Budget de la défense : le gouvernement désarmé

Dassaultcotte_mam Alors que le ministre délégué au Budget, Jean-François Copé fanfarronne devant qui veut l'entendre (et le croire) que le déficit budgétaire de la France a été ramené à 36,16 milliards d'euros en 2006 contre 43,5 milliards en 2005, le journal “La Tribune” révèle mercredi qu'il pourrait manquer de 40 à 70 milliards d'euros pour l'équipement des armées françaises d'ici à 2015. Cette constatation est basée sur des projections du ministère de la Défense réalisées en 2005, écrit mercredi le quotidien.

En tout état de cause, les finances de l'Etat sont confrontées de manière concrète à un important déficit budgétaire.

Citant un document confidentiel intitulé "Exercice 2020, éléments financiers et analyse capacitaire", la Tribune affirme que le ministère de la Défense devra, dans une hypothèse médiane, économiser 30 milliards d'euros d'ici à 2015.

Le porte-parole du ministère de la Défense Jean-François Bureau, a cependant affirmé que "ce document de travail ne reposait que sur l'addition des besoins à l'horizon 2020, sans contrainte ni priorité". Selon lui, il constitue "une simple compilation des besoins en équipements exprimés par chacune des armées".

Ce document, a fait valoir M. Bureau, "est très exactement l'inverse de la construction d'une loi de programmation, qui elle, repose nécessairement sur un jeu de priorités et de contraintes dans un cadre calendaire préalablement défini".

Selon La Tribune, le document rédigé par l'état-major des armées, la Délégation générale pour l'armement (DGA) et le secrétariat général pour l'administration décline trois hypothèses. Dans la première, "avec le modèle actuel de ressources, 2% du produit intérieur brut (PIB) avec une croissance des ressources de 1% en volume, il manquera 40 milliards d'euros en 2015".

Dans la seconde "si l'effort de défense n'augmente pas de 1% en volume, il manquera 70 milliards d'euros en 2015 ". Enfin, dans la troisième hypothèse, jugée la moins crédible, selon La Tribune "le modèle est atteint si les ressources atteignent 2,25 % du PIB". Pour M. Bureau, le document a ainsi permis de conforter la conviction qu'un effort de défense de 2 % du PIB est un "plancher minimal".

Selon la Tribune, le document serait quelque peu critique sur la gestion de la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, en pointant un déficit d'exécution de 4 milliards d'euros entre 2003 et 2008". Les coups pleuvent en cette période d'élection ... "Cette affirmation est aujourd'hui dénuée de tout fondement", a assuré M. Bureau, affirmant que "l'inquiétude des rédacteurs à l'époque ne s'est pas traduite dans les faits", ces crédits étant des reports "consommés" pour l'essentiel depuis la rédaction du document.

Le ministère de la Défense a confirmé l'existence de ce rapport mais en en minimisant la portée, précisant que le document avait certes fait l'objet d'un débat au sein de la Défense mais que ses conclusions n'avaient pas été définitivement validées. L'exercice aurait consité à faire un cumul à moyen terme de l'ensemble des besoins de financement de la Défense et à définir une enveloppe maximale, sans déboucher sur des conclusions opérationnelles. Cela ne préjugerait pas cependant de son utilisation éventuelle dans le cadre de la préparation de la prochaine loi de programmation militaire.

Selon ce document cité par La Tribune, les crédits du renseignement stratégique et de l'espace seraient ainsi réduits de 5,5 milliards d'euros, ceux des systèmes d'information et de commandement de trois milliards, les systèmes aéroterrestres de 4,56 milliards, les systèmes aéromaritimes de 2,24 milliards, la défense antimissile de 3,8 milliards, les "capacités de projection" de 14,3 milliards. Seraient ainsi menacés le projet de second porte-avion, tandis que la plupart des autres grands programmes seraient affectés, tel que l'avion de combat Rafale et son missile air-air Meteor, l'avion de combat de nouvelle génération, les frégates Horizon et Fremm, la modernisation du char Leclerc, l'hélicoptère de combat Tigre.

Selon le ministère de la défense, la permanence des risques et des menaces résultant de l'instabilité internationale a rendu nécessaire en 2005 le maintien d’un effort financier particulier qui s'est traduit par un accroissement des crédits de la défense de +1,6% (hors pensions) par rapport à la loi de finances initiale (LFI) 2004.

Les 32,92 Md€ inscrits au projet de budget 2005 se décomposaient entre 15,20 Md€ pour l'équipement et la recherche (46,17%), 17,72 Md€ pour les rémunérations et charges sociales et le fonctionnement des armées, directions et services (53,83%). S'ajoutent 9,5 Md€,transférés aux charges communes du budget de l'État,pour les pensions.

Poursuivant l'effort financier effectué depuis juillet 2002 au profit de la modernisation des équipements et de la préparation de l'avenir, le projet de budget 2005 avait pour but l'accroissement des capacités opérationnelles de la France et l'octroi aux forces militaires des matériels de dernière génération, notamment dans les domaines de l'espace, des systèmes d'information et de communication, de la frappe de précision à distance de sécurité, de la capacité de combat et de la mobilité.

Ainsi, les livraisons d’avions de combat Rafale, d’hélicoptères Tigre, de missiles de croisière, des premiers drones MALE, des premiers NH90 et bâtiment de projection et de commandement, devaient permettre aux armées de franchir une étape significative de leur équipement.

Sources : AFP, La Tribune, Minsitère de la Défense, Reuters

A lire également :

. Déficit budgétaire : 36,16 mds EUR en 2006

. Déficit français au delà de 3% du PIB en 2006 selon Bruxelles

 

9 Commentaires

  1. 1

    el gringo

    Sur l'évolution du budget de la Défense Nationale depuis 30 ans (attention au changement du mode de calcul en 2006). On s'aperçoit que la fin de la guerre froide n'a que peu calmé les dépenses ni permis la réalisation de vrais programmes à l'échelle européenne ce qui aurait permis de faire des économies.
    http://www.quid.fr/2007/Defense_Nationale/Budget/1

    Entre 2002 et 2005, les crédits consacrés à l’équipement de l’armée ont progressé de 32 %. Ils s’élèvent, pour l’exercice 2007, à environ 16 milliards d’euros (en augmentation de 1,9 %) et permettront de poursuivre la réalisation du modèle « Armée 2015 ».
    http://www.ump.assemblee-nationale.fr/article.php3?id_article=6052

  2. 2

    attila

    Et ne parlons pas du projet franco-britannique (qui soit dit en passant va bientôt être franco-français...) du deuxième porte-avions "new generation".

    Plus d'infos :

    http://www.meretmarine.com/article.cfm?id=103546&u=484

    Et des coûts supplémentaires pour les sous-marins nucléaires.

    http://www.meretmarine.com/article.cfm?id=103492

  3. 3

    el gringo

    La proposition de fabriquer le PA2 avait était prise pour permettre à Thales de remporter le marché des 2 porte-avions britanniques. Ce marché prévoyait que le maitre d'oeuvre aurait 40% de la charge de travail et les autres constructeurs 60%. Devant le refus des britanniques de céder 40% de la construction de leur porte-avions à un constructeur non britannique, la France décida de lancer le PA2 pour avoir une charge de travail répartie entre les 2 pays (1 PA en France et 2 PA en Angleterre) ce qui permettait de respecter plus facilement la répartion de charge de 40/60 en laissant au anglais la maitrise de la construction de leurs portes-avions.
    En cas d'abondon des PA britannique, le PA2 n'a plus de raison d'être d'autant plus qu'il n'y aura pas assez de Rafale marine pour équiper 2 Porte-Avions.

  4. 4

    Aurélien

    "la réalisation de vrais programmes à l'échelle européenne ce qui aurait permis de faire des économies."

    Il faut arrêter de parler de programmes européens en ce qui concerne l'armée. L'Europe n'est pas une nation et une armée ne peut se construire que sur la base d'une nation. Les pays européens ont chacun des intérêts différents.

  5. 5

    el gringo

    Depuis plus de 40 ans, les pays de l'OTAN respectent les mêmes normes dans la construction militaire. La France est le seul pays à avoir une industrie militaire qui continue à tout développer de A à Z sans coopération étrangère avec souvent plusieurs entreprises nationales en concurrence en plus. Cela explique en grande partie, le coût des programmes militaire français et du niveau des dépenses militaires.
    Au final des matériels plus cher à développer avec des débouchés très limités en terme de production.
    Par example le Rafale qui est 100% français alors que le Tornado, l'Eurofighter ou le JSF sont des programmes multinationaux. Voir aussi le Gripen suédois construit avec un moteur américain et une électronique en partie allemande et qui se vend très bien.
    Cette pratique montre aujourd'hui ses limites quand on regarde le niveau d'équipement des armées européennes.
    La France commence à se lancer dans quelques programmes européens (A400M, Porte-Avions, VBCI) quand le coût n'est plus supportable par un pays tout seul.

  6. 6

    Position Royal

    Tel un kangourou, Royal aborde le sujet aujourd'hui ...

    Défense : Royal veut un budget "constant"

    RTL 25/01/2007 10h15


    Ségolène Royal estime que le budget de la Défense nationale doit "globalement rester constant". La candidate socialiste veut "mettre à plat" les questions de défense pour que "les Français comprennent bien les enjeux". Elle ajoute : "Je ne veux pas, par des annonces, laisser penser que nous baissons la garde sur des sujets extrêmement sensibles". Elle fait valoir que "les dépenses militaires contribuent de façon considérable à la recherche civile" et que l'armée française doit avoir "les moyens d'accomplir ses missions notamment ses missions de maintien de la paix".

  7. 7

    Lisette

    Attention, dès qu'il est question de l'armée, les réactions sont épidermiques : l'armée, c'est fait pour faire la guerre et tuer des gens, et ça, c'est mal quoi qu'il arrive. Cependant, il faut quand même en avoir une ... par exemple quand il faut s'interposer au Liban ou bien évacuer des ressortissants. Le second porte-avion, qui est un hôpital flottant, est également très utile en cas de grosse catastrophe naturelle, car il permet d'aller à des endroits difficiles d'accès par voie terrestre, tout en étant une base de lancement pour des secours par avion. Cela dit, tout cela coûte CHER. Et je crois profondément que c'est mettre la France plus haut qu'elle n'est que de vouloir qu'elle puisse accomplir toutes ces missions toute seule. Alors oui, l'Europe en l'état actuel des choses n'est pas capable de supporter une armée européenne. Oui, il faut une Europe politique, gérée selon une constitution, pour pouvoir donner mission à des soldats. Et pour arriver à cela, il faut qu'en France aussi, nous ayons un président aux convictions européennes profondément ancrées. Qui sache tirer les leçons du non de 2005 pour proposer un vrai texte politique, clair et posant des principes.

  8. 8

    Clémence

    Bonjour,
    Je voudrais savoir si vous aviez des informations sur le budget de la France pour 2008. Si vous savez comment se fonde le budget. LEs objectifs visés par l'Etat. Ainsi que les moyens proposés dans ce budget pour atteindre les objectifs.

    MErci par avance.

    Même si vous avez peu d'information ou juste des liens sur lesquels je pourrai trouvais ça, merci de me prévenir, sur mon adresse mail.

    Clémence

    clemynce@hotmail.com

  9. 9

    joel

    Mais nos dépenses et programmes militaires servent surtout à faire vivre des gens Dassault et sa cour et générer des comm défiscalisées à l'étranger !

    Les frégates de Thomson par exemple (made in DCN) vendues désarmées n'ont servie qu'à cela ! Elles ne servent déjà plus à rien et en vente !

    Notre bal du commerce extérieure qui dépend des ventes d'Airbus ( un revenu européen) n'est peut etre pa exacte et alors qu'elle était largement exédentaire en 98 elle s'est éffondrée avec la fin du contrat des frégates, mirages, mica, chars Leclec avec des cents éffarés d'avoir à finance les rétro com !

    Alors la défense dans tout cela on pourrait en rire si nos marchands de canons ne se préparaient pas à la guerre d'Iran et à un boulleversement majeur au MO très soucieux de diversifier ses appro militaires qu'ils ne peuvent pas compenser autrement !

    Et puis une guerre cacherait bien la crise financière dont on a encore rien vu !

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