Russie : négociation ou chantage sur l'uranium ?

KazakhstanMais à quoi joue actuellement la Russie ? Effet d'annonce, provocation ou tout simplement avancée dans la création d'un éventuel consortium France Japon Russie pour répondre aux appels à l'investissement de l'Iran dans le nucléaire civil, que Téhéran a réitérés récemment ?

Ou chantage sur l'approvisionnement de l'UE - voire de l'ensemble de la communauté internationale - non plus en gaz ou pétrole cette fois-ci - mais bien en uranium, matière première dont dispose amplement le Kazakhstan, pays qui se rapproche à très grands pas du "grand frère" russe.

Alors que la Russie et le Kazakhstan viennent d'annoncer qu'ils ouvriraient de manière conjointe un premier centre international d'enrichissement d'uranium en Sibérie orientale, la Russie a invité mardi tous les pays désirant développer l'usage civil de l'énergie nucléaire à devenir actionnaire du projet.

I – Moscou appelle les pays tiers à être actionnaire dans le Centre

La Russie a invité mardi tous les pays désirant développer l'usage civil de l'énergie nucléaire à rejoindre son projet de centres internationaux d'enrichissement d'uranium, pour en devenir actionnaire. "Tout pays participant sera actionnaire, aura droit aux profits et à des livraisons de combustible garanties", a déclaré le chef de l'Agence russe de l'énergie atomique (Rosatom) Sergueï Kirienko. Si ce n'est pas du chantage ... çà y ressemble tout de même bigrement ...

"La seule chose à laquelle il n'aura pas droit sera l'accès aux technologies militaires", a prévenu le responsable du nucléaire russe. Des consultations avec l'AIEA seraient actuellement en cours en vue de déterminer sous quelle forme l'Agence devra exercer son contrôle. La frontière entre l'utilisation du nucléaire à des fins civiles ou militaires "est très mince, comme le montre l'exemple de l'Iran, nous devons créer un système qui garantisse le droit à l'accès à l'énergie nucléaire et respecte le régime de non-prolifération", a souligné Sergueï Kirienko.

En janvier dernier, le président Vladimir Poutine avait proposé la création d'un réseau de centres pour l'enrichissement et le retraitement du combustible nucléaire sous contrôle international afin d'offrir l'accès à l'énergie nucléaire aux pays en développement sans risque de prolifération des armes atomiques.

II - Contreprise russo-kazakhe d'enrichissement d'uranium en Sibérie

La Russie et le Kazakhstan ont institué la première coentreprise d'enrichissement d'uranium à Angarsk, dans la région d'Irkoutsk, en Sibérie orientale, a annoncé récemment l'Agence fédérale russe pour l'énergie atomique (Rosatom). Les représentants des deux pays ont signé à Moscou les documents instituant au total trois entreprises russo-kazakhes dans le domaine de l'utilisation pacifique de l'énergie atomique.

Outre l'entreprise conjointe "Centre d'enrichissement d'uranium" enregistrée à Angarsk (région d'Irkoutsk, Russie), les parties ont instituée l'entreprise conjointe "Centrales nucléaires" (Alma-Ata, Kazakhstan), dans le but d'élaborer et de promouvoir, sur les marchés russe, kazakh et de pays tiers, des installations énergétiques avec des réacteurs nucléaires de faible et moyenne puissance. L'entreprise conjointe Akbastaou est instituée en vue d'exploiter deux gisements d'uranium au Kazakhstan.

La participation des deux Etats aux entreprises conjointes est paritaire, avec des parts égales dans le capital social. Il s'agit d'une première mesure pratique accomplie dans la réalisation de l'intégration des complexes industriels nucléaires russe et kazakh prévue par la déclaration conjointe de Moscou et d'Astana sur la coopération dans le nucléaire civil en date du 25 janvier 2006.

La Russie et l'Agence internationale pour l'Energie atomique (AIEA) ont décidé il y a quelque temps d'aborder la création d'un centre international d'enrichissement d'uranium, à l'issue d'une rencontre entre le directeur de l'AIEA Muhamed ElBaradei et le directeur de Rosatom Sergueï Kirienko. "M. ElBaradei et moi nous estimons tous deux que le temps presse et que ce centre doit être institué sans plus tarder. Nous avons décidé de réduire au maximum toutes les procédures bureaucratiques", a déclaré M. Kirienko. La création du centre international d'enrichissement d'uranium en Russie ne serait qu'un premier pas, selon Moscou. Le directeur de Rosatom a estimé que des centres d'enrichissement d'uranium pourraient être institués aux Etats-Unis et en Allemagne.

La Russie propose par ailleurs d'accorder au territoire où sera situé ce Centre un statut particulier. "Je ne suis pas sûr que le principe d'exterritorialité doive y être appliqué, mais il faut que les garanties juridiques pour le fonctionnement de ce centre soient suffisantes", a-t-il indiqué.

IV - Les USA inquiets du projet d'enrichissement d'uranium russo-kazakh

Les Etats-Unis ont exprimé vendredi leurs inquiétudes sur un projet d'enrichissement d'uranium entre la Russie et le Kazakhstan, indiquant que toute activité d'enrichissement doit se conformer aux conditions liées à la non-prolifération du Groupe des fournisseurs de nucléaire ( Nuclear Suppliers Group, NSG).

"La Russie et le Kazakhstan sont membres du Groupe des fournisseurs de nucléaire", a indiqué le département d'Etat américain dans un communiqué. "Donc, nous espérons que ces deux pays garantissent que toute fourniture d'uranium enrichi se conforme aux conditions liées à la non-prolifération du NSG et qu'ils n'ont fourni (d'uranium enrichi) qu'aux pays qui ont tenu les engagements de non-prolifération, y compris la promesse de ne pas (le) utiliser à des fins d'explosifs nucléaires et d'accepter la surveillance de l'Agence internationale de l'énergie atomique", écrit le texte.

V – UE-Kazakhstan : accord de coopération dans le nucléaire civil

La Commission européenne a recommandé mercredi dernier à la Communauté européenne pour l’énergie atomique (Euratom) de signer un accord avec le Kazakhstan sur l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Selon le service de presse de la CE, cet accord pour un montant de 1,5 milliard d’euros sera signé pour une période estimée de dix ans et garantira des livraisons d’uranium stables aux pays de l’Union européenne. Les recommandations de la Commission européenne doivent être approuvées par le Conseil de l’UE.

Le Kazakhstan est à ce jour le 3ème producteur mondial d’uranium après l’Australie et le Canada, mais il envisage d’occuper les positions de leader d’ici 2010. Aujourd’hui la part du Kazakhstan dans les importations européennes d’uranium ne dépasse pas 3%.

Sources : MAP, Quotidien du peuple, Ria Novosti, Xinhua, AFP

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3 Commentaires

  1. 1

    Petrole et Kazakhstan

    Les USA ne s'y trompent pas :

    dossier sur le Kazakhstan en Octobre 2006 sur EIA

    http://www.eia.doe.gov/emeu/cabs/Kazakhstan/Background.html

  2. 2

    Uranium et Kazakhstan

    cf.

    Nuclear Power

    Kazakhstan has large quantities of uranium, with reserves of around 1.5 million tons representing almost 20 percent of the world's supply. The country will Kazakhstan will soon join Canada and Australia as a principal source of mine-based uranium supplies. In 2004, Kazatomprom produced approximately 4,000 tons of uranium, and the company has plans to increase production to 15,000 tons by 2010.

    According to press reports, the Kazakh government is still considering the construction of a new 1,500 MW nuclear plant in the southeast, near Lake Balkash. This project was first announced in 1998, but later shelved in September 2002 because of safety concerns. However, due to rising power demand in the south, support for the construction of the plant has received new momentum. It is expected that a tender for the power plant will be issued by 2007 and that the plant will be operational by 2012-2015. Please see the IAEA's (Int'l Atomic Energy Agency) page on Kazakhstan for more information.

    Kazakhstan's sole nuclear power plant, the 90 MW Mangyshlak Nuclear Power Plant at Aqtau, has been shut down since April 1999. It was sold in April 2003 by the government of Kazakhstan to Kazatmomprom, the national nuclear power company. Kazatomprom, which has exclusive rights to the production and sale of Kazakh plutonium, plans to maintain and run the plant's thermal generators and water distribution facilities for regional consumption.


    pour rappel également pipeline vers la Chine traverse le Kazakhstan ....

  3. 3

    Elisabeth

    merci à 24Hgold d'avoir mis l'article en lien, car je pense que l'affaire est d'importance

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