Le géant gazier russe Gazprom va devenir l'actionnaire majoritaire du projet Sakhaline-2 avec 50% plus une action pour 7,45 milliards de dollars.
Cette opération se fait notoirement aux dépens du groupe anglo-néerlandais Royal Dutch Shell, lequel avait du mener des négociations très serrées sur le sujet, Gazprom usant de tous les moyens pour freiner l'activité de ses “partenaires”. L'argument écologique a même été un élément majeur du dossier.
Mais la volonté de Poutine de garder la main-mise sur ces géants champs gaziers n'est plus un secret pour personne.
I – Shell et Japonais grands perdants de la bataille
Un accord était attendu cette semaine concernant cet immense projet développé dans l'Extrême-Orient russe par Shell et les sociétés de négoce japonaises.
Le groupe anglo-néerlandais voit ainsi sa part dans le projet réduite de 55% à 27,5%, tandis que celle des groupes japonais Mitsui et Mitsubishi est divisée par deux, à respectivement 12,5% et 10%.
Le communiqué de Shell indique que Gazprom prendra la direction de ce projet de 22 milliards de dollars, se substituant au pétrolier anglo-néerlandais qui apportera sa contribution à la gestion et agira en tant que conseiller technique.
II – Pression plus que probable des autorités russes
Sakhaline-2 fait depuis des mois l'objet d'une série d'attaques par les autorités russes, qui étaient soupçonnées d'exercer par ce biais des pressions pour obtenir un contrôle partiel du projet, via Gazprom. Les négociations que Gazprom a menées avec Shell sur sa participation au projet et la production de gaz liquéfié ont ainsi pris deux ans.
En septembre dernier, le Parquet général russe avait ainsi annoncé qu'il annulait "par décret" l'expertise écologique dite SEER 2003 (State Ecological Expert Review), un document relatif au respect de l'environnement qui permettait à Shell de développer la phase deux de son projet. Shell s'était alors déclaré "sûr" de la conformité de son projet aux normes écologiques russes et a estimé qu'il n'y avait aucune base légale à la révocation du projet.
Le parquet régional de l'île de Sakhaline, en Extrême-Orient russe, a annoncé récemment avoir dépisté plus de 100 violations de la législation commises par Sakhalin Energy, opérateur du projet pétrolier Sakhaline-2, et ses sous-traitants. Un porte-parole du parquet a fait état de dommages à l'environnement estimés à des dizaines de millions de dollars: coupes de bois illégales, pêche au saumon perturbée, etc. Des enquêtes judiciaires avaient également envisagées pour violations de la législation du travail et sur les migrations.
Mais certains experts estiment toutefois que l'argument écologique n'est qu'un prétexte du Kremlin pour contrôler de plus près un secteur stratégique. Le président russe a cependant démenti toute campagne de sape menée contre le projet, évoquant le fait que Gazprom et Shell étaient "en discussions bien avant l'apparition de questions qui fâchent".
III – Poutine satisfait de l'accord
On n'en attendait pas moins de Poutine. Le président russe s'est dit "satisfait" jeudi de l'accord sur l'entrée du géant Gazprom comme actionnaire majoritaire dans le projet Sakhaline-2 du groupe anglo-néerlandais Shell.
"La Russie est satisfaite de l'approche sérieuse des partenaires", a déclaré le président russe devant la presse au Kremlin, après une rencontre avec les présidents des entreprises actionnaires (Shell, Mitsubishi, Mitsui) et Gazprom. "Je suis heureux de constater que les instances écologiques russes sont tombées d'accord (avec les investisseurs) sur la façon de résoudre les principales questions", a-t-il ajouté.
"Tous les actionnaires actuels vont diviser de moitié leurs parts et Gazprom disposera d'une part supplémentaire de Shell", a commenté à son tour le président de Shell, Jeroen van der Veer.
IV – Shell pourra-t-il honorer ses contrats ?
Shell sera donc en mesure d'honorer ses contrats avec le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis pour la fourniture de gaz naturel liquéfié. Les premières livraisons sont prévues pour l'été 2008.
"Principal actionnaire du projet désormais, nous ferons tout ce qui est possible pour faire démarrer l'activité du site le plus vite possible", a déclaré pour sa part Alexeï Miller, directeur général de Gazprom.
Cette annonce soulève toutefois plusieurs interrogations sur la capacité de Shell à renouveler ses approvisionnements. Shell a concédé que l'opération aurait un impact sur la quantité de ses réserves et a averti que, de ce fait, ses perspectives de production seraient probablement revues.
Le directeur général de Shell, Jeroen Van der Veer, a estimé que cet impact serait surtout visible à court terme. "Bien sûr, il y aura des conséquences sur le niveau des réserves mais quand j'examine le futur du groupe, je constate que nous avons devant nous des opportunités formidables."
Un analyste a estimé que cette transaction constituait le "pire scénario" possible. D'autres se sont montrés plus enthousiastes.
Le problème crucial est donc de déterminer quels sont les niveaux des réserves et le montant des approvisionnements de Shell. Ces interrogations devront se faire encore plus vives en février prochain à l'approche de la communication des résultats 2006 de l'entreprise.
V – Le budget 2007 fixé à plus d'un milliard de dollars
Le conseil de surveillance du projet Sakhaline-2 a approuvé le programme de travaux et le budget 2007 au niveau de 1,17 milliard de dollars. Cette somme pourrait être augmentée au début de l'année prochaine à un montant de 20 milliards de dollars.
Ces fonds seront employés à la construction d'une usine de GNL, de canalisations et d'une unité de production côtière, a expliqué Igor Ignatiev, représentant de Sakhalin Energy (opérateur du projet). En 2005, le consortium a demandé une augmentation du coût du plan global décidé pour la période jusqu'en 2014 en le portant de 10 à 20 milliards de dollars. Au cas où le nouveau budget serait avalisé et le plan global modifié, le budget de l'année prochaine serait revu, a ajouté Igor Ignatiev.
Le budget approuvé n'est qu'un point de repère car les dépenses réelles chez les opérateurs de projets réalisés en partage de la production sont toujours plus élevées, estime le porte-parole de Zajoubejneft, société mandatée pour la réalisation des projets en partage de production. En 2005, l'excédent des dépenses de Sakhaline-2 a atteint 61% (4,05 milliards de dollars). Cette année, d'après les estimations préalables, les dépenses réelles seront de 4,1 milliards de dollars au lieu des 2 milliards initialement approuvés, selon la même source.
L'entrée de Gazprom dans le projet n'aura pas d'incidence sur l'approbation des dépenses, a assuré Sofia Maliavina, représentante du ministère de l'Industrie et de l'Energie.
VI – L'enjeu de Sakhaline pour Gazprom et la Russie
L'accord sur le partage de la production dans le cadre du projet Sakhaline-2 a été signé le 22 juin 1994. La Russie y est représentée par le gouvernement fédéral et la région de Sakhaline.
Deux grands gisements de pétrole et de gaz, dont les réserves exploitables sont estimées à 150 millions de tonnes de pétrole et à 500 milliards m3 de gaz sont mis en valeur dans le cadre de ce projet qui prévoit en outre la création d'une importante usine de liquéfaction de gaz, d'une capacité de 9,6 millions de tonnes de combustible par an.
Les contrats passés dans le cadre du projet Sakhaline-2 portent sur la livraison de la quasi-totalité de la production de GNL aux Etats-Unis, au Japon et à la Corée du Sud. En achetant 50% du projet, Gazprom assume les risques de financement. D'autre part, l'opértaion permettrait à l'opérateur gazier russe de déboucher directement, par des contrats à long terme, sur les plus importants consommateurs de GNL du monde, à savoir la Corée et le Japon.
Mais l'élément majeur demeure bien là : au début des années 90, la Russie qui avait besoin de renflouer ses caisses avait proposé à des groupes pétroliers étrangers d’investir dans ses réserves d’hydrocarbures dans le cadre d’accords de partage de production. Aujourd’hui plus sereine sur le plan financier, elle cherche à remettre en cause ces accords par tous les moyens en sa spossessions.
Pour Gazprom et l’Etat, Sakhaline 2 est un morceau juteux. Son infrastructure entièrement construite, ses réserves avérées se montant à 633 milliards m3 de gaz et un gazoduc qui relie le nord (à proximité duquel se trouvent les champs offshore) au sud de l’île (en face du Japon) pratiquement construit suscitent un vif intérêt de la part de Gazprom. Cet intérêt est d’autant accru que le projet est orienté vers les marchés d’exportation de gaz liquéfié japonais et nord américain qui progressent au rythme de 30 % par an. De plus, le gazoduc reliant les champs de production au Nord avec l’usine de liquéfaction au Sud peut, avec son débit de 14 Mrds de m3 devenir une excellente route d’exportation de gaz naturel si dans l’avenir Sakhaline 2 ou les autres projets de l’ile augmentent leur production, ce qui est envisagé par les autorités russes.
Sources: AFP, Reuters, Ria Novosti, Le Courrier de Russie
A lire également :
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. Russie:retrait de licence de Shell sur Sakhaline, bientôt Total ?

5 Commentaires
1
Gisement de Khariaga: Total serait obligé de partager sa licence avec Lukoil (Kommersant)
13:55 | 22/ 12/ 2006
MOSCOU, 22 décembre - RIA Novosti. La commission pour le rappel des licences de l'Agence fédérale pour le contrôle de l'exploitation des ressources minérales analysera l'accord sur le gisement de Khariaga que le groupe français Total met en valeur aux termes d'un accord sur le partage de la production.
Les experts soulignent que la licence ne pourra être révoquée qu'en résiliant l'accord, ce qui n'aura vraisemblablement pas lieu. Mais ils n'excluent pas que les autorités russes puissent insister sur une augmentation de la participation de la Russie à ce projet au niveau de 50%. Le prétendant essentiel est Lukoil.
22 décembre 2006 à 14:402
Une opposition à Poutine ?
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Expansion de Gazprom : un ministre russe critique un "retour au 19è siècle"
AFP 16.02.07 | 13h10
Le ministre russe du Développement économique Guerman Gref a critiqué vendredi la politique d'expansion tous azimuts du géant gazier Gazprom, estimant qu'elle risquait de renvoyer le pays au "capitalisme monopolistique du 19è siècle", selon les agences russes. "Si tous les actifs de Gazprom, qui valent déjà plus de 300 milliards de dollars sont employés dans toute l'économie, on se retrouvera avec le capitalisme d'Etat monopolistique du XIXè siècle, et cela renverra notre pays loin en arrière", a-t-il déclaré lors d'un forum économique à Krasnoïarsk, en Sibérie. Le ministre s'en est pris en particulier au projet de joint-venture entre Gazprom et le producteur houiller russe SUEK, qui vise à réunir leurs actifs électriques et charbonniers. Selon lui, cela constitue "une pratique dangeureuse pour la politique économique du pays". M. Gref n'est pas le seul à se montrer critique envers ce projet : Anatoli Tchoubaïs, le patron du géant russe de l'électricité SEU, a pour sa part estimé qu'il s'agit d'"un grand succès pour les actionnaires de SUEK et d'une grande erreur de l'Etat".
17 février 2007 à 20:033
Pour compléter votre dépêche, un article paru le 13 février sur Ria Novosti.
MOSCOU, 13 février - RIA Novosti. Anatoli Tchoubaïs, président de la Société Systèmes énergétiques unifiées (RAO SEU), estime que Gazprom devrait se concentrer sur son activité première: le gaz.
"Je trouve anormal que Gazprom enregistre de bons résultats dans le pétrole et maintenant dans la houille, mais pas dans le gaz", a estimé M. Tchoubaïs dans un entretien avec les journalistes mardi, donnant son avis à propos de la récente déclaration de Gazprom et de la Compagnie énergétique houillère de Sibérie (SUEK) sur la création d'une entreprise mixte.
Il a noté que son avis sur cette question n'avait pas changé.
"Je pense que le capitalisme d'Etat est une impasse et que les "capitalistes d'Etat" finiront par s'en convaincre", a estimé le président du grand holding énergétique russe.
A son avis, Gazprom devrait se concentrer sur la production de gaz.
Plus tôt, M. Tchoubaïs avait estimé dans une déclaration que le marché entre Gazprom et SUEK visant à unifier leurs actifs énergétiques était un grand succès des actionnaires de SUEK et une grande erreur de l'Etat russe.
La semaine dernière, Gazprom et SUEK ont signé un protocole d'intention annonçant la création d'une compagnie conjointe basée sur leurs actifs électro-énergétiques et houillers.
Selon des prévisions, ce marché sera concerté et achevé dans la première moitié de 2007. Au sein de la nouvelle compagnie, Gazprom détiendra 50% plus une participation, SUEK 50% moins une participation.
SUEK est la plus importante compagnie houillère russe. La société assure 30% des livraisons de houille de chaudière sur le marché intérieur et environ 20% des exportations de cette matière première. En 2006, les entreprises de SUEK ont produit 89,7 millions de tonnes et vendu 85,7 millions de tonnes de houille. Les exportations de ce groupe se sont élevées à 23,7 millions de tonnes en 2005. SUEK est le plus gros actionnaire privé des compagnies d'électricité de Sibérie et d'Extrême-Orient russe.
17 février 2007 à 21:164
Ca me semble très surprenant tout de même , une opposition forte contre Poutine ? et qui visiblement n'aurait pas peur de l'être ? donc des appuis ?
j'essaie de "gratter" pour voir à quel groupe appartiennent ceux qui osent braver Poutine , c'est tout de même très intéressant.
17 février 2007 à 23:41J'ai lu par ailleurs dans l'Express que Norisck Nickel reprenait du poil de la bête puisqu'il achetait un groupe aurifère russe.
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Les secousses continuent après un séisme à Sakhaline
12:05 | 02/ 08/ 2007
IOUJNO-SAKHALINSK, 2 août - RIA Novosti. Les sismologues ont enregistré plus de 20 secousses telluriques dans le sud de Sakhaline après un séisme qui s'y est produit jeudi matin.
La plus grande secousse, d'une magnitude de 6,1 sur l'échelle de Richter, a été enregistrée à 16h02, heure locale (09h02, heure de Moscou). L'épicentre du tremblement de terre se trouvait à 30 km de Ioujno-Sakhalinsk.
Les secousses ressenties à Ioujno-Sakhalinsk ont été, au maximum, d'une magnitude de 3 à 4. Comme le rapporte le correspondant de RIA Novosti, les meubles ont tremblé à l'intérieur des bâtiments, les lustres se sont mis à se balancer, ce qui a poussé de nombreux habitants de la ville à sortir dans les rues.
Selon les sismologues, de nouvelles répliques pourraient encore suivre.
Un séisme d'une magnitude de 6,8 est survenu dans le sud de Sakhaline à 13h37, heure locale (06h37, heure de Moscou). Selon l'information de la station sismologique Ioujno-Sakhalinsk, l'épicentre du tremblement de terre était situé à environ 60 km de Ioujno-Sakhalinsk.
02 août 2007 à 10:44La force des secousses a été de 6 à 7 à Nevelsk, de 5 à 6 à Kholmsk et de 3 à 4 à Ioujno-Sakhalinsk. Le séisme a fait un mort à Nevelsk et occasionné des dégâts.
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