Signe des temps? Alors que le mécontentement de la population américaine s'accentue face à l'engagement US en Irak, la situation risquant même de faire perdre aux Républicains leur majorité tant à la Chambre des représentants qu'au Sénat, le groupe américain de BTP Bechtel, un des principales sociétés oeuvrant pour la reconstruction de l'Irak, a annoncé vouloir se retirer du pays où 52 de ses employés y sont décédés. Son dernier contrat y a expiré mardi.
L'Irak semble d'ores et déjà préparer le retrait américain, puisque le ministre irakien du Pétrole a appelé lundi le Japon à participer au redressement de l'industrie pétrolière de son pays. Le gouvernement irakien a quant à lui demandé mardi à la communauté internationale une aide d'environ 100 milliards de dollars sur 5 ans pour reconstruire son infrastructure.
I - Bechtel se retire d'Irak
Le groupe américain de BTP Bechtel, principal acteur de la reconstruction de l'Irak, a indiqué vendredi qu'il se retirait du pays, justifiant sa décision par le fait que 52 de ses employés y ont trouvé la mort, et qu'en tout état de cause, son dernier contrat avait expiré mardi. Selon son porte-parole, tous les travaux que l'USAID (une des agences gouvernementales américaines en charge de la reconstruction) avait demandé auraient été réalisés. Il estime ainsi qu'il s'agit d'un "départ normal".
Bechtel a reçu 99 contrats portant sur la reconstruction de réseau électrique, l'alimentation en eau potable et le traitement des eaux usées, dont 2 ont été abandonnés pour des raisons de sécurité. La valeur totale de ces contrats, octroyés notamment par les agences américaines chargées de la reconstruction, s'élevait initialement à 3 milliards de dollars, mais a été ramenée à 2,3 milliards de dollars, les USA ayant décidé d'allouer une part des sommes engagées à des dépenses de sécurité supplémentaires.
Au total, 52 employés du groupe ont été tués et 49 autres blessés en Irak, où plusieurs employés ont également été kidnappés. Le groupe y employait entre 100 et 200 expatriés et avait recours, au plus fort de son activité, à 40.000 employés locaux. Une partie des travaux sur place a également été détruite ou sabotée. Certains employés du groupe resteront en Irak pour régler les formalités administratives. Interrogé sur l'éventualité d'un retour des équipes de Bechtel sur place, en cas d'attribution de nouveaux contrats, Bechtel s'est montré prudent.
II - Sept soldats américains tués jeudi en Irak
Sept soldats américains ont été tués au total jeudi dans plusieurs attaques en Irak, trois à Bagdad et quatre Marines dans la province occidentale d'Anbar, foyer de l'insurrection sunnite, a annoncé vendredi l'armée américaine. La province d'Anbar, où se trouvent les villes de Ramadi et de Falloujah, est le théâtre de combats quotidiens entre les forces américaines et les insurgés sunnites, parmi lesquels les combattants irakiens et étrangers de l'organisation terroriste al-Qaïda en Irak.
Ces décès portent à 9 le nombre de soldats américains morts en novembre et interviennent à l'issue d'un mois d'octobre particulièrement meurtrier pour l'armée américaine, au cours duquel 104 soldats ont été tués, le bilan mensuel le plus grave depuis janvier 2005. Depuis 2003, 2.825 soldats américains et personnels assimilés ont été tués en Irak, selon un décompte basé sur les chiffres du Pentagone.
III – Richard Perle qualifie l'invasion de l'Irak de désastre
Richard Perle, ancien conseiller du Pentagone pour la politique de défense, qui avait été l'un des plus fervents partisans de l’offensive américaine en Irak, estime désormais que des dysfonctionnements dévastateurs au sein de l’administration Bush ont fait de la politique des Etats-Unis en Irak un désastre. L’ancien conseiller du Pentagone ajoute que s’il avait perçu au début de la guerre l'état actuel de la situation, il n’aurait probablement pas défendu l’idée d’une invasion pour déposer le président Saddam Hussein.
Kenneth Adelman, autre ancien membre du conseil pour la politique de défense qui avait estimé que l'opération serait "du gâteau" explique également s’être trompé lorsqu’il considérait, un an avant la guerre, que l’équipe de conseiller du président Bush était la meilleure depuis un demi-siècle. "Ils s’avèrent avoir été l’une des plus incompétentes équipes de l’après-guerre", commente-t-il aujourd’hui. "Non seulement chacun d’entre eux, individuellement, a d’énormes défauts, mais ensemble, cela ne fonctionnait pas."
IV - Le ministre irakien du Pétrole appelle les Japonais à investir
Le ministre irakien du Pétrole, Hussein al-Shahristani, a appelé lundi le Japon à participer au redressement de l'industrie pétrolière de son pays par des investissements et des prêts. "L'industrie pétrolière est importante pour la reconstruction de l'Irak", "mais investir n'est pas suffisant. Nous aimerions que les entreprises et le gouvernement japonais accordent des prêts à l'Irak", a-t-il ainsi déclaré au cours d'une rencontre à Tokyo avec le ministre japonais de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie, Akira Amari.
M. Amari a quant à lui répondu que le Japon était actuellement en train de sélectionner les projets qu'il financera à l'aide d'un prêt de 3,5 milliards de dollars accordé à l'Irak en 2003. Ces projets devraient notamment concerner la reconstruction des capacités de raffinage, ainsi que l'installation d'oléoducs. M. al-Shahristani a effectue cette semaine une visite officielle de trois jours au Japon, un des principaux fournisseurs d'aide à l'Irak. Outre les prêts de 3,5 milliards de dollars consentis en 2003, Tokyo a accordé à Bagdad 1,5 milliard de dollars d'aide directe et a effacé 6 milliards de dettes
V – L'Irak chiffre ses besoins à 100 mds USD
L'Irak a demandé en début de semaine à la communauté internationale une aide d'environ 100 milliards de dollars sur cinq ans pour reconstruire son infrastructure ravagée par plus de trois ans de violence, le montant n'étant qu"approximatif" selon Ali al-Dabbagh, porte-parole du gouvernement irakien, à Koweït. "Nous avons besoin d'une assistance jusqu'à ce que notre secteur pétrolier soit reconstruit", a ajouté M. Dabbagh, après l'ouverture d'une réunion préparatoire pour un "Pacte international avec l'Irak". Ce dernier, élaboré à l'initiative du gouvernement irakien, a pour objectif de garantir à l'Irak une aide financière et politique pour restaurer la paix et la démocratie dans le pays.
A l'issue de la réunion, le vice-Premier ministre irakien Barham Saleh a indiqué que les USA, l'UE et l'Arabie saoudite avaient promis une nouvelle aide à l'Irak. Ryad aurait exprimé sa volonté de fournir un milliard de dollars en aide, incluant des dons et des prêts, ainsi que 500 millions de dollars d'aides financières. M. Saleh a par ailleurs appelé à l'annulation des dettes accumulées par son pays, estimées à des dizaines de milliards de dollars. Il a ajouté que le Pacte serait lancé officiellement dans six semaines.
Des représentants de 14 pays donateurs, dont la France, le Japon, l'Arabie saoudite et les Etats-Unis, et sept institutions internationales, dont l'ONU et l'UE, étaient présents, demandant par ailleurs à l'Irak d'appliquer un programme de réformes économiques, sociales et sécuritaires et de combattre la corruption répandue dans ce pays, avant de lui accorder cette aide.
Le Koweit a pour sa part annoncé qu'il examinerait les moyens d'une meilleure utilisation de l'aide promise par les pays donateurs lors de la conférence de Madrid, en octobre 2003, lesquels s'étaient alors engagés à contribuer à hauteur de 33 milliards de dollars à la reconstruction du pays. Dans son allocution, le chef de la diplomatie koweïtienne a averti que la violence en Irak pourrait s'étendre aux autres pays de la région.
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Sources : AP, AFP

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