Le Père Noël aurait-il mis dans sa hotte un superbe "cadeau" pour le pétrolier Exxon Mobil ? Tel semble bien être le cas, puisqu'une Cour d'appel américaine a réduit vendredi de 4,5 à 2,5 milliards de dollars le montant des dommages auxquels le premier groupe pétrolier mondial, l'américain ExxonMobil, a été condamné pour la marée noire de l'Exxon Valdez.
Pour rappel, le 24 mars 1989, le navire pétrolier avait heurté un récif, déversant 50.000 tonnes de pétrole dans la baie du Prince William en Alaska, provoquant ainsi la pire marée noire de l'histoire des Etats-Unis.
I – Circonstances atténuantes
"Nous ordonnons une réduction de 2 milliards, ce qui équivaut à des dommages punitifs de 2,5 milliards de dollars", indique le texte de l'arrêt de la Cour d'appel de San Francisco. Initialement, ExxonMobil avait été condamné à verser 5 milliards de dollars de dommages punitifs aux victimes avant que cette somme ne soit ramenée en décembre 2002 à 4 milliards de dollars puis de nouveau augmentée en janvier 2004 à 4,5 milliards. ExxonMobil avait fait alors appel de la décision.
La Cour d'appel a notamment estimé qu'il y avait plusieurs circonstances atténuantes jouant en faveur du groupe pétrolier, dont sa célérité à agir pour nettoyer la marée noire et pour dédommager les plaignants pour les pertes économiques subies. En faisant appel, ExxonMobil avait estimé qu'il ne pouvait être condamné à des dommages punitifs supérieurs à 25 millions de dollars mais la Cour d'appel a rejeté vendredi cette demande.
Dans son arrêt vendredi, la Cour a estimé que "le comportement irresponsable d'Exxon en plaçant un alcoolique récidiviste aux commandes d'un supertanker chargé de millions de barils de pétrole pour naviguer dans les eaux pures et poissonneuses de la Baie du Prince William mérite des sanctions sévères".
ExxonMobil a pour sa part indiqué dans un communiqué que "la marée noire de l'Exxon Valdez était un accident tragique qu'ExxonMobil regrette profondément". "A notre avis, les éléments de ce dossier ne justifient pas des dommages de cette ampleur", a ajouté la compagnie pétrolière qui n'a indiqué si elle ferait encore appel ou non.
II – Les écologistes américains scandalisés
"ExxonMobil a reçu un cadeau de Noël en avance", a pour sa part estimé l'organisation de protection de l'environnement américaine PIRG. "Il est scandaleux qu'ExxonMobil, la compagnie pétrolière la plus rentable du monde, puisse obtenir une réduction des dommages punitifs imposés pour avoir causé la plus grande marée noire du monde", a affirmé dans un communiqué Zack Brown, un responsable de PIRG.
Pour rappel, ExxonMobil a dégagé sur les neuf premiers mois de 2006 un bénéfice net de 29,2 milliards de dollars, un niveau record pour un chiffre d'affaires de 287,6 milliards.
III – Une catastrophe sans précédent aux Etats-Unis
Le 24 mars 1989, le pétrolier américain "Exxon-Valdez", qui vient de charger 180 000 t de brut au terminal de Valdez, s'écarte du couloir de navigation pour éviter des blocs de glace à la dérive. Le commandant ordonne à l'homme de barre de passer sous pilote automatique. Moins de 30 minutes plus tard, le navire s'échoue à 12 noeuds sur le récif Blight, situé à une dizaine de mètres de profondeur, dans le détroit du Prince-William, zone de pêche importante.
L'échouement endommage 11 citernes sur 13 et provoque le déversement de 38 500 t de pétrole brut. Plus de 7 000 km² de nappes polluent 800 km de côtes (2 000 km avec tous les ilôts et échancrures). C'est un choc considérable pour les Etats-Unis et le groupe Exxon, qui n'imaginaient pas une telle catastrophe possible. Des dizaines de milliers de volontaires et des moyens sans précédent sont mobilisés (1 400 navires, 85 hélicoptères et 1 100 personnes) pour sauver oiseaux et mammifères marins, et nettoyer le littoral.
De nombreuses accusations seront portées contre le commandant : consommation d'alcool avant d'embarquer, manque d'encadrement de son équipage, pilote automatique mis trop rapidement, tentatives dangereuses ... Le navire changera de nom avant de poursuivre sa carrière, hors des eaux américaines.
IV – Conséquences écologiques
Les conséquences de la marée noire de l'Exxon Valdez, en 1989, sur la vie sauvage de l'Alaska semblent aller au-delà du bilan initial de 250.000 oiseaux marins, 2.800 loutres et 300 phoques tués. Une étude menée par sept scientifiques universitaires et gouvernementaux révèle que les résidus de pétrole ont continué d'endommager l'écosystème local pendant au moins dix ans.
Il semble ainsi que des poches de pétrole, piégées sous des rochers ou enterrées dans le sol marin, aient échappé aux effets "nettoyants" conjugués du soleil, de l'oxygène et des vagues, devenant au fil du temps de plus en plus toxiques même à faibles doses.
Les résultats des chercheurs, qui incluent des représentants du National Marine Fisheries Service, de l'U.S. Geological Survey et de l'U.S. Fish and Wildlife Service, ont immédiatement fait réagir Exxon Mobil. Après avoir dépensé 2,2 milliards de dollars en nettoyage des côtes et 1,1 milliards en études environnementales et programmes de conservation, la société estime qu'il ne reste aujourd'hui plus trace du pétrole de son navire.
L'incident de l'Exxon Valdez dans le Détroit du Prince William en 1989 illustre bien les dangers du transport du pétrole par voie maritime. Des déchargements mineurs provenant de navires comme les pétroliers, les cargos, les navires de pêche et les traversiers qui opèrent dans les eaux nordiques représentent également une source de pollution. Ces navires ne sont peut-être pas aisément contrôlés et leur impact sur les écosystèmes arctiques peut néanmoins être important.
Le pétrole pollue plus longtemps dans l'Arctique en raison des températures peu élevées. Celles-ci diminuent le taux d'évaporation du pétrole. De plus, l'absence de lumière pendant une grande partie de l'année polaire diminue la radiation des ultraviolets nécessaires pour la décomposition du pétrole. L'impact de la pollution pétrolière sur l'environnement de la toundra peut demeurer visible durant plusieurs années sur les lichens qui constituent la principale source de nourriture du renne. La situation est semblable pour d'autres plantes très vulnérables à la contamination. Sur le sol, la glace et la neige peuvent avoir un effet stabilisant sur le pétrole durant l'hiver. Mais avec le retour du printemps, la fonte des neiges et de la glace libère ce pétrole. Or, c'est aussi au printemps que reviennent les oiseaux migrateurs.
Dans les environnements marins, la glace polaire réduit l'action des vagues qui, dans des climats plus tempérés, aiderait à atténuer les effets de la pollution pétrolière. Les feux de pétrole produisent aussi des nuages de fumée qui se concentrent dans les couches inférieures de l'atmosphère sous l'effet des courants d'air inversés de l'Arctique. Non seulement les nuages provenant des feux de pétrole réduisent-ils de façon critique la radiation solaire, mais ils contiennent des polluants nuisibles tant à la santé humaine qu'à la productivité des environnements terrestre et marin.
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