L'emploi en péril à Toulouse et chez les sous-traitants d'Airbus. En effet, alors que le groupe aéronautique est le premier employeur privé de la région Midi-Pyrénées devant les laboratoires Pierre Fabre, Airbus vient d'annoncer qu'il allait réduire de 80% le nombre de ses sous-traitants.
Les collectivités locales et politiques n'ont pas dit leur dernier mot face à une situation qui risque d'être catastrophique pour la région ... qui a, certes, mis beaucoup d'oeufs dans le même panier.
Mais quelques incohérences – du moins, en terme de discours - peuvent être constatées au niveau d'Airbus, si l'on observe ses récentes négociations en Chine et au Maroc.
I – Airbus va se séparer de 80 % de ses sous-traitants
Airbus, filiale du groupe européen d'aéronautique EADS, s'est fixé comme objectif de réduire de 80% le nombre de ses sous-traitants dans le cadre de son plan d'économies a indiqué lundi un porte-parole d'Airbus, confirmant ainsi des informations du Financial Times Deutschland. Selon ce plan, le nombre de sous-traitants passerait ainsi de près de 3.000 à environ 500.
"Nous avons beaucoup trop de fournisseurs extérieurs pour une entreprise qui fabrique quinze produits différents. Par exemple, sur 16 sites en Europe, nous avons 8 ou 9 fournisseurs pour les vêtements de travail. Et cela a un coût élevé", a expliqué le directeur de la communication d'Airbus France, Jacques Rocca. Il a précisé qu'Airbus était en train d'informer ses fournisseurs et allait les inciter "à se regrouper.
L'avionneur veut également réduire ses coûts administratifs de 900 millions d'euros au total d'ici 2010 et ses coûts d'approvisionnement de 350 millions d'euros. La réduction du nombre de plate-formes logistiques est également envisagée, diminuant ainsi de 80 à un nombre compris entre 4 et 8.
Pour compenser les difficultés financières liées au retard du gros porteur A380, restaurer sa compétitivité, et compenser la dégradation financière de ces retards, EADS a annoncé début octobre un plan d'économies drastiques chez Airbus. Selon la maison-mère, si les dépassements des coûts et les pénalités de retard devraient entraîner des pertes entre 2006 et 2010 estimées à 2,8 milliards d'euros, le plan mis en oeuvre devrait permettre de réduire les coûts de 2 milliards d'euros par an à partir de 2010.
Des suppressions d'emplois, dont le nombre et les modalités restent à fixer, sont également prévues. Début octobre, Christian Streiff alors PDG d'Airbus, avait évoqué la réduction des effectifs, en dehors du secteur de la production. Force Ouvrière avait alors confirmé qu'il y aurait des réductions d'effectifs comme annoncé, mais que cela se ferait en concertation avec les partenaires sociaux dans le cadre de la politique contractuelle de l'entreprise. Selon les syndicats, la direction se serait donnée trois mois pour faire le tour de la situation.
II – Martin Malvy demande à nouveau une audience à Matignon
Le président PS du Conseil régional de Midi-Pyrénées Martin Malvy a renouvelé lundi sa demande d'audience au Premier ministre Dominique de Villepin après l'information donnée par Airbus selon laquelle le constructeur allait réduire le nombre de ses fournisseurs de 80%. "Ceci confirme, hélas, ce que je n'ai cessé de dire depuis que la direction d'Airbus a annoncé un vaste plan d'économie", a remarqué M. Malvy.
"Nous avons demandé le 13 octobre, et en urgence, avec Pierre Izard, président du Conseil général de la Haute-Garonne, Philippe Douste-Blazy, président de la Communauté d'agglomération du Grand Toulouse, et Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, audience au Premier ministre et au président de la Commission européenne. A ce jour, nous n'avons reçu aucune réponse. Je le déplore", a par ailleurs souligné M. Malvy.
"Je renouvelle ce soir notre demande d'audience à Monsieur de Villepin et insiste auprès du préfet de Région pour que la rencontre, qui devait avoir lieu le 17 novembre, soit avancée dans les prochains jours", a insisté le président du Conseil régional. "Cette rencontre était prévue pour examiner les conséquences des mesures annoncées. Il y a urgence à ce qu'elle se tienne", a-t-il souligné.
Pour le président de Midi-Pyrénées, "qu'il s'agisse de fournisseurs, d'équipementiers ou de sous-traitants, le problème risque d'être le même". "La menace qui pèse sur l'économie régionale est globale et sérieuse", a-t-il poursuivi. "Avec 548 entreprises et 60.000 emplois, notre région est au premier chef concernée.
III – Développement de l'axe de sous-traitance hors de France ?
Cependant, les propos tenus par les responsables du groupe ne semblent pas toujours cohérent.
Ainsi, après avoir annoncé, qu'en pleine zone de turbulences, Airbus maintenait le plan de restructuration préparé par son prédécesseur Christian Streiff , le vice-président des ventes Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest d’Airbus s'est exprimé en ces termes lors d’une rencontre récente avec la presse marocaine à Casablanca : « Nous lançons ainsi une politique de réduction des coûts qui se traduira par le développement de l’axe de sous-traitance notamment au Maroc. Aujourd’hui, Airbus emploie 10.000 personnes au Royaume qui s’intéresse de plus en plus au domaine de l’aéronautique. Il s’agit d’une relation gagnant-gagnant avec le Maroc que nous poursuivrons ».
Maggie Bergsma, responsable régionale de la communication au sein d’Airbus avait alors souligné les opportunités qu’une pareille décision offrait au Maroc. « Pour être plus compétitif, la sous-traitance est un créneau à développer. Le Maroc en tirera certes profit puisqu’il accorde une importance à ce secteur. Rappelons que SM le Roi Mohammed VI a inauguré tout récemment un centre dédié à l’aéronautique », avait-elle noté.
IV – Implantation d'une nouvelle usine en Chine
Airbus et les autorités chinoises ont retenu en juin dernier la ville de Tianjin pour l'implantation prochaine d'une chaîne d'assemblage final des Airbus A320. Le site de Tianjin a reçu le feu vert de la Commission nationale chinoise concernée pour une future chaîne d'assemblage de monocouloirs A320, l'appareil le plus vendu de la gamme Airbus. La ville de Tianjin a été sélectionnée parmi plusieurs villes grâce notamment à sa proximité avec Pékin, son port maritime en pleine expansion, ses infrastructures aéroportuaires, ses ressources industrielles et la main-d'oeuvre disponible. Le calendrier prévoit le démarrage opérationnel dès 2008, pour atteindre une cadence de production de 4 avions par mois en 2011.
Une porte-parole du groupe à Toulouse a pris la peine – pour éviter les remous qui risquent de rapidement survenir - de relativiser l'importance de la nouvelle chaîne chinoise dans le système Airbus, spécifiant que les deux chaînes d'assemblage de la famille A320 à Toulouse et Hambourg devraient produire au total 34 appareils/mois à partir de 2007. "La Chine produira les avions que nos chaînes européennes saturées ne peuvent plus traiter", a expliqué la porte-parole.
A lire également :
. A380 : Labinal se délesterait de ses intérimaires:
. Sous-traitance Airbus : le Maroc s'envole
. A380 : le 1/4 d'heure toulousain pourrait durer des mois
. CCE d'Airbus: les syndicats restent sur leur faim
. Airbus : plan social en dehors de la production
Sources : AFP, Xinhuanet, Le Quotidien du Peuple, MAP

13 Commentaires
1
Excellent papier comme toujours.
07 novembre 2006 à 07:40Maxime du blog Immoboum
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Mille mercis !
07 novembre 2006 à 09:523
Et encore une fois, le dossier ne fait pas parti d'une rubrique de Google News :(.. malgré son importance
Mais c'est sans compter les alertes Google :)
07 novembre 2006 à 09:564
Marche arrière ????
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Réduction de 80% des sous-traitants: "une hypothèse, pas une décision"
AFP 07.11.06 | 13h02
Le maire UMP de Toulouse Jean-Luc Moudenc a qualifié mardi d'"hypothèse de travail" les informations faisant état d'une réduction de 80% des sous-traitants d'Airbus d'ici à 2010. "Aucune annonce officielle n'a été faite (...) Il faut être prudent", a-t-il déclaré à la presse, précisant s'être entretenu lundi soir avec des responsables de la société aéronautique. "Ils m'ont dit qu'il y avait des hypothèses de travail élaborées depuis plusieurs semaines mais qu'il n'y avait pas de décisions prises à ce sujet. je ne peux pas commenter des hypothèses de travail, même si ce sont les plus pessimistes. Je m'en tiens aux décisions lorsqu'elles sont prises et aujourd'hui je constate qu'il n'y a pas de décisions prises", a-t-il indiqué.
80% de sous-traitants en moins, "c'est une hypothèse qui a été très sérieusement exposée il y a plusieurs semaines à Airbus, qui transparait aujourd'hui dans la presse et le public, mais qui n'est pas validée par une décision", a-t-il poursuivi.
"Il est encore trop tôt en l'état actuel des décisions, qui sont loin d'être achevées, pour mesurer" l'impact sur la sous-traitance des décisions qui seront annoncées par Airbus, a-t-il ajouté. "Le contexte d'économie chez Airbus n'empêche pas une perspective de développement. C'est quelque chose d'encourageant, porteur d'emploi (...) Ce que je retiens comme décision officielle qui est en train de se prendre aujourd'hui, c'est la décision de lancer l'A350", a-t-il ajouté. Le programme de l'avion long-courrier A350 doit être examiné mardi à Amsterdam par le conseil d'administration du groupe européen d'aéronautique et de défense EADS, qui doit également valider les comptes avant la publication des résultats trimestriels d'EADS mercredi.
07 novembre 2006 à 13:225
je m'interesse à ce sujet dans le cadre de mon cours d'économie et j'aurai voulu savoir à quel(s) sujet(s) économiques, le cas d'Airbus vous fait penser?
07 novembre 2006 à 18:006
Bonsoir, de prime abord :
Politique de sous-traitance
Mondialisation
Réduction des couts
Co-gestion
07 novembre 2006 à 18:527
Le transporteur américain FedEx Express annonce avoir annulé sa commande de 10 Airbus A380 et commandé à Boeing 15 exemplaires de son gros porteur 777 Freighter, avec une option sur 15 autres appareils.
'La décision de faire l'acquisition du 777F a été prise après l'annonce par Airbus de retards significatifs dans les livraisons de l'A380', explique FedEx dans un communiqué.
FedEx Express indique avoir notifié à Airbus l'annulation de la commande des 10 appareils A380-800F.
'La disponibilité et le calendrier de livraison sur cet appareil (le Boeing 777F, NDLR), conjugués à ses avantages en termes de capacité et de critères économiques, en font la meilleure décision pour FedEx, ses clients, ses actionnaires et salariés', explique le groupe basé à Memphis.
FedEx avait annoncé l'acquisition de 10 A380-800Fs en janvier 2001. Les livraison des cargos devaient s'échelonner entre 2008 et 2011.
FedEx Express précise qu'il continue d'être le premier client d'Airbus en ce qui concerne les avions à fuselage élargi. Il rappelle prévoir d'ajouter six nouveaux Airbus A300-600 à sa flotte en 2007
07 novembre 2006 à 22:488
Oui, j'en parle tout à l'heure ;)
07 novembre 2006 à 23:499
Pour dilly,
beaucpup d'infos
sur
http://www.midi-pyrenees.drire.gouv.fr/di/ADER.htm
08 novembre 2006 à 10:0710
A lire également :
08 novembre 2006 à 10:10AIRBUS : le doute plane sur A350 et A380
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Pour nos amis lecteurs de Transnationale "rentrés" sur le site via Pierre FABRE , cf.
Valeurs actuelles : on ne prend pas les mêmes et on continue !
SUR fabre et VALMONDE
07 décembre 2006 à 12:5812
Pour nos amis lecteurs de Transnationale "rentrés" sur le site via Pierre FABRE , cf.
Valeurs actuelles : on ne prend pas les mêmes et on continue !
SUR fabre et VALMONDE
07 décembre 2006 à 12:5913
IDEM sur Canceropole
Toulouse : 5 ans entre AZF et le Canceropole
cela concerne aussi Toulouse et AIRBUS, la perte d'emplois chez AIRBUS pouvant être "compensée" par l'embauche de 2000-3000 personnes au Canceropole
Néanmoins , ne nous leurrons pas, ce n'est pas le même type d'emplois.
07 décembre 2006 à 13:01Ajoutez un commentaire
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