pays avait « des droits légaux et légitimes, ainsi que des intérêts » dans cette zone, tout comme la RTCN qui avait "son mot à dire".

Ferdi Sabit Soyer, le premier ministre de la partie nord de Chypre, sous occupation militaire turque, a de son côté affirmé que le président chypriote, Tassos Papadopoulos, jouait aux "apprentis sorciers"» dans ce dossier, et que cela ne pouvait que mener "au chaos.

Le problème du partage des eaux territoriales entre la Turquie et les pays voisins constitue une source de tensions récurrentes. À plusieurs reprises, des contentieux concernant la souveraineté en mer Égée ont conduit Ankara et Athènes au bord du conflit armé, le dernier remontant à 1996. Mais la question n’est toujours pas réglée.

IV – La Grèce soutient Chypre

La Grèce a exprimé son mécontentement face aux revendications turques dans le litige qui l’oppose à Chypre. Soutenant Nicosie, le ministère grec des Affaires étrangères, a déclaré : "Ces positions remettent en question le droit d’États indépendants et souverains de renforcer leur coopération de manière pacifique en accord avec le droit et les règles internationales." Ce nouveau bras de fer engagé par la Turquie et ses forces armées envenime un peu plus le règlement de la question chypriote et, par ricochet, ses négociations d’adhésion à l’UE. En tant qu’État membre, Chypre a annoncé son intention de "porter plainte" auprès de l’UE et de l’ONU, contre cette "provocation".

V – Bruxelles appelle Chypre et la Turquie à la retenue

La Commission européenne a appelé vendredi Chypre et la Turquie à la retenue sur le dossier des prospections pétrolières au large des côtes chypriotes, tout en reconnaissant les droits de Chypre à "conclure des accords souverains".

"Chypre est pleinement souverain pour les accords internationaux qu’il conclut et cela ne peut être remis en question", a indiqué une porte-parole de la Commission, tout en appelant les deux parties à la "modération".

Pour rappel, Chypre est divisée depuis 1974, lorsque la Turquie a envahi la partie nord de l’île.

VI – Les Etats-Unis pour une médiation de l’ONU

Les Etats-Unis ont appelé Chypre et la Turquie à la retenue sur le dossier, invitant les deux parties à oeuvrer à la réunification de l’île avec l’ONU.

"Ce que nous aimerions, c’est que les deux parties s’abstiennent de toute action susceptible d’être mal interprétée par l’autre et que la transparence soit complète", a déclaré à la presse le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack.

Les Etats-Unis souhaitent "qu’il n’y ait pas de malentendu susceptible de provoquer un incident", a ajouté le porte-parole. "En fin de compte, ce qui est nécessaire c’est que les deux parties retournent à la racine de leur différend", a-t-il déclaré. "Il y a une issue possible, par le biais de l’ONU".

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4 Commentaires

  1. 1

    Soyonsserieux

    Les chypriotes Grecs doivent respecter la communauté Turc

  2. 2

    Alper

    Sont sympas les Chypriotes grecs, ils refusent le plan Annan de l'ONU veulent s'approprier toute l'île, comme en 74 et même avant avec leur programme d'Enosis (rattachement de Chypre à la Grèce), veulent réduire au maximum le droit des Chypriotes turcs, et ensuite font la "leçon" démocratique. Chypre n'aurait jamais dû adhérer à l'UE avant le règlement de la partition de l'île.

  3. 3

    alex

    Les commentaires me font rires. Comment voulez vous que les chypriotes réagissent quand la Turquie n'arrete pas de surveiller le moindre mouvement sur l'ile. Pour moi, la Turquie reste la responsable car c'est une force envahissante qui ne permet pas de rétablir la confiance et la coopération entre les 2 parties. Qu'elle retire petit à patit son armée et les choses iront pour le mieux! C'est garantit! La partie sud a bien raison de rester méfiante car la position de la Turquie n'a jamais été claire et les vision de rattachement du nord de l'ile sont toujours d'actualité.
    Le sud est la seule autorité reconnue internationnalement et elle a lle droit de jouir de tous ce que les droits internationnaux qu'elle souhaite.

  4. 4

    alex

    Les commentaires me font rires. Comment voulez vous que les chypriotes réagissent quand la Turquie n'arrete pas de surveiller le moindre mouvement sur l'ile. Pour moi, la Turquie reste la responsable car c'est une force envahissante qui ne permet pas de rétablir la confiance et la coopération entre les 2 parties. Qu'elle retire petit à patit son armée et les choses iront pour le mieux! C'est garantit! La partie sud a bien raison de rester méfiante car la position de la Turquie n'a jamais été claire et les vision de rattachement du nord de l'ile sont toujours d'actualité.
    Le sud est la seule autorité reconnue internationnalement et elle a lle droit de jouir de tous ce que les droits internationnaux qu'elle souhaite. L'Egypte et le Liban ont en quelque sorte donné leur confiances a la seule entité légale sur l'ile, preuve en est qu'il n'approuve guère la position turque vis à vis de Chypre.
    Bref, la Turquie soufle le chaud et le froid dans la région et c'est entre ses mains que se trouve la paix sur l'ile.

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