Détrompez vous, le fait est très loin d'être anedoctique : un village de l'Aude en proie à la sécheresse doit être approvisionné en eau en plein hiver.
Si cette situation est extrêmement révélatrice du réchauffement climatique, elle va également poser d'importants problèmes à très court terme. En effet, à défaut d'eau, c'est la facture qui risque d'être salée pour les collectivités locales. Mais les contribuables pourraient également très rapidement être mis à contribution (c'est le cas de le dire).
Mais le problème va beaucoup plus loin ... le bruit court déjà à Toulouse que la sécheresse actuelle diminue de manière extrêmement inquiétante le niveau des cours d'eaux et des fleuves ... permettant de refroidir les centrales nucléaires, et notamment celle de Golfech (Tarn-et-Garonne). Et puis, certains n'oublient pas de signaler que l'utilisation des canons à neige est extrêmement consommatrice en eaux. Processus infernal : compte-tenu de la douceur du climat qui prévaut actuellement, les stations de ski en font un usage accru.
I – Un transporteur privé amène de l'eau à Quillan
En situation de sécheresse, le village de Nébias dans l'Aude fait appel depuis fin décembre à un transporteur privé pour approvisionner en eau ses habitants.
"En raison d'un déficit pluviométrique depuis le mois de juillet, le lac qui approvisionne en eau le village est pratiquement asséché", a aisni expliqué à l'Associated Press Joseph Courrieu, adjoint au maire de Nebias. Créée il y a 35 ans près de la commune, cette retenue artificielle d'une contenance de 35.000m3 ne compterait actuellement que 3.000 à 4.000m3.
Depuis le 29 décembre, la commune doit faire face à cette situation de crise, s'assurant les services d'un transporteur privé qui monte l'eau de Quillan. Ce dernier qui est intervenu trois jours de suite dès le 29 décembre, approvisionne désormais le village, situé à 9km de Quillan, deux fois par semaine.
A la suite d'un arrêté municipal visant à réduire la consommation des 260 habitants de Nébias, la distribution d'eau n'est assurée qu'entre 7h et 14h et de 18h à 21h. Le village, qui dispose d'un château d'eau de 300m3 et d'une réserve incendie parallèle de 200m3, utilise actuellement ces deux réservoirs pour stocker l'eau potable.
"L'approvisionnement par transporteur coûte cher, entre 1.500 et 2.000 euros par jour. Nous pouvons espérer une aide de l'agence de l'eau à hauteur de 20% de la dépense globale. Le conseil général ferait vraisemblablement le même effort et nous sommes en négociation avec le conseil régional" du Languedoc-Roussillon, a souligné Joseph Courrieu tout en faisant part de ses craintes pour l'année à venir.
"Si l'enneigement et les pluies d'hiver et de printemps ne sont pas suffisants, la retenue d'eau mettra des mois à se remplir et nous serons à nouveau dans une situation critique en 2007. L'inquiétude viendra surtout à la fin de l'été, période où la population du village est multipliée par trois", a observé l'adjoint au maire.
II - Quel impact sur les centrales nucléaires ?
Au plus fort de la canicule de 2003, avec des températures supérieures de 7° C aux températures habituelles, l'augmentation de la consommation liée aux appareils de climatisation avait forcé EDF à trouver dans l'urgence 2.800 mégawatts de puissance supplémentaire. L'équivalent de trois tranches nucléaires, au moment précis où certaines centrales étaient contraintes de diminuer leur production pour respecter les normes environnementales.
Pour sortir del “zone à risque”, EDF dispose de plusieurs options : il peut décaler de quelques jours les arrêts programmés de capacités de production (qu'il s'agisse de centrales nucléaires, thermiques ou hydrauliques), se tourner vers ses commerciaux pour qu'ils négocient des coupures d'alimentation (des “ effacements ”) auprès des grands clients industriels ou encore faire appel au marché pour trouver les derniers mégawatts nécessaires.
EDF a pris désormais un certain nombre de dispositions techniques et organisationnelles, censées lui permettre de “ toujours faire mieux qu'en 2003 ”. S'agissant du parc nucléaire, son premier souci a été de réétudier tous les modes de fonctionnement des centrales, pour démontrer que les locaux et les matériels utilisés pouvaient supporter des températures supérieures à celles qui sont prévues par les règles de sûreté actuelles. A plus long terme, toutes les hypothèses formulées au moment de la construction du parc nucléaire français sont d'ailleurs susceptibles d'évoluer : site par site, EDF réactualise en effet son “ référentiel de sûreté ” pour alléger un certain nombre de contraintes. En se fondant sur les prévisions des experts, l'électricien tricolore parie sur une élévation progressive des températures dans les trente ans qui viennent, ce qui aura nécessairement des conséquences sur le fonctionnement de ses centrales. Pour continuer à les exploiter de façon optimale, il souhaite voir relevés les plafonds de températures fixés par l'ASN (de 5 à 6° C, selon les sites, pour l'eau rejetée, de 10° C pour l'air ambiant à l'intérieur des locaux).
Après avoir passé en revue toutes ses installations, EDF a décidé de dépenser de 150 à 200 millions d'euros pour continuer à les exploiter en toute sûreté, malgré la hausse prévisible des températures. Les investissements en question s'étaleront sur quatre à cinq ans, à partir de 2009. La moitié de cette enveloppe sera consacrée à de nouveaux systèmes de ventilation et de refroidissement. La prise en compte des nouvelles contraintes liées au réchauffement climatique explique en partie le renchérissement du futur réacteur EPR. Par rapport au devis d'origine, EDF sera amené à dépenser 30 millions d'euros de plus que prévu pour améliorer sa conception.
III – Les canons à neige pas blanc, blanc ...
Un canon à neige est un dispositif permettant de fabriquer de la neige mécaniquement à partir d'eau, d'air et de basse température. Le principe est simple : en mélangeant de l'air comprimé à de l'eau et en le projetant au froid, on obtient de la neige qui se dépose sur les pistes de ski.
C'est en général un procédé relativement coûteux qui utilise beaucoup d'eau et beaucoup d'énergie pour ammener l'air et l'eau jusqu'aux enneigeurs. Leur impact sur l'environnement est considérable.
Utilisé au départ en priorité pour assurer la sécurité des pistes avec un enneigement suffisant, ce procédé est désormais généralisé en début de saison, de manière à anticiper la période de ski, et en fin de saison pour la prolonger. Mais avec le réchauffement climatique, il est extrêmement sollicité...
Un hectare enneigé nécessite 4000 m3 d'eau par an contre 1700 m3 pour un ha de maïs, culture pourtant réputée grosse consommatrice d'eau. Ainsi, 1 m3 d'eau fournit environ 2 m3 de neige.
Selon l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, sur 104 stations, en moyenne 15 % des surfaces skiables sont équipées, et la consommation d’eau observée sur un an est d’environ 10 millions de m³, en 2002. À titre de comparaison, Rennes, ville de 206000 habitants a une consommation annuelle de 12 millions de m3....
La seule vraie contrainte pour les stations demeure la loi sur l'eau du 3 janvier 1992, qui oblige à laisser un certain débit réglementaire, et interdit le prélèvement dans les ruisseaux ou les nappes en hiver. Mais des affaires récentes prouvent que cette interdiction ne serait pas toujours respectée ...
Sources : AP, AFP, Les Echos
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