Michelin : futurs retraités sur la ligne de départ

Michelin Dans une interview à paraître jeudi dans La Tribune, le nouveau patron de Michelin, Michel Rollier, affirme qu'il veut "accélérer le rythme" des "gains de productivité et de réductions de coûts", grâce aux départs en retraite et sans licenciement.

Le groupe avait annoncé vendredi qu'il avait décidé de vendre son usine de Poitiers, dont les activités de production de pneumatiques poids lourds ont été transférées à Tours. Les conditions de cette cession feraient l'objet de discussions avec la société d'immobilier logistique ProLogis.

I – Mesures d'amélioration des performances

"Nous allons produire plus avec moins de personnes, plus d'automatisation, plus d'optimisation", dit M. Rollier, qui a pris seul les commandes du fabricant de pneumatiques après le décès d'Edouard Michelin en mai. Selon lui, de nombreux départs à la retraite sont d'ores et déjà programmés dans les quatre années à venir. Ils devraient permettre de rendre possible les gains de productivité tout en évitant des "drames".

D'ici à 2010, 10.000 départs à la retraite devraient avoir lieu en Europe et autant en Amérique du Nord, soit 20.000 au total. Une proportion – non précisée - des personnes sur le départ ne serait pas remplacée.

Affirmant qu'il n'y aurait pas de licenciements, Michel Rollier a par ailleurs ajouté qu'à l'heure actuelle aucune fermeture d'usine ne serait à l'ordre du jour. Il rappelle néanmoins la fermeture cette année de l'usine canadienne de Kitchener et le regroupement des usines de Poitiers et Tours en une seule unité.

Selon le Financial Times, Michelin entend réduire ses coûts de production en Europe et en Amérique du Nord d'environ 20%. Interrogé sur la possibilité de continuer à produire en Europe de l'Ouest, M. Rollier a par ailleurs répondu qu'une telle éventualité pourrait être envisagée "dans le cas où la productivité serait élevée". Dans cette perspective, Michelin continuera d'investir significativement à l'Ouest, dans le but d'accroître la productivité de manière beaucoup plus significative que de 3 ou 4% par an.

Il estime par ailleurs que "les importations en Europe de pneus produits en Asie augmenteront nécessairement". Selon lui, de nouvelles capacités seront installées dans les pays de l'Est, ou en Chine, ou au Brésil. Mais la base de production occidentale restera importante, en particulier en France.

Une éventuelle évolution de la direction, alors qu'il est devenu le seul gérant du groupe, ne serait pas à l'ordre du jour. "Une commandite a généralement plusieurs commandités mais elle peut tout à fait vivre avec un seul associé commandité", selon Michel Rollier.

Michelin, qui avait fin juillet révisé sa prévision de marge opérationnelle à 8%, contre 8,8% précédemment, en raison notamment de la hausse des matières premières, maintient cette objectif. "Malgré la baisse actuelle, nous subirons au second semestre 2006 les plus hauts niveaux de prix des matières premières. Sans doute pourrons-nous voir une petite détente au niveau de nos prix de revient en 2007", conclut M. Rollier.

II- Michelin va vendre son usine de Poitiers

Michelin a décidé de vendre son usine de Poitiers, dont les activités de production de pneumatiques poids lourds ont été transférées à Tours, et discute "actuellement" des conditions de cette cession avec la société d'immobilier logistique ProLogis, a annoncé le groupe vendredi.

Conformément à ses engagements, le groupe conservera une activité logistique localement avec 60 personnes et deviendra locataire de la société ProLogis. Ce dernier devrait attirer sur le site des activités créant environ 600 emplois dans les quatre années à venir. Outre "cette capacité à créer de l'emploi" - un "critère de choix préalablement défini en concertation avec les collectivités locales" - ProLogis aurait été retenu pour "son expérience dans la ré-industrialisation de sites".

Le projet de cession comprend le remplacement des bâtiments actuels par des locaux neufs, adaptés aux nouvelles activités, de sorte que ProLogis pourrait développer jusqu'à 140.000 m2 d'entrepôts logistiques, de messageries ou de bureaux. Les travaux devraient débuter à partir du deuxième trimestre 2007.

Le 22 juin 2005, Michelin avait annoncé l'arrêt de la production à compter du 30 juin 2006 sur le site de Poitiers, qui comptait environ 480 salariés, et le transfert de l'activité pneus poids lourds vers son usine de Tours. Le groupe de pneumatiques avait ajouté que le site de Poitiers allait continuer à employer une cinquantaine de salariés et devenir un "centre logistique régional majeur" pour la France.

Cette usine, fabriquant initialement des pneus pour les véhicules poids lourds, avait été montée en 1972, comptant jusqu'à 1200 salariés. C'est en juin 2003, alors que les effectifs étaient déjà tombés à 774 travailleurs, que la direction avait rendu publique sa décision de supprimer 190 postes, sous forme de départs volontaires vers d'autres sites de production, de retraites ou de pré-retraites, auxquels il faut ajouter le licenciement d'une centaine d'intérimaires. Les usines de Poitiers et de Joué-lès-Tours qui ont le même type de fabrication, semblaient alors comme faire « doublon ».

En octobre 2005, une soixantaine de salariés de l’usine Michelin de Poitiers avaient fait grève tout en bloquant l’entrée de l’établissement. Leurs revendications concernaient l’ouverture de négociations avec la direction sur les mesures d’accompagnement d’un plan social. La direction avait alors proposé à 300 des 400 salariés de rejoindre l’établissement de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire), à une centaine de kilomètres, ou une autre usine du groupe.

Cinquante autres salariés étaient alors maintenus à Poitiers au centre de logistique, 130 bénéficiant de départs à la retraite. L'arrêt de travail avait eu pour conséquence le blocage de la totalité de la production, environ 800 pneus par jour.

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