Comment faire quand on est un pays comme l'Iran – officiellement montré du doigt pour sa ferme volonté de poursuivre ses activités d'enrichissement d'uranium – quand les évènements vous poussent à ménager à la fois la chèvre et le chou ?
Scénario cornélien en effet pour Téhéran, partagé entre d'un côté la nécessité d'obtenir le soutien politique, technique et financier de la Russie concernant son dossier nucléaire et la mise en oeuvre de la centrale de Bouchehr et de l'autre son intérêt économique pour exporter son gaz vers la Géorgie comme réalisé en début d'année en pleine crise Russie/Georgie sur les tarifs gaziers.
C'est donc dans ce contexte que le ministre iranien des Affaires étrangères s'est dit samedi préoccupé par les tensions affectant les relations russo-géorgiennes. Perfide tout de même Mr. Poutine de lancer le conflit juste au moment où l'Iran a le plus vif besoin de son soutien face aux Six et à l'Onu.
I – L'Iran appelle à la recherche d'un compromis
Lors d'un entretien téléphonique vendredi avec son homologue géorgien Guela Bejouachvili, le diplomate iranien a appelé à la recherche d'un compromis "par la voie pacifique". Les deux hommes ont également passé en revue les relations bilatérales. M. Mottaki a notamment invité son interlocuteur à se rendre prochainement à Téhéran, a indiqué la diplomatie iranienne.
Au cours des derniers mois, la Géorgie a été dissuadée par Washington de s'approvisionner en gaz via l’Iran et invitée à consommer plutôt du gaz turc. Alors que le groupe russe Gazprom proposait de racheter le gazoduc déjà existant en Géorgie, le Bakou-Soupsa, la Géorgie a signé un contrat avec les Etats-Unis dans le cadre du Millenium Challenge dans lequel elle s’engage à ne pas privatiser le gazoduc avant 2010.
II – Historique du conflit Russie-Georgie sur le gaz
En janvier dernier, le président géorgien Mikheil Saakachvili avait accusé la Russie d'être derrière les deux explosions survenues sur le principal gazoduc russe alimentant la Géorgie et l'Arménie. Considérant que la Géorgie avait été l'objet d'un grave sabotage de la part de la Fédération de Russie, il avait alors estimé officiellement que l’argumentation russe – qui évoquait notamment une éventuelle origine terroriste - était absolument inadéquate et contradictoire.
Les deux explosions s'étaient produites sur le tronçon principal et un embranchement secondaire du gazoduc Mozdok-Tbilissi, dans le Caucase russe, non loin de la frontière avec la Géorgie, selon le ministère russe des Situations d'urgence. Une autre explosion avait également endommagé une importante ligne alimentant en électricité russe la Géorgie, la privant en partie de courant.
Le ministère russe des Situations d'urgence avait alors annoncé que la Russie avait interrompu dans la nuit de samedi à dimanche ses livraisons de gaz à la Géorgie après un incident impliquant le gazoduc reliant les deux pays.
III – L'Iran, exportateur de gaz vers la Géorgie
La Géorgie importera deux millions de m3 de gaz iranien par jour, avait annoncé fin janvier David Ingorokva, président de la Compagnie pétrolière internationale de Géorgie, suite aux évènements exposés précédemment. Les livraisons de gaz iranien devaient ainsi représenter un tiers de la consommation géorgienne, complétant les livraisons de gaz azerbaïdjanais et permettant ainsi aux installations géorgiennes de fonctionner à plein régime. C'est un ancien gazoduc azerbaïdjanais récemment remis en fonction qui avait alors assuré le transportera du gaz iranien vers la Géorgie.![]()
L'Iran avait répondu rapidement à l'appel à l'aide lancé par la Géorgie après l'incident sur le gazoduc russe. Un accord avait tout d'abord été signé entre les deux pays pour une période d'un mois, que la Géorgie souhaitait prolonger par la suite afin de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Tbilissi avait alors annoncé vouloir poursuivre ses négociations en vue de signer un contrat à long terme sur l'importation de gaz iranien. "La partie iranienne est prête à satisfaire les besoins géorgiens en gaz, il s'agit de quelque deux milliards de m3 de gaz par an. Nous n'avons pas encore évoqué le prix du gaz iranien à importer à long terme", avait-t-il alors déclaré.
IV – La Georgie et sa dépendance vis à vis du gaz russe
La Géorgie dépend étroitement de la Russie pour ses livraisons de gaz, dont le prix a augmenté fortement pour presque doubler à 110 dollars les 1.000 m3 sur décision de Moscou à partir de janvier 2006. Les relations entre la Géorgie et la Russie se sont fortement dégradées depuis la prise de pouvoir à Tbilissi en janvier 2004 du président Mikhaïl Saakashvili, le gouvernement russe voyant d’un mauvais œil le pays quitter sa sphère d'influence. La Géorgie, ex-république soviétique du Caucase où les pannes d'électricité ne sont pas rares, est également très largement dépendante de l'électricité russe.
Le ministre géorgien des Affaires étrangères Gela Bezhuashvili avait déclaré mi-janvier que la Géorgie envisageait d’importer du gaz d’Iran, d’Azerbaïdjan et d’Asie centrale pour réduire sa dépendance énergétique après la forte augmentation du prix du gaz russe. Au cours d’une conférence de presse conjointe avec son homologue arménien Vardan Oksanian le ministre géorgien avait déclaré que dans quelques années, les deux pays devraient avoir réussi à importer le gaz de différents pays.
M. Bezhuashvili avait notamment émis l’espoir que son pays obtienne du gaz iranien après l’achèvement d’un gazoduc long de 141 km entre l’Iran et l’Arménie. Suite à la forte augmentation du prix du gaz russe, l’Arménie a décidé d’accélérer la construction du gazoduc en provenance d’Iran qui devrait être opérationnel au 1er janvier 2007 et lui fournir quelque 36 milliards de m3 pendant 20 ans. Le gaz sera transformé en électricité qui sera exportée vers l'Iran. La valeur globale du projet varie entre 200 et 250 millions de dollars.
Le gazoduc que l'Arménie et l'Iran ont commencé à construire en dépit de l'opposition de Moscou et de Washington inquiète la Russie qui craint de perdre son monopole. Ce gazoduc pourrait à l'avenir être utilisé pour faire transiter le gaz iranien vers la Géorgie et l'Ukraine, deux ex-républiques soviétiques désormais pro-occidentales et qui dépendent de livraisons de gaz russes.
V – La Géorgie : un emplacement pour le moins stratégique
La Géorgie n'a pratiquement pas de ressources en hydrocarbure et en gaz, mais elle dispose d'une façade maritime sur la mer Noire, mer ouverte la plus proche des principaux champs pétrolifères et gaziers de la mer Caspienne, évalués comme le 3ème gisement de pétrole mondial.
Pour sortir le pétrole de la Caspienne, il faut rejoindre une mer ouverte. L'URSS avait privilégié les sorties maritimes via le port russe de Novorossisk. Depuis son éclatement, les pays de la région se disputent le droit de transporter ce pétrole. La Russie veut continuer les exportations via ses ports et ses pipelines, tandis que la Géorgie cherche au contraire à héberger de nouveaux terminaux et souhaite que son territoire soit un lieu de passage des oléoducs.
Mais la mise en service du pipeline BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) pourrait "révolutionner" la région... ce qui est malheureusement peut-être le cas aujourd'hui. Long de plus de 1 700 kilomètres, il devrait être capable d'acheminer un million de barils par jour depuis la mer Caspienne jusqu’au port méditerranéen turc de Ceyhan, en passant par l’Azerbaïjan, la Géorgie et la Turquie. Il devrait à lui seul exporter autant que les 4 ports de la mer Noire où est embarqué le pétrole transitant par le système des oléoducs russes.
Ce pipeline est principalement financé par BP et soutenu par la Banque mondiale et par la Banque européenne. Le but du projet est de "sortir le pétrole de la Caspienne de l' étau russe". Mais les compagnies pétrolières et l'Azerbaïdjan souhaitaient qu'il évite l'Arménie et, pour des raisons géographique-stratégiques, l'Iran. La stabilité des pays qu'il traverse et leurs liens "d'amitié" avec les grandes compagnies pétrolières ont beaucoup plus compté dans la définition précise de son tracé que les intérêts économiques à court terme des majors.
VI – Iran et Russie, frères amis dans le nucléaire
La Russie et l'Iran ont fin septembre signé un accord pour une entrée en exploitation de la centrale nucléaire de Bouchehr (Sud de l'Iran) en septembre 2007. L'accord a été signé à l'issue d'entretiens entre le chef de Rosatom Sergueï Kirienko et le vice-président iranien Gholamreza Aghazadeh, qui dirige l'Organisation iranienne de l'énergie atomique. Les délais définitifs de la livraison à l'Iran du combustible nucléaire russe nécessaire à ce lancement devraient être fixés prochainement.
A l'heure actuelle, 95% des travaux de construction de la centrale nucléaire de Bouchehr ont été achevés. Ce projet de près d'un milliard de dollars, devra commencer à produire de l'énergie en novembre 2007. Selon des officiels russes, la Russie pourrait livrer du combustible nucléaire à l'Iran en mars prochain, six mois avant la date du lancement de la centrale en septembre".
Le projet de la centrale de Bouchehr a été lancé par le Shah d'Iran dans les années 70. La compagnie allemande Kraftwerk-Union, filiale de Siemens, avait été choisie pour sa construction, mais s'est retirée au moment de la révolution islamique de 1979. Moscou a pris le relais en signant un contrat avec Téhéran en 1995 pour terminer la construction de la centrale, mais le projet a pris du retard, notamment sous la pression des autorités américaines.
La Russie a ainsi conclu avec l'Iran, sous la pression de Washington, un accord afin que le combustible nucléaire d'origine russe pour Bouchehr soit retourné en territoire russe une fois sous forme de déchets, afin d'éviter des risques de détournement à des fins militaires. La construction de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr se déroule sous le contrôle de la société russe Atomstroyexport.
A lire également :
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. Climat explosif entre Géorgie et Russie au mois de janvier 2006...
. Russie-Iran/Nucléaire:l'avenir n'est pas bouché
. Poutine en Grèce pour parler gaz et oléoduc

4 Commentaires
1
Tiens, tiens ....je viens de "retrouver" cet article en épluchant mes archives (plus que volumineuses)
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Transport d'hydrocarbures: contourner la Russie et l'Iran, priorité stratégique des Etats-Unis
12/09/2006 11:25 WASHINGTON, 12 septembre - RIA Novosti. Le transport de pétrole et de gaz du Kazakhstan par des canalisations contournant la Russie et l'Iran est une "priorité stratégique" des Etats-Unis, lit-on dans un rapport de Richard Lugar, président du comité des affaires étrangères du Sénat des Etats-Unis, diffusé à Washington.
Dans ce document établi au vu des résultats de son voyage au Kazakhstan, en Azerbaïdjan et en Géorgie, le sénateur républicain indique: "En dépit de la poursuite de la recherche de moyens d'élargir les voies d'exportation via la Russie, la priorité stratégique des Etats-Unis est le travail avec le gouvernement et l'industrie privée du Kazakhstan pour mettre en place des itinéraires d'exportation vers l'Occident par la mer Caspienne et l'Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, en contournant les territoires soumis au contrôle de la Russie ou de l'Iran".
D'après le même document, lors de sa visite dans la capitale kazakhe M. Lugar avait étudié avec des représentants du gouvernement et des milieux d'affaires la possibilité d'augmenter la production de pétrole et de gaz sur les gisements kazakhs et de "créer de nouveaux corridors d'exportation sur la base d'un partenariat entre le Kazakhstan et l'Azerbaïdjan".
Les pourparlers du chef du comité sénatorial américain avec le président de l'Azerbaïdjan et certains membres du gouvernement azerbaïdjanais ont porté sur le même problème.
Le rapport du sénateur indique également que les réserves de pétrole du Kazakhstan vont, selon différentes estimations, de 9 à 40 milliards de barils et celles de gaz naturel de 67.000 à 196.000 milliards de pieds cubes.
"Le Kazakhstan a tout ce qu'il faut pour devenir une source importante de matières énergétiques pour les marchés internationaux et garantir de nouvelles livraisons substantielles d'énergie à l'Europe et aux Etats-Unis", souligne dans son rapport Richard Lugar.
10 octobre 2006 à 18:062
Gaz: Tbilissi défend sa coopération avec l'Iran face aux oppositions américaines
27/11/2006 19:21 TBILISSI, 27 novembre - RIA Novosti. Le premier ministre géorgien Zourab Nogaïdeli a défendu lundi la légitimité des contacts de son pays avec l'Iran dans le domaine des fournitures de gaz, mal vues par Washington.
"Nous achèterons du gaz à l'Iran, il ne peut pas y avoir d'autres solutions, d'autant plus que nous échangerons le gaz iranien contre de l'électricité", a déclaré le chef du gouvernement géorgien, commentant les propos de l'ambassadeur américain, John Tefft, qui avait jugé inadmissible la coopération durable de la Géorgie avec l'Iran dans le domaine des importations de gaz.
"J'ignore les propos de l'ambassadeur des Etats-Unis, mais le sous-secrétaire d'Etat américain, Matthew Bryza, récemment en visite à Tbilissi, avait déclaré que les Etats-Unis n'avaient rien contre l'achat de gaz iranien par le gouvernement géorgien", a résumé M. Nogaïdeli.
Dans une interview accordée au quotidien géorgien "Kviris Palitra", le diplomate américain jugeait inadmissible pour son pays les perspectives de coopération à long terme entre la Géorgie et l'Iran dans le domaine des fournitures de gaz et supposait que les propos de Matthew Bryza avaient été mal interprétés.
La Géorgie, ravitaillée en gaz essentiellement en provenance de Russie, est en train de diversifier ses sources d'approvisionnement et mène des pourparlers avec l'Azerbaïdjan, l'Iran et la Turquie.
28 novembre 2006 à 01:403
l'affaire est importante , on en reparle au plus tot.
28 novembre 2006 à 01:434
Qu'attend la communauté internationale?
12 août 2008 à 13:25Ajoutez un commentaire
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