Les actions des sociétés de jeux sur internet se sont littéralement effondrées lundi matin à la Bourse de Londres, après l'adoption aux Etats-Unis d'une loi interdisant la plupart des formes de paris en ligne, mesure que le secteur redoutait de longue date.
Une loi votée samedi par la Chambre des représentants et le Sénat américains, et adressée au président George W. Bush pour approbation, interdit aux banques et aux sociétés qui émettent des cartes de crédit d'accepter des paiements sur les sites internet de paris.
Les grands spécialistes du secteur cotés à Londres ont dès lundi matin averti sur leurs performances financières et leur capitalisation boursière a fondu de 3,5 milliards de livres (5,2 milliards d'euros) en quelques heures.
I - Jeux en ligne : Game over !
Le secteur en pleine croissance des jeux en ligne connaît la pire crise de sa récente histoire suite au vote, samedi aux Etats-Unis, d'un projet de loi qui coupe leur principale source de revenus. "Cet événement constitue un revers important pour notre société, nos actionnaires, nos joueurs et notre secteur", a déploré Mitch Garber, le directeur général de PartyGaming qui réalise 78% de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis, tandis que le pourcentage est de 62 % pour Sportingbet.
PartyGaming, également numéro un mondial du cyberpoker coté à l'indice Footsie-100 des principales valeurs chutait de 58% en fin de matinée à la Bourse de Londres. Sportingbet, propriétaire des sites sportsbook.com et ParadisePoker.com, accusait la même baisse tandis que 888 perdait 35%. Egalement affecté, l'autrichien bwin.com lâchait 16% à la Bourse de Vienne. Dans le même secteur, Emire Online lâchait 34% et Neteller cédait 58%.
Suite au vote de la loi, les sociétés britanniques 888, PartyGaming, Leisure Gaming, Neteller et Empire Online ont prévenu qu'elles suspendaient en conséquence leurs activités américaines, ou les suspendraient après validation définitive de la loi par la Maison Blanche. William Hill, qui fait fureur dans les rues commerçantes britanniques, avait déjà annoncé mercredi qu'il ne prenait plus de mises américaines sur ses sites de casino et de poker en ligne.
Les sociétés concernées ont d'ores et déjà alarmés sur le fait que leurs résultats financiers ne pourraient qu'en pâtir, réalisant en effet l'essentiel de leurs revenus outre-Atlantique. 888 a ainsi tiré 52% de ses revenus des Etats-Unis au premier semestre 2006. PartyGaming a averti que ses résultats 2006 et 2007 seraient bien en-deçà des attentes du marché. Sportingbet a également ajouté que le vote de la loi l'amenait à renoncer à son projet de fusion avec World Gaming. 888 a également fait savoir que le vote de la loi aurait un impact sur ses résultats mais a souligné qu'il restait bénéficiaire et viable.
L'application de l'actuelle législation américaine sur les jeux au domaine de l'internet était jusqu'ici assez floue. Les sociétés de paris redoutaient un renforcement de la loi depuis deux ans alors que le secteur est en plein boom, avec des revenus estimés à 12 milliards de dollars dans le monde.
II – Adoption du projet de loi
La Chambre des représentants et le Sénat américains ont adopté samedi un projet de loi qui interdit aux banques et émetteurs de cartes de crédit d'effectuer des paiements à des sites de jeu en ligne. Le texte doit encore être approuvé par le président George W. Bush pour avoir force de loi.
Selon les spécialistes du secteur, l'impact pourrait être énorme pour les perspectives à long terme du jeu en ligne, et en particulier du poker. Cela devrait en effet conduire à un déclin rapide de la fréquentation des sites de poker en ligne. La majorité républicaine a raccroché le texte à un projet de loi sur la sécurité des ports, adoptée juste avant la suspension des travaux du Congrès, jusqu'aux élections parlementaires du 7 novembre.
Le promoteur du projet de loi au Sénat, le républicain Jon Kyl, a estimé que jouer par internet menaçait les valeurs morales de la famille américaine, comparant ce type de jeux à la version internet de la cocaïne. "Parier peut créer une vraie dépendance, particulièrement lorsqu'on le fait à travers un environnement non régulé comme l'internet", a-t-il dit.
Le projet de loi, qui avait été adopté par une écrasante majorité en juillet par la Chambre des représentants, a été présenté à la fois comme une avancée dans la défense des valeurs traditionnelles et un moyen de lutter contre le blanchiment d'argent. Le département du Trésor américain et le bureau de la Réserve fédérale doivent mettre en place les modalités d'application de la nouvelle loi.
Une étude de l'Université de Pennsylvanie a montré, en 2005, que 26% des étudiants jouaient de l'argent en ligne au moins une fois par mois. Selon certaines études, les Américains ont parié pour plus de quatre milliards de dollars sur des sites internet basés à l'étranger en 2005. Le texte permettra notamment de lutter contre les sites de paris et de loteries basés à l'étranger, qui échappent à la législation en vigueur.
III – Le secteur des jeux en ligne
Le secteur des jeux en ligne a connu son véritable essor en 2005 avec l'arrivée remarquée de ses principaux représentants à la Bourse de Londres, devenue la capitale de cette industrie atypique. Les opérateurs de sites tirent l'essentiel de leur chiffre d'affaires des Etats-Unis mais se gardent d'y installer leur siège en raison du caractère ambigu de la législation américaine sur le jeu.
Plusieurs dirigeants de sociétés de paris sur internet avaient été arrêtés sur le sol américain ces dernières semaines pour infraction à la loi sur les jeux. Peter Dicks, président démissionnaire de Sportingbet, a depuis été libéré sous caution et autorisé à retourner au Royaume-Uni, tandis que David Carruthers, directeur général de BetOnSports, depuis démis de ses fonctions, a été assigné à résidence au Texas.
De leur côté, les grands groupes américains de casinos comme Harrah's Entertainment, le géant de Las Vegas, ont dû assister impuissants à l'essor des sites étrangers.
IV - La loi n'empêchera pas les Américains de jouer en ligne, selon EOG
La loi américaine qui doit interdire les jeux en ligne "sera très difficilement applicable et n'empêchera pas les Américains de continuer à jouer en ligne", a commenté lundi le président du portail spécialisé sur les jeux Eye on Gambling, Ken Weitzner.
"Je ne crois pas que cette loi sera applicable: les Américains pourront toujours continuer jouer sur les sites off-shore, comme ceux basés à Antigua ou au Costa Rica", a commenté M. Weitzner, un expert réputé dans le secteur, rappelant que le marché mondial des jeux en ligne "atteint plus de 10 milliards de dollars, dont 80% provenant des joueurs américains".
"Des millions d'Américains jouent en ligne, surtout pour des paris sportifs et du poker. Cette loi va seulement aboutir à créer davantage de paris illégaux, via des agents ou via des entreprises discrètes", a-t-il dit.
"Maintenant les banques seront responsables si un client envoie de l'argent à une site de jeux en ligne: un Américain ne pourra donc plus utiliser sa carte de crédit. Mais il n'est pas interdit d'envoyer de l'argent à une banque off-shore qui, elle, renvoie l'argent à un site de jeux", a-t-il relevé.
V - Le géant américain du jeu serait convoité par des fonds
Des fonds de capital investissement sont près de conclure le rachat du géant américain des casinos Harrah's Entertainment, rapporte par ailleurs lundi le Wall Street Journal. Le groupe de Las Vegas a une capitalisation boursière de quelque 12,3 milliards de dollars. Aucun commentaire n'a pu être obtenu à l'heure actuelle.
Citant des sources proches du dossier, le WSJ écrit qu'une telle opération serait une première pour des fonds de private equity dans le secteur du jeu. Les négociations n'étaient pas encore bouclées dimanche soir et pourraient encore échouer, ajoute le quotidien.
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