L’information se fait discrète mais les évènements sont bien réels.
Alors que Mobistar (groupe Orange) vient d’annoncer qu’il allait sous-traiter la maintenance de son réseau mobile (si, vous avez bien lu : un opérateur qui ne va plus gérer son réseau !), les syndicats ont déposé un pré-avis de grève et ont cessé la surveillance du réseau la nuit et les week-ends.
Mais ce qui passe à l’heure actuelle chez cette filiale d’Orange en Belgique pourrait bien se généraliser dans d’autres contrées, le réseau mobile belge pouvant ainsi servir de tests en grandeur nature, tant social, qu’économique et technique. Certains estiment en effet que cette opération pourrait faire tâche d'huile en Europe, à l'heure où les opérateurs télécoms ne cessent d'optimiser leurs bilans comptables pour "séduire" la Bourse.
I - Mobistar décide de sous-traiter l’exploitation de son réseau
Le conseil d’administration de Mobistar se prépare à externaliser le service en charge de la gestion du réseau mobile. Il a ainsi récemment approuvé la mise en sous-traitance d'une partie de ces activités réseau. 174 employés seront transférés chez l’équimentier français Alcatel ou le suédois Ericsson, par ailleurs actuels fournisseurs du groupe Orange.
La décision serait justifiée par un besoin de réduction des coûts provoqué par la maturité du marché, la prochaine diminution des frais de roaming imposée par la commission européenne, ainsi que par la baisse des recettes provenant des frais d’interconnexion entre les opérateurs, consécutive à la décision du régulateur.
La sous-traitance concernera les activités telles que la connexion au réseau, les interventions sur le terrain, la gestion technique et la supervision du réseau. Une étude de marché à permis à Mobistar de présélectionner Alcatel et Ericsson comme partenaires. Une seconde phase permettra de choisir laquelle des 2 sociétés se verra attribué le marché. Les 174 employés concernés par cette mesure seront repris par l’entreprise sélectionnée. Les contrats de travail seront tout simplement transférés en gardant les acquis tels que les avantages et l’ancienneté, et une garantie d’emploi de 18 mois leur sera promise. Cela signifie concrètement le maintien de l'ancienneté, la garantie de l'emploi à Bruxelles ou aux environs et les mêmes conditions de travail que chez Mobistar.
II - Préavis de grève
Les syndicats ont déposé un pré-avis de grève courant jusqu’au 20 novembre. Le personnel a par ailleurs lancé lundi diverses actions pour protester contre cette mesure : au niveau du département de la gestion du réseau, seule les heures prévues sont prestées (plus aucunes heures supplémentaires), les services de garde de la nuit et du week-end sont quant à eux tout simplement supprimés.
Les syndicats exigent que ceux désirant continuer à exercer en tant que salariés de Mobistar puissent pouvoir le faire via un « système de repêchage » et que des garanties écrites soient émises par leur futur repreneur. Les syndicats craignent par ailleurs que ce genre de mesure touche rapidement d’autres départements.
D’autres actions sont à craindre d’ici le 20 novembre si les négociations ne donnent aucun résultat satisfaisant les travailleurs. Une nouvelle réunion entre direction et syndicats est prévue le 8 novembre prochain.
III - D’un usager du réseau au client d’un service
Après le lancement de son offre ADSL dont le call-center est déjà externalisé Mobistar semble continuer ainsi sur "sa lancée. Mobistar évolue pour passer du stade d'entreprise technique à celui de fournisseur de services orienté client et se prépare à cette nouvelle réalité, annonce la direction. Le projet doit être considéré dans cette perspective. Avec ce projet de sous-traitance, Mobistar entend assurer son avenir en tant qu'entreprise de services.
C’est en effet bien un réel bouleversement du modèle économique des entreprises télécoms qu’impliquent la généralisation des appels téléphoniques via la Voix sur IP et l’ouverture à la concurrence.
IV - Vers d’autres externalisations ?
On peut tout de même se demander dans quelle mesure, ce type d’"organisation" ne pourrait pas être reproduit en France, et ce d’autant plus qu’il pourrait permettre en externalisant l’exploitation du réseau fixe et en la transférant - par exemple aux collectivités de locales - de faire d’une pierre, deux coups, en "re-déployant" le personnel fonctionnaire vers des entités administratives et en diminuant ainsi de manière comptable la dette de France Telecom via report d’une partie des budgets vers l’Administration. Mais si l’externalisation de la gestion du réseau vers Ericson et Alcatel pourrait être envisageable en France, les modalités d’application de l’article L122.12 sont à examiner de près.
Pour rappel, toute externalisation donnant lieu à un transfert de personnel doit être examinée au regard des dispositions de l'article L.122-12 du Code du travail, qui garantit au salarié le maintien des droits et obligations qui résultent de son contrat de travail. Ces dispositions sont d'ordre public et s'imposent donc à l'entreprise comme aux salariés. A l'inverse, lorsque l'opération envisagée n'entre pas dans le champ d'application de l'article L.122-12, les parties peuvent convenir d'un transfert du contrat de travail vers une autre entité juridique, mais il est nécessaire alors que les droits des salariés soient maintenus et que cet accord n'ait pas pour objet d'exclure l'application de certaines dispositions conventionnelles. Dès lors que l'opération de transfert porte sur un service homogène constituant une entité autonome à savoir disposant de moyens propres - la cession, selon le régime de l'article L. 122-12, ne « présente pas de difficultés ».
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Sources : Belga, Astel.be

9 Commentaires
1
Les opérateurs télécom font de moins en moins recette sur la vente de communications mais de plus en plus vers les services associés.
07 novembre 2006 à 21:31D'autre part une mutation technologique est en cours dans les réseaux mobiles, le gsm/gprs/umts vont vers l'IP et le l'arrivée du wimax pourrait bien amener de nouveaux concurrents sur le terrain(francais par exemple) tels que Free.
Pour résumer, il n'est pas sur que mobistar se sépare de tout son réseau comme il est écrit mais seulement de la partie réseau circuit (plutot du coté antennes etc)
2
c'est à dire vraiment infrastructures de transmission et non pas commutateurs ?
08 novembre 2006 à 00:013
Pour Mobistar, il faut savoir que:
08 novembre 2006 à 13:40- d'autres nouveaux projets d'outsourcing sont déjà en cours d’évaluation (IT, Applications, Call Center – début vers la Roumanie)
- beaucoup d'activités sont déjà outsourcées, mais le personnel de Mobistar est persuadé que l'équilibre est atteint. Plus d’outsourcing serait contraire à une gestion saine de Mobistar, à l’intérêt de ses actionnaires et de son personnel qui a construit Mobistar.
- l'outourcing annoncé par Mobistar va inévitablement augmenter les coûts, diminuer la flexibilité, tout en augmentant les délais de mise en oeuvre. La perte de connaissances, fera perdre de manière significative le pouvoir de décisions correctes. Dans le cadre d'un autre projet d'outsourcing chez Mobistar déjà mis en place, il a été démontré qu'au lieu des 20% d'économies annoncées, maintenant cela coûte à Mobistar 95% plus cher que la solution où le travail était totalement effectué en interne et ce, avec en plus les inconvénients d’une perte de qualité et de flexibilité importante, et un « time to market » fortement augmenté.
- la direction n'a pu jusqu'a présent démontrer par aucun éléments crédibles la nécessité d'effectuer ces outsourcings. Les arguments avancés font plus penser a un copier coller des arguments de vente des sociétés d'outsourcing. N'y aurait-il pas d'autres intérêts cachés? Une mutation dans les capacités d’un management devenu incapable de faire face aux évolutions technologiques et ne sachant faire confiance aux Ingénieurs, préférant donc la simplicité et administrer des contrats avec des SLA, quelqu'en soient les conséquences ?
- lors d'assemblées générales organisées par les syndicats, 95% du personnel de Mobistar refuse de donner son support à la direction. La direction a donc perdu toute crédibilité et ses décisions font donc plus penser à une fuite en avant et à un aveu d’impuissance.
L’outsourcing, un phénomène de mode c’est évident ! Le lobbying de ces sociétés est tellement puissant et bien organisé, qui avec l’aide d’un matraquage médiatique permanent, font croire à la panacée, un paradis doré qui apportera au management tout ce qu’il ne peut faire lui-même et ce de manière beaucoup plus simple tout en faisant des économies importantes.
Et pourtant, il suffit d’ouvrir les yeux, combien d’échecs dans ce domaine ? Toutes les études indépendantes prouvent que dans la plupart des cas, lorsqu’on outsource une activité « Core Business », et si l’on effectue après implémentation et de manière objective un vrai TCO (Total Cost of Ownership), ces projets sont rarement bénéfiques pour l’entreprise outsourcée. (Exemple récent parlant : Schneider – Econocom)
Dès lors des questions se posent :
- Qui va avouer son échec: soit le TCO ne sera pas fait du tout ou sera maquiller de manière à montrer les bienfaits de la décision passée, soit la direction aura changé, et les responsables auront quitté le navire.
- Comment faire dès lors pour effectuer un retour en arrière ? Ce sera bien souvent impossible et en attendant, les actionnaires et les employés de la société devront subir les conséquences d’une décision passée irresponsable
.
4
merci bcp ,pour votre commentaire.
Pour ma part, je retiens d'ores et dejà plusieurs choses :
"La perte de connaissances, fera perdre de manière significative le pouvoir de décisions correctes. " ... c'est pour moi un élément essentiel , mais quand des chefs se gargarisent avec des termes économiques anglais, ils sont parfois très loins de la réalité concrète de la technique.
De plus, comme je l'ai dit par ailleurs, les techniciens qui ont une vue très réaliste du terrain sont parfois "taxés" d'être des empecheurs de se faire mousser en rond.
par ailleurs, vous mentionnez "Une mutation dans les capacités d’un management devenu incapable de faire face aux évolutions technologiques et ne sachant faire confiance aux Ingénieurs, préférant donc la simplicité et administrer des contrats avec des SLA, quelqu'en soient les conséquences " , il est clair que les "managers" sont vus de + en + comme des gestionnaires , et que l'aspect avis/conseil/responsabilité technique disparait.
Plus facile de gérer des contrats que des hommes - à leur avis - car ils tendent ainsi à utiliser des "ressources" , en faisant abstraction du cote humain de la dite ressource.
Comme je le disais encore récemment ,ces gens sont devenus des "cellules" de fichiers excel que l'on déplace aux grés des modifications des délais et des contraintes de couts... sans tenir compte de la capitalisation de l'expérience et de la connaissance du domaine.
Or, l'informatique, le réseau ... sont justement deux secteurs ou les gens ne sont pas "interchangeables" dans la seconde.
Par ailleurs, un autre mot très important dans vos propos : c'est le mot confiance.
Je pense - mais je me trompe peut-être - que des notions comme esprit d'équipe, reconnaissance ont totalement disparus ainsi que "esprit d'entreprise".
Quand le seul objectif d'un "manager" est de faire ses propres objectifs , même si cela pourrait être de nature à entraver la marche globale de l'entreprise , vorie même se félicite d'un retard d'un des partenaires du projet, permettant à son propre service d'être ainsi disculpé de ses propres retards ... on peut à terme aboutir à une situation proche de celle d'Airbus.
La aussi, la partie technique a été grandement ignorée car peut-être considérée comme "bassement matérielle" , mais même au 21 eme siècle on ne fait pas de la technique sans techniciens et sans connaissance des clients et prise en compte des besoins fonctionnels et de la faisabilite technique des choses.
Les sociétés veulent devenir sociétés de services , mais elles risquent à terme de gérer du vent ou plutot des contrats , sans gestion des ressources humaines, chose qu'elle "repousse" toujours plus loin.
08 novembre 2006 à 14:02L'économie sans les Hommes en quelque sorte ... l'équilibre est rompu.
5
Pour rappel, aux lecteurs non "avertis" : contrats avec des SLA,
08 novembre 2006 à 14:06SLA : Service Level Agreement ,
en termes français Accord comportant des clauses de Qualité de Service, le non respect de ces clauses impliquant des pénalités pour le fournisseur.
6
Se posent également plusieurs questions concernant la "la supervision du réseau"
Car à l'heure de la concurrence et des prestataires multi-clients , on peut se demander comment Orange va externaliser sa supervision et celle notamment de son interconnexion de son réseau mobile avec des opérateurs Tiers.
Par ailleurs, alors que les chantiers ITN lancés par le groupe préconise que - autant que faire se peut - les outils techniques et informatiques soient homogénéisés au sein des filiales, il semble surprenant qu'on prenne la décision d'externaliser le domaine.
08 novembre 2006 à 14:107
Compte-tenu de la très forte activite sur l'article de ce matin provenant du forum Orange suisse, je me doutais bien qu'il y a avait anguille sous roche :
je viens de trouver pourquoi :
---------------------------------
Orange Suisse envisage de sous-traiter la gestion de son réseau
LAUSANNE (ATS)
----------------------------------Désireux de réduire ses coûts, Orange Suisse envisage d'externaliser la gestion de son réseau technique. La mesure, prévue pour fin 2007, devrait être décidée sous peu. Elle concerne 400 des 1500 employés de la filiale de France Télécom.
Le projet se situe au stade des évaluations mais les choses avancent rapidement, a révélé une source proche du dossier. Orange compte en fait appliquer à la Suisse la politique de sa filiale belge Mobistar, qui vient de décider d'externaliser son réseau technique.
Le Syndicat de la communication indique avoir été informé de l'existence d'un projet, à l'instar du personnel, mais sans plus. "Nous exigeons pour la suite de pouvoir négocier avec la direction", explique son vice-président Alain Carrupt, qui relève l'émergence d'une inquiétude croissante parmi les employés.
La mesure prévoit qu'Orange garde la propriété des équipements mais n'en assure plus la gestion.
Sont concernés les activités de "rollout" (déploiement du réseau d'antennes), l'ingénierie (architecture, planification et implémentation du réseau mobile) et le domaine opérationnel (opérations et maintenance). L'entreprise justifie leur externalisation par la baisse constante des coûts d'interconnexion imposée par le régulateur.
La rationalisation devrait entraîner des suppressions d'emplois. Les employés concernés craignent en outre une dégradation des conditions de travail. Une partie des travaux pourra notamment être accomplie à distance à partir d'un autre pays.
20 novembre 2006 à 15:02Le projet devrait déjà aboutir, avant fin 2006, sur le choix d'un prestataire, avant concrétisation entre mars et juin. On parle des équipementiers français Alcatel, suédois Ericsson et finlandais Nokia, qui se diversifient dans cette activité.
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Départ du patron de Mobistar, la filiale belge de France Télécom
BRUXELLES, 26 oct 2007 (AFP)
L'opérateur belge de téléphonie mobile Mobistar, filiale de France Télécom, a annoncé vendredi le départ de son patron, Bernard Moschéni.
"Bernard Moschéni a décidé de quitter la société avant la fin de l'année pour relever un nouveau défi", a indiqué le groupe dans un bref communiqué.
Le directeur financier, Werner De Laet, assurera l'intérim d'ici la nomination d'un successeur.
Une porte-parole de Mobistar n'a voulu donner de précision sur le futur employeur de M. Moschéni, ni sur le calendrier pour la désignation de son remplaçant.
A Paris, France Télécom n'a pas non plus voulu faire de commentaire.
Le groupe français détient 50,2% de Mobistar, mais des rumeurs ont circulé récemment dans la presse belge sur des plans pour modifier cette participation. Une source proche du dossier avait indiqué au quotidien belge De Tijd deux options opposées, une nette augmentation de la participation ou une cession pure et simple.
Jeudi, le directeur financier de France Télécom, Gervais Pellissier, avait toutefois assuré lors d'une conférence téléphonique que le groupe n'avait "pas de raison de bouger (sa) participation dans Mobistar".
Bernard Moschéni était depuis trois ans à la tête de Mobistar. Auparavant, il avait dirigé Orange Roumanie, qui appartient aussi au groupe France Télécom.
27 octobre 2007 à 00:299
Si l'externalisation apporte des mauvais points aux conditions des travailleurs, on s'attend toujours à des conflits avec les syndicats. Dans le cas de cet article, l'externalisation a provoqué seulement un transfert de personnel, pas de licenciement comme dans beaucoup de cas. L'externalisation est optée par souci de coût, elle a des avantages et des inconvénients. Il convient toujours faire une étude avant de l'adopter.
07 juin 2010 à 10:56Ajoutez un commentaire
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