Ironie du sort, alors que tout laisserait supposer qu'USA et Russie s'affrontent actuellement dans un semblant de guerre froide - nous en reparlerons - la Géorgie leur donne néanmoins l'occasion de se retrouver dans le même camp, ou presque.
En effet, alors que pour faire face à l'augmentation des tarifs gaziers nouvellement fixés par le russe Gazprom, la Géorgie se tourne vers l'Iran pour satisfaire ses besoins d'approvisionnements, les Etats-Unis viennent de s'insérer dans le conflit, en vue de freiner d'éventuelles livraisons de gaz iranien en Géorgie.
I – Les USA contre un partenariat gazier long terme Iran/Géorgie
John Teft, ambassadeur américain à Tbilissi, a déclaré en début de semaine que les Etats-Unis se prononçaient contre la coopération stratégique à long terme entre la Géorgie et l'Iran dans le domaine des livraisons de gaz.
Dans une interview publiée lundi par le journal Kviris palitra, l'ambassadeur a ainsi précisé que les propos du sous-Secrétaire d'Etat américain Matthiew Bryza, selon lesquels la Maison Blanche n'aurait rien contre le fait que Tbilissi profite du gaz iranien pour surmonter sa crise, avaient été mal interprétés.
"Lorsque la Géorgie est restée sans gaz en hiver à la suite d'une explosion sur le gazoduc, nous avons fait preuve de compréhension. Mais un partenariat stratégique à long terme entre l'Iran et la Géorgie dans ce domaine est inacceptable pour nous", a expliqué le diplomate.
Selon lui, cette position des Etats-Unis découle, d'une part, des récentes résolutions de l'ONU et des recherches nucléaires de l'Iran. D'autre part, les Etats-Unis considèrent comme un actif d'importance stratégique pour la Géorgie le gazoduc partant du gisement de Shah Deniz (Azerbaïdjan). “La mise en oeuvre de ce projet assurera à la Géorgie une source d'énergie fiable supplémentaire. Nous soutenons l'indépendance énergétique de la Géorgie et nous faisons tout notre possible en ce sens", a affirmé l'ambassadeur américain.
Il a également mis l'accent sur les grands efforts déployés par le gouvernement géorgien en vue de mettre en valeur et d'améliorer l'utilisation des ressources hydrauliques existantes.
II – La Géorgie défend sa coopération avec l'Iran face aux US
Le premier ministre géorgien Zourab Nogaïdeli a défendu en début de semaine la légitimité des contacts de son pays avec l'Iran dans le domaine des fournitures de gaz, objets de la désapprobation de Washington.
"Nous achèterons du gaz à l'Iran, il ne peut pas y avoir d'autres solutions, d'autant plus que nous échangerons le gaz iranien contre de l'électricité", a déclaré le chef du gouvernement géorgien, commentant les propos de l'ambassadeur américain, John Tefft, qui avait jugé inadmissible la coopération durable de la Géorgie avec l'Iran dans le domaine des importations de gaz.
"J'ignore les propos de l'ambassadeur des Etats-Unis, mais le sous-secrétaire d'Etat américain, Matthew Bryza, récemment en visite à Tbilissi, avait déclaré que les Etats-Unis n'avaient rien contre l'achat de gaz iranien par le gouvernement géorgien", a rappelé M. Nogaïdeli.
La Géorgie, ravitaillée en gaz essentiellement en provenance de Russie, est en train de diversifier ses sources d'approvisionnement et mène des pourparlers avec l'Azerbaïdjan, l'Iran et la Turquie.
III – Historique du conflit Russie-Georgie sur le gaz
En janvier dernier, le président géorgien Mikheil Saakachvili avait accusé la Russie d'être derrière les deux explosions survenues sur le principal gazoduc russe alimentant la Géorgie et l'Arménie . Considérant que la Géorgie avait été l'objet d'un grave sabotage de la part de la Fédération de Russie, il avait alors estimé officiellement que l’argumentation russe – qui évoquait notamment une éventuelle origine terroriste - était absolument inadéquate et contradictoire.
Les deux explosions s'étaient produites sur le tronçon principal et un embranchement secondaire du gazoduc Mozdok-Tbilissi, dans le Caucase russe, non loin de la frontière avec la Géorgie, selon le ministère russe des Situations d'urgence. Une autre explosion avait également endommagé une importante ligne alimentant en électricité russe la Géorgie, la privant en partie de courant.
Le ministère russe des Situations d'urgence avait alors annoncé que la Russie avait interrompu dans la nuit de samedi à dimanche ses livraisons de gaz à la Géorgie après un incident impliquant le gazoduc reliant les deux pays.
IV – L'Iran exportateur occasionnel de gaz vers la Géorgie
La Géorgie importera deux millions de m3 de gaz iranien par jour, avait annoncé fin janvier David Ingorokva, président de la Compagnie pétrolière internationale de Géorgie, suite aux évènements exposés précédemment. Les livraisons de gaz iranien devaient ainsi représenter un tiers de la consommation géorgienne, complétant les livraisons de gaz azerbaïdjanais et permettant ainsi aux installations géorgiennes de fonctionner à plein régime. C'est un ancien gazoduc azerbaïdjanais récemment remis en fonction qui avait alors assuré le transportera du gaz iranien vers la Géorgie.![]()
L'Iran avait répondu rapidement à l'appel à l'aide lancé par la Géorgie après l'incident sur le gazoduc russe. Un accord avait tout d'abord été signé entre les deux pays pour une période d'un mois, que la Géorgie souhaitait prolonger par la suite afin de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Tbilissi avait alors annoncé vouloir poursuivre ses négociations en vue de signer un contrat à long terme sur l'importation de gaz iranien. "La partie iranienne est prête à satisfaire les besoins géorgiens en gaz, il s'agit de quelque deux milliards de m3 de gaz par an. Nous n'avons pas encore évoqué le prix du gaz iranien à importer à long terme", avait-t-il alors déclaré.
V – La Georgie et sa dépendance vis à vis du gaz russe
La Géorgie dépend étroitement de la Russie pour ses livraisons de gaz, dont le prix a augmenté fortement pour presque doubler à 110 dollars les 1.000 m3 sur décision de Moscou à partir de janvier 2006. Les relations entre la Géorgie et la Russie se sont fortement dégradées depuis la prise de pouvoir à Tbilissi en janvier 2004 du président Mikhaïl Saakashvili, le gouvernement russe voyant d’un mauvais œil le pays quitter sa sphère d'influence. La Géorgie, ex-république soviétique du Caucase où les pannes d'électricité ne sont pas rares, est également très largement dépendante de l'électricité russe.
Le ministre géorgien des Affaires étrangères Gela Bezhuashvili avait déclaré mi-janvier que la Géorgie envisageait d’importer du gaz d’Iran, d’Azerbaïdjan et d’Asie centrale pour réduire sa dépendance énergétique après la forte augmentation du prix du gaz russe. Au cours d’une conférence de presse conjointe avec son homologue arménien Vardan Oksanian le ministre géorgien avait déclaré que dans quelques années, les deux pays devraient avoir réussi à importer le gaz de différents pays.
M. Bezhuashvili avait notamment émis l’espoir que son pays obtienne du gaz iranien après l’achèvement d’un gazoduc long de 141 km entre l’Iran et l’Arménie. Suite à la forte augmentation du prix du gaz russe, l’Arménie a décidé d’accélérer la construction du gazoduc en provenance d’Iran qui devrait être opérationnel au 1er janvier 2007 et lui fournir quelque 36 milliards de m3 pendant 20 ans. Le gaz sera transformé en électricité qui sera exportée vers l'Iran. La valeur globale du projet varie entre 200 et 250 millions de dollars.
Mais dans le cadre d'un accord conclu entre l'Arménie et la Russie, le géant gazier russe Gazprom va désormais obtenir la prise de contrôle du gazoduc arméno-iranien dont l'intérêt est on ne peut plus stratégique, puisqu'il devrait permettre notamment de renforcer les livraisons de gaz iraniens vers la Géorgie, affranchissant ainsi – désormais en théorie -ce pays des tarifs gaziers pratiqués par Moscou.
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1 Commentaire
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l'azerbaïdjan et la géorgie sont en négociations pour la fourniture de gaz azérie a Tbilissi selon le président géorgien.
L’alternative au gaz russe se trouve pour les Géorgiens en premier lieu dans le gaz azerbaïdjanais ou iranien. Le soutien des voisins n’est toutefois pas garanti pour Tbilissi. « La Russie prépare un plan de création d’une alliance énergétique contre la Géorgie pour pouvoir organiser un blocus énergétique complet contre le pays et essaie d’attirer deux pays caucasiens dans cette coalition, l’Arménie et l’Azerbaïdjan »
30 novembre 2006 à 12:52Ajoutez un commentaire
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