Airbus : qui va monter à bord ?

Airbuslineup_dsc_0054Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué dit le proverbe.

Il ne faut pas affirmer vouloir posséder une participation dans Airbus, sans intention réelle de part et d'autre, pourrait-on dire également, en adaptant le dicton aux temps modernes.

En tout cas, si il est affaire qui roule en ce moment côté Airbus, ce sont les rumeurs concernant d'éventuelles entrées d'investisseurs étangers à son capital. Emirats arabes Unis, Russie et Allemagne figureraient parmi ces passagers "VIP".

bI – Des rumeurs d'ouverture du capital à des pays du Golfe

Airbus fait l'objet d'insistantes rumeurs selon lesquelles des investisseurs étrangers pourraient rentrer dans son capital , alors que l'avionneur européen cherche à boucler le financement de son nouveau projet de long-courrier A350.

"Des investisseurs du Golfe s'intéressent à une participation dans Airbus", affirmait jeudi une source française proche du dossier, confirmant partiellement des informations publiées par Les Echos. D'après le quotidien, la maison mère de l'avionneur, EADS, serait prête à ouvrir le capital de sa filiale à 100% à des fonds d'investissement des Emirats Arabes Unis, gros clients d'Airbus, qui reprendraient une partie des 20% dans Airbus rachetés par le groupe européen à BAE Systems, pour 2,75 milliards d'euros.

Les négociations seraient déjà bien avancées avec le fonds d'investissement Dubai International Capital (DIC). Pour rappel, la rumeur de son entrée au capital d'EADS avait provoqué l'envolée de son titre en fin de semaine dernière. L'opération prendrait la forme d'une augmentation de capital réservée et pourrait être bouclée d'ici la fin de l'année. Les discussions seraient également avancées avec Qatar Investment Authority, son équivalent de Doha. A noter pour appuyer ces rumeurs que les 2 fonds sont chacun liés à l'un des actionnaires-clés d'EADS. DIC possède en effet 2% de DaimlerChrysler tandis que Qatar Investment Authority détient quelque 6% de Lagardère.

D'autres investisseurs, russes, chinois et même américains pourraient les rejoindre, poursuivent Les Echos.

II – Eads oppose un démenti à ses rumeurs

Ces informations ont cependant été démenties par un porte-parole d'EADS, qui estime que tout ceci n'est que de la pure spéculation ... qui profite néanmoins au titre ... Interrogé par ailleurs sur une possible entrée de l'émirat de Dubaï au capital d'EADS, le porte-parole du groupe européen a cependant réaffirmé que son groupe "accueille l'arrivée de tout investisseur qui contribuerait à internationaliser davantage la base de l'actionnariat".

Le groupe Lagardère, actionnaire privé français d'EADS, n'a pas commenté les informations des Echos. Une source proche du dossier à Paris relevait toutefois que les actionnaires français et allemands n'avaient "pas protesté contre les informations faisant état la semaine passée d'un intérêt en provenance d'investisseurs du Moyen-Orient".

Le fonds Dubai International Capital (DIC) reste quant à lui évasif sur son éventuelle entrée dans le capital d'EADS. "En ce moment, DIC n'a pas l'intention d'acquérir des parts à EADS", mais ce dernier pourrait être "une éventuelle opportunité d'investissement" à l'avenir, affirmait ainsi samedi son directeur exécutif, Sameer al-Ansari.

Cependant, pour alléger la facture de l'A350, Airbus a d'ores et déjà décidé de faire participer des partenaires étrangers à hauteur de 40% du projet, contre 15% pour l'A380.

III – Airbus ferait les yeux doux à la Russie ?

Outre les investisseurs du Golfe, le groupe européen voudrait convaincre la banque publique russe VTB d'échanger sa participation dans EADS, estimée à 7,2%, contre une place chez Airbus, avancent pour leur part Les Echos.

Des discussions se poursuivraient avec les Russes concernant leur participation acquise en août par la banque publique russe Vnechtorgbank (VTB). L'un des schémas serait de faire descendre au niveau d'Airbus tout ou partie des quelque 5 % qu'ils détiennent dans EADS.

La Russie disposerait en contrepartie d'un siège au conseil d'administration de l'avionneur. Ce schéma permettrait à Moscou ,d'avoir accès à la technologie et l'ingénierie aéronautique au moment où elle souhaite relancer son industrie avec la création d'OAK (Groupe Aéronautique Unifié), un holding regroupant tous les acteurs russes du secteur (Soukhoï, MiG, Tupolev, Iakovlev, Irkout). Pour EADS, cela lui permettrait de négocier un rôle important dans OAK, étant déjà actionnaire d'Irkout et aussi d'avoir une garantie d'accès aux ressources de matières premières, à savoir notamment le titane. (Nous en reparlerons).

En intégrant la Russie au niveau d’Airbus, et non plus d’EADS, le constructeur européen limiterait également l'accès des russes aux activités de défense, tout en leur offrant une coopération accrue dans l'aéronautique civile, où Moscou affiche de grandes ambitions. Certaines voix s'élèvent en effet actuellement contre l’entrée des capitaux russes dans EADS, l'opération pouvant nuire à la confidentialité de certaines activités militaires. Le groupe européen bénéficierait également ainsi de ressources de production à faible coût en Russie.

IV – Pas de réponse avant décembre côté Allemagne

“Les discussions sur la représentation allemande au capital d'EADS ne seront pas bouclées avant la fin du mois au plus tôt », a indiqué vendredi un porte-parole du gouvernement allemand, précisant qu'elles étaient complexes.

L'Allemagne est représentée au capital du groupe européen d'aéronautique et de défense par une participation de 22,5% du constructeur automobile DaimlerChrysler. Celui-ci veut ramener sa participation à 15%, et Berlin souhaite que les 7,5% qui vont être cédées restent dans des mains allemandes, pour éviter que l'Allemagne perde de l'influence face à la France au sein d'EADS.

Au début du mois le gouvernement allemand avait indiqué que les discussions, menées avec DaimlerChrysler et EADS, étaient "en bonne voie". Une participation directe de l'Etat a été évoquée, mais ne semble pas la solution privilégiée par la chancelière Angela Merkel. Les banques Deutsche Bank et Commerzbank se sont également dites prêtes à s'impliquer.

V – D'importants besoins de financement

En tout état de cause, ces rumeurs interviennent à l'heure où Airbus et EADS ont un besoin criant d'argent frais pour financer le projet A350. La question du lancement industriel du long-courrier doit être tranchée par les administrateurs d'EADS fin novembre. Le nouvel avion, destiné à concurrencer le 787 de l'américain Boeing, devrait coûter entre 9 et 10 milliards d'euros. Or, le groupe européen d'aéronautique et de défense doit faire face à d'importants problèmes financiers compte -tenu des retards de production de l'A380, désormais fixés à 2 ans.

EADS vient d'encaisser le premier choc financier lié à ces retards, en inscrivant un milliard d'euros de charges qui ont fait plonger ses comptes trimestriels dans le rouge pour la première fois depuis trois ans. La faiblesse du dollar face à l'euro pénalise également le groupe, avec un impact négatif prévu d'un milliard sur l'ensemble de l'année.

Dans ce contexte, l'arrivée de nouveaux actionnaires ouvrirait de nouvelles perspectives de financement et permettrait à l'avionneur d'éviter un recours à des avances remboursables européennes qui risquerait d'envenimer la bataille qui oppose à ce sujet Washington et Bruxelles à l'OMC.

Sources : AFP, Usine Nouvelle, Le Monde

A lire également :

. DIC (Emirats) pourrait céder une partie des parts de DaimlerChrysler

. A380 : les Emirats exigent des compensations

. EADS : turbulence dans l'actionnariat

. Russie : achat d'A380 contre participation dans EADS

. Russie : boulimie d'actions EADS

. La Russie actionnaire majoritaire d'EADS ? ... c'est pas gagné !

. Vnechtorgbank (Russie) prend 5,02% d'EADS

. Kamaz-Vneshtorgbank: introductions en bourse prévues en Russie

 

1 Commentaire

  1. 1

    Elisabeth

    Pour rappel , accord Boeing Russie ... et titane pour le 787,

    point important de l'interet des relations avec la Russie, on en reparlera :

    ------------------------------
    Russie: Boeing coopère avec VSMPO-Avisma (titane), Poutine applaudit
    MOSCOU, 11 août 2006 (AFP)
    L'avionneur américain Boeing et le producteur russe de titane VSMPO-Avisma ont créé vendredi une société commune de composants aéronautiques, dont le président russe Vladimir Poutine s'est ostensiblement félicité dans un contexte de tensions avec Washington.

    Cette coopération entre le géant américain de l'aéronautique et le leader mondial de la production de titane vise à fabriquer des composants en titane pour le futur Boeing 787 Dreamliner, selon l'agence Interfax.

    La société commune sera détenue à égalité par les deux partenaires, qui vont y investir 60 millions de dollars au total, selon le directeur général de VSMPO-Avisma, Vladislav Tetioukhine.

    Recevant des dirigeants de Boeing dans sa résidence de Novo-Ogarevo, près de Moscou, M. Poutine a salué le "nouveau niveau de coopération" auquel accède la compagnie américaine avec des partenaires russes.

    "Nous soutiendrons le développement de votre activité en Russie", a ajouté le président, une semaine après l'annonce par Washington de sanctions contre deux sociétés russes d'armements, Soukhoï (avions de chasse) et Rosoboronexport (exportation d'armes).

    Le directeur général de Boeing Aviation Civile Alan Mulally, le directeur de Boeing Russie Sergueï Kravtchenko et le chef de Rosoboronexport Sergueï Tchemezov, un proche de M. Poutine, qui doit prendre une minorité de contrôle dans VSMPO-Avisma, étaient présents.

    Les responsables de Boeing, en concurrence avec l'européen Airbus pour la vente de 22 longs-courriers à la compagnie nationale russe Aeroflot, ont très probablement plaidé leur cause dans ce dossier, même si rien n'a filtré devant les caméras.

    Selon la presse russe, Boeing semblait avoir perdu ses chances de remporter le contrat après l'annonce le 4 août des sanctions américaines, tout comme certaines compagnies américaines pourraient être pénalisées pour l'exploitation de gisements gaziers russes après l'échec des négociations russo-américaines sur l'OMC.

    En recevant de hauts responsables de Boeing, le chef du Kremlin a relancé les spéculations quant au choix d'Aeroflot entre l'Airbus A350 et le Dreamliner pour renouveler sa flotte.

    Boeing et VSMPO-Avisma avaient signé une lettre d'intention en avril pour la création de la joint-venture. Les composants doivent être produits à Verkhniaïa Salda, dans l'Oural, et leur finition effectuée dans une usine de Boeing à Portland (Oregon).

    La société devrait vendre des composants d'une valeur de 250 à 400 millions de dollars selon le nombre de Dreamliner qui seront vendus dans le monde, a estimé M. Tethioukhine. Selon lui, 10% du fuselage du Dreamliner sera constitué de titane russe.

    Les Etats-Unis ont annoncé le 4 août avoir imposé des sanctions à sept sociétés étrangères, dont Soukhoï et Rosoboronexport, pour avoir fourni à l'Iran du matériel qui pourrait être utilisé dans la mise au point d'armes de destruction massive.

    Boeing a estimé que ces sanctions n'auraient pas d'impact sur sa coopération avec Soukhoï dans la conception d'un avion de transport régional.

Ajoutez un commentaire

Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.

elle ne sera pas publiée