Gazprom profite du report de la fusion GDF/Suez

Poutine_gaz_1_2Toujours aussi rusé Mr Poutine, alors que le projet de fusion SUEZ/ GDF se voit reporté, Gazprom met désormais plein gaz sur GDF. Le vice-président du géant gazier russe, Alexander Medvedev, s'est dit en effet vendredi intéressé par des achats d'actifs dans le transport et la distribution de gaz en Europe, et par un renforcement de ses capacités de stockage en France.

Mais encore une fois le Président russe pourrait avoir recours  au "chantage  gazier" pour renforcer ses positions, et maîtriser encore plus l’Europe au cas ou elle aurait quelques velléités à critiquer son "comportement " vis à vis des ex-républiques de l’Union soviétique voire même en interne à la Russie.

La situation est d’autant plus cruciale que la position actuelle de la Pologne concernant les accords-UE et Russie pourrait bien être fortement influencée par la dépendance énergétique qu’il pourrait résulter pour elle de la mise en œuvre du gazoduc Nord Stream  à travers la Baltique, enjeu notamment de négociations entre GAZPROM ….. et GDF.

I - Gazprom veut se développer dans la distribution et le stockage de gaz

"Si des possibilités devaient apparaître pour l'acquisition d'actifs notamment pour la distribution, le transport (en Europe), nous allons les étudier", a  déclaré vendredi le vice-président du géant gazier russe Gazprom, Alexander Medvedev, lors d'un déjeuner de presse à Paris pour le lancement officiel de sa filiale française de vente directe de gaz.

Le groupe vise notamment des actifs qui seraient cédés par Suez et Gaz de France après leur fusion, en fonction des "conditions économiques de l'offre" et "conformément à la réglementation dans les pays où ces processus auront lieu". "L'autre priorité très importante pour nous (est) le stockage sous-terrain de gaz", a ajouté M. Medvedev. "Nous sommes intéressés à renforcer nos capacités de stockage en France". "Il y a déjà des projets qui sont en cours avec l'Autriche, le Royaume-Uni et la Belgique. Nous serions très heureux s'il y avait la même possibilité avec la France", a-t-il expliqué.

Il s'agirait de développer les capacités de stockage dans le cadre d'un projet commun avec GDF, dont les structures gèrent aujourd'hui l'ensemble du stockage de gaz en France, avec un autre partenaire, ou encore de manière indépendante, a précisé le président de la filiale française de Gazprom.

Le géant gazier russe, qui ne veut pas dépendre seulement de Gaz de France, à qui il fournit 20% de son gaz, a démarré ses livraisons directes en France en octobre. Le groupe vise la vente directe de gaz aux industriels et aux entreprises commerciales de grande ou moyenne taille.

II – La fusion Suez/GDF  reportée

Après la décision rendue mardi par le tribunal de grande instance de Paris, confirmée en appel, d'ordonner le report d'un conseil d'administration de GDF prévu mercredi pour voter le traité de fusion, les 2 groupes espèrent boucler un accord avant la fin de l'année en vue de le soumettre à des assemblées générales convoquées en février.

Le calendrier du processus de fusion entre Suez et de Gaz de France dépend de la date à laquelle le rapport d'expert sur les conséquences sociales du rapprochement sera remis. Mais toute convocation du conseil d'administration de GDF doit être précédée d'une réunion du comité d'entreprise européen (CEE), sachant que celui-ci ne peut être réuni que dix jours au moins après la remise du rapport de l'expert. Les deux groupes ont réaffirmé leur volonté de réaliser la fusion alors que le report a suscité des interrogations parmi les investisseurs, le processus risquant d'entrer en collision avec la campagne pour l'élection présidentielle de mai prochain. "Notre objectif reste le même. C'est de mener à bien cette fusion. Il y a un glissement du calendrier. Cela ne remet pas en cause le projet", a dit un porte-parole de Suez.

Le ministre du Budget Jean-François Copé, en visite à Moscou, avait  plaidé en septembre dernier pour la constitution d'un grand pôle "français et européen" de l'énergie Gaz de France-Suez, qui soit en mesure de "discuter" avec des géants comme le groupe gazier russe Gazprom.
"Je peux vous dire que vu de Moscou, d'un pays qui est le premier fournisseur de gaz au monde et le deuxième de pétrole, on mesure vraiment combien le projet de loi de fusion Gaz de France-Suez est vital pour l'indépendance de notre pays", a déclaré M. Copé à des journalistes.

III - GDF/Gazprom : contrat via gazoduc Nord Stream

Le géant gazier russe Gazprom envisage de conclure prochainement - notamment avec Gaz de France - des contrats de livraison pour le gaz qui sera transporté à travers le gazoduc Nord Stream, a indiqué récemment un responsable du groupe russe.
"La conclusion de l'accord entre le français Gaz de France et notre filiale Gazprom Marketing and Trading en est au stade final", avait déclaré en octobre dernier un haut responsable de Gazprom Sergueï Balachov lors d'une conférence à Moscou.

Reste néanmoins, qu'au delà des livraisons d'hydrocarbures, GDF compterait bel et bien intégrer le consortium russo-allemand chargé de construire le gazoduc sous la Baltique.

Une entrée du groupe français Gaz de France dans le consortium russo-allemand chargé de construire le gazoduc sous la Baltique est envisageable, avait déclaré fin mars Gazprom. "Cette décision peut être prise si le nouveau partenaire apporte quelque chose de nouveau, d'importance stratégique", les attentes russes ne semblant pas prioritairement d'ordre financier dans le domaine. Le quotidien russe Vedomosti affirmait alors que "le français GDF et le néerlandais Gasuni montraient une volonté très forte d'entrer dans ce projet". Le résultat des négociations dépendrait notamment d'un avantage économique qui découlerait de ce partenariat, et notamment la possibilité d'assurer le transport du gaz vers un nouveau marché prometteur.

IV - Le nouveau gazoduc : des intérêts stratégiques majeurs

La construction d'un gazoduc sous la mer Baltique pourrait changer la carte politique de l'Europe. En construisant un gazoduc sous la mer, qui contournera les pays baltes et la Pologne, la Russie pourra en effet imposer des prix de gaz de monopole pour avoir une influence sur la politique de ses voisins baltes, ukrainiens et polonais.

Le gazoduc dit nord-européen doit être construit sur près de 3.000 km, dont 1.189 km sous la mer Baltique. Il doit relier sur sa partie terrestre le système unifié d'oléducs russes au port russe de Vyborg, puis via la mer Baltique, à Greifswald en Allemagne.

La nouvelle alliance entre la Russie et l'Allemagne, appelée aujourd'hui "alliance énergétique", qui représentera plus de 4 milliards d'euros d'investissements, a été signé le 8 septembre 2005 à Berlin entre Gazprom et les allemands BASF et EON. L'Allemagne assure avec ce projet une grande partie de son approvisionnement énergétique sur des décennies. Gazprom compte mettre en service ce nouveau gazoduc en 2010 avec un volume de 27 milliards de m3 par an dans un premier temps, qui pourra être porté à terme à 55 mds de m3.

V – La Pologne cherche à s'affranchir du gaz russe

"La Pologne ne se connectera pas au Gazoduc nord-européen (GNE) et cherche une solution de rechange au gaz russe", avait déclaré mi-octobre à Moscou le président du Sénat polonais, Bogdan Borusiewicz.  Il avait par ailleurs affirmé que la Pologne restait hostile à la construction du GNE, sa mise en oeuvre impliquant que la Russie puisse désormais à tout moment lui "couper les vivres", compte-tenu du parcours du nouveau gazoduc. "Chaque ramification dispose d'un robinet qu'on peut toujours fermer", a rappelé M. Borusiewicz. Aujourd'hui, a-t-il ajouté, "la Russie ne peut pas couper les fournitures à la Pologne, car les pays d'Europe occidentale en souffriraient".

Le nouveau gazoduc modifierait ainsi la situation, permettant à Poutine d'assurer un "chantage gazier" sur la Pologne sans que ses clients européens n'en soient affectés.
Pour s'assurer des livraisons d'hydrocarbures supplémentaires, la Pologne doit dépenser 3 à 4 milliards de dollars pour construire un port doté d'un réservoir de gaz liquéfié. "Notre sécurité nationale l'exige", a affirmé le président du Sénat polonais.

Pour rappel, le gouvernement polonais avait annoncé en mai 2006 que le secrétaire d’Etat au gouvernement polonais Ryszard Schnepf, qui avait informé la presse de la possibilité d’un engagement financier de la Pologne dans le projet de construction du gazoduc germano-russe avait démissionné.
Le Premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz avait alors fermement démenti des informations de journaux polonais et allemands sur la participation de Varsovie à ce projet très controversé en Pologne et dans les pays baltes. "La Pologne n'a jamais accepté et n’accepte toujours pas l’accord entre la Russie et l’Allemagne sur la construction d'un gazoduc sous la Baltique. Un tel gazoduc risque de constituer une menace pour la sécurité énergétique de la Pologne et pour l'environnement en mer Baltique", avait alors affirmé M.Marcinkiewicz.
La presse polonaise avait affirmé auparavant que le Premier ministre polonais avait proposé à la chancelière allemande Angela Merkel que la Pologne participe à cet investissement en échange de la présence d'un représentant dans la direction du projet.

VI – Le GNE devient désormais Nord Stream

La société North European Gas Pipeline Company, opérateur du projet de Gazoduc nord-européen (GNE), a annoncé en début de mois le changement de son nom, devenue Nord Stream AG, et l'ouverture de son premier bureau à Zoug, en Suisse.
La décision de rebaptiser la compagnie a été prise par ses actionnaires Gazprom, Wintershall (filiale de BASF) et E.ON Ruhrgas. Le bureau suisse de la compagnie emploiera presque trois quarts des effectifs prévus à hauteur de 70 personnes. La filiale de Nord Stream basée à Moscou devrait rapidement ouvrir.
La coentreprise russo-allemande Nord Stream AG (initialement North European Gas Pipeline Company) a été fondée en décembre 2005 pour concevoir, construire et exploiter le nouveau gazoduc qui passera sous la mer Baltique. Elle est détenue à 51% par Gazprom, le solde des actions étant réparti à parts égales entre Wintershall et E.ON.
En 2000, la Commission européenne a attribué au gazoduc le statut de réseau énergétique transeuropéen (Trans-European Energy Networks, TEN-E). Ce statut a été confirmé en 2006.

VII – GAZPROM avait envisagé un partenariat avec ENEL pour la reprise de Suez

Les dirigeants de Gazprom ont rencontré fin mars le PDG de l'électricien Enel, Fulvio Conti. Enel aurait eu des "discussions avancées" avec plusieurs groupes français intéressés par la branche environnement de Suez. Le groupe italien, s'il était venu à acquérir Suez, aurait pu être amené à revendre certains actifs, pouvant même ne conserver à terme qu'Electrabel, filiale d'électricité belge de Suez.

A la même époque, certains faisaient écho de "marques écrites d'intérêt" de la part de groupes internationaux. Etaient évoqués les noms du russe Gazprom mais aussi, la banque australienne Macquarie ou le fonds Terra Firma. Mi-mars, le ministre de l'Energie, Marc Verwilghen, avait également précisé que Gazprom était intéressé par le marché belge de l'énergie, notamment l'approvisionnement, le stockage en gaz naturel liquide et le hub de Zeebrugge, véritable plaque-tournante des flux gaziers en Europe.

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Sources : AFP, Ria Novosti, Monde Diplomatique

 

1 Commentaire

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    Gazprom en france

    PARIS (Reuters) - Gazprom veut conquérir 1.000 clients d'ici cinq ans en France, où le groupe a inauguré vendredi les bureaux de sa filiale Gazprom Marketing et Trading France, déclare Alexander Medvedev, vice-président du géant gazier russe.
    "En terme de volumes, notre objectif est de fournir en direct, dans les deux à trois ans à venir, deux milliards de mètres cubes de gaz sur le sol français", ajoute-t-il dans un entretien publié lundi par le quotidien Les Echos.
    Il précise que cette concurrence avec Gaz de France dans l'Hexagone n'empêche pas Gazprom de poursuivre sa coopération avec l'opérateur français. "Nous allons même prolonger jusqu'en 2035 le contrat d'approvisionnement qui nous lie (à GDF), pour des volumes avoisinant 12 milliards de mètres cubes par an", souligne-t-il.
    Il rappelle également que le groupe a des projets de stockage en cours en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni et qu'il est à la recherche d'opportunités en la matière sur le sol français.

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