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L'Iran abandonne le dollar au profit de l'euro

Dollarcroix_1_1 Comme nous l'annoncions déjà il y a plus d'un mois, après la Russie, le Vénézuela, les Emirats Arabes Unis, l'Iran souhaite s'affranchir du dollar. Le ministre iranien de l'Economie avait ainsi déclaré récemment qu'à la suite des restrictions décidées par les banques américaines, l'Iran avait décidé de réduire "au minimum" sa dépendance au dollar dans ses échanges commerciaux et ses réserves en devises.

Téhéran vient de faire un grand pas avant dans ce sens, en annonçant lundi que ses revenus extérieurs et ses avoirs à l'étranger seraient désormais libellés en euros plutôt qu'en dollars.

I – L'annonce fait par Téhéran

"Les ressources de l'étranger et les revenus pétroliers seront calculés en euros, et nous les recevrons en euros pour mettre fin à la dépendance à l'égard du dollar", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Gholam Hossein Elham. "Nous procéderons aussi à ce changement en ce qui concerne les avoirs iraniens à l'étranger", a-t-il ajouté. Le porte-parole a notamment justifié cette décision par les "problèmes des organes exécutifs (iraniens) dans les échanges commerciaux pour l'ouverture de lettres de crédits".

M. Elham a aussi affirmé que "la base de calcul du budget, qui reposait sur les rentrées en devises en dollars, était en train d'être changée". Il a néanmoins "oublié" de préciser que le Président iranien Ahmadinejad vient tout récemment de demander une rallonge budgétaire ...alors que les deux évènements pourraient être liés.

Constatant que les banques américaines entravaient les transactions de l'Iran en dollars, Téhéran avait décidé à la mi-novembre d'effectuer ses échanges dans d'autres devises et réduire au minimum l'utilisation du billet vert. Le ministre n'avait pas alors précisé si le dollar serait toujours utilisé pour les exportations pétrolières du pays. L'Iran est le 4ème producteur mondial de pétrole et le deuxième de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, au sein duquel un quota de production de 4,11 mbj lui est alloué.

Selon la banque centrale iranienne, les réserves en devises de l'Iran dans les banques étrangères ont atteint 52,3 milliards de dollars à la fin juillet, sans qu'il ne soit fait distinction cependant du montant constitué en dollar.

II – Les raisons d'une telle annonce

La décision de l'Iran serait justifiée en partie par une volonté de contourner les pressions américaines visant à limiter ses échanges extérieurs. Cependant, compte-tenu du contexte actuel très tendu entre Téhéran et Washington, il est clair que les raisons de ce « geste » pourraient être avant tout être politiques, l'effet d'une telle annonce pouvant avant tout être recherché.

Des observateurs iraniens mettent même en doute sa faisabilité, même s'il n'est pas exclu cependant que l'Iran considère l'euro comme une monnaie plus forte, et estime qu'elle soit perdante avec un dollar aussi faible qu'il l'est actuellement.

Mi-novembre, le ministre de l'Economie Davoud Danesh Jafari avait expliqué que Téhéran allait "mener ses transactions en devises avec une autre monnaie que le dollar", en raison des "entraves posées par les banques américaines".

III – Pressions américaines sur  Téhéran

Les entreprises et organismes iraniens sont confrontés à des difficultés croissantes pour conclure des contrats à l'étranger en raison des pressions américaines sur les banques pour ne plus traiter avec des clients iraniens. Washington, qui a accusé l'Iran d'être un "banquier central" du terrorisme souhaite contraindre Téhéran à suspendre son programme nucléaire controversé.

Washington a d'abord incité de grands établissements financiers privés à cesser leurs affaires avec l'Iran. Il a accentué la pression en septembre en coupant tout lien entre le système financier américain et la banque iranienne Saderat, un des premiers établissements du pays. Parallèlement, des responsables du Trésor américain ont engagé des banques étrangères à être "prudentes" dans leur traitement de clients iraniens.

De ce fait, des sources bancaires iraniennes ont récemment indiqué que de grands établissements européens, mais aussi du Golfe, refusaient toute transaction libellée en dollars vers ou depuis l'Iran.

Un membre de la commission du budget au Parlement, Morteza Tamadon, a également que le gouvernement cherchait ainsi à se protéger de la dépréciation du dollar sur le marché des changes, et à résister aux pressions américaines.

Il a cependant prôné "un panier équilibré euro-dollar", notamment parce que, pour "les contrats à long-terme" déjà signés en dollars, il faudrait "des opérations de change multiples pour l'avenir, un processus difficile et coûteux". Certains analystes estiment quant à eux que l'échange des pétrodollars en euros serait très coûteux.

IV - Bruxelles refuse de "spéculer" sur l'impact de la décision iranienne

La Commission européenne s'est refusée lundi à "spéculer" sur l'impact en terme de change que pourrait avoir la décision de l'Iran de remplacer le dollar par l'euro dans ses échanges et ses réserves de change, jugeant l'annonce de Téhéran "peu claire".

Il faut "se garder de spéculer sur ce que pourrait être l'impact d'une décision dont on ne connaît pas les contours exacts", a déclaré Amelia Torres, la porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia.

"Nous constatons, mais nous n'encourageons pas l'utilisation de l'euro" par des pays tiers. "L'euro est devenu l'une des principales monnaies mondiales, c'est un fait", a-t-elle dit.

V - L'euro confirme son rôle d'alternative au dollar

L'annonce par l'Iran d'un remplacement du dollar par l'euro comme monnaie de référence conforte les progrès de la monnaie européenne sur la scène internationale, même la "domination“ du billet vert est loin d'être remise en cause.

La décision iranienne met cependant en lumière le rôle de concurrent du dollar que joue la monnaie unique. "La zone euro est une zone économique plus grande que les Etats-Unis et même si elle est encore jeune, sa devise semble un candidat naturel pour concurrencer le dollar. Ce n'est donc pas un choix par défaut", estime Gavin Friend, économiste à la Commerzbank.

L'euro représente 25,4% de l'ensemble des réserves de change internationales, contre 18% en 1999, selon des chiffres du FMI datant de de juin 2006. Il est aussi deuxième dans le commerce international, où le dollar reste la devise incontournable pour facturer les matières premières. Une facturation des exportations de pétrole iranien en euros - qui est déjà possible mais pas obligatoire - serait un geste symbolique en donnant naissance à des pétro-euros.

Le président vénézuélien Hugo Chavez accuse quant à lui régulièrement les Etats-Unis de colonialisme, en dénonçant "la dictature du dollar".

Source : AFP

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Commentaires

Francis

19 déc 2006 01:38:51

J'attendais votre résumé, merci.

Petit complément : AFP le 18/12/2006 ... Par ailleurs, l'annonce par l'Iran que sa Banque centrale allait procéder à un remplacement du dollar par l'euro pour ses réserves en devises, a été sans impact.

La diversification des réserves est un feuilleton de longue haleine, et outre le fait que l'annonce de l'Iran a laissé sceptiques quelques économistes, le montant des réserves iraniennes ne pèse pas lourd en regard des 1.000 milliards de dollars détenus par la Banque de Chine par exemple.

"Le chiffre n'est pas disponible, mais les pays du Moyen-Orient détiennent en général un montant qui varie de 20 à 30 milliards de dollars", a estimé un analyste londonien.


Elisabeth

19 déc 2006 01:42:35

Oui, j'ai enleve la partie concernant la Chine :)



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