Les choses s'accélèrent au Nigéria. Si déjà depuis plusieurs mois, certains n'hésitent pas à parler de guerre civile pétrolière – le Nigéria étant un des plus importants pays membres de l'Opep- le Mouvement pour l'émancipation du Delta (MEND) semble désormais résolu à une escalade de la violence.
Le MEND a annoncé dimanche avoir mené une opération en plein coeur de Port Harcourt, la grande ville pétrolière du sud du Nigeria, pour libérer l'un de ses chefs. Au moins deux personnes auraient été tuées au cours de l'attaque, selon la police. Pour rappel, Michelin a annoncé récemment sa décision d'arrêter la fabrication de pneumatiques dans son usine du Nigeria. Si un problème de rentabilité a été mis en avant, les troubles actuels ont pu également motiver cette décision.
"Nous avons mené avec succès une opération de sauvetage d'un de nos principaux commandants, George Sobomabo", précise le MEND dans un message électronique. Selon le Mouvement, George Sobomabo aurait en effet été arrêté en milieu de journée dimanche et emmené sous bonne escorte dans les locaux de la police de la ville. "Il y a été retenu jusqu'à l'arrivée d'environ 50 de nos combattants équipés de mitraillettes, de grenades et de fusils d'assaut", ajoute le MEND. Des témoins ont affirmé par ailleurs que les locaux policiers, situés près du port de commerce, au sud de la ville, auraient été attaqués à la dynamite et détruit.
Une source policière à Port-Harcourt, la capitale de l'Etat de Rivers, a indiqué pour sa part que deux passants avaient été tués dans la fusillade qui a opposé les combattants du MEND et les policiers. Le mouvement séparatiste affirme pour sa part n'avoir perdu aucun de ses hommes.
Selon des sources non confirmées, l'attaque pourrait avoir fait jusqu'à 5 morts et plusieurs blessés. Des sources industrielles faisaient état de tirs sporadiques en fin d'après-midi dans la ville, sans pouvoir en préciser la nature. "Les tirs ont en tout cas duré plusieurs heures", a précisé à l'AFP un expatrié travaillant à Port Harcourt.
Le MEND, qui mène des attaques régulièrement contre les multinationales pétrolières, visant plus particulièrement Shell, mais également depuis peu des employés chinois, avait fait exploser une voiture piégée à Port Harcourt fin décembre dernier, sans toutefois faire de victimes.
Le 8 décembre, le Mouvement avait revendiqué l'enlèvement dans la zone de quatre employés du pétrole, trois Italiens et un Libanais, et promis de lancer de nouvelles attaques contre les compagnies pétrolières et contre leurs personnels. Les rebelles avaient également menacé de les intensifier et de les rendre plus "brutales" jusqu'à satisfaction de leurs revendications politiques.
Le MEND veut obtenir davantage de dividendes des revenus pétroliers pour la population locale (essentiellement la communauté ijaw forte de 14 millions de personnes), des compensations pour les dommages occasionnés à l'environnement par l'extraction pétrolière. Il demande également la libération de l'ex-gouverneur de Bayelsa, Diepreye Alamieyeseigha, emprisonné pour corruption, du dirigeant séparatiste Mujahid Dokubo-Asari et d'autres détenus condamnés pour terrorisme.
Le Delta du Niger abrite l'industrie du pétrole et du gaz. Premier producteur de pétrole d'Afrique, le Nigeria perd pratiquement 25% de sa production totale de 2,6 millions de barils/jour, du fait des violences.
Le pétrole représente plus de 95% des rentrées en devises du Nigéria, lequel a perdu près de 570 milliards de nairas (environ 4,4 milliards de dollars) en 2006 en raison de la chute de la production causée par les troubles dans le Delta, selon la ministre nigériane des Finances Nenadi Usman.
Sources : AFP, grioo
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