Au moins une personne a été tuée mercredi dans des affrontements entre miliciens pro-Gbagbo et la population d'un quartier d'Abidjan, alors que l'ONU discute d'une nouvelle phase de transition en Côte d'Ivoire.
Il s'agit des premiers incidents graves enregistrés depuis la fin de l'été, dans un contexte de tension entre les partisans du président Gbagbo et ses opposants, qui réclament son départ du pouvoir.
Parallèlement à ces évènements, les producteurs ivoiriens de cacao, engagés dans des négociations avec le gouvernement pour obtenir une hausse du prix d'achat, ont annoncé mercredi avoir levé leur mot d'ordre de grève sans obtenir gain de cause. Pour rappel, la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, que le pétrole a néanmoins détrôné depuis peu du rang de 1ère ressource du pays ...
I – Affrontement entre population et miliciens à Abidjan
Les affrontements, qui ont eu lieu dans le quartier de Yopougon, ont opposé la population locale à des miliciens du Groupement des patriotes pour la paix (GPP, partisans du président Laurent Gbagbo), ont indiqué des sources de sécurité ivoirienne et occidentale. Selon ces sources, les incidents auraient été engendrés par la colère d'une partie de la population de Yopougon, excédée par les rackets et brimades des miliciens, qui aurait alors décidé de les chasser du quartier.
Les GPP font partie des "Jeunes patriotes" des quartiers populaires qui manifestent régulièrement, parfois avec violence, pour soutenir M. Gbagbo, notamment contre la communauté internationale, qu'ils accusent de vouloir chasser le président ivoirien du pouvoir.
II – Le climat de plus en plus tendu à Abidjan
Le climat s'est tendu à Abidjan à l'approche de l'échéance du 31 octobre, date de la fin de la prolongation de mandat d'un an accordée par l'ONU à M. Gbagbo en octobre 2005, à défaut d'avoir pu tenir des élections dans un pays divisé depuis une tentative de coup d'Etat en septembre 2002. Ce délai supplémentaire d'un an n'a pu suffir cependant pour pouvoir organiser des élections, en raison des blocages politiques persistants.
Le Conseil de sécurité devait adopter mercredi une nouvelle résolution prolongeant une nouvelle fois le mandat du président ivoirien d'un an. Le discussion portait notamment sur l'étendue des pouvoirs du Premier ministre Charles Konan Banny, désigné en décembre par la communauté internationale pour faire avancer un processus de paix dans l'impasse.
La communauté internationale accuse notamment le président Gbagbo et la rébellion des Forces nouvelles (FN), qui contrôlent respectivement le sud et le nord du pays, de favoriser les blocages pour se maintenir chacun au pouvoir. Malgré moult médiations internationales, la situation de la Côte d'Ivoire est restée figée depuis septembre 2002 avec un nord rebelle et un sud toujours contrôlé par le président, séparés par 3.500 soldats français et 7.000 Casques bleus de l'ONU.
III – Le vote de l'ONU déjà repoussé d'un jour
Le Conseil de sécurité des Nations unies a différé d'une journée le vote d'un projet de résolution prolongeant d'un an le mandat de Laurent Gbagbo, les membres du Conseil de sécurité n'étant pas parvenus à se mettre d'accord mardi soir sur la proposition française de résolution qui confère d'importantes prérogatives au Premier ministre ivoirien afin qu'il mène à bien l'organisation d'élections libres dans un délai d'un an.
"Il s'agit d'un changement de régime opéré par le Conseil de sécurité", a déclaré, furieux, le représentant permanent de l'Afrique du Sud auprès des Nations unies, Dumisani Kumalo. "Ils ne tenteraient jamais cela dans un pays européen", a-t-il ajouté. L'ambassadeur de France à l'Onu, Jean-Marc de la Sablière, a souligné que le mandat de l'actuel gouvernement ivoirien expirait mardi et a prévenu qu'il y aurait un vide juridique s'il n'était pas renouvelé.
Mais face à l'absence de consensus entre la France et la République démocratique du Congo d'un côté et les Etats-Unis, la Chine, la Russie, et la Tanzanie de l'autre, il a finalement été décidé de repousser le vote de 24 heures. "Il n'y aura aucune vacance du pouvoir", a assuré l'ambassadeur du Japon à l'Onu, Kenzo Oshima. Il a souligné que l'Union africaine avait fixé au 1er novembre l'entrée en fonctions du nouveau gouvernement de transition.
IV – La France s'efforce de rallier les grandes puissances
La France s'efforçait mercredi de rallier les grandes puissances du Conseil de sécurité à son projet de résolution, ces dernières lui reprochant d'amoindrir trop fortement la souveraineté ivoirienne. Selon des diplomates, la Chine, les Etats-Unis, la Russie et la Tanzanie se seraient abstenus si Paris avait voulu passer en force mardi soir. Mais si la résolution aurait pu alors être adoptée, ces abstentions n'auraient certainement pas manqué d'être interprétées en Côte d'Ivoire comme un signe de faiblesse de la communauté internationale.
Toujours selon des diplomates, la France aurait proposé mardi soir quelques amendements à son texte, sur lesquels les autres délégations devaient se prononcer mercredi après avoir reçu des instructions de leurs capitales. Selon une source diplomatique, la France aurait accepté mardi après-midi de reformuler un paragraphe visant à empêcher les parties ivoiriennes d'invoquer la loi nationale pour entraver la mise en oeuvre de la résolution ou du processus de paix, obtenant ainsi l'appui de la Grande-Bretagne.
La France aurait également accepté de ne plus mentionner les nominations de personnalités civiles et militaires dans la liste des prérogatives attribuées au Premier ministre. Les délégations auraient alors demandé à consulter leurs capitales sur ce point.
De source diplomatique, on indiquait mercredi que si certaines autres concessions étaient encore possibles, il y avait cependant "des lignes rouges" que Paris n'était pas disposé à franchir, de crainte que la résolution perde son efficacité. La France bénéficie du soutien actif des deux pays ouest-africains du Conseil, le Congo et le Ghana.
V – Cacao: la grève des producteurs définitivement suspendue
Les producteurs ivoiriens de cacao ont décidé à l'unanimité de lever le mort d'ordre de grève "dans un esprit d'apaisement à la suite d'une rencontre avec le président", a déclaré à Moussa Bado, porte-parole de l'Association nationale des producteurs de café cacao de Côte d'Ivoire (Anaproci), à l'initiative du mouvement.
Les producteurs de cacao ivoiriens s'étaient mis en grève le 16 octobre pour obtenir un relèvement du prix d'achat "bord champ" de 400 francs CFA (O,61 euro) le kilo, prix fixé par les autorités, à 600 FCFA/kg. L'Anaproci revendiquait également une réduction de 100 FCFA/kg du Droit unique de sorti (Dus), une taxe qui s'élève actuellement à 220 FCFA/kg, ainsi que le financement des coopératives à hauteur de 10 milliards de FCFA. La grève avait été suspendue deux jours après son déclenchement, des négociations ayant été entamées avec le gouvernement.
Si les producteurs n'ont pas obtenu gain de cause sur la hausse du prix d'achat ni la baisse du Dus, le gouvernement a accepté de financer leurs coopératives à hauteur de 10 milliards de FCFA. Selon le président, la situation financière du pays rendrait impossible la réduction du Dus.
Selon la bourse d'Abidjan, la Côte d'Ivoire a produit 1,4 million de tonnes de cacao au cours de la campagne 2005/2006, dont 1,33 ont été exportés, contre 1,28 million, dont 1,22 ont été exportés, lors de la saison précédente. Près d'un tiers des 600.000 producteurs de cacao ont abandonné leur exploitation par crainte de l'insécurité depuis le début de la crise militaro-politique de septembre 2002, déclenchée par une rébellion armée qui occupe toujours le nord du pays. Environ 6 millions d'Ivoiriens, sur un total de quelque 15 millions, vivent directement ou indirectement du cacao.
Selon la présidence ivoirienne, le café et le cacao représentent 40% des recettes d'exportations de la Côte d'Ivoire et 20% de son PIB, estimé à 12,20 milliards d'euros par le Fonds monétaire international.
Sources : AFP, Reuters
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Via cyberpresse (CANADA)
Le mercredi 01 novembre 2006
Côte d'Ivoire: accord au Conseil de sécurité, vote imminent
Agence France-Presse
New York
Un accord est intervenu entre les membres du Conseil de sécurité de l'ONU sur le projet de résolution français organisant une nouvelle phase de transition politique en Côte d'Ivoire et le Conseil devrait l'adopter à l'unanimité, a annoncé mercredi un diplomate.
«Tous les problèmes ont été réglés, il y a maintenant unanimité et on va voter tout à l'heure», a déclaré ce diplomate à l'AFP.
Le Conseil de sécurité devait se réunir en consultations sur la Côte d'Ivoire à 15H00.
01 novembre 2006 à 22:332
Côte d'Ivoire: l'ONU reconduit Gbagbo et Konan Banny
NEW YORK (Nations unies), 1 nov 2006 (AFP)
Le Conseil de sécurité de l'ONU a reconduit mercredi pour un an le président ivoirien Laurent Gbagbo et son Premier ministre Charles Konan Banny, en donnant des pouvoirs très élargis à ce dernier pour mener le pays à des élections.
Le Conseil a pris cette décision dans une résolution adoptée à l'unanimité de ses quinze membres, qui prend le numéro 1721.
Dans cette résolution, rédigée par la France, le Conseil "fait sienne la décision du Conseil de paix et de sécurité (CSP) de l'Union africaine selon laquelle le président Gbagbo doit rester chef de l'Etat à partir du 1er novembre, pour une nouvelle et dernière période de transition ne devant pas excéder un an".
Il prend la même décision concernant le maintien au poste de Premier ministre de M. Konan Banny, ajoutant que, conformément à la décision du CSP, ce dernier "ne sera pas habilité à se présenter à l'élection présidentielle".
Le texte stipule que "la pleine mise en oeuvre de la résolution (...) et du processus de paix dirigé par le Premier ministre requiert la coopération totale de toutes les parties ivoiriennes et qu'aucun texte de loi ne pourra être invoqué par elles pour s'y opposer".
M. Konan Banny aura pour mandat de mettre en oeuvre toutes les dispositions de la feuille de route établie par le GTI (Groupe de travail international) "en vue de l'organisation d'élections libres, ouvertes, justes et transparentes d'ici au 31 octobre 2007 au plus tard".
Il "devra avoir tous les pouvoirs nécessaires, toutes les ressources financières, matérielles et humaines voulues et une autorité totale et sans entraves, en conformité avec les recommandations de la Cédéao" (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest), ajoute le texte.
Aux termes de la résolution, le Premier ministre devra également "avoir autorité sur les Forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire".
Le texte renouvelle aussi pour un an le mandat du Haut représentant de l'ONU pour les élections, Gérard Stoudmann, qui sera "la seule autorité autorisée à rendre les arbitrages nécessaires en vue de prévenir ou résoudre toute difficulté ou contentieux liés au processus électoral".
Cette nouvelle période de transition, dont le Conseil veut qu'elle soit la dernière, était nécessaire après l'échec de la précédente, qui a expiré mardi. Définie par la résolution 1633 (octobre 2005) du Conseil, elle devait déboucher sur des élections avant le 31 octobre, qui n'ont pu avoir lieu en raison de multiples blocages.
01 novembre 2006 à 23:313
CoteIvoire: manifestation contre des miliciens patriotes, trois morts
AFP 03.11.06 | 19h31
Trois personnes, dont au moins deux miliciens "patriotes" (mouvance proche du président ivoirien Laurent Gbagbo), ont été tuées vendredi lors d'une manifestation des habitants d'Abidjan contre la présence de "patriotes" accusés d'exactions diverses, a-t-on appris de sources concordantes. "Deux de nos miliciens ont été brûlés vifs par des manifestants. Au moins une autre personne est morte", a déclaré à l'AFP Touré Moussa Zegen, président du Groupement des patriotes pour la paix (GPP, partisans du président Gbagbo). "Trois personnes ont été tuées", a confirmé à l'AFP Eugène Djué, l'un des dirigeants de la mouvance des patriotes, à laquelle appartient le GPP. Ce bilan a été confirmé par des sources de sécurité ivoirienne et occidentale
03 novembre 2006 à 20:27Ajoutez un commentaire
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