Le président français Jacques Chirac a jugé samedi à Erevan que la Turquie devait reconnaître le génocide arménien avant de pouvoir adhérer à l'Union européenne.
Interrogé lors d'une conférence de presse sur le fait savoir si la Turquie devait reconnaître un caractère de génocide aux massacres d'Arméniens perpétrés entre 1915 et 1917 dans l'Empire Ottoman, il a répondu: "honnêtement je le crois".
"Tout pays se grandit en reconnaissant ses drames et ses erreurs", a ajouté M. Chirac en visite d'Etat de deux jours en Arménie.
En demandant cette reconnaissance, le président français va plus loin que les instances de l'Union européenne. Elle ne l'ont pas posée comme condition à une éventuelle adhésion turque, malgré un vote en ce sens de la commission des Affaires étrangères du Parlement de Strasbourg.
La Turquie a en outre été rappelée à l’ordre sur plusieurs points par le Parlement européen qui l’a notamment prévenu que son refus de lever l'embargo sur les navires et les avions chypriotes grecs pourrait "arrêter" le processus de négociation en vue de son adhésion. Selon le Parlement, les négociations avec Ankara constituent "un processus à long terme qui est, de par sa nature même, un processus ouvert et qui ne conduit pas a priori et automatiquement à l'adhésion".
Concernant les questions arméniennes, le Parlement Européen n’a certes pas conservé le paragraphe ajouté par la commission des affaires étrangères au début du mois qui faisait de la reconnaissance du génocide un préalable à l’adhésion de la Turquie, mais il précise qu’il est "indispensable qu'un pays sur le chemin de l'adhésion aborde et reconnaisse son passé".
Ce point a d’ailleurs été le seul a être souligné par le rapporteur, Camille Eurlings, qui a affirmé à la fin du vote « Soyons très clair : même si la reconnaissance du génocide arménien n’est pas formellement une condition d’adhésion, la Turquie ne pourra entrer dans l’Union sans reconnaître son passé ». Le rapport exhorte également Ankara à établir des relations diplomatiques avec Erevan et à ouvrir sa frontière terrestre avec son voisin.
Le génocide arménien, officiellement reconnu par la France depuis 2001, remonte à la première guerre mondiale. Jusqu'à un million et demi d'Arméniens ont été massacrés alors par l'Empire Ottoman. Ankara, qui parle de 300.000 à 500.000 victimes, réfute le terme "génocide" et estime qu'il s'agit d'un conflit ayant fait des victimes des deux côtés.
A Erevan, Jacques Chirac a jugé, par ailleurs, que l'amendement socialiste - qui doit être examiné par l'Assemblée nationale le 12 octobre - visant à sanctionner la négation du génocide arménien, relevait de la "polémique". Il a fait valoir que la loi condamnait déjà la discrimination et les appels à la haine ou à la violence raciale.
"La tragédie du génocide" a été dans tous les discours prononcés par le chef de l'Etat depuis son arrivée en Arménie.
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5 Commentaires
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L'Arménie a intérêt à avoir en la personne de la Turquie un voisin fiable (président Kotcharian)
30/09/2006 16:26 EREVAN, 30 septembre - RIA Novosti. L'Arménie est intéressée à avoir en la personne de la Turquie un voisin prévisible et sans danger, a déclaré samedi le président Robert Kotcharian.
"En fait, il n'y a toujours pas de rapports arméno-turcs et on veut toujours savoir ce que nous pensons de l'éventuelle appartenance de la Turquie à l'Union européenne. Nous sommes intéressés à avoir un voisin plus prévisible, plus sûr et plus démocratique. De ce point de vue, nous constatons que le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ne présente pas de danger pour nous", a déclaré le président arménien lors d'une conférence de presse conjointe avec le président français Jacques Chirac.
"On voudrait aussi que le système des valeurs qui existe en Europe - la libre circulation des personnes et des capitaux - s'étende aussi à la politique de la Turquie, a noté le chef de l'Etat arménien, en ajoutant qu'il serait souhaitable que cela ait lieu non pas à la dernière étape des négociations d'adhésion (si celle-ci a finalement lieu) mais au début des négociations.
Depuis le début du conflit dans le Haut-Karabakh (enclave arménienne sur le territoire azerbaïdjanais), la Turquie bloque la frontière arménienne.
01 octobre 2006 à 02:052
L'attitude hypocrite concernant une pseudo adhésion à l'UE ne génère que déception, humiliation et rejet de l'autre côté du Bosphore...
Questions : pourquoi le sentiment anti-turc est-il si fort chez nos politiques franchouillards ?
"Tout pays se grandit en reconnaissant ses drames et ses erreurs" : Belle formule de Chirac, qui restera comme le champion toute catégorie des donneurs de leçons..
01 octobre 2006 à 18:193
je m'etonne egalement de l'attitude de Chirac
Cyniquement , je le rattacherai à un certain "pragmatisme" de sa part
reste à savoir les raisons cachées derrière ce pragmatisme.
Au fait chez nous , on a egalement le génocide vendéen ...
01 octobre 2006 à 19:504
@ Superdam : "Questions : pourquoi le sentiment anti-turc est-il si fort chez nos politiques franchouillards ?"
Peut-être parce que le sentiment anti-chrétien est très développé en Turquie.
02 octobre 2006 à 17:56Les récents événements l'ont largement prouvé : incendies d'églises, meurtres de prêtres, etc.
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EUROPE ET TURQUIE
- Le « Non » au Traité constitutionnelle est encore dans toutes les mémoires. Mais est-ce pour autant l’ « Europe » qui a été ainsi rejetée ? Non, tout le monde en convient ! L’a été une certaine vision, compréhension, conception de l’Europe. Le fameux « sens des mots », trop souvent source d’incompréhension, de confusion …
Et au sein des causes de ce rejet figurent en bonne place la Turquie !
- Alors, ce pays, européen ou pas ?
- Remarquons que répondre par la positive, reviendrait à admettre que l’Iran et l’Irak ont une frontière commune avec le vieux continent... Tout de même estomaquant…
- Décortiquons, autant que faire ce peux en quelques lignes obligatoirement réductrices. Certains mettront en avant le fait que la Turquie est laïque, et que son alphabet est le latin ! Pourquoi donc ne pas l’accepter ?
- Notons d’abord que cette position indique que les frontières (ou leurs absences) ne sont pas que géographiques, elles peuvent également être culturelles.
-Commençons par les géographiques.
La formule de Gaule est connue : l’Europe s’étend de l’Oural à l’atlantique et s’arrête au Bosphore. Cohérent. Mais, en rapport avec notre question, il y a un « hic »… La Turquie se jette sur des deux rives du Bosphore, et les puissances victorieuses du premier conflit mondial qui ont redessinée, avec un trait de plume parfois malheureux, les frontières ont validé cet existant. Aussi, de quel côté faire pencher la balance ? Et si l’ont prenait tout simplement comme unité de mesure le km2 ? Où en trouvent-on le plus ? En Europe ou en Asie ?
Evident, non…
- Frontières culturelles.
Comme « nous », n’est-elle pas laïque, et si l’écriture est un des éléments constituant la culture d’un peuple, comment ne pas mettre en avant son alphabet, latin comme celui que « nous » utilisons ? Effectivement…
Mais tout cela n’est que greffon au devenir incertain… Un risque réel de rejet par la souche existe…
- Osons aborder à présent un sujet tabou, un sujet qui fâche, l’origine chrétienne de l’Europe, de ses valeurs, de sa culture ! Pourtant, est-ce plus choquant que de souligner le poids de l’Islam dans la culture des pays arabes ?
- A la façon d’une plaque photographique classique qui renvoi une image inversée, la laïcité turque est l’inverse de la notre (occultons le fait que la laïcité française n’est pas la laïcité anglaise etc.…) : L’histoire européenne du XX siècle ne manque pas d’exemples -pensons à l’Espagne de Franco- ou un pouvoir « fort » utilise la puissance de l’armée pour imposer une idéologie religieuse au mépris de la laïcité, alors qu’en Turquie, à partir des années 20, le pouvoir a utilisé la force de l’armée pour imposer la laïcité, au mépris de l’idéologie religieuse dominante… D’ailleurs le mot « laïque » est inconnu du vocabulaire arabe et le terme turc utilisé est emprunté au vocabulaire occidental… Car au delà du mot, le concept même véhiculé par « laïcité » est extérieur à l’Islam radical où le rejet de la foi (islamique) ne peut conduire l’ « apostat » qu’à la mort physique ordonnée par un corps social qui en agissant ainsi se purifie… En français cela s’appelle un meurtre, un assassinat, tout comme le sont tout également les « crimes d’honneur », coutumiers en Turquie…
- Revenons en France. La sérénité et le recul que donne l’écoulement du temps, permet de dire que, paradoxalement, et au-delà des déchirements consécutifs à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et à l’opposition des « culs bénis » et des « bouffeurs de curés », la laïcité est aussi fille de la célèbre parole christique « Rendez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu »… Dans la même veine, pourquoi les « Droits de l’homme » peinent-ils tant à s’imposer et à prospérer en pays musulmans ? Car ils ont été conceptualisés sur le terreau fertile des valeurs chrétiennes, de l’humanisme chrétien, pour devenir l’expression d’un christianisme déchristianisé, d’une foi chrétienne désacralisée, laïcisée…
- Ouvrons une parenthèse. Ne confondons pas tolérance et laïcité.
Nous parlions à l’instant de « bouffeurs de curé », terme né à une époque ou le paysage religieux français métropolitain était majoritairement occupé par le catholicisme. Aujourd’hui existe toujours des « Talibans de la laïcité » qui prônent l’athéisme comme Vérité révélée et rêvent de marginaliser les citoyens qui ont pour défaut d’être croyants et de le dire !
Espagne mauresque : L’arrivée des arabes en Espagne au VIII° siècle mit fin à la persécution dont les Juifs étaient victimes de la part des Wisigoths qui avaient abandonnés l’arianisme pour le catholicisme. Et pendant de nombreux siècles sous domination musulmane, l’Espagne a été une terre de paix et de tolérance pour les trois religions monothéistes ! Comme quoi, Islam n’est pas toujours synonyme de fanatisme et d’intolérance…
- Fermons la parenthèse.
- Quand-à l’alphabet latin, il est entré en Turquie à la même époque que la laïcité et lui aussi au forceps, l’Empire ottoman utilisant l’alphabet arabe, c'est-à-dire il y a moins d’un siècle. Alors que « chez nous », déjà avant les premiers écrits en « français » du XV° siècle, les lettrés qu’étaient les clercs, écrivaient évidement et depuis « toujours » en latin ! (l’alphabet grec et l’alphabet latin sont « frères » comme l’est l’alphabet hébreu avec l’alphabet arabe).
- Aussi, tant pour des raisons géographiques que culturelles, il me semble difficile de prétende que la Turquie puisse avoir vocation à intégrer l’Europe ou la communauté européenne, notions qui sont différentes (La Suisse appartient à la première mais pas à la seconde). Et, pour prétendre le contraire, que l’on ne mette pas en avant un quelconque partenariat économique ! L’Europe peut commercer si elle le souhaite avec l’Afrique du sud sans pour autant que ce pays entre dans l’Europe ! Identique pour la Turquie !
- Prétendrais-je que ce rejet affirmé, que cette position est vérité, réalité objective ? Non...
- Pour prendre conscience de la relativité des certitudes, également des certitudes géographiques, transportons-nous au temps de Rome.
- Si l’Empire romain prétendait à l’universalité, dans les faits, des frontières se sont imposées :
Au nord, l’Ecosse (le mur d’Hadrien).
A l’ouest, évidement l’atlantique.
Au nord/est le Rhin et le Danube.
Au sud l’Afrique noire (les pays de Maghreb étaient partie intégrante de l’Empire -neutralisons Carthage-)
Au sud/est le Tigre et l’Euphrate.
Cela pour souligner que si la géographie peut dire ce qu’est l’Europe, cette définition ne vaut que pour « aujourd’hui » (au sens de l’Histoire).
Si nous demandions à nos contemporains européens où se trouve le centre géographique de l’Europe, qui citerait la capitale de l’Italie ? Personne !
Mais l’Empire s’est construit autour de la Méditerranée avec en son centre cette ville, Rome, elle même située sur cette péninsule, cet appendice pénétrant ce « centre du monde » qu’était la « Grande mer », comme on l’appelait alors.
Toujours à cette époque, le civilisé, était logiquement de type méditerranéen, c'est-à-dire pas très grand, brun et basané. Et le barbare, lui était grand, blond et à la peau très blanche…
Relativité des concepts, disions-nous…
Et parmi ces barbares, il est des tribus germaniques qui allaient nous devenirs « chers » à nous français, celles des Francs…
- Le rapport avec notre sujet ? Dans le monde romain, la région nommée de nos jours Turquie ne posait pas de problème : elle appartenait à l’Empire, tant pour des raisons géographiques que culturelles ! Et elle n’était même pas en zone frontière ! Et le latin, comme ailleurs, y était aussi la langue officielle, administrative !
Mais cela était il y a « deux milles ans »…
- Certitudes, avez-vous un socle digne de ce nom ?
- Pour conclure, maniant le paradoxe, clin d’œil à Edmond Wells et à son Encyclopédie du savoir absolu relatif, je dirais que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe et qu’il s’agit là d’une position objective élaborée au sein d’un concept qui lui, ne l’est pas…
Cette affirmation découle d’une prise de conscience selon laquelle il n’y a pas une vision du monde mais plusieurs, indissociables de grilles de lecture, parfois inconscientes, qui sont autant de filtres. Et la pseudo objectivité de la de la stricte géographie s’efface devant le poids de la géopolitique qui elle-même s’efface devant celui de la géoculture, autant de réalités subjectives dans leurs valeurs.
COLPIN Didier
08 avril 2008 à 09:57Ajoutez un commentaire
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