S’il fallait une explication à la rébellion qui se fait jour de plus en plus en Iran, c’est le Président iranien lui-même qui nous l’a fournie.
Mahmoud Ahmadinejad a déclaré que son gouvernement avait épuisé son budget trois mois avant la fin de l’année iranienne, qui s’achève le 20 mars, et allait demander une rallonge au Parlement, a rapporté en début de semaine l’agence ISNA.
Parallèlement, la télevision nationale a annoncé samedi que les revenus annuels des ventes de pétrole et de gaz en Iran avaient atteint les 120 milliards de dollars. Voilà qui ne devrait pas calmer les tensions internes.
I – Une rallonge nécessaire
« Nous avons épuisé notre budget. Nous allons présenter un additif à la loi budgétaire pour obtenir une rallonge pour les trois derniers mois de l’année en cours et les deux premiers mois de la prochaine année iranienne », a déclaré M. Ahmadinejad.
« Ce sera notre carburant pour notre fonctionnement au cours des cinq prochains mois », a-t-il ajouté.
Le budget du gouvernement, qui comprend les dépenses courantes et les dépenses pour les projets de développement, représente 60 milliards de dollars, soit moins d’un tiers du budget national, qui luin intègre également les fonds alloués aux entreprises d’État.
C’est la première fois depuis plusieurs années que le gouvernement iranien adresse une telle demande au Parlement. Selon un expert, cela signifierait que l’équivalent des rentrées pétrolières pour l’année ont été dépensées.
II – Revenus du pétrole et du gaz
Les revenus annuels des ventes de pétrole et de gaz en Iran ont atteint les 120 milliards de dollars, a annoncé samedi la télévision nationale.
Le reportage, qui citait le président de la commission de l’Energie du Majlis (Parlement), affirmait que 45 milliards de dollars de ces revenus étaient utilisés par le gouvernement pour subventionner la production de certains produits, en particulier du gaz.
Le gouvernement radical d’Iran fait face à de nombreuses critiques de la part d’un grand nombre d’économistes qui avancent que l’augmentation rapide des dépenses du gouvernement, financées par les revenus florissants du pétrole dans le pays, nourrit l'inflation, créant ainsi plus de pauvreté.
Malgré les immenses revenus du pétrole en Iran, la pauvreté et les sans-abri sont désormais des éléments omniprésents des grandes villes iraniennes, des milliers de personnes sans domicile passent la nuit dehors dans le froid. Les médias gouvernementaux d'Iran qualifient les SDF de kartonkhabha, qui signifie littéralement ceux qui dorment sur des cartons.
III – La foule préfère le pain à l'uranium
Lors du discours prononcé la semaine dernière par Mahmoud Ahmadinejad à Sari dans le nord de l’Iran, exprimant ses menaces de représailles proférées à l’encontre des six pays du Conseil de sécurité de l’ONU, la population a démontré ses préoccupations nettement plus terre à tere. Mais vitales.
Etranglée par l’inflation, la misère et des conditions de vie difficiles, la foule a régulièrement interrompu Ahmadinejad aux cris de « Vie chère, Vie Chère ! » et « Chômage, Chômage ! ». Pris de court, ce dernier n’a pas su répondre et a tenté une pirouette en ridiculisant les manifestants, ce qui lui a valu une bordée de sifflets.
Alors qu’il parlait de « droit du peuple iranien au nucléaire », la foule réclamait « du pain », « du travail » et «des salaires ». Pris en tenailles entre la répression et la pauvreté, les Iraniens semblent rechercher avant tout la liberté et la prospérité.
IV – Admadhinejad mis à mal à cause de l'inflation
Alors que l'ayatollah Ali Khamenei semblait de plus en présent pour défendre la position de Téhéran sur le dossier nucléaire, et que le climat social semblait pouvoir être maintenu grâce aux largesses gouvernementales - notamment sur le prix de l'essence - la fronde semble quelque peu s'organiser désormais contre le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad.
De nombreuses voix se sont élevées ces dernières semaines pour demander au gouvernement de prendre des mesures pour enrayer la hausse des prix, tandis que le premier constructeur automobile iranien, Iran Khodro, a soutenu quant à lui que la faiblesse du soutien gouvernemental freinait ses activités d'exportation. Mais la détention du pouvoir économique et politique du pays pourrait bien être l'enjeu d'une telle rébellion.
"Une vague créée par les médias nationaux et non nationaux au cours des derniers mois a renforcé l'inflation", a déclaré ainsi M. Ahmadinejad, dans son bilan d'un an de gouvernement publié par la presse. Ces médias "ont tenté de dire que le gouvernement était frappé d'incapacité, comme si nous aurions dû ramener l'inflation à 0% en un an", a ajouté le président iranien. Selon lui, l'inflation aurait toujours existé en Iran et aurait même atteint un taux proche de 50% durant les gouvernements précédents
Face aux critiques présidentiels, Ezatollah Zarghami, président de la Radio et Télévision d'Etat (IRIB), visées par le président Ahmadinejad est intervenu pour se défendre. Selon lui, lorsqu'on annonce qu'un kilo de viande coûte 39.000 rials (4,3 dollars) mais que sur le marché il est de 60.000 rials (6,6 dollars), la presse a le devoir d'informer. Il a également rejeté les accusations du président Ahmadinejad sur les émissions à propos de l'augmentation du prix des pièces d'or.
Selon les chiffres officiels, la hausse des prix serait de l'ordre de 10% par an. Mais d'après des experts indépendants, le taux réel serait plutôt proche du double. Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, pourtant – officiellement - fervent défenseur du président Ahmadinejad, est intervenu personnellement sur le sujet."Au cours des dernières semaines, l'inflation a exercé une forte pression sur la population, en particulier les couches à bas revenus", avait-il ainsi déclaré le 2 octobre dernier. Des économistes iraniens ont mis en garde au début de l'été contre la possibilité d'une forte poussée de l'inflation, alimentée selon eux par l'injection par le gouvernement de grosses quantités de liquidités dans les circuits économiques.
V – Le budget iranien de mars 2006-mars 2007
Lle président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait présenté début janvier le projet de budget pour la prochaine année (mars 2006-mars 2007) en mettant l'accent sur les projets de développement et en puisant dans les réserves de pétrodollars. Le montant du nouveau budget est en augmentation de 26,7% par rapport à l'année précédente.
Pour rappel, l'Iran est le deuxième pays producteur de l'OPEP, avec une production d'environ 4,2 millions de barils par jour en 2005, et des exportations de 2,7 mbj, pour une consommation mondiale actuellement autour de 84 mbj.
M. Ahmadinejad n'avait pas fixé alors d'objectif pour la croissance économique, ni fourni de chiffre prévisionnel d'inflation. Celle-ci était de 14,6% sur douze mois se terminant en septembre 2005, selon la banque centrale. Toutefois, la croissance économique devrait être de 8%, le taux d'inflation se situant entre 12,5 et 13%.
Le budget pour les dépenses courantes est en augmentation de 10,3% alors que le budget pour les projets de développement augmente de 63,4% par rapport au budget de l'année en cours.
Le niveau de prix du baril retenu pour le calcul n'a pas été précisé lors de la présentation du budget. Le président de l'Organisation du plan avait néanmoins informé récemment que le gouvernement basait son calcul sur un baril à environ 40 dollars contre 23 dollars pour le budget en cours.
Selon la loi, le surplus des revenus pétroliers est versé à la caisse de réserve en devise, utilisée pour les projets de développement, l'autorisation du parlement étant nécessaire pour que le gouvernement puisse prélever de l'argent sur cette caisse.
En décidant de fixer le prix du baril à environ 40 dollars, le gouvernement ne dépendra certes plus de l'accord du Parlement pour dépenser les pétrodollars, mais créera une forte dépendance entre les prévisions budgétaires et les revenus pétroliers, diminuant considérablement ainsi les avoirs en devises de la caisse de réserve .
Le parlement s'était déjà dit préoccupé par les effets inflationnistes d'un tel budget. Si l'augmentation des sommes accordées aux projets de développement revêt des aspects positifs, celle-ci ne devrait pas selon lui, être uniquement induite par l'injection de la manne pétrolière.
Le président a par ailleurs indiqué que l'objectif du gouvernement était de diminuer progressivement la consommation d'essence et de produits pétroliers pour les remplacer par le gaz."Nous produisons chaque année environ 70 milliards de dollars de pétrole, dont 25 milliards sont consommés à l'intérieur du pays. Nous consommons également 10 milliards de dollars d'essence par an ». Le nouvel objectif fixé est d'aboutir d'ici cinq ans, à ce que toutes les voitures roulent au gaz.
L'Iran importe 40% de sa consommation d'essence, ce qui a représenté plus de 4 milliards de dollars d'importation. Les autorités avaient envisagé d'augmenter dès l'année prochaine le prix du litre d'essence, mais ont reculé craignant les conséquences sociales d'une telle mesure.
Sources : L'Orient Le Jour, Iran Resist, AFP
A lire également :
. Iran : les étudiants en rébellion contre Ahmadinejad
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. Le pétrole au coeur de la politique iranienne
mise en garde du Parlement sur l'inflation en janvier 2006

5 Commentaires
1
Des intellectuels iraniens condamnent la conférence de l'holocauste
AFP 14.12.06 | 10h24
Les intellectuels iraniens ont condamné la conférence sur l'holocauste organisée par le ministère des Affaires étrangères, qui a essentiellement donné la parole aux révisionnistes et a été sévèrement critiquée par la communauté internationale.
"Que nous apporte la négation de l'holocauste ? Est-ce qu'une telle négation rend encore plus illégitime les crimes d'Israël contre les Palestiniens ? Est-ce qu'une telle négation (...) ne profite pas seulement à Hitler et aux nazis ?", a demandé l'intellectuel réformateur Abbas Abdi, dans un article publié jeudi par le quotidien Etemad Melli.
La conférence de Téhéran, qui a remis en question la réalité de l'Holocauste, a suscité une vague de condamnations dans le monde, en particulier en Occident.
"Même en tant que Palestinien, il n'y a rien de mieux à faire, face aux crimes d'Israël, que de condamner l'holocauste et participer à toute cérémonie le commémorant", a ajouté M. Abdi.
"Je ne me souviens pas qu'un dirigeant iranien ait nié l'holocauste ou encore son ampleur au cours de toutes ces années, car pour condamner les crimes israéliens les Iraniens n'ont pas besoin de nier l'holocauste", a ajouté cet intellectuel, en se demandant si les "organisateurs de cette conférence ont pensé à son coût politique et économique".
Pour sa part Sadegh Zibakalam, un intellectuel modéré et professeur de sciences politiques, a jugé que la tenue de cet évènement était un "cadeau aux ennemis du pays", car il permet à beaucoup d'"assimiler l'Iran aux néo-nazis et racistes anti-juifs", ce qui "ruine le peu de réputation qui nous restait auprès des Européens".
S'exprimant lui aussi dans le quotidien Etemad-Melli il se demande si "au lieu de se plier aux positions du président (Mahmoud Ahmadinejad), un responsable du ministère des Affaires ne pouvait pas lui expliquer qui étaient les négationnistes en Europe, ainsi que le coût élevé" de la tenue de cette conférence pour l'Iran en terme d'image.
M. Zibakalam a aussi estimé que le Parlement devrait "demander au ministère des Affaires étrangères quel est l'intérêt d'organiser une telle conférence alors que le dossier nucléaire iranien est au Conseil de sécurité" de l'ONU.
Il a ajouté enfin que "la négation de l'holocauste est une grande injustice devant la réalité" du génocide des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale
14 décembre 2006 à 11:082
"L'Iran importe 40% de sa consommation d'essence..."
Qui leur fournit cette essence ... Russie, pays du golfe ? Troc ou $ ?
Merci
15 décembre 2006 à 00:103
Pétrole : L’économie iranienne est un château de cartes IRAn -resist
20.01.2006
Le vice-président américain Dick Cheney a estimé vendredi « entièrement possible qu’il y ait un pic sur les cours du pétrole, s’il y avait une sorte de crise avec l’Iran, …mais ses conséquences seraient nettement moins significatives que les conséquences de voir Ahmadinejad avec l’arme atomique ». Cette crise affaiblira surtout la république islamique : explications.
L’Iran produit environ 4 millions de barils par jour et en exporte 2,4 millions. L’Iran second producteur de pétrole au monde importe 60 % de son pétrole raffiné : on imagine aisément l’éffondrement économique que provoqueraient des sanctions sur le pétrole et l’essence …
La manne pétrolière laisse supposer que l’économie iranienne est solide et que la hausse des prix du baril renfoncera le régime actuel : il n’en est rien, les comptes sont dans le rouge et le pétrole qui constitue 85% des exportations de l’Iran n’enrichit que les intermédiaires.
L’Iran vend du brut et …. achète des produits raffinés. Or les mollahs vendent le brut en Buy-Back à un prix inférieur à celui du marché et achètent l’essence au prix fort. La technique du buy-back lie la république des mollahs à des firmes comme TOTAL (Fr), Gazprom (Ru), Statoil (No), Petronas (Mal) et ce type de contrat continue d’affaiblir l’économie iranienne.
Le Buy-Back est l’offre qui permet de vendre un droit d’exploitation d’un montant fixe pour les puits de pétrole. La capacité du puits est évaluée par un expert (indépendant!) avant la vente et l’acheteur n’est pas tenu de réévaluer l’estimation au cours les forages. Ainsi, le prix correspond à une estimation invérifiable.
Le prix d’achat du baril en Buy-Back se situe aux environs de 8 à 15 $ quand les prix ne cessent d’augmenter sur le marché. Le prix d’extraction tourne autour de 4 $ le baril pour l’ensemble des pays producteurs du Golfe. Les vrais gagnants sont évidemment les firmes comme TOTAL, Gazprom, Statoil, Petronas qui refacturent le baril et l’essence au prix du marché aux consommateurs français !
15 décembre 2006 à 00:264
Pétrole : L’économie iranienne est un château de cartes IRAn -resist
20.01.2006
Le vice-président américain Dick Cheney a estimé vendredi « entièrement possible qu’il y ait un pic sur les cours du pétrole, s’il y avait une sorte de crise avec l’Iran, …mais ses conséquences seraient nettement moins significatives que les conséquences de voir Ahmadinejad avec l’arme atomique ». Cette crise affaiblira surtout la république islamique : explications.
L’Iran produit environ 4 millions de barils par jour et en exporte 2,4 millions. L’Iran second producteur de pétrole au monde importe 60 % de son pétrole raffiné : on imagine aisément l’éffondrement économique que provoqueraient des sanctions sur le pétrole et l’essence …
La manne pétrolière laisse supposer que l’économie iranienne est solide et que la hausse des prix du baril renfoncera le régime actuel : il n’en est rien, les comptes sont dans le rouge et le pétrole qui constitue 85% des exportations de l’Iran n’enrichit que les intermédiaires.
L’Iran vend du brut et …. achète des produits raffinés. Or les mollahs vendent le brut en Buy-Back à un prix inférieur à celui du marché et achètent l’essence au prix fort. La technique du buy-back lie la république des mollahs à des firmes comme TOTAL (Fr), Gazprom (Ru), Statoil (No), Petronas (Mal) et ce type de contrat continue d’affaiblir l’économie iranienne.
Le Buy-Back est l’offre qui permet de vendre un droit d’exploitation d’un montant fixe pour les puits de pétrole. La capacité du puits est évaluée par un expert (indépendant!) avant la vente et l’acheteur n’est pas tenu de réévaluer l’estimation au cours les forages. Ainsi, le prix correspond à une estimation invérifiable.
Le prix d’achat du baril en Buy-Back se situe aux environs de 8 à 15 $ quand les prix ne cessent d’augmenter sur le marché. Le prix d’extraction tourne autour de 4 $ le baril pour l’ensemble des pays producteurs du Golfe. Les vrais gagnants sont évidemment les firmes comme TOTAL, Gazprom, Statoil, Petronas qui refacturent le baril et l’essence au prix du marché aux consommateurs français !
15 décembre 2006 à 00:265
Iran : l’essence bientôt sous rationnement
05.11.2006
Le Parlement iranien a approuvé une dépense supplémentaire de 2 milliards de dollars pour importer de l’essence jusqu’à la fin de l’année iranienne (mars2007). Le Parlement pourrait prévoir des mesures de rationnement pour les automobilistes. Ce vote a été approuvé par 158 des 227 parlementaires islamiques iraniens.
L’Iran produit environ 4 millions de barils par jour et en exporte 2,4 millions. L’Iran, second producteur de pétrole au monde, importe 60 % de son pétrole raffiné. Les raffineries iraniennes, autrefois les plus importantes raffineries au monde, sont dans état de délabrement avancé et n’ont qu’une capacité de 42 millions de litres/jour (chiffre officiel et gouvernemental) pour une demande de près de 80 millions de litres.
Le pays est aussi l’un des plus grands importateurs de pétrole raffiné. En février 2006, le Parlement de la république islamique avait approuvé un budget en expansion d’un montant de 2,5 milliards, mais on constate que ce budget a déjà été englouti et qu’il faut de toute urgence prévoir son dédoublement. Cette rallonge s’explique partiellement par la hausse des prix du pétrole qui font augmenter le prix de l’essence, la stagnation des revenus pétroliers iraniens soumis aux contrats buy-back, mais aussi par la contrebande du pétrole (l’essence subventionné est revendu en Turquie).
Kamal Daneshyar, président de la commission iranienne de l’énergie, a annoncé que les députés allaient se pencher sur l’étude d’un nouveau mécanisme de distribution de l’essence. Selon lui, il n’y a pas plus de trois solutions : soit rationner, soit vendre l’essence à 3000 rials le litre (une multiplication des prix par 3), soit la vendre à 5000 rials le litre (x5). On se souviendra qu’au temps du Shah, le litre de super était à moins de 10 rials et qu’aujourd’hui il est à environ 1100 rials.
Le même Daneshyar a parlé d’un risque de rationnement dès le 22 décembre, mais il a ajouté que le rationnement pourrait être source de corruption (trafic, revente, etc.)
15 décembre 2006 à 00:33Ajoutez un commentaire
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