Suez-GDF : l'ambiance est dans la salle

Suezsgepza14280206153852photo00Faute de quorum, l'Assemblée nationale a suspendu jeudi soir, ses travaux sur le projet de privatisation de GDF.

Le Parti Communiste avait quant à lui démarré la "confrontation" dans l'après-midi, utilisant l'arme des rappels au règlement et de suspensions de séance.

Les  discussions devraient reprendre à 23h35 avec le vote sur la question préalable PS, avant le début de la discussion générale pour laquelle sont inscrits une trentaine d'orateurs.

I – Quorum non atteint

Alors que les députés s'apprêtaient à voter sur une motion de procédure présentée par le groupe socialiste, le président du groupe PCF, Alain Bocquet, a demandé la vérification du quorum. Constatant que ce dernier – constitué de la majorité absolue des députés présents dans l'enceinte du Palais - n'était pas atteint, le président de séance, Yves Bur (UMP), a suspendu les travaux pour une durée d'une heure.

Selon l'article 61 du Règlement, la vérification du quorum est faite "sur demande personnelle du président d'un groupe". Faute de quorum, "la séance est suspendue après l'annonce par le président du report du scrutin qui ne peut avoir lieu moins d'une heure après. Le vote est alors valable, quel que soit le nombre des présents".

Peu avant la pause du dîner, les députés avaient rejeté une première motion du groupe socialiste (exception d'irrecevabilité), défendue par le numéro un du PS François Hollande. Au total, 137.629 amendement, dont 137.433 émanant des groupes PS et PCF, ont été déposés sur ce texte qui prévoit notamment la privatisation de GDF en vue de permettre sa fusion avec Suez.

II - Rejet de la demande communiste de "comité secret"

L'Assemblée nationale a rejetée jeudi la demande de réunion de l'Assemblée nationale en "comité secret" pour permettre la lecture de la lettre de griefs de Bruxelles au sujet de la fusion GDF/Suez, réclamé par le groupe communiste à l'ouverture du débat sur le projet de privatisation de GDF.

Le président du groupe communiste Alain Bocquet avait invoqué l'article 51 du règlement de l'Assemblée nationale, qui prévoit que "l'Assemblée peut décider de siéger en comité secret par un vote exprès et sans débat émis soit à la demande du Premier ministre soit d'un dixième de ses membres", soit 58 députés.

A l'issue de deux suspensions de séance, le président de l'Assemblée Jean-Louis Debré a mis la demande au vote qui a été rejetée par 220 voix contre 105. "Je trouve que c'est grave", a rétorqué M. Bocquet, estimant qu'il s'agissait d'un sujet relatif à la "guerre économique" .

La possibilité de la réunion de l'Assemblée nationale en comité secret est prévue également par l'article 33 de la Constitution. Il ne s'agit pas d'une innovation de la Vè où elle n'a jamais été utilisée. Une seule tentative a eu lieu le 19 décembre 1986 mais a échoué en raison d'un nombre insuffisant de signataires. En revanche, l'Assemblée s'est réunie en comité secret à 12 reprises sous la IIIè (la dernière fois le 19 avril 1940) et jamais sous la IVè.

Le président du groupe UMP à l'Assemblée, Bernard Accoyer, a répliqué à la gauche que la lettre de griefs "concernait un autre dossier qui viendra ou ne viendra pas ultérieurement", c'est-à-dire le projet de fusion GDF-Suez. Le président du groupe PS, Jean-Marc Ayrault, a dénoncé en réponse être ainsi confronté à un "déni de démocratie". "C'est la moindre des choses que le Parlement, avant de se prononcer, soit totalement informé", a-t-il dit.

III - Villepin ne souhaite pas recourir au 49-3

Dominique de Villepin a déclaré jeudi que sa volonté était "de ne pas recourir" au 49-3 dans le débat à concernant GDF, tout en appelant l'opposition à de pas "faire obstruction". "Je veux croire que l'opposition ne prendra pas le risque de faire obstruction", a-t-il ajouté, en souhaitant qu'elle défende ses positions de "façon constructive".

Le chef du gouvernement a également estimé qu'il n'était "pas sain de multiplier les amendements" qui n'ont "aucun sens", voire "frisent le ridicule".

IV - Referendum GDF: participation à 60%, 94% de "non"

60% des agents de Gaz de France ont participé au referendum interne organisé par FO et la CGT et 94% se sont déclarés opposés à la privatisation de l'entreprise publique, selon les résultats définitifs communiqués jeudi soir par la CGT.

Sur les 53.000 salariés (agents de Gaz de France et agents mixtes, appartenant simultanément à GDF et EDF) inscrits sur les listes électorales (établis par les syndicats dans les différentes unités), 31.500 ont participé au scrutin, soit 60%.

A la question "Etes-vous d'accord avec la privatisation de GDF prévue dans le projet de loi préparant la fusion Suez-GDF ?", 94% des votants ont répondu "non", 4% "oui" et 2% ont voté blanc ou nuls.

"La prochaine étape pour nous maintenant, c'est le 12 septembre", journée d'action contre la privatisation, a déclaré Maurice Marion (CGT-énergie).

V - Mestrallet : la fusion avec GDF est sur "la bonne voie"

Le PDG du groupe d'énergie et environnement Suez, Gérard Mestrallet, a déclaré jeudi que le processus de fusion avec Gaz de France était "en bonne voie". Ce processus a bénéficié d'un "dialogue social approfondi dès le début" et il y a des "soutiens importants" au projet de loi de privatisation de GDF, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse, ajoutant: "le gouvernement est confiant donc je suis confiant."

La fusion sera "accélératrice de croissance et de rentabilité" pour Suez, lui permettra de "diversifier ses risques géographiques et réglementaires" tout en maintenant une "discipline financière", a affirmé jeudi M. Mestrallet.

"Si le Parlement devait décider, mais il n'en prend pas le chemin, que cette opération ne devait pas se faire, chacun reprend sa liberté et trouverait d'autres voies", a-t-il indiqué. "Il n'y a pas de plan B" à cette fusion, a insisté M. Mestrallet.

Le PDG de Suez a par ailleurs rejeté en bloc les proposition de son actionnaire, le fonds d'investissement Knight, qui refuse sous sa forme actuelle la fusion avec GDF parce qu'elle sous-valorise selon lui le groupe de services et environnement.

M Mestrallet a par ailleurs rappelé que la proposition de Knight - sur laquelle il s'estime en désaccord - était double. Selon ses propos, il s'agit d'un démantèlement de Suez qui ne concerne pas seulement l'environnement mais aussi les services ainsi que d'une nationalisation de Suez car GDF lancerait une OPA dans le scénario préconisé par le fonds.

Concernant les griefs exprimés par Bruxelles, M. Mestrallet se considère confiant dans la capacité du groupe à trouver un « package de remèdes » qui rencontre les souhaits de la Commission en préservant l'intégralité de l'intérêt de la fusion.

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2 Commentaires

  1. 1

    Elisabeth

    GDF-Suez: levée de séance après le rejet d'une 2ème motion de procédure PS
    AFP 08.09.06 | 00h04


    L'Assemblée nationale a suspendu jeudi soir, peu avant minuit, ses travaux sur le projet de loi prévoyant la privatisation de GDF, après le rejet d'une deuxième motion de procédure du groupe PS contre ce texte, dont l'examen a débuté dans l'après-midi au Palais-Bourbon.

    Les travaux reprendront vendredi matin (09h30), avec la discussion générale pour laquelle sont inscrits une trentaine d'orateurs. Le vote de la question préalable, défendue par le député PS de l'Isère François Brottes, a été retardé d'une heure, faute de quorum.

    Après la discussion générale, l'Assemblée doit encore se prononcer sur une troisième motion de procédure (renvoi en commission), que défendra le groupe PCF, avant d'entamer, probablement lundi après-midi, l'examen des articles et des quelque 137.600 amendements déposés sur ce texte.

    Présentée comme "une lettre au président", sur le modèle d'une oeuvre de Boris Vian, la question préalable du groupe PS a été l'occasion pour M. Brottes de dénoncer le projet gouvernemental comme une "supercherie" et de rappeler, enregistrement à l'appui, l'engagement fait en 2004 par Nicolas Sarkozy de ne pas privatiser GDF. "Je vous demande de renoncer à ce projet mal préparé, qui n'envisage qu'une seule hypothèse pour Gaz de France, avant que l'on connaisse la décision de Bruxelles (...) Nous ferons tout pour empêcher la privatisation de GDF", a déclaré M. Brottes.
    Dans sa réponse, François Loos (Industrie) a défendu le projet de loi, selon lui, "indispensable pour que la politique européenne de l'énergie soit conforme aux souhaits et aux nécessités de notre économie et de nos consommateurs". "Nous, nous faisons face aux problèmes et vous, vous n'avez à l'idée que de justifier le passé et de vous enfuir devant les questions", a lancé le ministre.

  2. 2

    Anonyme

    GDF-Suez: Bruxelles autorise une "golden share" de l'Etat (presse)
    PARIS, 8 sept 2006 (AFP)
    La Commission européenne approuve la "golden share" (action spécifique) que l'Etat français veut détenir dans l'entité Gaz de France-Suez si leur fusion devait aboutir, selon le quotidien britannique Financial Times paru vendredi.

    Dans une lettre envoyée mercredi soir au ministre français des Finances Thierry Breton, le commissaire européen Charlie McCreevy donne son accord à cette "golden share", qui permettrait à l'Etat de garder un pouvoir de décision sur certaines activités dans le groupe fusionné, affirme le journal économique, qui a eu copie de la lettre.

    Le projet de loi controversé de privatisation de GDF est examiné depuis jeudi par les députés français et doit servir de prélude à son mariage avec le groupe Suez, en permettant à l'Etat de descendre sa part du capital de 80 à 34%.

    Le commissaire européen au marché intérieur souligne dans sa lettre que le principe même de la "golden share" est un obstacle à la libre circulation des capitaux en Europe; Mais il ajoute qu'il se s'y opposera pas si la France apporte la preuve qu'elle défend des intérêts essentiels et pas seulement nationaux, poursuit le quotidien.

    Il demande donc à la France de préciser quels actifs seraient concernés par cette disposition.

    Fin août, Bercy avait indiqué que l'Etat se réserverait une "golden share" en plus d'une minorité de blocage dans le projet de fusion GDF-Suez, qui concernerait le transport, les terminaux méthaniers et les stockages stratégiques.

    En mai dernier, la Commission européenne avait réfuté la possibilité pour le gouvernement français de conserver des actions spécifiques dans le capital du futur groupe fusionné.

    D'après le quotidien britannique International Herald Tribune, Charlie McCreevy estime aussi dans son courrier que le projet du gouvernement français concernant la privatisation de Gaz de France "dans son état actuel ne présente pas d'éléments juridiques de nature à lancer une procédure contre la France", de la part de la Commission européenne.

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