Poutine, un Russe à Paris : Total, Eads... et GDF et Areva ?

Parisru051 Si jadis ce sont les américains qui allaient à Paris, c'est désormais Poutine qui foule le sol français. Un entretien en tête-à-tête des présidents russe et français a commencé vendredi soir au Palais de l'Elysée. Les chefs d'Etat auraient l'intention d'examiner certains dossiers des relations bilatérales, la coopération dans le secteur énergétique, l'industrie aéronautique, les télécommunications et la coopération humanitaire.

La rencontre pourrait s'avérer être l'occasion d'ardents échanges et tractations autour de la participation de la Russie dans EADS, la licence d'exploitation de Total sur le champ pétrolier de Khariaga ainsi que l'Europe du gaz en plein projet de fusion GDF-Suez alors que l'italien Eni vient se rapprocher du géant gazier russe Gazprom.

Mais n'oublions pas que Russie et France sont d'ores et déjà partenaires sur le nucléaire civil, la Russie se montrant quant à elle plus que compréhensive à ce sujet avec l'Iran, la centrale de Bouchehr devant être mise en service en septembre 2007.

I – Poutine en visite à Paris

Vladimir Poutine est arrivé vendredi à Paris pour une rencontre avec Jacques Chirac, suivie samedi d'un sommet à trois avec la chancelière allemande Angela Merkel, alors que plusieurs dossiers, notamment énergétiques, suscitent la "vigilance" des Européens face à Moscou.

Les présidents russe et français ont assisté vendredi à la cérémonie d'inauguration du monument en hommage au régiment Normandie-Niemen sur l'aéroport du Bourget. Ce groupe d'aviation de chasse de la France Libre, basé en URSS, s'est illustré pendant la Seconde Guerre mondiale et reste le symbole de la coopération entre les armées française et russe.

L'Armée Rouge a eu en effet un rôle primordial durant la 2eme Guerre Mondiale. Si la "guerre froide" qui a suivi, a contribué à l' "oubli" de l'implication des soviétiques durant cette période, il faut rappeler de manière factuelle, que si 41 000 soldats américains sont morts lors du débarquement, les Soviétiques ont perdu 27 million de morts – militaires et civils.

La sécurité énergétique, l'Iran et la coopération industrielle devraient figurer en bonne place des discussions. "Le but n'est pas de prendre des décisions mais d'échanger des vues sur les sujets du continent, mondiaux ou de coopération", a souligné l'Elysée vendredi. Les parties envisageraient d'organiser l'Année de la France en Russie en 2009 et l'Année de la Russie en France en 2010.

Les deux présidents ne manqueront pas d'aborder les relations entre la Russie et l'Union européenne dans le contexte de la préparation d'un nouvel accord de partenariat. L'accord actuel entre la Russie et l'Union européenne est en vigueur depuis 1997. Il sert de base juridique aux relations entre les deux partenaires. Ce document expire en 2007.

II – Sécurité énergétique et gaz comme points majeurs

L'économie aura "une place importante" dans les discussions, notamment la sécurité énergétique, "au moment où les prix de l'énergie sont particulièrement élevés", a indiqué le porte-parole de la présidence, Jérôme Bonnafont. L'Europe tente en effet d'établir, dans la lignée de ce qui a été lancé au G8 de Saint-Petersbourg en juillet, un "partenariat énergétique" avec Moscou.

Moscou fournit 30 % du gaz consommé dans l'Union européenne mais rechigne à signer avec les Européens une charte sur l'énergie, censée "ouvrir" le marché russe. Si la Russie se révèle être un exportateur d'hydrocarbures de premier ordre, son avenir dépend également de son secteur énergétique. L'existence de cet intérêt mutuel devrait permettre d'éviter que l'une ou l'autre des parties use de cet instrument politique.

A noter cependant que l'éventuelle association de Gazprom avec GDF pourrait bien être évoquée.

Le ministre du Budget Jean-François Copé, en visite à Moscou, avait plaidé début septembre pour la constitution d'un grand pôle "français et européen" de l'énergie Gaz de France-Suez, qui soit en mesure de "discuter" avec des géants comme le groupe gazier russe Gazprom. "Je peux vous dire que vu de Moscou, d'un pays qui est le premier fournisseur de gaz au monde et le deuxième de pétrole, on mesure vraiment combien le projet de loi de fusion Gaz de France-Suez est vital pour l'indépendance de notre pays", avait-il alors déclaré.

Eni signera d'ici le 15 octobre un accord avec le géant gazier russe Gazprom concernant toutes les étapes de la production à la commercialisation de pétrole, de gaz, d'électricité et de gaz naturel liquéfié (GNL). Les dirigeants des deux groupes avaient d'ores révélé en juin qu'ils négociaient un accord selon lequel le géant gazier russe pourra vendre sa production sur le marché italien sans intermédiaire. En échange, Eni sera associé à la recherche de sources d’hydrocarbures en Russie. Le président russe Vladimir Poutine et le nouveau chef du gouvernement italien, Romano Prodi, avaient ainsi convenu le 20 juin d'ouvrir leurs marchés énergétiques respectifs aux entreprises de chacun des deux pays.

III – Participation russe dans EADS

Nouvel actionnaire d'EADS avec une part de 5,02 %, la Russie cherche à obtenir une minorité de blocage dans le consortium européen, mais le ministre de l'Economie Thierry Breton a prévenu que le pacte d'actionnaires d'EADS assurant l'équilibre franco-allemand dans le groupe ne serait pas remis en cause par l'arrivée des Russes.

La compagnie aérienne russe Transaero a annoncé par ailleurs des options de commande concernant le long-courrier européen A330. Son parc était composé jusqu'à présent uniquement de Boeing, mais les conditions financières proposées par le constructeur américain pour son appareil B777 se seraient avérées moins attrayantes. On peut raisonnablement penser que la France a peut être “imposée” ce prerequis à la Russie pour son entrée dans EADS.

Le montant du contrat, si l'on se fonde sur le prix catalogue des seuls appareils, est de 1,2 milliard de dollars. L'accord qui devait être signé aujourd'hui à Paris engage Airbus à livrer huit nouveaux long-courriers A330-200 et quatre moyens-courriers A320 au transporteur russe qui a un mois pour effectuer un pré-paiement. Les A330 doivent être livrés de 2008 à 2011. Les délais de livraison des A320 restent à préciser.

Le coût catalogue global du contrat serait de 1,5 milliard de dollars environ, mais un rabais considérable dont le montant n'a pas été divulgué pourrait aller jusqu'à 40%.

IV – Inquiétude de Total sur le champ russe de Khariaga

Le pétrolier français Total est par ailleurs menacé de se voir retirer sa licence de développement du champ de Khariaga, au nord de la Russie. Le président russe Vladimir Poutine a cependant déclaré vendredi à Paris que "les rumeurs" d'un retrait de licence pour Total en Russie étaient pour le moins "exagérées".

Un responsable ministériel russe avait indiqué jeudi que Moscou disposait de justifications légales pour appuyer un éventuel retrait au géant français du pétrole Total de sa licence de développement du champ pétrolier de Khariaga dans le nord de la Russie.

Le champ de Khariaga produit actuellement environ 20.000 barils par jour et fait l'objet depuis plusieurs années d'âpres querelles, le gouvernement russe accusant Total de retards excessifs dans l'avancement du projet.

V – Coopération économique et diplomatique

Vendredi, deux protocoles d'accords devaient être signés, concernant la coopération entre les ministères français et russe de l'Equipement et entre la Russie et le groupe de BTP Vinci pour la construction d'une autoroute reliant Moscou et Saint-Petersbourg.

Les dépenses pour l'extension et la modernisation du réseau routier russe en 2007 augmenteront d'un tiers par rapport à l'année en cours et constitueront 190 milliards de roubles (7 milliards de dollars), a annoncé parallèlement vendredi le ministre des Finances russe Alexeï Koudrine.

Le Darfour, la Tchétchénie, le Proche-Orient, le Liban où les deux pays sont engagés dans la force de l'Onu Finul, ainsi que le Kosovo et les négociations sur son statut final, pourraient également figurer au menu des discussions de samedi.

VI – Iran et nucléaire

Paris, Moscou et Berlin oeuvrent à la recherche d'une solution au dossier du nucléaire iranien. Sur ce point, l'Elysée juge que "le rôle de la Russie a permis d'avancer", l'objectif commun étant "le plein respect par Téhéran de ses obligations". J. Chirac a proposé à l'Onu mardi que la communauté internationale suspende ses discussions sur les sanctions contre Téhéran en échange d'une suspension par l'Iran de ses activités d'enrichissement d'uranium.

Alors que Téhéran a invité fin août les compagnies occidentales à participer à l'appel d'offres pour la construction de deux nouvelles centrales nucléaires, l'Iran a récemment affirmé qu'elle souhaiterait voir la Russie parmi les principaux candidats à leur construction sur son sol.

Le directeur de l'Agence atomique russe, Sergueï Kirienko, a déclaré quant à lui en début de semaine à la session de l'AIEA à Vienne que le démarrage physique de la centrale iranienne de Bouchehr aurait lieu dans un an, en septembre 2007, et sa mise en exploitation, quelques mois plus tard.

Le groupe russe RosEnergoAtom et AREVA ont quant à eux signé en février 2006 un mémorandum de compréhension dans le domaine de l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire. Le document prévoit la mise en oeuvre d'un programme de développement de la coopération pour la période 2006-2008, qui concernera notamment la modernisation et la sécurisation des centrales nucléaires, la maintenance des sites, ainsi que la gestion de la durée de vie des centrales existantes.

En outre, les parties ont convenu de procéder à des échanges de documentation normative, scientifique et technique, de s'entraider lors du démantèlement et de la mise hors service des centrales nucléaires. Le plan de coopération prévoit également d'examiner la possibilité de mettre en oeuvre dans d'autres centrales les projets financés par la Commission européenne et déjà appliqués.

RosEnergoAtom et AREVA envisagent aussi de perfectionner le comité de gestion conjoint chargé de la coopération, dont les objectifs principaux consistent à élaborer des propositions concrètes de coopération, à signer des accords additionnels, à créer des groupes de travail et à trouver des sources de financement.

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12 Commentaires

  1. 1

    Accord VINCI

    Vinci a signé un accord de coopération avec la Russie sur les autoroutes
    PARIS, 22 sept 2006 (AFP)

    Le groupe de BTP français Vinci a signé comme prévu vendredi un accord de coopération avec la Russie, qui porte notamment sur le projet de construction et d'exploitation de l'autoroute Moscou-Saint-Pétersbourg, a-t-il annoncé dans un communiqué.

    Cet accord a été signé avec le ministre russe des Transports Igor Levitine, à l'occasion de la visite officielle du président Vladimir Poutine en France.

    "Vinci apportera son concours au ministère des Transports sur la mise en place rapide d'un vaste programme d'infrastructures de transport en concession", explique la société française, qui ne donne pas de détails financiers.

    "Cet accord de coopération porte notamment sur le projet de construction et d'exploitation, au travers d'un système de péages, de l'autoroute Moscou-Saint-Pétersbourg", précise Vinci.

    Vinci "exprime par cet accord son engagement sur le marché russe sur lequel il entend également pouvoir jouer un rôle de concessionnaire ou d'opérateur", selon le communiqué.

    Vladimir Poutine est arrivé vendredi à Paris pour une rencontre avec son homologue français Jacques Chirac. Un protocole d'accord doit également être signé à cette occasion sur la coopération entre les ministères français et russe de l'Equipement.

  2. 2

    Elisabeth

    c'est tout de même magnifique : alors que Poutine est à Paris , le sujet ne fait pas la une de Google France , mais celle de Google Belgique ... !

    Histoire française ???

  3. 3

    A commenter ....

    Jacques Chirac a décoré Vladimir Poutine de l'Ordre de la Légion d'honneur

    23/09/2006 11:58 PARIS, 23 septembre - RIA Novosti. Le président français Jacques Chirac a décoré vendredi le président russe Vladimir Poutine de l'Ordre de la Légion d'honneur.

    Le chef de l'Etat français a remis l'ordre à son homologue russe à l'issue des pourparlers à l'Elysée.

    La France apprécie hautement la contribution apportée par le président russe au développement des rapports dans le cadre de la coopération multiforme, a déclaré Jacques Chirac.

    Le président russe a répondu que c'était pour lui un immense honneur de recevoir cet ordre de la part l'Etat pour lequel il manifeste un vif intérêt et un respect.

    Les rapports entre la Russie et la France ont une histoire multiséculaire, ils ont été différents, mais toujours importants pour les affaires mondiales et nos peuples, a souligné Vladimir Poutine.

    Le président russe a fait remarquer que le président français avait toujours accordé une grande attention aux rapports russo-français.

    Le président russe a promis de contribuer encore plus au renforcement des contacts amicaux entre les peuples et les Etats.

  4. 4

    Poutine/ EADS

    Russie / EADS: "pas le signe d'une conduite agressive" (Poutine)
    AFP 23.09.06 | 13h31

    L'entrée de la Russie dans le groupe aéronautique franco-allemand EADS n'est pas "le signe d'une conduite agressive de la part des parties russes", a assuré samedi le président russe Vladimir Poutine.
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    M. Poutine a annoncé en outre la création d'un groupe de travail tripartite franco-germano-russe sur cette participation,
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    lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet avec le président Jacques Chirac et la chancelière allemande Angela Merkel à Compiègne (Oise).

    "Nous avons parlé en détails de la prise de participation (russe) de 5% dans EADS", a indiqué le président russe, en soulignant son "intérêt pour une coopération économique soutenue avec la France et l'Allemagne en matière aéronautique et spatiale".

  5. 5

    Poutine/ Energie

    Energie: la Russie remplira toutes ses obligations (Poutine)
    AFP 23.09.06 | 13h56
    Le président russe Vladimir Poutine a assuré samedi que la Russie remplirait toutes ses obligations vis-à-vis de l'Union européenne en matière d'approvisionnement énergétique.
    "Nous avons l'intention de remplir toutes nos obligations vis-à-vis de nos partenaires européens", a indiqué M. Poutine. Il a rappelé que la chancelière allemande Angela Merkel lui avait déjà demandé si la Russie pouvait réorienter ses approvisionnements énergétiques vers l'Europe occidentale.
    "Il serait tout à fait possible de réorienter certains flux vers l'Europe", a assuré M. Poutine, en précisant que le géant russe "Gazprom réfléchit à cette possibilité".
    "J'espère que des décisions seront prises", a-t-il ajouté. M. Poutine a précisé que le gisement de gaz de Chtokman (nord), "avec une réserve de 25 à 45 milliards de m3", garantissait "50 à 70 ans" de fourniture à l'Europe. "Cela crée une situation stable et fiable dans le domaine de l'énergie européenne et en particulier pour l'Allemagne", a-t-il ajouté.
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    Chtokman fait l'objet actuellement de la cours aux contrats des petrolieres et constitue un formidable enjeu/moyen de pression de la Russie sur les majors euopéennes...

  6. 6

  7. 7

    Elisabeth

    Pour rappel :

    "Le président de Severstal-Group a discuté il y a moins de quinze jours avec V.Poutine de la réalisation du projet de Gazoduc nord-européen, précisant même qu'il constituait la toute première priorité de son groupe.

    Pour rappel, selon le géant russe Gazprom, une entrée de Gaz de France dans le consortium russo-allemand chargé de construire un gazoduc sous la Baltique serait possible, dans la mesure où le nouveau partenaire serait doté des atouts stratégiquement importants ....

  8. 8

  9. 9

    Elisabeth

    Bonjour à nos lecteurs de Russie connectés sur le blog !

  10. 10

  11. 11

    elisabeth / Nucléaire

    Vous êtes vraiment surs qu'ils n'ont pas parlé d'AREVA ? ....
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    Le chef de l'Organisation iranienne nationale de l'énergie atomique attendu à Moscou

    25/09/2006 08:56 MOSCOU/TEHERAN, 25 septembre - RIA Novosti. Le vice-président iranien et chef de l'Organisation nationale de l'énergie atomique, Gholam Reza Aghazade, est attendu lundi à Moscou pour une visite de travail.

    Dans la capitale russe, Gholam Reza Aghazade doit rencontrer le directeur de l'Agence russe de l'énergie atomique (Rosatom), Sergueï Kirienko.
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    Les deux parties passeront en revue l'avancement des travaux de construction de la centrale nucléaire de Bouchehr et s'entendront sur l'échéancier de mise en service de cet important projet de coopération bilatérale.
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    Les deux parties décideront de la date définitive du démarrage physique du premier réacteur de Bouchehr et des délais de livraison du combustible russe pour le premier chargement de la centrale iranienne, a précisé une source informée à Téhéran. Les travaux à Bouchehr sont déjà réalisés à 95%.

    "Le démarrage physique de la centrale de Bouchehr aura lieu en septembre 2007 et sa mise en exploitation en novembre 2007", a annoncé dernièrement Sergueï Kirienko.

    Le 8 janvier 1995, à Téhéran, la centrale russe Zaroubejatomenergostroï et l'Organisation iranienne de l'énergie atomique avait signé un contrat portant sur l'achèvement des travaux de construction du bloc n°1 de la centrale nucléaire de Bouchehr. La Russie s'était également engagée à livrer à l'Iran un réacteur VVER-1000 et le combustible nécessaire et à former des spécialistes iraniens.

  12. 12

    Elisabeth

    Je ne dis pas que des "betises" ....

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