Alors que nous suggérions il y a peu, que l'Angola puisse dès jeudi intégrer l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, l'Opep vient de s'élargir pour la première fois en plus de 30 ans.
D'autres pays frappent également à sa porte tels que le Soudan et l'Equateur, tandis qu'une éventuelle Opep du gaz n'est pas exclue à terme.
I – L'Angola intègre l'OPEP
Le cartel pétrolier a décidé jeudi d'accueillir un nouveau membre pour la première fois en plus de 30 ans à partir de janvier, ce qui devrait accroître son emprise sur les ressources pétrolières et renforcer son influence sur l'échiqiuer mondial. L'Opep "a admis à l'unanimité la République d'Angola en tant que douzième membre de plein droit, avec effet au 1er janvier 2007", a-t-elle annoncé après sa réunion à Abuja.
La demande d'adhésion avait été déposée plus tôt jeudi par le ministre angolais du Pétrole, Desiderio Da Graça Verissimo E Costa, qui s'est engagé à "coopérer avec les membres de l'Opep pour établir un prix juste pour tout le monde, producteurs et consommateurs". "Un prix du pétrole qui est bas, ce n'est pas bon pour l'Angola", a-t-il ajouté.
Il s'agit de la première adhésion depuis celle du Gabon - qui s'est retiré depuis - en 1975. C'est un "événement historique", s'est réjoui le président de l'Opep, le Nigérian Edmund Daukoru, qui a beaucoup oeuvré pour attirer l'Angola dans le cartel.
Deuxième producteur de pétrole d'Afrique sub-saharienne derrière le Nigeria, l'Angola rejoindra les rangs de l'Opep dès le 1er janvier, mais ne sera pas soumis à ses décisions concernant les niveaux de production avant mars 2007. Luanda disposera d'un statut comparable à celui qui régit actuellement la partciipation de l'Irak , qui est membre de l'Opep mais dispensé d'un quota de production.
II – L'intégration de l'Angola renforce le poids de l'OPPEP
L'Angola produit actuellement 1,4 million de barils par jour et compte fournir 2 mbj fin 2007. Son adhésion à l'Opep porte la production du cartel à plus de 32 mbj en comptant aussi l'Irak, soit près de 40% de l'offre mondiale de brut. Les compagnies pétrolières étrangères explorant l'Angola, telles BP, ne cessent de découvrir de nouvelles nappes de pétrole au large du pays.
Or l'Opep détient déjà 75% des réserves prouvées disponibles mondialement. Le poids de l'Opep dans la chaîne d'approvisionnement mondial s'en trouve donc considérablement renforcé et il pourrait l'être davantage dans les mois à venir. "Cela renforce l'Opep et c'est ce qui compte le plus pour nous", a déclaré le ministre vénézuélien de l'Energie, Rafael Ramirez. "Plus nous sommes nombreux pour défendre nos intérêts et maintenir un équilibre, mieux c'est", a-t-il estimé. "Et j'espère que d'autres suivront" l'Angola, a-t-il dit, un souhait également exprimé jeudi par le chef de file de l'Opep, le Saoudien Ali al-Nouaïmi.
L'élargissement de l'Organisation lui permet aussi de conserver sa part du gâteau face aux pays non Opep, qui ne cessent d'accroître leur production. En 2007, leur offre de brut devrait progresser de 1,8 mbj, la croissance annuelle la plus forte depuis 1984. Fondée en 1960, l'Opep compte parmi ses membres, en plus de l'Angola, l'Algérie, l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l'Irak, l'Iran, la Libye, l'Indonésie, le Nigeria, le Venezuela, le Koweït et le Qatar.
L`Angola pourra atteindre en 2011, son plus haut niveau de production petrolière (2.600.000 barils/ans), avec la découverte de nouveaux puits en eaux profondes et ultra-profondes, selon les estimations d`un rapport de la Banque Mondiale sur l`économie nationale. Actuellement, selon le document présenté le week-end dernier à Luanda, l`Angola produit 1.600.000 barils/ans. Cependant, poursuit la note, les puits du pétrole dans des eaux superficielles, principalement à Cabinda, représentent plus de 50%t de l`actuelle production. L`augmentation de la production, ajoute le rapport, pourrait avoir des résultats, à travers des découvertes importantes, notamment dans les blocs 31 et 32.
III – De nouvelles adhésions possibles
L'Equateur, qui en était parti en 1992, le Soudan et même la Bolivie parlent aussi d'y adhérer prochainement.
Le ministre équatorien de l'Energie, Ivan Rodriguez, dont le pays est le cinquième producteur sud-américain de brut avec 530 000 barils par jour, avait déclaré depuis Quito, en juin dernier que son pays envisageait de revenir dans l'organisation qu'il avait quittée en 1992 après son entrée en 1973.
D'après un porte-parole de l'Opep, le Soudan pourrait se porter candidat dès la prochaine réunion du cartel, prévue le 15 mars.
L'actuel président de l'OPEP, Edmund Daukoru, également ministre d'Etat nigérian du pétrole avait déjà révélé récemment que le Soudan s'intéressait à son entrée dans l'OPEP. Le Nigéria avait même déclare en juin dernier favoriser des discussions à cet effet avec les autorités soudanaises après avoir invité le Soudan à adhérer au cartel, la capacité de production de ce pays s'élevant à plus de 500 000 barils de brut par jour.
Commentant l'appel du président nigérian Olusengun Obasanjo pour que le Soudan rejoigne l'Organisation, le sous-secrétaire du ministère soudanais de l'Energie et des Mines avait précisé pour sa part que toute prise d'une décision impliquait des études approfondies sur les aspects positifs et négatifs d'une éventuelle entrée dans le cartel pétrolier. Il avait alors également mentionné que des entreprises étrangères de plus en plus nombreuses souhaitaient investir dans le domaine de production de pétrole du Soudan, ajoutant que le pays serait à même d'accueillir les investisseurs internationaux sous réserve qu'ils respectent les lois et la souveraineté du pays.
A ,noter qu'une adhésion du Soudan renforcerait également le poids de l'Afrique au sein du cartel, au moment même où les pays consommateurs, en particulier les Etats-Unis, comptent justement sur ce continent pour l'alimenter en énergie dans les années qui viennent et réduire ainsi leur dépendance envers le cartel.
La Bolivie veut devenir membre de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep) avait déclaré en mai dernier à Vienne le président bolivien Evo Morales en marge du sommet UE-Amérique latine. Mais une autre affaire doit être suivie en parallèle, et nous en reparlerons au plus tôt : la Russie et l'Algérie souhaitent s'allier pour créer à leur tour un cartel du gaz. Il se pourrait bien que les ambitions de Morales aillent bien au delà du pétrole et marquent un coup d'entrée dans le nouvel OPEP du gaz qui pourrait bientôt voir le jour.
"Je voudrais que mon pays devienne membre des pays exportateurs de pétrole et d'hydrocarbures", avait dit alors M. Morales lors d'un point de presse tenu à la fin de la réunion des chefs d'Etat ou de gouvernement dans le cadre du IVème Sommet UE-ALC. "C'est un souhait: qui ne voudrait pas devenir membre de ce cartel ? », a-t-il ajouté.
Le président bolivien a décidé le 1er mai de nationaliser le secteur des hydrocarbures de son pays, qui possède les 2èmes réserves de gaz d'Amérique du Sud derrière le Venezuela, qui est, lui, membre de l'OPEP. C'est aussi nation la plus pauvre du sous-continent, où la misère touche 70% de la population.
Sources :AFP, Angola Press
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