Les méga-profits de Total risquent bien de s'échouer sur la grève. Si des arrêts de travail sont justifiés en France par des craintes de suppression d'emploi, c'est la corruption et l'absence de partage de la manne pétrolière qui sont mises en cause au Mali.
Ainsi alors que les salariés de l'usine de Carling (Moselle) de Total Petrochemicals observent depuis jeudi matin un mouvement de grève "largement suivi" contre le plan social qui prévoit des suppressions d'emplois, les travailleurs locaux de la filiale au Mali du groupe pétrolier français Total, ont suspendu vendredi le mouvement de grève entamé lundi.
Dur temps pour le pétrolier soumis par ailleurs à de sombres aléas économiques et politiques en Russie, alors que le dossier de l'usine AZF – Grande Paroisse n'a pas dit son dernier mot.
I - Grève "largement suivie" à Total Petrochemicals-Carling
Lancé jeudi à 10H00 à l'initiative de l'intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-FO, le mouvement de grève était "largement suivi" vendredi, avec près de 90% de grévistes chez les personnels de la fabrication et 30% chez les journaliers (administratifs, maintenance...), selon Antoine Casula, secrétaire général CGT. "Toutes les installations sont arrêtées et la grève a été reconduite en assemblée générale jusqu'à lundi 14H00", a-t-il précisé.
Parmi les syndicats de l'usine, seule la CFE-CGC n'a pas appelé à la grève mais a déclaré dans un communiqué "soutenir moralement" ce mouvement. La direction du site n'était pas joignable vendredi après-midi.
Cette grève a lieu parallèlement au comité central d'entreprise (CEE) qui devait dévoiler vendredi à Paris les détails du projet industriel de la direction de Total Petrochemicals France, qui regroupe les activités pétrochimiques de Total en France, annoncé le 12 septembre dernier. Ce plan prévoit la suppression d'ici 2011 de 300 emplois à Carling (Moselle) et Gonfreville (Seine Maritime), sur un effectif global de 2.300 personnes. La direction s'est engagée à ce qu'aucun salarié ne soit licencié.
Le CCE devait être suspendu vendredi dans la soirée pour reprendre mardi matin, a indiqué Khalid Benhammou, pour la CFE-CGC. Les cinq syndicats ont par ailleurs obtenu de rencontrer le PDG de Total Petrochemicals, François Cornelis, dans les jours qui viennent, afin qu'il amende son plan social, a ajouté le représentant des cadres.
"Si ce projet reste en l'état, c'est la mort annoncée du site pétrochimique de Carling, entraînant la suppression de plusieurs centaines d'emplois directs et indirects dans notre région", écrit la CFE-CGC dans une lettre ouverte à M. Cornelis.
Total Petrochemicals emploie 7.200 personnes dans le monde, dont 2.300 en France et 920 à Carling.
II – Mali : grève suspendue chez Total
Les travailleurs locaux de la filiale au Mali du groupe Total, ont "suspendu" vendredi le mouvement de grève entamé lundi. "Nous suspendons le mouvement à la demande de la direction qui doit nous donner une réponse à nos revendications le 18 octobre prochain", a déclaré Modibo Diakité, membre du syndicat des travailleurs de la société, qui a précisé que leurs revendications étaient d'ordre "salariales". "Cette grève a causé des pertes estimées à 100 millions de FCFA à Total", a poursuivi M. Diakité. La direction locale de Total a confirmé la suspension de la grève, mais a refusé pour le moment de se prononcer sur les pertes subies par la société.
Le personnel local de la société avaient déclenché lundi une grève de 72 heures, qui avait été reconduite jeudi pour une semaine. Les doléances de ces travailleurs, sont entre autres, l’amélioration de leurs conditions de travail, notamment l’augmentation des salaires, des primes et autres avantages.
Les employés locaux de Total s'estiment avant tout "sous-payés", assurant qu'un expatrié de la société gagne cinq fois l'équivalent du salaire d'un directeur local. Selon leur syndicat, le salaire mensuel d'un directeur local plafonne à 600.000 FCFA (915 euros), tandis qu'un employé local perçoit le dixième de cette somme en salaire brut.
Le véritable point d'achoppement est la revendication d'augmenter les salaires des travailleurs locaux de 100 %. Les syndicalistes estiment ce doublement des salaires possible compte tenu du volume mensuel de la masse salariale estimée à 600 millions Fcfa. Les travailleurs épinglent une répartition "injuste" de cette enveloppe dont près de la moitié, assurent-ils, est trustée par trois expatriés que sont le directeur général (d'origine sud-africaine), le directeur administratif, (un Burkinabé) et le directeur commercial, (un Nigérien). Les 72 employés locaux parmi lesquels des directeurs de service se partageraient l'autre moitié.
La direction est par ailleurs accusée par les syndicalistes de torpiller des négociations entamées en août dernier. Depuis novembre 2005, des pourparlers auraient débuté mais auraient traîné jusqu’au 23 août 2006, sans que les deux parties parviennent à un accord sur les différents points inscrits dans le cahier de doléances.
La médiation entamée par la Direction nationale du travail, le Groupement professionnel du pétrole (GPP) et la CSTM, la centrale syndicale à laquelle est affilié le Comité syndical des travailleurs de Total-Mali, n'a rien donné. "Les responsables de la direction ne veulent pas entendre parler d'augmentation de salaire et n'ont fait aucune proposition sur ce point", assure le syndicat.
Selon la presse locale, la grève du personnel de la direction de Total-Mali serait passé plus ou moins inaperçue du grand public si les stations services de la société n'étaient entrées hier dans la danse en arrêtant le travail. "Par solidarité", dit-on. Mais la grève s'était étendue à partir de mardi aux stations services Total sur tout le territoire national, ainsi qu'aux dépôts de carburants de la société qui ravitaillaient notamment les principales mines d'or de l'ouest du pays.

2 Commentaires
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A Carling, ce n’est pas la première fois que Total y supprime des emplois. Le site a connu bien des vicissitudes. Au départ, en 1952, on y faisait de la chimie du charbon, puis il s’est reconverti dans la pétrochimie.
Appartenant au groupe Elf, puis à Total, il a été scindé en deux au début de cette année: d’un côté Arkema, où plus de 600 travailleurs font de la chimie organique, de l’autre Total Petrochemicals, spécialisé dans la chimie du pétrole.
Total Petrochemicals voudrait arrêter d’ici 2009 la production de styrène à Carling, ce qui imposerait de faire voyager sur 800km, tous les ans, 160000 tonnes de benzène, la matière première du styrène. Le benzène partirait par chemin de fer de Carling pour être transformé à Gonfreville. Le styrène reviendrait ensuite à Carling pour y être transformé en polystyrène! Des dizaines de milliers de tonnes de produits dangereux seraient ainsi mis sur les voies ferrées...
La direction affirme que son plan se fera sans licenciement sec. Mais combien seront induits chez les sous-traitants, voire dans les usines qui dépendent directement de la production de Carling, comme Ineos à Sarralbe?
30 septembre 2006 à 00:58Un nouveau CCE doit se tenir le 29 septembre à Paris.
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Grêve totale chez total
Debout la République du Val d'Oise soutien les salaries de TOTAL en lutte pour le maintien de leur outil de travail et de leurs emplois.
Les salariés de TOTAL ne veulent pas se faire raffiner ailleurs..
Pour vivre au pays et se raffiner au pays ...
19 février 2010 à 19:13Ajoutez un commentaire
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