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Nestlé : explosion dans une usine en Colombie
Il est vrai, on parle rarement de Nestlé sur ce blog. Pourtant ce fleuron helvétique est un concurrent majeur du français Danone.
Si je choisis d'en parler aujourd'hui, c'est que l'actualité pourrait être inquiétante pour l'entreprise et l'économie de la Colombie.
En effet, un fourgon piégé a explosé jeudi à l'intérieur d'une usine du groupe Nestlé dans le sud de la Colombie, blessant légèrement un employé, selon des informations communiquées par la police locale.
Un individu, dont l'identité et le mobile n'ont pas été élucidés, a introduit le véhicule à l'intérieur de l'usine, située à El Doncello dans le département de Caqueta, prenant la fuite peu avant l'explosion.
"Un inconnu a profité de l'entrée de véhicules déchargeant du lait pour pénétrer dans l'usine avec une camionnette. Il a passé les contrôles, abandonné le véhicule puis s'est enfui en courant. Puis, le fourgon a explosé", a indiqué à la presse le colonel William Urrego, chef de la police départementale.
Selon le policier, cette action pourrait être l'oeuvre de la guérilla marxiste des Forces révolutionnaires armées de Colombie (FARC), très implantée dans le sud du pays.
Le directeur de la communication du groupe Nestlé en Colombie, Mario Miranda, a précisé à l'AFP que l'usine, à laquelle environ 1.500 paysans de la région fournissaient du lait, avait dû interrompre ses opérations à la suite de l'explosion.
"Nous ne savons pas si ce sont les FARC et n'avons pas d'hypothèse concernant les faits", a-t-il souligné, réfutant que le groupe alimentaire suisse, présent depuis 60 ans dans le pays, ait reçu des menaces.
Le 29 octobre 2005, MultiWatch organisait à Berne un examen public des activités de Nestlé en Colombie. Devant un public de 200 personnes, des représentants du syndicat colombien de l’alimentation Sinaltrainal ont témoigné. Et un conseil de cinq personnalités, constituant une sorte de tribunal d’opinion, a adopté une déclaration pour le moins musclée.
L'Association avait tout d'abord constaté que l'on pouvait déploré en Colombie 20 morts par jour pour des raisons politiques. Les employés, et tout particulièrement les syndicalistes, seraient en butte à des menaces constantes, puisqu’on compte 4000 assassinats de syndicalistes depuis 1987, des milliers de disparitions, 1700 cas de violation des droits humains de syndicalistes depuis l’arrivée au pouvoir du président Alvaro Uribe en 2002.
Selon elle, les groupes paramilitaires sont nombreux aux abords des grandes entreprises multinationales, la « violence étant omniprésente, dans un climat de menaces, d’affrontement et de peurs ». Dans ce contexte, précisait-elle « les syndicats sont présentés comme des organisations proches de la guérilla, voire du terrorisme ».
Elle considère par ailleurs que « l’Etat de Colombie semble vouloir se mettre totalement au service de l’économie en général et de Nestlé en particulier ». De nombreux exemples auraient été apportés concernant divers domaines dans lesquels Nestlé a bénéficié d’avantages substantiels, tels que la fiscalité ou les subventions.
Des témoins ont par ailleurs présenté les 10 cas de salariés - en grande partie leaders syndicaux -assassinés par des présumés paramilitaires entre 1986 et 2005. Ces attentats seraient survenus lors de périodes de tension et de conflits dans les entreprises de Nestlé, à des moments de remise en cause des conventions collectives de travail et, pour certains, à la veille d’une grève.
Si la responsabilité de Nestlé n’était pas alors directement mise en cause, « il n’en demeure pas moins que les méthodes d’intimidation et de chantage utilisées sont indirectement en cause », selon l'Association. Par ailleurs, si le groupe suisse se dit très préoccupée par ces violences, il n’aurait pas pour autant réagi avec toute la vigueur qu’on aurait pu attendre, toujours selon elle.
Par ses manquements à la qualité des produits ou à la protection de l’environnement, par sa politique de démantèlement des conditions de travail et « d’hostilité à l’égard des syndicats » ou encore par ses « méthodes agressives en matière de politique économique », Nestlé dépasserait les limites du tolérable, selon l'Association. Elle estimait alors que des démarches devaient être entreprises, en Suisse et sur le plan international, pour obliger Nestlé à respecter les droits syndicaux prévus par les conventions internationales et la Constitution colombienne, le cas échéant en saisissant les tribunaux ordinaires. Elle souhaitait également que les autorités suisses soient saisies de ce dossier, invitent Nestlé à réorienter sa politique en Colombie
MultiWatch est une association suisse constituée d’ONG (dont la Déclaration de Berne), de syndicats, d’œuvres d’entraide, de partis politiques, de groupes liés aux Eglises et de mouvements altermondialistes.
Avant même la session, Nestlé avait accusé les intervenants de faire preuve de partialité et de lancer des accusations « hystériques ».
Sources : AFP, Décaration de Berne
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