Iran et nucléaire : réunion des Six ... et de l'hypocrisie ?

Iran_major_oilfields78 Dressons le tableau : d'un côté Six grandes puissances officiellement inquiètes – voire indignées – du projet d'enrichissement d'uranium de l'Iran. Mais de l'autre ... la plus grande part de ces mêmes Etats ou de leurs compagnies pétrolières, partenaires de Téhéran dans les domaines gaziers et pétroliers ... y compris - certes en toute discrétion - l'Allemagne et les USA.

Scénario totalement irréaliste ? Détrompez-vous .. C'est bien cette situation ubuesque qui tiendra lieu de décor de la réunion des Six mardi à Paris. Nous guetterons les communiqués officiels qui ne manqueront pas de paraître à l'issue de la réunion, soyez-en sûrs.

I – Réunion sur le nucléaire mardi à Paris

Une réunion des directeurs politiques des ministères des Affaires étrangères des Six (France, Royaume-Uni, Russie, Allemagne, Etats-Unis et Chine) aura lieu à Paris mardi, a annoncé lundi le porte-parole du Quai d'Orsay Jean-Baptiste Mattéi. Cette réunion, avec la participation d'un représentant de Javier Solana, Haut Représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune de l'UE (PESC) et Secrétaire Général du Conseil de l'Union européenne vise officiellement à faire le point sur le dossier nucléaire iranien.

Vendredi, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, en visite en Jordanie, avait évoqué quant à lui la tenue d'une réunion à haut niveau sur ce dossier pour le début de cette semaine. Selon lui, cette rencontre, à la suggestion de Paris, devait se concentrer sur le projet de résolution de l'ONU sur l'Iran. Ce dernier ne fait toujours pas l'unanimité parmi les Six, Moscou et Pékin s'opposant à des sanctions aussi dures que celles souhaitées par l'UE et les USA. La Russie et la Chine qui entretiennent des relations  économiques étroites avec l'Iran .... mais qui nous le verrons sont loin d'être les seules - estiment que les mesures sont  trop sévères, alors que les Etats-Unis veulent au contraire  continuer à renforcer le texte.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a indiqué de son côté que la Russie partait du principe "que le but de ce document ne sera pas de punir l'Iran". Moscou est avant tout opposé à des sanctions individuelles telles que l'interdiction de voyager et le gel des avoirs financiers à l'étranger contre les Iraniens associés à ces activités.

II – La France souhaite accélérer les choses

La France a déclaré vendredi que le projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU  imposant des sanctions à l'Iran dans l'affaire du nucléaire devait être accéléré. Le porte-parole du ministère  français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi a ainsi laissé entendre qu'il fallait désormais que "cette résolution puisse maintenant être approuvée  dès que possible". 

Cette déclaration intervient alors que la secrétaire d'Etat  américaine, Condoleezza Rice, a annoncé jeudi que les Etats-Unis  pourraient tenter de faire passer en force cette résolution au  Conseil de sécurité, en dépit des objections de la Russie.  Paris avait annoncé mardi qu'un projet de résolution prenant en compte "les préoccupations des uns et des autres" avait été  transmis par la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni à la Russie, à la Chine et aux Etats-Unis. 

En marge de la réunion de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à Bruxelles, le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy a dit avoir "évoqué la situation" avec son homologue russe: "Nous sommes d'accord avec la Russie pour adopter les sanctions contre les programmes proliférants iraniens, c'est-à-dire les activités nucléaires sensibles et les programmes balistiques." "Nous souhaitons parvenir au plus large accord possible au sein du conseil de sécurité" et "réaffirmer l'unité de la communauté internationale", a ajouté M. Douste-Blazy, estimant que "nous devons désormais maintenant trouver un accord sur ceci", pour "trouver à la fois un projet ferme et efficace".

III – La Chine s'accorde avec l'Iran sur le gaz

Alors que les Six (France, Royaume-Uni, Russie, Allemagne, Etats-Unis et Chine) doivent se réunir mardi en vue d'examiner le dossier nucléaire iranien, la compagnie nationale iranienne d'exportation de gaz vient de conclure un accord avec la société chinoise PetroChina. Selon l'accord conclu mardi entre la NIGEC iranienne et PetroChina, trois millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) seront exportées par an depuis le projet iranien de Pars LNG, à partir de 2011 et pour une période de 25 ans. Ce dernier, l'un des trois projets de production de gaz naturel liquéfié iranien, est mené par un consortium rassemblant la compagnie nationale pétrolière iranienne (NIOC), le pétrolier français Total et le malaisien Petronas.

Pars LNG doit être alimenté en gaz par la production de la phase 11 du champ gazier offshore de South Pars, mais le contrat de développement de cette phase n'a toujours pas été conclu. "La décision finale d'investissement dans le projet Pars LNG sera faite au début 2007", a dit M. Zamani.

Pour rappel, la compagnie pétrolière publique chinoise China National Offshore Oil Corp (CNOOC) est en discussions avec la Société nationale iranienne du pétrole (INOC) pour prospecter le gisement offshore de gaz naturel de Pars-Nord. CNOOC serait chargé de construire une usine de gaz naturel liquéfié et des infrastructures de transport, en contrepartie de quoi, il se verrait assuré d'un approvisionnement en gaz pendant 25 ans via l'exploitation de ce gisement à environ 85 kilomètres au nord de Pars-Sud. La Chine consomme quelque 43 milliards de m3 de gaz par an mais ses besoins pourraient atteindre 113 milliards d'ici à 2015, selon des experts.

IV - La Russie et Lukoil intéressés par le pétrole de l'Iran

Le géant pétrolier russe Lukoil a manifesté dernièrement son intérêt pour le gisement iranien d'Azadegan, l'un des plus grands du monde, dont les réserves sont estimées à 26 milliards de barils.

En février 2004, la Compagnie nationale iranienne de pétrole (NIOC) a signé avec le japonais Inpex un contrat sur la mise en valeur du gisement d'Azadegan. Le contrat prévoyait deux ans et demi pour lancer le projet, mais il devient automatiquement caduc à l'issue de cette période. Inpex envisageait de lancer la production en 2007, avec une extraction journalière de plus de 400.000 barils, mais le projet estimé à 2 milliards de dollars n'est toujours pas réalisé.

La part de la compagnie japonaise dans le projet Azadegan a été abaissée de 75% à 10%, et le statut d'opérateur est passé à l'Iran. Les autorités iraniennes n'excluent pas qu'un autre partenaire étranger soit invité à exploiter le gisement.

La Russie n'a pas manqué de temps pour récupérer le morceau... de là qu'elle ait négocié avec l'Iran pour obtenir la main-mise sur le champ en échange de son soutien sur le dossier nucléaire ... il n'y a peut-être pas loin. Cette opération pourrait s'avérer être par ailleurs une nouvelle pression exercée par la Russie et l'Iran afin que le Japon accepte de s'associer à eux dans le cadre d'un consortium d'enrichissement d'uranium. Pour rappel, Areva déjà associé à la Russie dans le domaine du nucléaire civil, vient également de bâtir un partenariat avec le japonais Mitsubishi.

V - Négociations France/Iran : TOTAL et GDF

Au mois de mars dernier, Gaz de France a reconnu être en discussion avec Total et les autorités iraniennes pour prendre une participation dans le projet d’importance majeure de production de gaz naturel liquéfié Pars GNL. Les pourparlers seraient en cours mais ne seraient pas finalisés à l’heure actuelle.

Selon le journal « Les Echos », le groupe GDF négocierait l'achat à long terme de 1,5 à 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an, entre 2010 et 2035 et envisagerait de prendre de 8 à 10% dans l'un des blocs de l'immense gisement gazier de Pars-Sud et une part de 4 à 5% dans l'usine de liquéfaction qui serait alors construite sur la côte iranienne. Ce projet l'amènerait à investir entre 250 et 350 millions de dollars.

L'Iran va signer des contrats avec Shell, Total et l'espagnol Repsol pour développer des projets dans l'immense gisement de gaz de Pars-Sud, dans les eaux du Golfe, avait annoncé fin février un responsable iranien. "Les contrats seront probablement signés" dans les prochains jours, avait alors déclaré Akbar Torkan, le directeur général de la compagnie publique Pars Oil and Gas Company (POGC), en charge du champ pétrolier. Les contrats concernent les phases 11 et 13 du gisement et sont destinés à la production de gaz naturel liquéfié (GNL) pour l'export. Total travaillera sur la phase 11, avec un projet appelé Pars GNL, tandis que Shell et Repsol travailleront sur la phase 13, avec un projet appelé Persian GNL. Les compagnies collaboreront avec la Compagnie nationale iranienne de pétrole (NIOC). L'investissement pour chaque phase est estimé à entre 1.2 et 1.5 milliard de dollars.

Le gisement de gaz de Pars-Sud est situé dans la partie centrale du golfe Persique à 100 km des côtes iraniennes et ses réserves sont estimées à 12 600 milliards de mètres cubes de gaz. Après la Russie, l'Iran possède les gisements de gaz les plus importants du monde qui sont estimés à 24 000 milliards de mètres cubes, soit 16% des réserves mondiales. Près de la moitié des réserves iraniennes sont concentrées dans des gisements offshores du golfe Persique.

Sources : AP, AFP, Ria Novosti, Xinhua

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6 Commentaires

  1. 1

    elisabeth

    bien sur la carte vient de la Bibliothèque en ligne de l'Université du Texas ... par ailleurs très fournie en cartes.

  2. 2

    totor

    l'iran serait il un sous pays ? moi pas comprendre pourquoi certains pays ont l'arme nucleaire et pas d'autres . c'est pour mieux les controler mon enfant !

  3. 3

    Elisabeth

    Et oui, mais manque de chance pour ceux qui veulent tout "controler" , leurs "victimes " sont très riches en pétrole.*

    Impressionnant, tout de même de voir que tous les pétroliers sont plus ou moins en negociations avec l'Iran voire déjà présents.

    Statoil ( Norvège) également, je recherche pour Shell et BP

  4. 4

    Nouvelle du front ;)

    Mardi 5 décembre 2006
    Nucléaire iranien: les "Six" toujours pas d'accord sur les sanctions


    Les "Six" chargés du dossier nucléaire iranien n'ont pas réussi à se mettre d'accord mardi soir à Paris sur la nature et l'ampleur des sanctions à infliger à l'Iran, en raison notamment de réticences exprimées par la Russie.

    Réunis pendant plusieurs heures au ministère des Affaires étrangères, les représentants des Six (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Allemagne et Royaume-Uni) ont eu "une discussion approfondie" sur un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU visant à sanctionner à Téhéran, qui refuse de suspendre son programme d'enrichissement de l'uranium.

    "Nous avons accompli des progrès substantiels sur le champ des sanctions, en ciblant les activités sensibles en termes de prolifération", assure un texte diffusé à l'issue de la rencontre par le ministère français.

    Mais "il reste plusieurs questions en suspens, sur lesquelles nous allons poursuivre la réflexion dans les jours prochains", selon ce texte, qui assure que les Six sont "maintenant proches de la conclusion de ce processus".

    "La prochaine étape aura lieu à New York", indique le communiqué sans autre précision.

  5. 5

    position russie

    Moscou pourrait appuyer des sanctions


    Après avoir hésité à cautionner la méthode américaine, brandissant même son « niet » au Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie se dit maintenant prête à appuyer des sanctions visant à empêcher l'Iran de se procurer des matériaux nucléaires et des technologies « sensibles ».

    L'annonce a été faite par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, actuellement en visite en Jordanie.

    Le chef de la diplomatie russe a également a annoncé la tenue, en début de semaine prochaine, d'une réunion des directeurs politiques des ministères des Affaires étrangères du groupe P5+1 pour discuter du projet de résolution de l'ONU sur le programme nucléaire iranien. Ce groupe comprend les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l'Allemagne.

    Contrariés par les hésitations de certains membres du Conseil de sécurité, dont la Russie, à sanctionner l'Iran, les États-Unis ont annoncé jeudi qu'ils pourraient tenter de faire passer en force une résolution de l'ONU imposant des sanctions contre l'Iran

  6. 6

    Elisabeth

    comme quoi, je ne dis pas que des betises :-)

    cf la une du Monde d'aujourd'hui

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/05/15/la-bataille-pour-le-gaz-iranien-ne-fait-que-commencer_1045370_3218.html

    "La bataille pour le gaz iranien ne fait que commencer"

    ... pour moi elle existe depuis le début !!!

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