Nul n’est prophète en son pays, c’est la leçon que devra tirer Alstom de la bataille qu’il vient de perdre contre Bombardier sur le contrat de remplacement du transilien.
S’il n’a pu répondre aux besoins de la SNCF, il pourra néanmoins se "consoler" sur le marché chinois, le PDG du groupe français, Patrick Kron ayant annoncé à l'occasion de la visite du président Jacques Chirac en Chine, qu’Alstom allait obtenir avec un partenaire chinois un contrat de plus d'un milliard d'euros pour la fourniture de 500 locomotives de fret à la Chine.
Reste néanmoins que Bombardier doit faire face à des difficultés importantes.
I – Bombardier rafle la mise sur le transilien
Le canadien Bombardier a remporté le contrat de remplacement d'une partie des trains de banlieue de la région parisienne, le Transilien, pour un montant maximum de 4 milliards d'euros, a annoncé mercredi la SNCF dans un communiqué. Le conseil d'administration de la SNCF a ainsi approuvé le choix de Bombardier pour la fourniture de 172 trains de nouvelle génération destinés au réseau régional d'Ile-de-France.
Le fabricant canadien s'est vu attribuer une première tranche ferme portant sur la livraison de 172 rames, qui correspond à un montant de 1,85 milliard d'euros. Les livraisons sont prévues à partir de décembre 2009 et jusqu'en 2015. "Le contrat portera également sur 200 trains supplémentaires en tranche optionnelle dont la livraison pourrait intervenir à partir de 2016", a ajouté la SNCF.
A cette commande s'ajoutent l'achat de 24 automotrices de grande capacité (AGC) et la décision de rénover 635 voitures à deux niveaux des automotrices Z 20500. Le français Alstom et l'allemand Siemens étaient également en compétition pour ce méga contrat.
II - Alstom prophète en Chine
Le PDG d'Alstom Patrick Kron a annoncé mercredi, en marge de la visite de Jacques Chirac à Pékin, la conclusion d'un contrat pour la fourniture de 500 locomotives de frêt à la Chine. Le groupe français s'était d’ores et déjà associé en 2004 au chinois Datong Electric Locomotive Co pour produire des motrices en commun. Les locomotives de fret seront les plus grandes jamais construites, a ajouté Patrick Kron.
Plusieurs centaines de millions d'euros devront revenir à Alstom, selon les termes du contrat dont la signature devra avoir lieu jeudi en présence du président français. Patrick Kron fait partie de la trentaine de dirigeants d'entreprises françaises qui accompagnent Jacques Chirac lors de sa visite d'Etat.
III – Les syndicats estiment la perte à 6 mois de C.A
Signe de temps, ce sont les syndicats et non l’entreprise qui chiffrent le manque à gagner par Alstom sur ce dossier. Ainsi, les syndicalistes de l'usine Alstom à Ornans (Doubs) ont regretté mercredi la perte de ce mega-contrat qui aurait représenté selon eux "quasiment une demi-année de chiffre d'affaires" pour leur usine.
Le contrat SNCF du Transilien représente "2.000 moteurs, soit 240.000 heures de fabrication sur 10 ans et plus de 13.000 heures d'études, ou encore quasiment une demi-année de chiffre d'affaires", ont souligné dans un communiqué les représentants de Force Ouvrière de l'usine d'Ornans, s'inquiétant de l’avenir du site. Cinq usines françaises d'Alstom étaient concernées par le marché du Transilien: Reichshoffen (Alsace), Tarbes, Ornans (Doubs), Villeurbanne (Rhône) et Le Creusot (Saône-et-Loire).
Selon le syndicat, la perte de cette commande risque d’entraîner une accélération de la délocalisation de la production. Tous les trains seront "fabriqués en France", a cependant assuré Jean-Paul Huchon, président (PS) de la région Ile-de-France et du Syndicat de transport de l'Ile-de-France, autorité organisatrice des transports de cette région.
IV - Alstom va examiner les conditions d'attribution
Alstom va examiner les conditions d'attribution de ce marché, a affirmé par ailleurs son PDG Patrick Kron. "C'est une déception", a déclaré M. Kron dans un entretien téléphonique depuis Pékin, où il accompagne le président Jacques Chirac. "J'ai demandé à mes équipes d'examiner la situation et en particulier les conditions d'attribution de ce contrat, d'analyser la manière dont les choses se sont passées et en tirer les conclusions qui s'imposent", a-t-il ajouté sans vouloir indiquer si le groupe envisageait des recours.
"Je relève avec perplexité un certain paradoxe à avoir plus de succès en Chine qu'en Ile-de-France", a encore dit le PDG d'Alstom. M. Kron a dit également douter de la capacité de Bombardier à fabriquer tous les trains en France, contrairement à ce qu'a annoncé mercredi sur RTL Jean-Paul Huchon.
V – Réexamen des offres ?
Le groupe MRC (Mouvement républicain et citoyen de JP Chevenement) présent au conseil régional d'Ile-de-France a demandé mercredi "le réexamen" de l'attribution à Bombardier du nouveau contrat ainsi signé . L'annonce de l'attribution de ce contrat est "à la fois prématurée et inopportune", ont jugé les élus franciliens du MRC dans un communiqué. Ils souhaitent "le réexamen des offres" pour prendre en compte "la préservation de l'autre principal compétiteur, Alstom". Ils observent que le Canada "n'a pas les mêmes états d'âme puisqu'il n'hésite pas dans son marché intérieur à favoriser Bombardier au détriment des autres constructeurs et notamment d'Alstom". Protectionnisme, vous avez dit protectionnisme ?
VI – Alstom freiné au Canada
Alstom ne pourra pas quant à lui concourir au Canada pour le renouvellement des matériels roulant des métros de Toronto et Montréal, réservé à Bombardier par les gouvernements provinciaux de l'Ontario et du Québec.
Le groupe français a introduit des recours au Canada en vue de faire vérifier par les tribunaux la légalité de ces décisions politiques mais n'a entrepris aucune démarche auprès de Bruxelles, a indiqué à l'AFP le directeur de la communication du groupe français, Patrick Bessy.
Selon une source diplomatique canadienne, les fournisseurs européens comme Alstom seraient en quelque sorte les victimes collatérales d'une vieille querelle nord-américaine, ayant abouti au fait que les Provinces canadiennes ne soient pas liées par les engagements multilatéraux éventuellement pris par le gouvernement fédéral d'Ottawa.
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Sources : AFP, Nouvel Observateur, Reuters

2 Commentaires
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http://www2.canoe.com/infos/quebeccanada/archives/2006/10/20061025-070605.html
25 octobre 2006 à 20:202
Le groupe industriel français Alstom a signé jeudi deux contrats de plus d'un milliard d'euros en Chine, l'un pour la production de 500 locomotives de fret, l'autre sur la fourniture d'équipements hydroélectriques.
26 octobre 2006 à 09:16Ajoutez un commentaire
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