Les syndicats CGT et Sud de France Télécom ont appelé mercredi les 121.000 salariés du groupe à une journée nationale d'actions et de grève avec un arrêt de travail de 24h, jeudi 14 décembre, contre la mise en oeuvre de 22.000 suppressions d'emplois annoncées en février.
Les récents propos tenus par Didier Lombard lors d'une assemblée d'une associations de cadres de l'entreprise ne sont peut-être pas totalement étrangers à la mise en oeuvre de tels mouvements. A noter que les filiales mobiles de l'opérateur en Belgique (Mobistar) et Suisse se tournent résolument quant à elles vers l'externalisation de leurs activités.
I – Une grève programmée le 14 décembre
La grève, a été annoncée mercredi par les deux syndicats, représentant 52% des votes aux élections représentatives du personnel en 2004. elle est “symboliquement” programmée le jour où Matignon organise la Conférence nationale sur l'emploi et les revenus.
Selon les syndicats, la dernière grève nationale lancée à France Télécom remonte au 26 novembre 2002. Ils avaient alors appelé les salariés à manifester contre le "projet d'économie budgétaire" présenté par le précédent Pdg Thierry Breton, devenu depuis ministre de l'Economie et des finances.
"La fédération Sud appelle le personnel à agir massivement par la grève contre la mise en oeuvre brutale des mesures de suppressions d'emploi et de mobilité forcée", déclare Sud-PTT."Cette action vise à marquer un premier rapport de force pour que la direction comprenne, nationalement et dans chaque service qui sera en grève, que les pressions, le harcèlement professionnel, la déqualification, la pression sur les salaires, tout cela suffit!", poursuit-il. "Les salariés ne peuvent continuer à être la cible des attaques sans merci d'une direction dont les choix désastreux ont déjà démontré les dégâts que cela pouvait occasionner pour l'entreprise", fait valoir la CGT.
En fin d'après-midi mercredi, la direction a indiqué n'avoir reçu aucun préavis de grève, et a assuré qu'un éventuel mouvement ne créerait pas de perturbations pour les clients.
France Télécom a annoncé en février 22.000 départs naturels en France entre 2006 et 2008, et 6.000 embauches sur cette même période. La direction avait alors annoncé que les départs devaient se faire par départs en retraite, congés anticipés de fin de carrière (CFC), et transferts de personnels fonctionnaires vers la Fonction publique.
France Telecom est un groupe privé depuis le 31 décembre 2003. 32,5% du capital reste détenu par l'Etat, 3,5% par les salariés, les 64% restants sont détenus par des capitaux privés.
II – Fuite d'informations organisée ?
Plusieurs syndicats s'inquiètent – depuis quelques jours déjà - des "menaces" "vis à vis du personnel et des cadres" qu'aurait proférées la direction de France Telecom dans le cadre d'une réunion d'une association de cadres supérieurs et concernant la mise en oeuvre des 22.000 suppressions d'emplois annoncées en février par le groupe.
Nombre de salariés n'hésitent pas à comparer l'opération à une manipulation voire à une fuite organisée... en vue de préparer les mentalités et sans que personne ne puisse juridiquement s'opposer faute de déclaration officielle.
Le directeur de France Telecom Didier Lombard a déclaré dans un discours devant une association de cadres supérieurs le 20 octobre, que "si on n'arrive pas à faire ça (22.000 départs) on n'échappera pas à des mesures plus radicales." Ces propos ont été confirmés à la suite au cours d'un CCE extraordinaire par le directeur exécutif chargé des ressources humaines, Olivier Barberot, a précisé un élu du CCE, Christian Pigeon (Sud).
"Ce sera un peu plus dirigiste que par le passé", a annoncé M. Lombard dans son discours. "Il faut bien se dire qu'on ne peut plus protéger tout le monde.(...) En 2007, je ferai les départs d'une façon ou d'une autre", a-t-il ajouté, tandis que son directeur exécutif Olivier Barberot a déclaré: "On ne va plus être dans un discours basé sur un volontariat un peu mou, on va être beaucoup plus systématique".
Néanmoins le compte-rendu de la réunion circule par mail dans tout le groupe, provoquant une sorte d'effet boule de neige. Si on voulait préparer le personnel à d'éventuelles coupes sombres voire des méthodes plus radicales, on ne s'y prendrait pas autrement.
Les élus du CCE ont condamné dans une motion "les choix et les méthodes utilisés par la direction pour liquider les emplois". Le pdg de France Télécom Didier Lombard "use de la menace vis à vis du personnel et des cadres de l'entreprise", a estimé Sud, proposant aux autres syndicats "une première réponse unitaire dans les semaines qui viennent".
La décision de supprimer 22.000 emplois en 3 ans est "un choix exclusivement financier", selon Elisabeth Roye (CGT). "La direction veut s'assurer un cash flow de 7 milliards d'euros pour donner 3,2 milliards en dividende aux actionnaires", assure-t-elle. "Il semble que la direction ne soit pas satisfaite de la manière dont les départs se font et travaille sur des mesures visant à rendre ces départs plus systématiques. Elle joue sur un climat de peur en disant aux salariés, si vous refusez de partir, on va vous y forcer", ajoute-t-elle.
Pour Jacques Lemercier (FO), M. Lombard a eu des "propos provocateurs", et les cadres sont "très traumatisés". "Il y a une forte inquiétude, et une forte pression sur les manageurs locaux, pour les inciter à procéder aux suppressions d'emplois", a-t-il ajouté.
III - Orange Suisse envisage de sous-traiter la gestion de son réseau
Dans le but affiché de réduire ses coûts, Orange Suisse envisage d`externaliser la gestion de son réseau technique. La mesure, prévue pour fin 2007, devrait être décidée sous peu. Elle concerne 400 des 1500 employés de la filiale de France Télécom.
Le projet se situe au stade des évaluations mais les choses avancent rapidement, a révélé une source proche du dossier. Orange compte en fait appliquer à la Suisse la politique de sa filiale belge Mobistar, qui vient de décider d'externaliser son réseau technique.
Les Syndicat de la communication indique avoir été informé de l'existence d'un projet, à l'instar du personnel, mais sans plus. "Nous exigeons pour la suite de pouvoir négocier avec la direction", explique son vice-président Alain Carrupt, qui relève l'émergence d'une inquiétude croissante parmi les employés.
La mesure prévoit qu'Orange garde la propriété des équipements mais n'en assure plus la gestion. Sont concernés les activités de "rollout" (déploiement du réseau d'antennes), l'ingénierie (architecture, planification et implémentation du réseau mobile) et le domaine opérationnel (opérations et maintenance). L'entreprise justifie leur externalisation par la baisse constante des coûts d'interconnexion imposée par le régulateur.
La rationalisation devrait entraîner des suppressions d'emplois. Les employés concernés craignent en outre une dégradation des conditions de travail. Une partie des travaux pourra notamment être accomplie à distance à partir d'un autre pays.
Le projet devrait déjà aboutir, avant fin 2006, sur le choix d'un prestataire, avant concrétisation entre mars et juin. Les équipementiers français Alcatel, suédois Ericsson et finlandais Nokia, semblent bien placés.
Orange Suisse travaille à la réduction de ses coûts depuis plusieurs mois déjà. L'opérateur a annoncé en juin l'externalisation d'une partie de son call center pour clients privés de Zurich à Swiss Contact Management Group (SCMG). Les 64 employés concernés ont reçu une garantie d'emploi et de salaire de douze mois.
IV – La grève est suspendue chez Mobistar (Orange)
Alors que Mobistar (groupe Orange) vient récemment d’annoncer qu’il allait sous-traiter la maintenance de son réseau mobile, les syndicats avaient déposé un pré-avis de grève et avaient cessé la surveillance du réseau la nuit et les week-ends.
Le conseil d’administration de Mobistar se prépare en effet à externaliser le service en charge de la gestion du réseau mobile. Il a ainsi récemment approuvé la mise en sous-traitance d'une partie de ces activités réseau. 174 employés seront transférés chez l’équimentier français Alcatel ou le suédois Ericsson, par ailleurs actuels fournisseurs du groupe Orange. La décision serait justifiée par un besoin de réduction des coûts provoqué par la maturité du marché, la prochaine diminution des frais de roaming imposée par la commission européenne, ainsi que par la baisse des recettes provenant des frais d’interconnexion entre les opérateurs, consécutive à la décision du régulateur.
Les syndicats de Mobistar ont néanmoins suspendu in extremis le mot d'ordre de grève prévu pour le début de semaine. Direction et syndicats sembleraient en bonne voie pour tomber d'accord sur le projet d'externalisation de la maintenance du réseau.
Les syndicats ont ainsi obtenu que les 174 salariés Mobistar concernés soient tous transférés d’une entreprise à l’autre en gardant leurs avantages et salaires, et ce, pour une durée minimale de 18 mois (pas de licenciements prévu). Le nouveau lieu de travail sera maintenu en région bruxelloise tandis que le transfert commencera début janvier plutôt que mi-décembre.
Les négociations se poursuivent avec pour objectif de signer une convention collective dans les prochaines semaines. La direction regrette que les syndicats aient lancé un mot d’ordre de grève avant d’avoir commencé à discuter, mais s’est réjouie ce matin que ce dossier avance bien. Bernard Moschni a également confirmé qu’il n’y a pas d’autres projets d’outsourcing prévu dans le budget 2007 de l’entreprise.
Sources : AFP, Comparatel, ATS, Astel.be
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3 Commentaires
1
en ce qui concerne la photo : Les demoiselles du téléphone : certains comparent le travail sur plateau/ centres d'appels à celui effectué par nos chères "demoiselles " dans les centraux.
06 décembre 2006 à 20:172
France Télécom conteste la représentativité de 100 candidats de la CFE-CGC
AFP 09.01.07 | 19h43
France Télécom conteste en justice la représentativité de 100 candidats de la CFE-CGC aux élections professionnelles qui se déroulent jeudi, a annoncé mardi le syndicat, qui conteste cette décision. La CFE-CGC, syndicat minoritaire à France Télécom, présente 470 candidats dont 100 dans le collège 1, dit non-cadres. "Par une décision aussi brutale que de grande ampleur, la direction de France Télécom a décidé de contester devant 40 tribunaux la représentativité" des candidats du collège non-cadres et réclame au syndicat "la somme de 3.000 euros par procédure", indique l'organisation dans un communiqué. La direction de France Télécom confirme avoir demandé à la CFE-CGC "de prouver la représentativité de ses candidats" dans cette catégorie. "On applique les règles de droit, il n'y a aucune attaque particulière contre ce syndicat", précise-t-elle. La CFE-CGC juge "surprenante" cette "rupture du dialogue social" et "proteste avec vigueur contre ce diktat de l'entreprise à la veille d'une élection majeure". Cette décision "s'inscrit dans un contexte de restructuration à France Télécom qui nous inquiète et au moment où la représentativité des syndicats au niveau national doit être revue", a déclaré à l'AFP Pierre Morville, délégué syndical CFE-CGC. Le gouvernement prépare un avant-projet de loi sur la représentativité des syndicats toujours régie par un arrêté de 1966.
09 janvier 2007 à 20:023
je suppose que FT juge incompatible d'être candidat CFE-CGC est d'être du collège 1 (niveau "inférieur" aux niveaux cadres et agents de maitrise),
considérant que le "perimètre" de la CGC doit inclure uniquement des cadres
... evidemment c'est FT qui lance au débat .. et dire qu'officiellement , il y aun dialogue social ..
c'est loin d'être le cas, très loin même
09 janvier 2007 à 20:48les réunions de Delegues de personnel ne sont souvent faites, que pour ne pas enfreindre la loi et pouvoir dire qu'elles ont été faites
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