Chypre et Turquie : conflit sur l'ouverture d'un grand port

Chypre_1 Chypre a annoncé jeudi qu'elle rejetait l'offre faite par la Turquie en vue d'ouvrir "un grand port" turc aux navires chypriotes grecs.

La Turquie, menacée d'une suspension de ses négociations d'adhésion avec l'Union européenne, avait préalablement concédé d'ouvrir un port et un aéroport aux navires et avions chypriotes grecs, selon un porte-parole de la présidence finlandaise de l'UE.

èsI – La Turquie accepte d'ouvrir port et aéroport aux Chypriotes grecs

Suite à la menace proférée à son encontre de suspendre toute négociation en vue de son adhésion à l'Union européenne, la Turquie avait finalement accepté jeudi matin d'ouvrir un port et un aéroport aux navires et avions chypriotes grecs. Les Turcs ont envoyé un message au gouvernement finlandais, qui assure actuellement la présidence tournante de l'UE, pour les informer de cette décision.

Ankara y mêle cependant l'ouverture dans la République turque du Nord de Chypre, reconnue seulement par la Turquie, du port de Famagouste et de l'aéroport d'Ercan au trafic international.

Même si aucune condition n'est véritablement liée à ces "concessions", certains diplomates européens et une source turque confirment que l'opération devrait revêtir tous les aspects d'une négociation "donnant-donnant". "Cela doit marcher dans les deux sens. Nous demanderons que le même nombre d'aéroports et de ports soient ouverts de chaque côté", a déclaré cette source gouvernementale.

La mise en oeuvre de ce processus prendrait un an et l'offre est liée à la conclusion dans le courant de 2007 d'un accord sur la réunification de l'île, le précédent plan de paix de l'Onu ayant été rejeté par les Chypriotes grecs en 2004.

Depuis des mois, les Européens menacent de suspendre les négociations d'adhésion avec Ankara, en raison de son refus d'ouvrir ses ports et aéroports à la République chypriote grecque, que la Turquie ne reconnaît pas.

Les autorités turques ont présenté leur proposition à la dernière minute, alors que les ambassadeurs de l'UE débattaient déjà du nombre de chapitres de la négociation qui seront suspendus si la Turquie continue à refuser d'ouvrir ses ports et aéroports aux navires et aux avions chypriotes, comme elle s'y était pourtant engagée en signant le "protocole d'Ankara".

La décision doit être prise lundi par les ministres des Affaires étrangères des 25 voire, en cas de désaccord, par les dirigeants européens réunis les 14 et 15 décembre.

II - Chypre rejette l'offre de la Turquie

La République de Chypre a annoncé jeudi qu'elle rejetait l'offre d'Ankara. Nicosie refuse ainsi l'ouverture d'un aéroport international - autre que desservant la Turquie - dans le Nord de Chypre, une telle acceptation valant pour elle, en effet, reconnaissance internationale. Pour remédier à cette difficulté, dans le cadre de l'une des propositions rejetées par la Turquie, la présidence finlandaise de l'UE avait proposé d'ouvrir un port chypriote turc au trafic international mais sous supervision de l'UE.

"Nous avons clairement dit à l'UE que ce n'était pas négociable", a déclaré le ministre chypriote des Affaires étrangères George Lillikas. "La Turquie a entamé des négocations d'adhésion avec l'UE à la condition qu'elle applique d'ici un an le protocole (étendant son union douanière). Elle ne l'a pas fait", a-t-il ajouté. Selon le ministre, la nouvelle proposition turque "bafoue l'UE parce qu'elle est dépourvue de tout contenu sérieux".

La Turquie a signé en 2005 un protocole qui étend son union douanière avec l'UE aux dix Etats entrés dans le bloc européen en 2004. Mais elle refuse toujours de l'appliquer à la République de Chypre, en lui ouvrant ses ports et aéroports. En raison de ce refus, la Commission a recommandé mercredi dernier de suspendre partiellement les négociations d'adhésion engagées en octobre 2005, via notamment la suspension de 8 des 35 chapitres qui jalonnent les pourparlers d'adhésion de la Turquie.

Mais les 25 demeurent très divisés face à cette recommandation, qualifiée d'inacceptable par le gouvernement turc.

Sources : AFP, Reuters

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2 Commentaires

  1. 1

    Turquie

    La Turquie n'en a "pas dit assez" sur son offre (Premier min. finlandais)

    BRUXELLES, 8 déc 2006 (AFP)
    Le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen, dont le pays préside l'UE, a estimé vendredi que la Turquie n'en avait "pas dit assez" sur son offre d'ouvrir un port aux navires chypriotes grecs pour que les 25 puissent écarter l'idée de ralentir ses négociations d'adhésion à l'UE.

    "Ce que la Turquie a dit n'est pas assez et bien sûr l'UE va décider comment poursuivre les négociations avec la Turquie", a déclaré M. Vanhanen lors d'une interview avec des journalistes bruxellois en duplex depuis Helsinki.

    Il a ajouté que, vu le manque de précisions données par la Turquie, les ministres européens des Affaires étrangères discuteraient lundi d'une éventuelle suspension des négociations avec Ankara sur la base de la recommandation de la Commission européenne présentée mercredi dernier.

    "La recommandation de la Commission est une bonne base de discussion", a-t-il indiqué.

    Avant l'offre de la Turquie, la Commission a recommandé de sanctionner son refus d'ouvrir ses ports et aéroports au trafic chypriote grec en suspendant huit des 35 chapitres qui jalonnent les négociations d'adhésion d'un pays candidat à l'UE.

    Une telle recommandation aurait pour effet de ralentir plus encore ces négociations, déjà prévues pour durer dix ou quinze ans, et qui ont fait du surplace depuis leur ouverture officielle en octobre 2005.

    M. Vanhanen a fait ces déclarations vendredi après une nouvelle réunion des ambassadeurs des 25, dont plusieurs ont souligné que la proposition turque devait être formulée précisément par écrit pour pouvoir être prise en compte, ont indiqué plusieurs sources diplomatiques européennes.

    Les divisions des 25 sur la question turque sont cependant une nouvelle fois apparues au grand jour lors de cette discussion, selon ces sources.

    Certains pays membres étaient prêts à considérer l'offre, même imprécise, comme un pas positif devant avoir une influence immédiate sur la décision des 25, d'autres estimant au contraire qu'elle n'apportait rien de nouveau, d'autres enfin voulant rester prudents et estimant nécessaire une évaluation préalable de l'offre par la Commission avant de décider s'il fallait la prendre en compte ou non.

    La présidence finlandaise a annoncé jeudi que la Turquie avait proposé d'honorer en partie ses obligations sur Chypre en ouvrant un de ses grands ports au trafic chypriote grec.

    Mais la Finlande comme plusieurs états membres ont demandé des clarifications et un document écrit confirmant cette proposition, qu'ils n'ont toujours pas reçus.

  2. 2

    COLPIN Didier

    EUROPE ET TURQUIE

    - Le « Non » au Traité constitutionnelle est encore dans toutes les mémoires. Mais est-ce pour autant l’ « Europe » qui a été ainsi rejetée ? Non, tout le monde en convient ! L’a été une certaine vision, compréhension, conception de l’Europe. Le fameux « sens des mots », trop souvent source d’incompréhension, de confusion …
    Et au sein des causes de ce rejet figurent en bonne place la Turquie !

    - Alors, ce pays, européen ou pas ?

    - Remarquons que répondre par la positive, reviendrait à admettre que l’Iran et l’Irak ont une frontière commune avec le vieux continent... Tout de même estomaquant…

    - Décortiquons, autant que faire ce peux en quelques lignes obligatoirement réductrices. Certains mettront en avant le fait que la Turquie est laïque, et que son alphabet est le latin ! Pourquoi donc ne pas l’accepter ?

    - Notons d’abord que cette position indique que les frontières (ou leurs absences) ne sont pas que géographiques, elles peuvent également être culturelles.

    -Commençons par les géographiques.
    La formule de Gaule est connue : l’Europe s’étend de l’Oural à l’atlantique et s’arrête au Bosphore. Cohérent. Mais, en rapport avec notre question, il y a un « hic »… La Turquie se jette sur des deux rives du Bosphore, et les puissances victorieuses du premier conflit mondial qui ont redessinée, avec un trait de plume parfois malheureux, les frontières ont validé cet existant. Aussi, de quel côté faire pencher la balance ? Et si l’ont prenait tout simplement comme unité de mesure le km2 ? Où en trouvent-on le plus ? En Europe ou en Asie ?
    Evident, non…

    - Frontières culturelles.
    Comme « nous », n’est-elle pas laïque, et si l’écriture est un des éléments constituant la culture d’un peuple, comment ne pas mettre en avant son alphabet, latin comme celui que « nous » utilisons ? Effectivement…
    Mais tout cela n’est que greffon au devenir incertain… Un risque réel de rejet par la souche existe…
    - Osons aborder à présent un sujet tabou, un sujet qui fâche, l’origine chrétienne de l’Europe, de ses valeurs, de sa culture ! Pourtant, est-ce plus choquant que de souligner le poids de l’Islam dans la culture des pays arabes ?
    - A la façon d’une plaque photographique classique qui renvoi une image inversée, la laïcité turque est l’inverse de la notre (occultons le fait que la laïcité française n’est pas la laïcité anglaise etc.…) : L’histoire européenne du XX siècle ne manque pas d’exemples -pensons à l’Espagne de Franco- ou un pouvoir « fort » utilise la puissance de l’armée pour imposer une idéologie religieuse au mépris de la laïcité, alors qu’en Turquie, à partir des années 20, le pouvoir a utilisé la force de l’armée pour imposer la laïcité, au mépris de l’idéologie religieuse dominante… D’ailleurs le mot « laïque » est inconnu du vocabulaire arabe et le terme turc utilisé est emprunté au vocabulaire occidental… Car au delà du mot, le concept même véhiculé par « laïcité » est extérieur à l’Islam radical où le rejet de la foi (islamique) ne peut conduire l’ « apostat » qu’à la mort physique ordonnée par un corps social qui en agissant ainsi se purifie… En français cela s’appelle un meurtre, un assassinat, tout comme le sont tout également les « crimes d’honneur », coutumiers en Turquie…
    - Revenons en France. La sérénité et le recul que donne l’écoulement du temps, permet de dire que, paradoxalement, et au-delà des déchirements consécutifs à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et à l’opposition des « culs bénis » et des « bouffeurs de curés », la laïcité est aussi fille de la célèbre parole christique « Rendez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu »… Dans la même veine, pourquoi les « Droits de l’homme » peinent-ils tant à s’imposer et à prospérer en pays musulmans ? Car ils ont été conceptualisés sur le terreau fertile des valeurs chrétiennes, de l’humanisme chrétien, pour devenir l’expression d’un christianisme déchristianisé, d’une foi chrétienne désacralisée, laïcisée…
    - Ouvrons une parenthèse. Ne confondons pas tolérance et laïcité.
    Nous parlions à l’instant de « bouffeurs de curé », terme né à une époque ou le paysage religieux français métropolitain était majoritairement occupé par le catholicisme. Aujourd’hui existe toujours des « Talibans de la laïcité » qui prônent l’athéisme comme Vérité révélée et rêvent de marginaliser les citoyens qui ont pour défaut d’être croyants et de le dire !
    Espagne mauresque : L’arrivée des arabes en Espagne au VIII° siècle mit fin à la persécution dont les Juifs étaient victimes de la part des Wisigoths qui avaient abandonnés l’arianisme pour le catholicisme. Et pendant de nombreux siècles sous domination musulmane, l’Espagne a été une terre de paix et de tolérance pour les trois religions monothéistes ! Comme quoi, Islam n’est pas toujours synonyme de fanatisme et d’intolérance…
    - Fermons la parenthèse.
    - Quand-à l’alphabet latin, il est entré en Turquie à la même époque que la laïcité et lui aussi au forceps, l’Empire ottoman utilisant l’alphabet arabe, c'est-à-dire il y a moins d’un siècle. Alors que « chez nous », déjà avant les premiers écrits en « français » du XV° siècle, les lettrés qu’étaient les clercs, écrivaient évidement et depuis « toujours » en latin ! (l’alphabet grec et l’alphabet latin sont « frères » comme l’est l’alphabet hébreu avec l’alphabet arabe).

    - Aussi, tant pour des raisons géographiques que culturelles, il me semble difficile de prétende que la Turquie puisse avoir vocation à intégrer l’Europe ou la communauté européenne, notions qui sont différentes (La Suisse appartient à la première mais pas à la seconde). Et, pour prétendre le contraire, que l’on ne mette pas en avant un quelconque partenariat économique ! L’Europe peut commercer si elle le souhaite avec l’Afrique du sud sans pour autant que ce pays entre dans l’Europe ! Identique pour la Turquie !

    - Prétendrais-je que ce rejet affirmé, que cette position est vérité, réalité objective ? Non...

    - Pour prendre conscience de la relativité des certitudes, également des certitudes géographiques, transportons-nous au temps de Rome.

    - Si l’Empire romain prétendait à l’universalité, dans les faits, des frontières se sont imposées :
    Au nord, l’Ecosse (le mur d’Hadrien).
    A l’ouest, évidement l’atlantique.
    Au nord/est le Rhin et le Danube.
    Au sud l’Afrique noire (les pays de Maghreb étaient partie intégrante de l’Empire -neutralisons Carthage-)
    Au sud/est le Tigre et l’Euphrate.
    Cela pour souligner que si la géographie peut dire ce qu’est l’Europe, cette définition ne vaut que pour « aujourd’hui » (au sens de l’Histoire).
    Si nous demandions à nos contemporains européens où se trouve le centre géographique de l’Europe, qui citerait la capitale de l’Italie ? Personne !
    Mais l’Empire s’est construit autour de la Méditerranée avec en son centre cette ville, Rome, elle même située sur cette péninsule, cet appendice pénétrant ce « centre du monde » qu’était la « Grande mer », comme on l’appelait alors.
    Toujours à cette époque, le civilisé, était logiquement de type méditerranéen, c'est-à-dire pas très grand, brun et basané. Et le barbare, lui était grand, blond et à la peau très blanche…
    Relativité des concepts, disions-nous…
    Et parmi ces barbares, il est des tribus germaniques qui allaient nous devenirs « chers » à nous français, celles des Francs…

    - Le rapport avec notre sujet ? Dans le monde romain, la région nommée de nos jours Turquie ne posait pas de problème : elle appartenait à l’Empire, tant pour des raisons géographiques que culturelles ! Et elle n’était même pas en zone frontière ! Et le latin, comme ailleurs, y était aussi la langue officielle, administrative !
    Mais cela était il y a « deux milles ans »…

    - Certitudes, avez-vous un socle digne de ce nom ?

    - Pour conclure, maniant le paradoxe, clin d’œil à Edmond Wells et à son Encyclopédie du savoir absolu relatif, je dirais que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe et qu’il s’agit là d’une position objective élaborée au sein d’un concept qui lui, ne l’est pas…
    Cette affirmation découle d’une prise de conscience selon laquelle il n’y a pas une vision du monde mais plusieurs, indissociables de grilles de lecture, parfois inconscientes, qui sont autant de filtres. Et la pseudo objectivité de la de la stricte géographie s’efface devant le poids de la géopolitique qui elle-même s’efface devant celui de la géoculture, autant de réalités subjectives dans leurs valeurs.

    COLPIN Didier

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