A380 : le 1/4 d'heure toulousain pourrait durer

A380ecran_videoL'un des avions les plus grands et les plus rapides du monde pourrait bien avoir du retard, comment cela est-il possible ?... Le fameux quart d'heure toulousain ?

Le géant des airs se serait-il ainsi si bien intégré à la ville qu'il ferait sienne certaines coutumes locales selon lesquelles les habitants de la ville Rose pourraient avoir quelques problèmes avec la ponctualité ? Pire diraient même certains, et qui plus est, de sources proches du constructeur : des rumeurs plus que soutenues feraient même état de retards supérieurs à 18 mois. Un handicap de poids pour pouvoir garantir la livraison just in time des appareils.

Erreur de conception ? En quelque sorte ... car si un avion est avant tout destiné aux transports de voyageurs, sa transformation en cyber-café et video-store volants – mise en oeuvre selon certains desiderata de haut rang - ne se fait pas toujours sans conséquences ... câblages obligent.

Après une chute du cours occasionnée par de telles annonces et le renflouement des portefeuilles de certains, de futures annonces de mesures sociales pourraient permettre de refaire planer le cours d'EADS.

I – De nouveaux retards

Le groupe d'aéronautique et de défense EADS a confirmé jeudi que de "nouveaux retards" étaient à prévoir pour la livraison du gros porteur A380. Le constructeur, qui précise que son audit en cours de l'A380 n'est pas terminé, reconnaît dans un communiqué des "problèmes persistants d'industrialisation liés à l'équipement électrique des appareils en production" au sein de sa filiale Airbus. "En conséquent, et selon nos informations à ce jour, d'autres retards de livraison sont à prévoir", en plus du délai d'un an supplémentaire déjà annoncé, précise EADS.

Le groupe n'a pas fixé de nouveau calendrier de livraison, ni chiffré l'impact financier de ces nouveaux retards. La livraison d'un premier appareil à la compagnie Singapore Airlines est toutefois maintenue pour la fin de cette année, assure le constructeur.

EADS a simplement précisé que le groupe fournirait "des informations plus détaillées" dans les quatre semaines à venir et travaille à un plan d'action et l'établissement d'un calendrier ferme de livraisons pour ses clients. Les différentes étapes de vols d'essai de l'appareil de 550 places se déroulent toutefois comme prévu. Certes, mais certaines rumeurs font tout de même état de problèmes de surcharges pondérales de l'appareil.

Le quotidien "Les Echos" estimait mercredi que le nouveau retard pourrait être de six mois, en raison de problèmes d'assemblage, ce qu'EADS "ne confirme ni n'infirme".

Des spécialistes de la Deutsche Bank ont calculé de leur côté que les nouveaux retards confirmés ce jeudi par le groupe européen pourraient amputer son bénéfice avant impôts et frais financiers d'environ 200 à 250 millions d'euros en 2007 et en 2008. Cette nouvelle charge s'ajoute à la baisse de 500 millions par an entre 2007 et 2010 du bénéfice d'exploitation déjà annoncée par le groupe il y a à peine trois mois.

II - Des commandes remise en cause

Face à cette annonce, la compagnie aérienne Emirates a répondu en laissant entendre qu'elle pourrait remettre en cause son énorme commande de 45 appareils. Dès jeudi, ce plus gros client de l'A380 a laissé entendre qu'il pourrait remettre en cause sa commande, estimée à 10 milliards d'euros. "Les choses ne sont pas encore décidées pour le moment. C'est difficile à dire", a déclaré Valerie Tan, porte-parole de la compagnie basée à Dubaï aux Emirats arabes unis.

Dans un communiqué diffusé par la suite, le président de la compagnie Tim Clark a précisé que la compagnie "n'avait pris aucune position" quant à l'annulation de sa commande ou à des demandes de compensations pour ces retards.

Virgin Atlantic a aussi fait savoir que ce nouveau délai pourrait remettre en cause sa commande de six avions, d'une valeur catalogue de 1,4 milliard d'euros. De son côté, la compagnie allemande Lufthansa a affirmé qu'elle s'attendait à recevoir son premier appareil dans les délais prévus, au cours de l'été 2008.

III – Les "ennuis" perdurent

En juin, EADS avait déjà révélé un retard de six mois dans la livraison des A380, indiquant que ce retard amputerait son résultat d'exploitation de deux milliards d'euros sur les quatre années à venir. Suite au crash boursier qui avait suivi, une véritable crise ouverte avait alors éclaté. Elle s'était soldée par le départ de Noël Forgeard de la co-présidence d'EADS et celui du président d'Airbus Gustav Humbert, remplacé par le Français Christian Streiff. Ce dernier doit rendre compte des retards à ses actionnaires dans un mois.

Le ministre de l'Economie Thierry Breton a réaffirmé jeudi toute sa "confiance"à EADS et à Airbus. "Tout le monde sait qu'il y a eu des problèmes chez Airbus. Il y a une nouvelle direction qui a été mise en place en particulier chez Airbus avec Christian Streiff qui est en train de procéder à une évaluation. Tout ceci sera rendu public", a-t-il promis.

IV – Mesures sociales en vue ?

Alors que le groupe avait annoncé pour la fin du mois des mesures de redressement d'Airbus, le quotidien britannique Guardian évoque une possible restructuration d'ampleur incluant des suppressions d'emplois. Selon le journal, "EADS prépare une réduction massive des coûts d'Airbus pour compenser l'appréciation de l'euro, redresser ses comptes et restaurer la confiance" après la crise des retards de juin dernier, ce qui permettrait à la filiale d'économiser deux milliards d'euros par an.

Pour lutter contre l'effet d'un euro fort par rapport au dollar, Airbus, qui vend ses avions en dollars
mais calcule ses coûts en euros, aurait l'intention d'acheter davantage de composants dans des pays opérant en dollars, aux dépens des fournisseurs européens. Pour rappel, l'ancien responsable stratégie achat Claude-Henri Héreüs avait été remplacé assez discrètement durant la période estivale de 2005, par un proche de Noël Forgeard : Henri Courpron.

La forme que pourrait prendre les mesures de redressement est encore incertaine, la suppression de la structure de direction bicéphale étant également évoquée. Il va très certainement falloir attendre la fin de l'audit d'Airbus lancée par sa maison-mère, prévue pour les semaines qui viennent, pour avoir de plus amples détails.

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3 Commentaires

  1. 1

    Elisabeth

    TOULOUSE, 21 sept 2006 (AFP) - 19h16
    Toulouse: le personnel d'Airbus "jamais inquiet comme aujourd'hui"

    "Le personnel d'Airbus n'a jamais été inquiet comme aujourd'hui", a déclaré jeudi à Toulouse le délégué syndical central CGT d'Airbus, après l'annnonce par le groupe européen d'aéronautique et de défense EADS de "nouveaux retards de livraisons" de son avion géant A380.
    "Le gel des embauches deux mois après la prise de fonction de Christian Streiff au poste de président nous avait déjà alertés", a expliqué Xavier Petrachi, lors d'un point de presse impromptu devant l'un des ateliers toulousains d'Airbus.

    "Là les retards s'accumulent et on commence à prendre la mesure des conséquences sur les salariés, les intérimaires d'Airbus et ses sous-traitants", a-t-il souligné.
    Il a regretté que "la logique financière prenne le pas sur la logique industrielle alors qu'Airbus a fait un milliard d'euros de bénéfice au premier semestre 2006 et va livrer cette année un nombre record d'appareils estimé à 430".

    Réagissant à un article du quotidien britannique The Guardian évoquant le projet par EADS d'un possible plan de restructuration pour économiser deux milliards d'euros par an, il a rappelé que "cette somme représente la moitié de la masse salariale des personnels d'Airbus". "Nous craignons que les économies se fassent par des délocalisations dans les pays à bas coût de main d'oeuvre, comme l'ont déjà fait deux sous-traitants d'Airbus, Latécoère et Labinal", a expliqué le responsable syndical.
    Il a enfin regretté "le silence de Louis Gallois (coprésident exécutif d'EADS depuis le 3 juillet), peut-être nommé pour rassurer les salariés" et dont l'absence de réaction "fait défaut aujourd'hui".

  2. 2

  3. 3

    Anonyme

    just at time => ?????????

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