Loos : pas de pénurie de gaz malgré la Biélorussie

Oilandgasworkerturningvalveposters_2Alors que l'Union européenne pourrait bien être prise en otage dans le conflit qui oppose actuellement Gazprom et la Biolérussie concernant les tarifs gaziers, le ministre français de l'Industrie, François Loos, s'est dit confiant vendredi dans la capacité de Gazprom à remplir ses engagements contractuels relatifs aux livraisons de gaz russe à l'Europe.

Néanmoins, l'enjeu réel du différent entre Moscou et Minsk demeure la volonté russe d'acquérir des parts de Beltransgaz, la compagnie publique biélorusse par où transite 20 % du gaz russe exporté vers l'ouest. Il est clair que toute coupure d'approvisionnement de l'Europe induira qu'elle le veuille ou non une réelle implication de sa part, l'obligeant alors à prendre position.

I – La France ne serait pas impactée

"Gazprom souhaite ne pas froisser ses clients européens et veut remplir ses obligations contractuelles", a déclaré vendredi le ministre français de l'Industrie, François Loos, sur les ondes de radio BFM en commentant le différend gazier russo-biélorusse qui risque de perturber les fournitures de gaz russe à l'Union européenne.

A son avis, la France "ne doit pas craindre une pénurie de gaz, car elle dispose de réserves suffisantes. Les stocks souterrains en France "sont bien pleins en ce moment parce que novembre et décembre n'ont pas été tellement froids", a-t-il souligné.

"Même si une partie du gaz qui passait par la Biélorussie ne transitait plus, cela concernerait 1 ou 2% de notre approvisionnement, et nous avons une marge suffisante dans nos stocks souterrains pour y faire face", a ajouté M. Loos.

Le contrat de livraison de gaz russe à la Biélorussie expire dans moins de trois jours. Faute d'accord sur de nouveaux tarifs , Gazprom coupera ses fournitures à la Biélorussie à partir de 10h00 le 1er janvier prochain.

II – Gazprom assure faire le nécessaire

Dans le même temps, le géant gazier russe assure les consommateurs européens qu'il fera le nécessaire pour éviter que le différend russo-biélorusse perturbe les livraisons. "Les pourparlers se poursuivent dans un climat tendu, mais il reste toujours une chance de parvenir à un compromis", a déclaré vendredi M. Kouprianov, en ajoutant que les contacts avec la Biélorussie étaient réguliers.

l'opérateur gazier russe a par ailleurs garanti aux consommateurs européens les livraisons sans à-coups par le gazoduc Yamal-Europe. "Gazprom prendra toutes les mesures nécessaires en vue de livrer les volumes requis de gaz aux consommateurs européens via le territoire de la Biélorussie. Nous trouverons la possibilité d'assurer le transit sans entraves de notre gaz par notre conduite", a déclaré le porte-parole de Gazprom Sergueï Kouprianov.

Le gazoduc Yamal-Europe qui passe par le territoire de la Biélorussie est entièrement destiné à l'exportation, mais il comporte des ramifications le reliant au réseau de Beltransgaz qui sont actuellement bloquées et mises sous scellés. "L'état des ramifications et des scellés est contrôlé aussi bien en Biélorussie que depuis le bureau de Gazprom à Moscou. Toute levée des scellés sera immédiatement repérée", a déclaré Sergueï Kouprianov. Les déclarations faites par la Biélorussie précisant que son pays ne resterait pas sans gaz, ce dernier transitant par son territoire, suscitent cependant moult inquiétudes chez les dirigeants de Gazprom.

Le vice-président de Gazprom, Alexandre Medvedev a par ailleurs rejetté les accusations de Minsk selon lesquelles le holding gazier russe aurait exercé un chantage sur la Biélorussie.

"Ce sont au contraire les officiels biélorusses qui ont tenté de faire chanter Gazprom en menaçant d'interrompre le transit du gaz russe destiné à l'Europe et dont 90% passe par la conduite Yamal-Europe appartenant à Gazprom", a indiqué le représentant du holding.

Selon la partie russe, la Biélorussie s'est vu proposer les conditions les plus avantageuses d'acquisition du gaz russe par rapport à tous les autres pays issus de l'ex-URSS. Gazprom, a-t-elle rappelé, a proposé, en partant du principe des rapports d'alliance entre les deux pays, à la Biélorussie d'acheter le gaz russe à 105 dollars les 1000 m3 (75 dollars en numéraire plus 30 dollars en actions de la société publique biélorusse de transport de gaz Beltransgaz).

III – La Biélorussie ne veut pas céder au chantage

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a affirmé vendredi à la radio nationale que son pays "ne cèderait pas au chantage de la Russie". " Si ce chantage continue, nous nous abriterons dans des bunkers, mais nous n'y cèderons pas", a affirmé M. Loukachenko.

Le premier ministre biélorusse, Sergueï Sidorski, a par ailleurs prévenu qu'il interromprait le transit du gaz vers l'Union européenne (UE) en cas d'arrêt des livraisons de gaz russe. "Nous ne pouvons pas faire transiter le gaz par la Biélorussie en l'absence d'un contrat", a-t-il ainsi déclaré.

"Nous sommes interdépendants”, affirme quant à lui le vice-premier ministre biélorusseVladimir Semachko. “Nous n’avons pas de contrat pour les livraisons de gaz, Gazprom n’a pas de contrat pour le transit, or celui-ci représente 22% de ses exportations". D’après lui, si Gazprom cesse d’exporter du gaz via la Biélorussie, l’Europe pourrait rester sans combustible.

Sur le plan juridique, la Biélorussie serait effectivement en mesure d’interrompre le transit du gaz russe, mais dans ce conflit Gazprom pourrait faire de la Biélorussie un bouc émissaire. "Si aucune entente préalable n’intervient, la Biélorussie sera en droit de refuser le transit de gaz russe, dit Iekaterina Galacheva, de la société juridique Vegas-Leks. Cependant, si un préjudice extracontractuel est constaté, Gazprom pourrait avancer des réclamations".

Pour la juriste, si les coupures d’approvisionnement en gaz causent un préjudice aux sociétés européennes, celles-ci pourraient réclamer un dédommagement à Gazprom qui, de son côté, tenterait de faire payer la facture par la Biélorussie.

Le président bélarusse a estimé que les prix du gaz russe livré à Minsk devaient être les mêmes que ceux proposés par Gazprom aux consommateurs russes, évoquant de sérieuses conséquences de la hausse de ces prix pour l'économie bélarusse. "Nous avons conclu avec la Russie un accord sur l'Union des deux Etats et avons signé plusieurs documents qui assurent cette union. Ces documents prévoient des conditions égales pour les acteurs économiques (des deux pays)", a souligné M. Loukachenko.

"Nous voulons que les prix soient les mêmes pour nous et pour eux. Qu'il s'agisse de deux cents, trois cents ou cinq cents dollars pour 1.000 m3, les conditions doivent être les mêmes", a-t-il ajouté.

Le régime bélarusse a dépêché vendredi des négociateurs supplémentaires à Moscou pour arracher un accord gazier à trois jours de l'expiration de l'ultimatum lancé à Minsk par le géant russe Gazprom qui menace de fermer son robinet. "

Les autorités biélorusses ont l'intention d'imposer un blocus total de l'information diffusée par les médias russes à partir du 1er janvier 2007, a par ailleurs appris vendredi RIA-Novosti d'une source informée à Minsk.

IV – L'Allemagne et la Pologne préoccupées

Si la presse luxembourgeoise précise que seulement 5 % du gaz russe transporté de la Russie vers les pays membres de l'Union européenne transite par la Biélorussie, les autres 20 % étant acheminés via l'Ukraine, l'Allemagne et la Pologne suivent avec inquiétude les pourparlers à Moscou. Les deux pays font partie de ceux qui pourraient souffir le plus d'une "guerre du gaz" entre la Russie et la Biélorussie, bien qu'une interruption de courte durée des livraisons de gaz russe ne puisse avoir de lourdes conséquences pour l'Allemagne et la Pologne.

Quoi qu'il en soit, les observateurs n'excluent pas qu'un accord sur le gaz entre la Russie et la Biélorussie puisse être conclu à la "dernière minute".

Le Commissaire européen pour l'énergie Andris Pibalgs a annoncé jeudi que le groupe de coordination de l'Union européenne sur le gaz se réunirait le 4 janvier à Bruxelles en vue d'examiner la situation aux pourparlers sur le gaz entre la Russie et la Biélorussie. Il a par ailleurs exhorté les deux parties à parvenir le plus vite possible à un accord mutuellement acceptable ne remettant pas en cause le transit du gaz vers l'UE.

Pour rappel, le groupe de coordination est composé d'experts gouvernementaux, ainsi que de représentants des compagnies productrices et des consommateurs de produits énergétiques des pays membres de l'UE.

Sources : AFP, Ria Novosti, Gazeta.Ru

A lire également :

. Biélorussie/Russie:conflit gaz et pétrole avec Gazprom

. Le gaz dans tous ses états

. La Roumanie s'alarme du monopole russe sur le gaz

. La Pologne menace de bloquer l'accord UE-Russie

. La Russie renforce son contrôle sur oléoducs et gazoducs

. Poutine en Grèce pour parler gaz et oléoduc

. GNE: accord fin août entre BASF- E.ON-Gazprom

 

Ajoutez un commentaire

Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.

elle ne sera pas publiée