Hasard du calendrier ou fine stratégie de la part de l’Iran ? Je pencherais plutôt pour la deuxième solution.
Alors que l’Onu vient de voter en fin de semaine dernière des sanctions contre le programme controversé d’enrichissement de l’uranium de l’Iran, Téhéran lance mardi un appel d'offre international pour l'exploration de blocs pétroliers.
Le dossier évolue très vite à l’heure actuelle puisque que tandis qu’une étude américaine estime que l’'Iran souhaite développer le nucléaire civil pour éviter d'avoir à faire face dans les prochaines années à une pénurie d'énergie provoquée par le manque d'investissements dans le secteur pétrolier, le ministre iranien du Pétrole, Kazem Vaziri Hamaneh, a déclaré mardi que l'industrie pétrolière iranienne souffrait "des pressions américaines".
I – Appel d’offres international
L'Iran va lancer mardi un appel d'offres international pour l'exploration et le développement de 17 blocs pétroliers, a déclaré Mahmoud Mohades, responsable des opérations d'exploration de la compagnie nationale de pétrole de l'Iran (NIOC), a rapporté lundi la télévision d'Etat.
L'investissement minimum est de 460 millions d'euros pour ces blocs dont 12 sont situés en on-shore et cinq autres en offshore. Si la société ayant obtenu le contrat d'exploration pour chacun de ces blocs trouve du pétrole, elle en aura automatiquement le contrat de développement, a déclaré M. Mohades. … Même l’Iran se met aux promotions de Noël, semble-t-il …
L'Iran a déjà signé des contrats avec des compagnies internationales pour le développement de neuf blocs pétroliers, ceux d'Anaran, Farsi, Garmsar, Khoramabad, Kouhdasht, Mehr, Monir, Saveh et Zavareh Kashan. Les experts estiment que les 17 blocs contiennent du pétrole lourd dont l'exploitation pourrait avoir un coût élevé.
Par ailleurs, alors que la Chine vient très récemment de signer un accord avec l’Iran pour l’exploitation du gaz, le Japon et la Russie se sont ouvertement montrés intéressés par les ressources en hydrocarbures de l'Iran.
II – L’Iran critique la pression américaine sur son industrie pétrolière
Le ministre iranien du Pétrole, Kazem Vaziri Hamaneh, a déclaré mardi dans un entretien avec l'agence semi-officielle Fars que l'industrie pétrolière iranienne souffrait "des pressions américaines". "Cela fait des années que l'Iran est soumis à différents types de sanctions et de nombreuses sociétés, par peur des pressions américaines, n'ont pas pu coopérer avec nous", a déclaré M. Vaziri-Hamaneh. "Les équipements à double usage (civil et militaire) que nous avions achetés par le passé ne sont pas livrés sous divers prétextes", a-t-il ajouté.
"Les banques étrangères refusent de nous donner des capitaux ou de participer financièrement à des projets de l'industrie pétrolière sous divers prétextes", a-t-il également affirmé. Il a ajouté que ces restrictions pouvaient retarder les projets "mais la décision du pouvoir est de ne pas accepter les pressions". Pour rappel, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté samedi une résolution imposant à l'Iran des sanctions touchant à ses programmes nucléaire et balistique.
Le ministre a ajouté que la résolution du Conseil de sécurité n'affecterait pas l'industrie pétrolière.
"Dans la mesure où de nombreux pays avaient commencé avant même l'adoption de cette résolution à exercer des restrictions contre l'Iran, cette résolution n'aura pas d'effet particulier (...) Cette résolution n'aura pas d'effet sur l'industrie pétrolière", a-t-il estimé… voire fanfarroné.
III – L’Iran a du mal à financer ses projets pétroliers
L’Iran a du mal à financer ses projets pétroliers en raison des réserves des prêteurs étrangers, a déclaré la semaine dernière le ministre du Pétrole Kazem Vaziri-Hamaneh. "La coopération des banques et financiers étrangers a fléchi et c’est pourquoi nous recherchons des solutions en Iran même", a-t-il déclaré, cité sur le site Internet Shana du ministère du Pétrole.
Selon des responsables iraniens, le pays devrait investir des dizaines de milliards de dollars pour développer de nouveaux gisements et exploiter au maximum les champs vieillissants s’il veut atteindre son objectif de porter ses capacités de production à 5 millions de barils par jour (bpj) en 2010 contre 4,2 millions actuellement, selon les chiffres iraniens.
Vaziri-Hamaneh a également précisé que l’Iran se tournerait vers son Fonds de stabilisation pétrolier, qui absorbe les revenus pétroliers excédentaires par rapport aux montants budgétés, pour financer ses investissements.
Selon la loi iranienne, le surplus des revenus pétroliers est versé à la caisse de réserve en devise, utilisée pour les projets de développement, l'autorisation du parlement étant nécessaire pour que le gouvernement puisse prélever de l'argent sur cette caisse. En décidant de baser début 2006 son calcul sur un baril à environ 40 dollars contre 23 dollars pour le budget précédent, le gouvernement a ainsi restreint sa dépendance vis à vis du Parlement pour pouvoir dépenser les pétrodollars, mais a crée de facto une forte dépendance entre les prévisions budgétaires et les revenus pétroliers, diminuant considérablement ainsi les avoirs en devises de la caisse de réserve.
Mais l’Iran doit aussi investir massivement dans les capacités de raffinage s’il veut réduire sa dépendance croissante vis-à-vis de l’essence importée. En début d’année, lors de l’annonce du budget, le président avait indiqué que l'objectif du gouvernement était de diminuer progressivement la consommation d'essence et de produits pétroliers pour les remplacer par le gaz. "Nous produisons chaque année environ 70 milliards de dollars de pétrole, dont 25 milliards sont consommés à l'intérieur du pays. Nous consommons également 10 milliards de dollars d'essence par an". Le nouvel objectif fixé est d'aboutir d'ici cinq ans, à ce que toutes les voitures roulent au gaz.
L’Iran importe en effet 40% de sa consommation d'essence, ce qui a représenté plus de 4 milliards de dollars d'importation. Les autorités avaient envisagé d'augmenter le prix du litre d'essence, mais ont reculé craignant les conséquences sociales d'une telle mesure.
III –USA : l'Iran dans le nucléaire pour faire face à pénurie de pétrole
L'Iran souhaite développer le nucléaire civil pour éviter d'avoir à faire face dans les prochaines années à une pénurie d'énergie provoquée par le manque d'investissements dans le secteur pétrolier, estime une étude américaine. L'image de l'Iran comme producteur de pétrole aux vastes réserves est trompeuse, estime Roger Stern, chercheur à la Johns Hopkins University, dans une étude publiée dans la revue "Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States".
"Depuis 1980, la croissance de la demande énergétique (en Iran) a atteint 6,4%, ce qui est supérieur à la croissance de l'offre (+5,6%) et les exportations stagnent depuis 1996", souligne-t-il. Selon l'étude, la production de l'Iran a été inférieure lors des 18 mois écoulés au quota fixé par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce qui témoigne des difficultés de production dans ce pays.
Roger Stern estime que cette crise énergétique potentielle pourrait faire chuter le régime actuellement en place à Téhéran…Nous y voilà .. Il semble que tout concoure actuellement pour faire chuter le Président Ahmadinejad , y compris en interne en Iran.
"La dépendance du régime iranien vis-à-vis du revenu des exportations (pétrolières) laisse suggérer qu'il pourrait avoir autant besoin du nucléaire qu'il l'affirme", ajoute-t-il. "Notre étude suggère que le secteur pétrolier iranien ne sera pas capable d'attirer un investissement suffisant pour maintenir les exportations", indique M. Stern. "Les maintenir exigerait une augmentation de l'investissement étranger alors qu'il semble décliner".
Selon l'étude, le fait que les prix du pétrole soient très largement subventionnés en Iran entraîne que l'entreprise nationale ne fait pas assez de bénéfices sur le marché iranien et dépend donc quasi-exclusivement des exportations. La croissance de la population entraîne toutefois une hausse de la demande intérieure à laquelle ne peuvent répondre des infrastructures vieillissantes. L'Iran, deuxième producteur de l'Opep derrière l'Arabie saoudite, se retrouve donc contraint d'importer certains produits pétroliers, souligne-t-on de même source.
Les motifs politiques l'emportent aussi parfois sur le besoin d'investissement étranger. L'Inde a vu ainsi des conditions fixées pour l'exploitation d'un gisement de gaz naturel remises en cause après que Delhi n'ait pas voté avec Téhéran lors d'une réunion de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
"Le climat favorable à l'investissement dans le secteur pétrolier semble s'être grandement détérioré depuis la période 1998-2004, une période où l'investissement était déjà insuffisant pour faire face à un déclin de la production", affirme Roger Stern, pour qui "un investissement étranger nul est une possibilité".
Il est en conséquence "plausible que les affirmations de l'Iran selon lesquelles il a besoin de l'énergie nucléaire sont réelles et trahissent l'inquiétude d'être confronté à un manque de revenus des exportations de pétrole", estime-t-il. "Le régime iranien serait dans un tel cas, beaucoup plus vulnérable qu'estimé actuellement", selon lui.
Sources : AFP, L’Orient le jour
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7 Commentaires
1
J'ai de + en + l'impresssion que les etats petroliers se sont un peu trop endormis sur leurs lauriers , sans investir ... et qu'ils en font actuellemnt les frais. (cf. Arabie saoudite)
J'essaie donc de collecter des infos sur l'état des infrastructures petrolieres de ces différents pays pour en faire un synthèse.
26 décembre 2006 à 14:052
Comme quoi cela sert de "veiller" même à Noele : seul article en Français
Articles sur presse iranienne en particulier :
Development of 17 new oil blocs put on tender, NIOC
Tehran, Dec 25, IRNA
Iran-Oil Exploration
Development of some 17 new oil blocs will be put on tender for domestic and foreign executives in Vienna on February 1-2, Director for Exploration Affairs of National Iranian Oil Company (NIOC) Mahmoud Mohades said on Monday.
He said that 12 oil blocs have been explored in the land and five blocs in the waters of the Persian Gulf adding that the minimum investment for developing the blocs has been set at 460 million euros.
He said that the 17 oil blocs spread across 129,000 square km in nine provinces.
Mohades said that the tender papers for the package will be sold at 38,000 euros.
"Announcements for the tenders to develop 17 oil blocs will be printed in several Iranian newspapers on Tuesday," he said.
26 décembre 2006 à 14:553
Iran to tender 17 oil blocks
Posted: Tuesday, December 26, 2006
Tehran
A senior Iranian Oil Ministry official said Iran has put exploration and development of 17 oil blocks on a tender deadlined June 20, official news agency IRNA reported on Monday.
Mahmoud Mohaddes, director of exploration of National Iranian Oil Company (NIOC), had said in September that Iran was planning to put 24 blocks on an international bid, but he said in October that only 17 blocks out of 24 were finalised.
'The advertisement of tender of those 17 blocks will be published in some newspapers from tomorrow,' IRNA quoted Mohaddes as saying. 'Interested parties can purchase tender documents from today to June 13 (2007).'
Mohaddes also said that the deadline to receive the offers would be June 20. He estimated the minimum investment for exploration of the 17 blocks to be 460 million euros ($608 million).
A seminar will be held on Feb 1 and 2 in Vienna to explain the conditions of the tenders to international oil companies, he added.
IRNA reported that the tender would be held in the framework of Iran's modified oil contracts, known as exploration and development.
Iran has modified its standard energy development contracts, known as buy backs, as part of a review process aimed at making them more attractive for foreign investors, which are reluctant to come forward because of the high capital risk on the blocks.
Under buy backs, investment in developing a field is rewarded with a share of production for a short period before the state repurchases the field. Foreign firms often complain that the compensation period is too short.
Mohaddes said that, in the new contracts, the NIOC has reduced its expected profit to 20 percent from the current 30 per cent and the oil field commercial evaluation index has been extended to 20 years from 15 years.
To make the contracts additionally attractive for investors, Mohaddes said that the bond for the bid had been lowered to 150,000 euros ($198,000) from $300,000.
Iran's conservative-dominated parliament has in the past opposed opening up to foreign investment in Iran, the world's fourth-largest oil exporter with the second-largest reserves after Saudi Arabia.
The UN Security Council passed a resolution calling for sanctions on Iran after Iran failed to convince the West that its nuclear technology was only aimed at producing energy, not nuclear weapons.
Analysts said the sanctions might further hinder foreign investment in Iran.
26 décembre 2006 à 14:58Reuters
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Iran: les projets gaziers touchés par les pressions américaines
TEHERAN, 27 déc 2006 (AFP)
Les projets gaziers iraniens sont affectés par les pressions américaines sur des banques privées pour cesser leurs prêts à l'Iran, forçant ce dernier à piocher dans un fonds de réserve pour les financer, selon un responsable iranien du secteur.
"Malheureusement la plupart des banques étrangères ont une vision plus politique que commerciale et nous imposent des restrictions en conséquence", a déclaré Akbar Torkan, directeur de Pars Oil and Gas company, la société d'Etat gérant le champ pétrolier et gazier de Pars.
"Nous avons alloué quatre milliards de dollars du Fonds de stabilisation pétrolier (OSF) pour les projets confrontés à des problèmes financiers", a dit ce responsable, cité par le quotidien Sarmayeh.
Les Etats-Unis ont engagé depuis plusieurs mois une campagne visant à convaincre de grands établissements bancaires privés de cesser leurs transactions avec l'Iran.
Washington entend punir ainsi un pays qu'il accuse de financer le terrorisme international et de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce qu'a démenti la république islamique.
M. Torkan a notamment mentionné les problèmes de financement touchant l'exploration et le développement du champ gazier géant de South-Pars.
"Les accords de financement avec une banque étrangère pour les phases 17 et 18 de South-Pars ne sont pas encore entrés en vigueur et il y a eu des perturbations dans la procédure de financement des phases 9 et 10", a-t-il dit.
"Ces restrictions sont injustes et il nous reste seulement deux choix, soit abandonner, soit appliquer des stratégies de substitution", a dit M. Torkan, sans autres détails.
Le fonds de stabilisation pétrolier, qui recueille les surplus budgétaires résultant des exportations de pétrole, est destiné entre autres à financer des projets de développement énergétique.
Le secrétaire d'Etat adjoint américain pour les Affaires politiques Nicholas Burns avait rappelé la semaine dernière que les Etats-Unis ont lancé une campagne "pour convaincre certaines institutions internationales de prêts et des banques privées d'arrêter de prêter de l'argent à l'Iran".
"Il est intéressant de noter que le Crédit Suisse, le Crédit Lyonnais et HSBC ont toutes arrêté de prêter à l'Iran au cours des derniers mois", avait ajouté le responsable.
Le ministre iranien du Pétrole Kazem Vaziri Hamaneh a indiqué mardi que l'industrie pétrolière iranienne était handicapée selon lui par les pressions américaines sur les établissements financiers étrangers.
27 décembre 2006 à 11:315
Ria Novosti
Lukoïl a toutes les chances de s'implanter plus solidement en Iran. Le directeur exécutif de la National Iranian Oil Company (NIOC), Gholam Hossein Nozari, a annoncé que l'Iran négociait avec les Russes un accord concernant la mise en valeur du champ pétrolifère d'Azadegan-nord.
La partie iranienne espère que Lukoil soumettra bientôt un plan général d'exploitation de ce gisement. Au sein de Lukoil on se refuse à tout commentaire tout en confirmant que la société portait de l'intérêt au projet "Azadegan-nord".
A la mi-novembre le premier vice-président de Lukoïl, Ravil Maganov, avait déclaré qu'il souhaitait travailler en Iran, y compris dans le cadre du projet "Azadegan". Selon lui, ce gisement séduit surtout par son importance. A l'époque Ravil Maganov avait dit qu'Andreï Kouziaev, le patron de Lukoil Overseas, une filiale à 100% de Lukoil, s'était déjà rendu en Iran à ce sujet. Cependant, la société ne devait plus évoquer la chose.
Il y a deux ans, Lukoil avait pris part sans succès à un appel d'offres concernant la mise en valeur de trois secteurs dans le sud de l'Iran: Azadegan-nord, Kushk et Hosseineih. Cette année l'Iran a laissé entendre à plusieurs reprises qu'il était disposé à coopérer avec des sociétés russes, notamment avec Lukoil, bien que cette dernière ait l'américain ConocoPhillips pour partenaire et actionnaire stratégique.
A la mi-décembre, au cours d'un déplacement de travail en Iran, le vice-ministre russe de l'Industrie et de l'Energie, Ivan Materov, avait déclaré aux journalistes que l'Iran était prêt à autoriser la compagnie russe à prospecter 17 secteurs pétrogaziers. La situation de Lukoil dans ce pays est devenue plus prometteuse depuis la découverte, l'été dernier, en association avec le norvégien Hydro, du gisement Azar dans le bloc d'Anaran, dont les réserves sont évaluées à près de 2 milliards de barils de brut (285,7 millions de tonnes).
Pour les experts, l'Iran possède un immense potentiel pétrolier, fermé au marché mondial, et actuellement de nombreuses sociétés d'origine non américaine cherchent à s'implanter dans ce pays pour utiliser l'expérience engrangée quand la situation politique se sera plus ou moins stabilisée et quand les investissements et les projets pétroliers ne seront plus aussi risqués. Surtout que pour le moment l'Iran fait appel aux sociétés étrangères en qualité de dispensateurs de services.
27 décembre 2006 à 11:536
Ca m'aurait étonné ...
27 décembre 2006 à 14:16d'autant plus que la contrepartie doit être le financement de la Centrale de Bouchehr ... sur laquelle l'Iran tarde de payer , faute de budget ?
7
cf.
27 décembre 2006 à 14:18La Russie et Lukoil intéressés par le pétrole de l'Iran
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