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Iran : rébellion interne contre Ahmadinejad ?
Ce que l'on pouvait pressentir depuis quelques mois concernant le climat politique, économique et social de l'Iran, pourrait bien désormais s'affirmer au grand jour.
Alors que l'ayatollah Ali Khamenei semblait de plus en présent pour défendre la position de Téhéran sur le dossier nucléaire, et que le climat social semblait pouvoir être maintenu grâce aux largesses gouvernementales - notamment sur le prix de l'essence - la fronde semble quelque peu s'organiser désormais contre le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad.
De nombreuses voix se sont élevées en effet ces dernières semaines pour demander au gouvernement de prendre des mesures pour enrayer la hausse des prix, tandis que le premier constructeur automobile iranien, Iran Khodro, a soutenu quant à lui mardi que la faiblesse du soutien gouvernemental freinait ses activités d'exportation.
La détention du pouvoir économique et politique du pays pourrait bien être l'enjeu d'une telle rébellion.
I – Ahmadinejad accuse les médias d'avoir un effet sur l'inflation
Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a affirmé qu'"une vague médiatique" avait accentué la hausse des prix ces derniers mois, quelques jours après un rappel à l'ordre sur le sujet du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.
"Une vague créée par les médias nationaux et non nationaux au cours des derniers mois a renforcé l'inflation", a déclaré ainsi M. Ahmadinejad, dans son bilan d'un an de gouvernement publié par la presse. Ces médias "ont tenté de dire que le gouvernement était frappé d'incapacité, comme si nous aurions dû ramener l'inflation à 0% en un an", a ajouté le président iranien. Selon lui, l'inflation aurait toujours existé en Iran et aurait même atteint un taux proche de 50% durant les gouvernements précédents
Face aux critiques présidentiels, Ezatollah Zarghami, président de la Radio et Télévision d'Etat (IRIB), visées par le président Ahmadinejad est intervenu pour se défendre. "Les dimensions de l'inflation sont claires. Peut-être le président n'a pas le temps de regarder toutes les émissions de la télévision et les rapports qui lui sont faits sont incomplets", a déclaré M. Zarghami. Selon lui, lorsqu'on annonce qu'un kilo de viande coûte 39.000 rials (4,3 dollars) mais que sur le marché il est de 60.000 rials (6,6 dollars), la presse a le devoir d'informer. Il a également rejeté les accusations du président Ahmadinejad sur les émissions à propos de l'augmentation du prix des pièces d'or.
De nombreuses voix se sont élevées ces dernières semaines pour demander au gouvernement de prendre des mesures pour enrayer la hausse des prix, qui selon les chiffres officiels serait de l'ordre de 10% par an. Mais d'après des experts indépendants, le taux réel serait plutôt proche du double.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, pourtant – officiellement - fervent défenseur du président Ahmadinejad, intervienne personnellement sur le sujet."Au cours des dernières semaines, l'inflation a exercé une forte pression sur la population, en particulier les couches à bas revenus", avait-il ainsi déclaré le 2 octobre dernier. Les prix des produits de consommation courante, notamment la viande et le poulet, ont fortement augmenté depuis le début du ramadan et le gouvernement s'est révélé incapable de contrôler les prix.
Des économistes iraniens ont mis en garde au début de l'été contre la possibilité d'une forte poussée de l'inflation, alimentée selon eux par l'injection par le gouvernement de grosses quantités de liquidités dans les circuits économiques.
Le ministre de l'Agriculture Mohammad-Reza Eskandari, qui fait l'objet d'une motion de censure, a accusé lundi les médias d'avoir contribué à la hausse des prix de la viande fraîche en encourageant sa consommation, au détriment de la viande surgelée, meilleur marché, et stockée selon lui en quantité par les autorités.
II – Le constructeur Iran Khodro critique le gouvernement
Le premier constructeur automobile iranien, Iran Khodro, a soutenu mardi que ses activités d'exportation étaient handicapées par le prix et la qualité de sa production et un manque de soutien du gouvernement. Le constructeur, qui a vendu 535.000 véhicules l'an dernier, est passé de 1.100 véhicules exportés en 2004 à 6.000 pour l'année iranienne de mars 2005 à 2006. Il s'est fixé un objectif très ambitieux de 250.000 voitures exportées par an pour 2010.
Si la qualité de la production demeure le problème majeur, la ponctualité des livraisons est aussi problématique, selon Alireza Mirzai, directeur export d'Iran Khodro. Parmi les autres difficultés, il a également cité la faiblesse du service après-vente, "loin derrière celui de nos concurrents", ainsi que "des soutiens gouvernementaux insuffisants". M. Mirzai a ainsi appelé à "une action du gouvernement, qui n'a pas encore digéré le concept d'exportation", selon lui. Il a ainsi critiqué en détail à la fois l'ingérence des autorités dans la politique commerciale du groupe et leur manque de soutien aux exportations.
Selon lui, Iran Khodro souffre du fait que l'Iran n'appartienne pas à des pactes commerciaux régionaux ou internationaux levant les barrières douanières, précisant que l'Iran n'était par exemple pas membre de l'Organisation mondiale du commerce. Il estime également que le groupe est aussi handicapé par "le ciblage de marchés non profitables pour des raisons politiques". Il a ainsi évoqué le cas de la Syrie, meilleur allié politique de l'Iran, dont le marché est trop compétitif pour les constructeurs étrangers. Ou encore le Venezuela, autre allié de Téhéran, beaucoup trop éloigné pour être profitable à cause des coûts de transport. M. Mirzai a aussi critiqué "les retards de paiements des bonus à l'export", et le "système compliqué" d'autorisations douanières et financières pour exporter les véhicules d'Iran Khodro.
A l'exporation, les cibles actuelles du constructeur sont essentiellement des pays de la CEI, le Soudan, l'Algérie, la Jordanie, la Syrie, le Liban et l'Egypte. Mais M. Mirzai a expliqué que sa priorité était de se concentrer sur les marchés les plus proches géographiquement, comme les pays du Golfe, l'Irak et l'Afghanistan.
"Nos exportations principales ont commencé avec la Peugeot 206", a-t-il expliqué, le véhicule étant assemblé en Iran en intégrant des éléments fabriqués sur place. "Mais nous mettons maintenant tous nos efforts dans la voiture nationale Samand", dotée d'un habillage iranien et d'une motorisation Peugeot, a-t-il ajouté.
A lire également :
. Le pétrole au coeur de la politique iranienne :
mise en garde du Parlement sur l'inflation en janvier 2006
. L'Iran pétrolier en pleine tension
. Marché aux bus sur Iran Khodro
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Commentaires
Elisabeth
11 oct 2006 02:11:40
Article très interessant
IRAN (juillet 2006)
Nuages sur l'économie iranienne...
http://www.diplomatie.be/fr/press/expresstelexdetails.asp?TEXTID=56901
Service de presse du Service Public Fédéral Affaires étrangères - Belgique
Elisabeth
11 oct 2006 02:15:07
A lire également :
L’économie iranienne, rupture ou continuité ? - Tribune de Thierry Coville
Article paru dans l'édition du 17/10/2005
Par Thierry COVILLE à Paris
L’élection de Mahmoud Ahmadinedjâd à la présidence de la République islamique d’Iran, en juillet dernier, a suscité nombre d’inquiétudes au sein du secteur privé iranien, ainsi que dans les milieux d’affaires travaillant -ou désireux de travailler- avec l’Iran. Quid de la politique économique du nouveau gouvernement : l’Iran d'Ahmadinedjâd naviguera-t-elle entre ouverture économique et mesures "populistes" ?
Suite sur :
http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=276
Elisabeth
11 oct 2006 02:19:10
"Le prix, artificiellement bas jusque-là, de l'essence à la pompe ne s'explique que par les subventions colossales dont il est l'objet pour assurer la paix sociale, lesquelles s'élèvent à 83 % du prix payé à la pompe par le consommateur iranien, qui est par ailleurs confronté à une inflation annuelle tournant officiellement autour de 13 %, mais approchant plus sûrement des 30 %, compte tenu de la très forte croissance de la masse monétaire induite par le financement d'une politique économique à caractère spécifiquement populiste.
Appliquées aux produits pétroliers, ces subventions porteraient sur près 8 milliards de dollars. Au total, elles pourraient représenter jusqu'à 10 % du PIB. Pour la plupart, ces subventions ne figurent évidemment pas au budget de l'État et, dans la pratique, elles entraînent d'importants gaspillages, voire des détournements, en particulier sur les produits pétroliers, ce qui concourt à gonfler la consommation intérieure et pèse sur la balance pétrolière du pays.
De fait, ce système de subventions a naturellement un coût pour les finances iraniennes. Lors du vote de la loi du 20 novembre 2005, le Majlis avait approuvé une rallonge budgétaire pour acheter de l'essence à l'étranger en autorisant le gouvernement à prélever pour ces achats 2,93 milliards de dollars sur le fonds constitué avec les excédents de recettes de la vente du brut par rapport aux prévisions budgétaires.
En 2005, la banque centrale iranienne (Bank Markazi) avait admis que les dettes iraniennes à court terme étaient de l'ordre de 10 milliards de dollars et que celles à long et moyen terme devaient se chiffrer à 6,5 milliards de dollars. Et ce, en dépit d'une « cassette » de revenus pétroliers officiellement estimée à 42 milliards de dollars en 2005, dont 36 milliards de dollars de réserve en devises placées dans les banques étrangères. Une estimation du FMI, fin 2005, évoquait même le chiffre de 47 milliards de dollars, soit l'équivalent de 15 mois d'exportations. Mais la plupart des recettes pétrolières du pays sont aujourd'hui utilisées pour soutenir la politique économique populiste du président Mahmoud Ahmadinejad : les dépenses courantes de l'État auraient ainsi augmenté de 43 % en 2005. "
Suite sur
http://www.iranfocus.com/french/modules/news/article.php?storyid=4017
Arach
11 oct 2006 09:50:08
Le problème en Iran reste
1°) La corruption et les "aghazadeh" qui s"enrichissent via les circuits économiques publics et privés.
2°) Les barrières et les lois imprécises, contournables pour les connaisseurs et handicapantes pour les entreprises débutantes.
3°) Les subventions, inutiles pour certains produits (essence, diesel), compréhensibles pour d'autres (huile, farine, médicaments...).
Elisabeth
11 oct 2006 16:48:01
Iran : Le guide suprême promet de rester sur la voie nucléaire 10.10.2006
Iran Focus, Téhéran, 10 octobre – Le guide suprême d’Iran a assuré mardi que la République islamique ne cèderait pas dans le conflit nucléaire qui l’oppose à l’Occident, 24 heures après que la Corée du Nord ait annoncé avoir mené un essai nucléaire avec succès.
« Notre politique est claire : progresser avec logique et insister sur le droit de la nation sans céder », a déclaré Ali Khamenei lors d’une réunion avec les hauts responsables iraniens, dont le président radical Mahmoud Ahmadinejad. Ses commentaires ont été diffusés à la télévision nationale.
Khamenei a évoqué la décision de Téhéran il y a deux ans de suspendre l’enrichissement d’uranium : « Si nous n’avions pas fait cette expérience, nous nous serions reprochés de ne pas avoir essayé. Mais aujourd’hui, nous avançons avec courage et un contrôle total. Personne ne peut avancer que la voie choisie pour le pays est incorrecte, car nous avons déjà fait l’expérience de l’autre voie ».
Lors de ce meeting, Ahmadinejad a déclaré : « La proposition de l’Iran constitue un cadre approprié à une coopération nucléaire. La nation iranienne va poursuivre son chemin glorieux avec détermination et sagesse et sans peur ».
....
A noter que ce sont bien les propos de Ali Khamenei qui sont mis en vanat et non ceux d'Ahmadinejad, bien au contraire.
CQFD .......
11 oct 2006 17:49:24
Rafsandjani annonce sa candidature à d’importantes élections en Iran 11.10.2006
Iran Focus, Téhéran, 11 octobre – L’ancien président iranien, l’ayatollah Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, a annoncé mercredi sa candidature aux prochaines élections de l’Assemblée des experts, un jour avant la fermeture des inscriptions pour tous les candidats.
La semaine dernière, le ministre de l’Intérieur, Mostafa Pour-Mohammadi, a nommé Mojtaba Hashemi Samareh, vice-ministre de l’Intérieur et allié proche du président radical iranien Mahmoud Ahmadinejad, à la fonction de directeur de la commission électorale.
Plus de 300 ecclésiastiques se sont inscrits jusqu’à maintenant à ces élections qui auront lieu le 15 décembre, qu’un grand nombre de spécialistes de l’Iran considèrent en effet comme une course au pouvoir entre Rafsandjani et le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei.
Rafsandjani est l’actuel président du Conseil de discernement des intérêts de l’Etat et vice-président de l’Assemblée des experts, organisme de 86 hauts dignitaires religieux ayant pour mission de sélectionner le guide suprême de la Révolution islamique.
L’ayatollah Ali Meshkini, 85 ans, est le président de cette assemblée mais il semblerait qu’il se retire de son poste en raison de l’aggravation rapide de son état de santé.
Meshkini souffrirait d’un cancer à un stade avancé et suivrait un traitement chimiothérapique depuis plusieurs mois. L’ecclésiastique, frêle et émacié, a prononcé le discours d’ouverture de la session de l’Assemblée des experts de mars qui a duré trois jours, mais il était tellement malade qu’il a dû partir peu après. Le reste de la session a été présidée par son adjoint, Ali Akbar Rafsandjani.


