Irak : le pétrole coule à nouveau vers la Turquie

Irakpipelinesipher16novembre20041Il est de plus en plus évident de jour en jour que Turquie, Géorgie, Arménie, Azerbaidjan constituent des points géographiques majeurs en vue d'écouler une quantité non négligeable de la production mondiale d'hyrdocarbures.

L'actualité nous le démontre encore aujourd'hui, le pompage de brut irakien vers le terminal turc de Ceyhan, sur la Méditerranée, ayant repris cette semaine après une interruption de plusieurs mois provoquée par des sabotages, a annoncé samedi un responsable de la Compagnie du pétrole du nord (NOC). Cependant, la plus grande raffinerie d'Irak, située à Baiji (200 km au nord de Bagdad), est restée fermée pour la quatrième journée consécutive, en raison d'un manque d'électricité.

Le gouvernement irakien tente de relancer son secteur pétrolier, qui doit faire face à d'incessantes attaques, à des problèmes de corruption ainsi qu'à une sous-exploitation de ses capacités.

I – Reprise du pompage

"Le pompage à partir des champs pétrolifères de Kirkouk, à 250 km au nord de Bagdad, vers le terminal de Ceyhan a repris après une interruption de plusieurs mois en raison des sabotages", a déclaré un responsable de la NOC. Les quantités pompées se situeraient entre 250.000 et 350.000 barils par jour, la reprise des exportations aurait été rendue possible grâce au déploiement de soldats pour protéger les oléoducs de la région, régulièrement sabotés. L'oléoduc du nord qui relie Kirkouk à Ceyhan en Turquie, fermé en juin 2003, fait l'objet de nombreux actes de sabotage récurrents. Avant la guerre, cette conduite permettait l’exportation de 800 000 barils par jour.

L'essentiel des exportations irakiennes se fait par les terminaux situés dans le nord du Golfe. Leur niveau se situe actuellement autour de 1,6 million bj pour une production de près de 2 mbj dans le sud de l'Irak.

Pour sa part, la direction de la raffinerie de Baiji a annoncé que "la production était interrompue pour le quatrième jour consécutif en raison de coupures d'électricité". Lorsque ce site industriel fonctionne à plein régime, l'Irak produit ainsi 10 millions de litres d'essence par jour, à peine la moitié des 22 millions de litres dont le pays a besoin quotidiennement. Situé à mi-chemin entre Bagdad et Mossoul, cette plus grande raffinerie du pays tournait en 2005 à 50% de ses capacités d´avant-guerre.

II – Les pertes Irakiennes en pétrole suite au conflit

L'industrie pétrolière irakienne a accusé en 2005 un manque à gagner de plus de 6 milliards de dollars en raison des sabotages des infrastructures par des insurgés, selon le ministère irakien du Pétrole. 186 attaques contre les infrastructures pétrolières auraient été menées en 2005, tuant 47 ingénieurs et techniciens et 91 policiers et gardes de sécurité.

Les pertes et réparations se répartiraient ainsi : 400 millions de dollars à cause des attaques contre les champs pétroliers, 2,710 milliards contre les oléoducs d`exportation, 12 millions contre les oléoducs reliant les champs pétroliers aux raffineries et 3,120 milliards de dollars contre les oléoducs et gazoducs intérieurs.

Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003, le manque à gagner se monterait à plus de 20 milliards de dollars. Mais, dès le début du 20ème siècle, le pétrole irakien a suscité maintes convoitises, le pays faisant déjà l'objet d'invasion durant les deux guerres mondiales. Pour rappel, l´Irak possède les deuxièmes réserves pétrolières prouvées au monde. L'ancien ministre du Pétrole, Thamer Ghadbane, avait estimé les pertes en 2004 à 7 milliards USD.

III – Le pétrole irakien : un enjeu de longue date

Depuis le début du 20ème siècle, le pétrole irakien a suscité maintes convoitises : en effet, le président Bush a pu largement s'inspirer des « initiatives » passées d'invasion de l'Irak durant la 1ère et 2ème Guerre Mondiale :

. le 11 mars 1917, un corps expéditionnaire britannique entre à Bagdad, capitale de la Mésopotamie et en chasse les Turcs ottomans.

. puis le 1er juin 1941, un corps expéditionnaire britannique entre de nouveau à Bagdad, et en chasse le gouvernement de Rachid Ali, un putchiste en cheville avec les Allemands.

Avant la guerre menée par G.Bush, l’Irak exportait 2,2 millions de barils/jour, objectif que s’est fixé à court terme le ministère du Pétrole.

IV L´Irak: 2ème réserves pétrolières au monde

L´Irak possède les deuxièmes réserves pétrolières prouvées au monde (114 milliards de barils), mais les guerres et l´embargo n´ont pas permis de les mettre en valeur. Début 2004, la production de brut irakienne avoisinait les 3 millions de barils/jour. L'activité d’exploration a cessé depuis de nombreuses années, et selon Thamer Ghadban, conseiller du ministre du pétrole, l’ouest de l’Irak, par exemple, reste encore inexploré, bien qu'un réel potentiel existe. Sur le terrain, la sécurité demeure le talon d´Achille du secteur.

Les responsables irakiens misent sur les champs pétrolifères autour de Bassorah dans le sud, une région plus sûre. Sur le montant total de la production début 2004, 1,6 million était exporté via les ports d´Al-Amiq et d´al-Baqr de Bassorah. Les projets de développement ne manquent pas, car du pompage au raffinage,les infra-structrures sont vétuste.

Au niveau national, le ministère du Pétrole ne dispose que d´un budget d´investissement très limité qui ne permet pas de rénover en profondeur les infrastructures, voire d´en créer de nouvelles. L'Irak souhaite construire deux nouvelles raffineries à Mossoul et à Misayib.

V – L'Irak et les quotas OPEP

Malgré les aléas politiques, l’Irak reste membre de l'OPEP. Pour le moment, l’Organisation ne lui a fixé aucun quota de production qui, avant l´invasion du Koweït le 2 août 1990, s´établissait à 3,14 millions de barils/jour. Suite à la guerre du Golfe d’août 1990 à février 1991, un embargo commercial est décidé par l’ONU contre l’Irak en août 1990, qui instaure le programme "pétrole contre nourriture".  Ce système permet à l'Irak de vendre un peu de brut pour acheter, sous strict contrôle de l’ONU, des vivres,des médicaments et des biens de première nécessité.

L’Irak est donc exclu des plafonds de production de l’organisation. Ce pays, qui possède les secondes réserves de pétrole brut les plus importantes du monde après l’Arabie Saoudite et qui ne peut rien exporter, pourrait, grâce à sa production influer grandement sur les cours si les restrictions étaient levées.

Dès 2004, certains pays, et l´Arabie Saoudite, justement, ne voient pas forcément d´un bon œil le retour de l´Irak sur le marché pétrolier mondial, car ils auraient du alors réduire leur propre production pour ne pas faire chuter les prix de l´or noir. Début 2004, les responsables irakiens envisageaient de produire à moyen et long terme 5 à 6 millions de barils/jour.

VI – Le fédéralisme irakien : un débat majeur

Du point de vue politique, mi-Août 2005, le chef du principal parti chiite, l'Assemblée suprême de la révolution islamique en Irak (Asrii), avait relancé spectaculairement le débat sur le fédéralisme.

Lors d'un rassemblement de ses partisans, dans la ville sainte de Najaf, Abdul Aziz al-Hakim avait alors réclamé la création d'un «Chiistan», une région autonome chiite, qui inclurait les champs pétrolifères de Bassora. De quoi réveiller les cauchemars des sunnites, qui se retrouveraient réduits à une zone centrale, aride et privée d'or noir. «Les Kurdes et ceux de Bassora auront le pétrole et nous n'aurons que le désert», s'est écrié le cheikh Hamid Farhane Abdallah al-Mehendi, un chef tribal de Fallouja, bastion de la guérilla. Pour calmer les craintes sunnites, certains proposent de partager la rente pétrolière entre les provinces sur une base démographique.

Fin Août 2005, quelques centaines de "nostalgiques de Saddam Hussein" avaient manifesté dans son fief de Takrit aux cris de «Non, non à la Constitution, oui, oui à l'Irak uni». Le cheikh Yahia Attaoui, un responsable du Comité des oulémas, avait dénoncé de son côté un " complot américain visant à diviser l'Irak en petits cantons" ... ce qui n'est peut être pas entièrement faux, compte tenu de la stratégie qu'appliquent les Américains au Sahara Occidental et au Soudan ...voire dans d'autres pays.

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7 Commentaires

  1. 1

    Elisabeth

    Irak, pétrole, Turquie, bizarremment , même pris séparement, ces trois mots font quasiment la une de l'actualité ces jours-ci ...

  2. 2

    adnstep

    Ce n'est pas bizarre: la Turquie contrôle l'accès au pétrole Irakien. D'où les attermoiements des dirigeants européens devant la décision Française. Quand le pétrole sera parti en fumée (40, 50 ans), la Turquie n'aura plus aucun intérêt géostratégique, et plus personne ne s'inquiètera de ne pas froisser un régime national-islamiste.

  3. 3

    Elisabeth

    mes propos étaient ironiques , vous l'aurez compris :)
    et je souhaitais attirer l'attention sur le fait.

  4. 4

    Elisabeth

    d'ailleurs de nombreux pays voisins de la Turquie s'accordent actuellement pour faire passer gazoduc et oleoduc via leur territoire pour contrer justement le BTC (Bakou-Ceyhan)
    cf. Armenie et Iran sur mon article precedent sur la Turquie . cqfd

  5. 5

  6. 6

    nanou

    Les autorités kurdes envisagent d'organiser dans les mois qui viennent un référendum à Kirkouk dans l'objectif de rattacher cette région à leur province dont l'autonomie est très large.
    On peut donc craindre que l'oléoduc Kirkouk-Ceyhan ne soit à nouveau la cible de quelques attentats.

  7. 7

    Elisabeth

    merci bcp pour l'info , j'y "veillerai "

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