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Liban : contre vent et marée noire

Par Elisabeth Studer le 29 juillet 2006 | Commentaires (2) Commentaires | Permalink

Libnamare_noire_2Décidément le pétrole pourrait être une malédiction à défaut d'être une bénédiction, et ce, malgré – ou à cause ? – des enjeux financiers, économiques et écologiques qui lui sont associés.

Ainsi, suite au bombardement par l'aviation israélienne des réservoirs de pétrole de la centrale électrique de Jiyé, au Liban sud, le ministre libanais de l'Environnement a affirmé samedi que le pays se trouvait face à "la plus grande catastrophe écologique en Méditerranée".

A l'heure actuelle, 10'000 à 15'000 tonnes de brut se sont déversées dans la mer et c'est incontestablement "la plus grande catastrophe écologique qu'a connue la Méditerranée», a assuré le ministre, Yacoub Sarraf. «Jusqu'à présent, les grands accidents écologiques ont eu lieu dans les océans et c'est la première fois qu'une marée noire se produit dans une mer fermée. Il ne faut pas se faire d'illusions, elle risque d'avoir des conséquences terribles non seulement pour le Liban mais pour tous les pays de la Méditerranée orientale», a déclaré le ministre.

Les réservoirs de la centrale électrique de Jiyé, à quelque 25 km au sud de Beyrouth, ont été bombardés le 14 juillet. A l'heure actuelle, la fuite a cessé dans un réservoir mais un autre est toujours en feu et risque d'exploser. Les réservoirs se trouvent à 25 mètres seulement de la mer.

Selon lui, le nettoyage des côtes libanaises - qui ne peut commencer qu'après l'arrêt des bombardements - devrait coûter entre 45 et 50 millions de dollars et pourrait être terminé d'ici l'été prochain.

La marée noire touche aujourd'hui le tiers de la côte libanaise, soit 70 km sur 220. Les galettes de pétrole ont atteint la rive entre Jiyé et Beyrouth au sud, et entre Tabarja et Chekka au nord.
«Si rien n'est fait, non seulement un autre tiers sera touché car les courants vont vers le nord, mais également Chypre, la Syrie, la Turquie et la Grèce et même Israël», a certifié le ministre. «La faune et l'écosystème de la Méditerranée risquent de pâtir durement et certaines espèces sont menacées de disparition», s'est alarmé Yacoub Sarraf.

Le ministre a indiqué qu'en raison du blocus maritime israélien, il était impossible d'envoyer des équipes en mer pour lutter contre ce fléau. «J'ai lancé un appel à la Grande-Bretagne, l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis, tous les pays qui ont subi déjà une marée noire, pour leur demander une assistance technique car nous ne pouvons pas agir tout seul», a-t-il confié.

Le Koweït a envoyé 40 tonnes de matériel permettant de coaguler le pétrole et des tapis qui absorbent les produits pétroliers. L'Union Européenne a annoncé vendredi qu'elle allait envoyer du matériel spécialisé et des experts.

Outre la marée noire, a souligné M. Saraf, l'incendie des réservoirs de Jiyé a entraîné une pollution atmosphérique qui a atteint depuis vendredi Beyrouth. "Aujourd'hui, le nuage toxique s'étend sur 30 km", a-t-il assuré.

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Commentaires

Rédigé par: Un algérien | 29 juil. 06 13:36:49

Voilà un parfait exemple quand on surprotège jusqu'à l'intolérable un pays, qu'on lui laisse les mains totalement libres pour piétiner tout le monde et agir comme sa folie lui dicte.

Vraiment le monde entier est entrain d'observer ce que est devenue Israel comme machine de distruction aveugle grace à la protection et la bienveillance des Etats-Unis.

Cette guerre est un tournant et quelque soit son issue, Israel a perdu sur tellement de chapitres.

A bat les masques !!

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Rédigé par: george | 29 juil. 06 14:55:04


« Mon village ressemble à Hiroshima »

Israël bombarde sans relâche le Sud Liban. L’ONU et la Croix-Rouge ne sont pas épargnées. Israël, voulant une bande de terrain sans habitant le long de la frontière, détruit les villages qui s’y trouvent. Les cadavres s’accumulent.

Tyr (Sud Liban),

envoyé spécial.

En tuant mardi soir quatre soldats de l’ONU et en poursuivant ses bombardements sur le Sud Liban, Israël a salué à sa manière l’ouverture de la conférence de Rome. Tyr et les villages environnant n’ont pas été épargnés. Hier, en fin d’après-midi, des missiles ont touché un immeuble du centre-ville qui s’est totalement effondré sous l’impact, faisant des blessés et certainement des morts. Des flammes se dégageaient, les gens sortaient des immeubles voisins recouverts de poussière. Partout les femmes pleuraient, les enfants criaient.

Mais l’armée israélienne rencontre plus de problèmes que prévus et ne parvient pas à avancer aussi rapidement qu’elle le souhaitait. La prise du village de Maroun el-Ras, à la frontière, n’a pas représenté le tournant prévu. Autour de Bent Jbeil, les combats se poursuivent avec intensité mais les Israéliens sont toujours à l’extérieur alors que le nombre de soldats tués augmente. Israël ne respecte aucune des conventions internationales. Deux ambulances de la Croix-Rouge ont été la cible de l’aviation. Elles ont été ramenées à Tyr, avec deux ambulanciers qui ont pu s’échapper par miracle après la première frappe, avant que les F16 reviennent finir le travail en lançant un deuxième missile. À la sortie de Tyr, c’est un jeune Libanais qui a été vitrifié alors qu’il circulait en scooter. Son corps a littéralement fondu sur le deux-roues. Les routes qui mènent aux villages les plus au sud sont régulièrement bombardées, s’y aventurer est un coup de poker. Abel Abdul Al Husseini, maire de Tyr, exprime sa colère : « On ne peut même pas y accéder pour prendre les corps. Maintenant, les chiens mangent les cadavres. Dès qu’on essaie d’y aller, on est bombardé. Si même la Croix-Rouge ne peut y aller, qui le peut ? »

Depuis quinze jours les villages frontaliers, la plupart chrétiens, sont soumis à un déluge de feu. Ali, dix-huit ans, était à Yaroun avec sa famille, il n’a pratiquement pas vu le jour depuis le début de l’offensive. « Les tirs d’artillerie commençaient à 8 heures le matin et ne finissaient qu’à minuit, raconte-t-il. On ne pouvait même pas rester dans les maisons, il fallait se réfugier dans les caves. » Possédant la double nationalité libanaise et américaine, lui et sa famille n’ont pu quitter leur village que lorsqu’un convoi a été organisé par l’ambassade américaine, ce qui a, bien sûr, minimisé les risques de déplacement. « Pour autant, il n’y avait aucune force de sécurité pour nous protéger. Dès qu’on avait passé un hameau, celui-ci était bombardé par les Israéliens, comme s’ils voulaient nous lancer un message, qu’à tout moment ils pouvaient nous bousiller. D’ailleurs, sur la route on a vu de nombreuses voitures avec des cadavres à l’intérieur. » Hussein a lui aussi pu quitter Yaroun. « C’est un véritable désastre. Il y a encore au moins une dizaine de corps sous les décombres. Notre village ressemble à Hiroshima après la bombe nucléaire » Il secoue la tête, comme s’il voulait faire disparaître ces visions d’horreur. « C’est de la barbarie. On a changé de maison quatre fois pour ne pas être tué. Finalement, on a trouvé refuge dans les sous-sols de l’église. » Hana Tawbe est lui aussi encore sous le choc. Il parle, par bribes, des avions, des explosions, de la fumée, des tirs de roquettes « qui partaient des deux côtés ». En prenant la main de sa femme, il dit : « J’ai encore peur. Quand je serai dans le bateau, je saurai que j’ai survécu. » Comme tous les binationaux - il est aussi australien - Hana est évacué de la zone par voie maritime. Mais ceux qui n’ont qu’un passeport libanais doivent se débrouiller, seuls. Personne ne les accueille vraiment et les infrastructures de Tyr sont insuffisantes.

Hassan Smaïl est de ceux-là. Les villageois, près de la frontière, ont pensé que les villages chrétiens seraient épargnés. Ils s’y sont rendus. C’est ainsi qu’à Rmaich, 8 000 habitants normalement, ils se sont retrouvés des dizaines de milliers. Il n’y a plus d’eau, plus d’électricité. Les enfants commencent à avoir la gale. Tout le monde veut partir, coûte que coûte. Hassan n’en peut plus. Il est épuisé. Ces enfants pleurent : ils ont chaud, ils ont soif, ils ont peur. Leur mère ne sait plus comment les calmer et retient ses larmes, par dignité. De sa maison, Hassan a vu les Israéliens ériger des barrières de protections et les miradors du haut desquels les instructions sont données à l’artillerie. Il a laissé son village de Zalutiyeh, qui se trouve très exactement sur la frontière, parce que, dit-il, « les Israéliens ont lancé des tracts nous intimant l’ordre de partir sinon nous serions encore plus bombardés ». Ce qu’Israël a fait, forçant Hassan, sa femme et ses enfants à prendre la route, hier matin, en passant par Nakoura. « Pourtant, dans mon village, il n’y a même pas de Hezbollah. Les combattants n’y sont même pas passés. Mais Israël veut une bande sans habitant, le long de la frontière. Moi, je ne veux pas d’une force internationale qui ne va servir qu’à protéger Israël et nous imposer sa volonté. » Partir a été une expédition à haut risque, dans une voiture brinquebalante dont le moteur a failli lâcher à plusieurs reprises, les forçant à s’arrêter et les exposants encore plus aux vautours métalliques israéliens. « Nous ne sommes pas de la résistance mais nous ne sommes pas contre, précise Hassan. Lorsqu’un pays est occupé, on a le droit de résister. Et si un groupe résiste au nom de tous, on lui dit merci. »

Pierre Barbancey

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