Selon la presse allemande, la chancelière allemande, Angela Merkel souhaite rencontrer le patron du groupe d'aéronautique et de défense européen EADS, Louis Gallois, avant l'annonce des restructurations de sa filiale Airbus.
Il est vrai que tant les salariés allemands que leurs homologues français s'inquiètent pour leur emploi et la répartition des activités entre les usines. Ils ont tenu à le faire savoir en fin de semaine par des manifestations. Les syndicats français n'excluent pas quant à eux un blocage de l'entreprise.
I – Merkel veut rencontrer Louis Galllois
Selon le magazine Der Spiegel à paraître lundi, Angela Merkel, veut rencontrer Louis Gallois, avant le 20 février, date de l'annonce des restructurations de sa filiale Airbus en vue de "faire pression pour que les sites allemands, dans les suppressions d'emploi, ne soient pas exagérément affectés et que les centres de compétence importants ne soient pas délocalisés en France"
Une porte-parole du gouvernement allemand n'a pas commenté l'information, indiquant seulement que Berlin "utiliserait tous les moyens à sa disposition pour représenter auprès d'EADS les intérêts des sites allemands d'Airbus."
D'après la radio NDR1 Niedersachsen (Basse-Saxe), le ministre-président de Basse-Saxe (Etat régional où se trouvent trois sites d'Airbus), Christian Wulff, affirme qu'Angela Merkel pourrait participer à une réunion qui doit se tenir le 13 février à Berlin entre le ministre allemand de l'Economie, Michael Glos, et M. Gallois et lui-même.
Or selon l'autre radio NDR 90,3, qui cite des "sources économiques", la direction d'EADS veut dès la fin de la semaine prochaine prendre de premières décisions relatives à la restructuration du groupe pour les dix prochaines années.
II – Inquiétude des salariés allemands
Les restructurations annoncées par Airbus inquiètent nombre de salariés allemands. Au total, Airbus emploie plus de 19.000 salariés dans le pays. La restructuration de la filiale d'EADS, pourrait se traduire par la délocalisation de plusieurs usines de composants en Allemagne, et des menaces sur près de cinq mille emplois, rapporte pour sa part le Handelsblatt lundi. Selon le quotidien économique allemand, qui cite des sources proches de l'entreprise, les usines de Nordenham et de Varel au nord de l'Allemagne pourraient être concernées par les transferts d'activités.
Un porte-parole d'EADS en Allemagne a qualifié l'information de "pure spéculation", rappelant que les modalités du plan de restructuration "Power 8" n'ont pas encore été fixées. Le numéro deux du groupe, Fabrice Brégier, a affirmé il y a quinze jours que ce plan d'économies n'entraînerait pas de fermetures d'usines, ce qui laisse toutefois la porte ouverte à d'autres mesures radicales, selon le Handeslbatt, comme l'entrée de partenaires ou une cession pure et simple de certaines usines.
Les craintes concernent également une éventuelle décision de la direction de subordonner les sites allemands à leurs homologues français, avec lesquels ils sont jusqu'à présent sur un pied d'égalité. Selon le quotidien Die Welt paru vendredi, toutes les technologies de pointe seraient notamment assurées depuis la France. Le partage des tâches industrielles a toujours été un point extrêmement sensible chez Airbus, les intérêts industriels devant composer avec les susceptibilités nationales.
Par ailleurs, M.Thomas Enders, co-président d'EADS, aurait évoqué la suppression de 10.000 emplois sur un effectif total de 23.000 à temps plein (pour 6.300 salariés temporaires). Cette rumeur a été formellement démentie par la maison mère d'Airbus.
Les politiques allemands sont déjà montés au créneau, le ministre de l'Economie Michael Glos se disant décidé à tout faire pour que les restructurations n'interviennent pas "au détriment des sites allemands".
III – Manifestations en Allemagne
Les salariés allemands d'Airbus, qui craignent de payer le plus lourd tribut aux restructurations prévues chez l'avionneur, se sont mobilisés en masse vendredi pour défendre leurs emplois. En milieu d'après-midi, près de 25.000 personnes avaient pris part à cette journée de protestation, selon le syndicat de branche IG Metall. A Hambourg, le plus grand site allemand du constructeur européen, plus de 10.000 salariés sur un total de 12.000 ont manifesté, selon la police. Des manifestations ont aussi eu lieu a Laupheim, à Brême et à Varel. "Airbus a besoin de Hambourg, Hambourg a besoin d'Airbus": les slogans résumaient ainsi les enjeux pour le pays. Le site d'Hambourg avait été montré du doigt dans la crise de l'A380, les retards de production ayant été mis en grande partie sur le compte des problèmes de câblages dont l'usine a la charge.
Le président du Comité d'entreprise Rüdiger Lütjen a quant à lui réclamé à la direction, Louis Gallois en tête, "un engagement clair et sans équivoque envers les sites allemands et leurs salariés". M. Lütjen, qui s'exprimait à Hambourg, redoute la perte de plus d'au moins 5.100 emplois chez Airbus Allemagne et autant chez ses fournisseurs. Le patron d'Airbus Allemagne, Gerhard Puttfarcken, qui s'exprimait également à Hambourg, a exhorté les salariés à faire confiance à la nouvelle direction, reconnaissant dans la crise actuelle d'Airbus de graves erreurs de gestion.
IV - La Bavière va prendre une participation dans EADS
La Bavière va prendre une participation indirecte dans le groupe EADS, un investissement qui sera proche d'une centaine de millions d'euros, a confirme en fin de semaine le ministre de l'Economie du Land. La Basse-Saxe et les villes-Etats de Brême et Hambourg ont fait savoir qu'elles prendraient des parts dans le capital d'EADS, ainsi que plusieurs banques allemandes et étrangères. Erwin Huber a ajouté que la Bavière prendrait cette participation via ses institutions financières Bayerische Landesbodenkreditanstalt et LfA Förderbank Bayern.
Un consortium de banques et d'Etats régionaux allemands met la dernière main à un montage financier qui devrait permettre à l'Allemagne de récupérer une part de 7,5% dans EADS, que veut vendre le groupe DaimlerChrysler, préservant ainsi l'équilibre franco-allemand dans le capital de la maison mère d'Airbus. Le constructeur automobile va réduire d'un tiers sa participation de 22,5% dans EADS.
V – Impacts possibles sur l'emploi en France
EADS étudierait la cession de quatre sites de production en France et en Allemagne, selon les informations obtenues par 'L'Usine Nouvelle'. Dans le cadre du plan "Power8", les usines de Saint-Nazaire Ville, Méaulte, Nordenham et Varel seraient concernés. Selon l'hebdomadaire français, la plupart de ces sites pourraient même fonctionner comme sous-traitants de premier rang du constructeur.
Surtout, ces usines sont majoritairement spécialisées dans les pièces et les panneaux métalliques, qui vont progressivement être marginalisés dans les avions. 'L'Usine Nouvelle' estime en outre que d'autres usines allemandes pourraient ultérieurement faire l'objet de cessions.
Pour rappel, Saint-Nazaire Ville est spécialisé dans les tuyauteries de haute précision et le formage des panneaux de fuselage. Méaulte (environ 1.000 salariés) est chargé de l'assemblage des sections avant des tous les Airbus, dont les cockpits. A Varel (1.100 personnes) en Allemagne, Airbus fabrique des outils et usine des composants de structure. Sur le site de Nordenham (2.100 salariés), lui aussi outre-Rhin, l'avionneur fabrique des panneaux de fuselage.
VI – Manifestations également en France
Si les salariés allemands s'avèrent très inquiets, leurs confrères français ne voient pas la vie en rose, loin s'en faut. Une centaine de salariés d'Airbus se sont rassemblés, vendredi devant la préfecture de Toulouse, avant le dépôt d'une lettre adressée au président Chirac dans laquelle ils évoquent leur inquiétude sur l'avenir du constructeur aéronautique.
Les manifestants, essentiellement des représentants des syndicats ou des délégués du personnel, entendent "rappeler à l'Etat qu'il doit assumer ses responsabilités en tant qu'actionnaire de l'entreprise à un moment où elle s'apprête à affronter des difficultés", a déclaré Jean-François Knepper (FO), co-président français du comité d'entreprise européen à Airbus. Selon lui, le plan de restructuration qui devrait être annoncé "risque de peser sur l'emploi et sur l'avenir des sites d'Airbus en France". "Nous avons demandé à l'Etat de réagir en tant que soutien à l'emploi et à l'avenir de nos territoires en Midi-Pyrénées, en Loire-Atlantique et dans la Somme, lieux historiques d'implantation d'Airbus mais aussi de l'aéronautique européenne", a souligné M. Knepper.
Des débrayages ont été organisés devant les usines de Saint-Nazaire et de Nantes et ont réuni à chaque fois 300 personnes (100 puis 70 selon la police), a-t-on indiqué auprès de la CGT. Une délégation intersyndicale a pour sa part rencontré le préfet pour lui remettre un courrier intersyndical évoquant les mêmes craintes des personnels.
Sur le site de Méaulte, dans le Nord, le personnel a également été appelé à débrayer tandis qu'une délégation syndicale se rendait à la préfecture. Les représentants des cinq syndicaux présents dans ce site d'Airbus, qui construit les pointes avant d'avions, étaient accompagnés d'élus dont le député-maire UDF d'Albert, Stéphane Demilly, et le président PS de la Région Picardie Claude Gewerc.
"Nous avons demandé à l'Etat qu'il continue à faire croître sa part dans l'actionnariat du groupe pour que les équilibres soient maintenus et notamment alors que les actionnaires privés se désengagent", à l'image du groupe Lagardère ou de Daimler en Allemagne, a poursuivi M. Knepper.
La plupart des syndicats présents lors de ce rassemblement ont indiqué que pouvaient être envisagées des actions graduelles pour s'opposer "à tout licenciement sec et à toutes suppressions de sites", a expliqué Julien Talavan, secrétaire général de FO, majoritaire à Airbus. "Au moment où le plan Power 8 sera annoncé et au cas où il contiendrait des mesures drastiques et pas acceptables, nous assurerions nos responsabilités", a indiqué Jean-François Knepper en n'excluant pas un blocage de l'entreprise.
Sources : AFP, Reuters, Usine Nouvelle
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