Le Nigeria a accepté lundi de retirer ses troupes dans un délai de 60 jours de la péninsule pétrolière de Bakassi - au coeur de tensions avec le Cameroun - a annoncé le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan. Sur invitation de ce dernier, le chef de l'Etat du Cameroun, Paul Biya effectue depuis jeudi dernier une visite aux Etats-Unis.
Accompagné d'une forte délégation comprenant entre autres le ministre de la Justice, le ministre des Relations Extérieures, l'ambassadeur du Cameroun aux Etats-unis, le représentant permanent du Cameroun auprès de l'ONU, le président Biya a quitté la capitale Yaoundé jeudi matin.
Bakassi, zone jugée par tous les observateurs riche en pétrole, a été attribuée officiellement au Cameroun dépuis 2002 par l'arrêt du tribunal international de La Haye. Depuis lors, le Nigeria et le Cameroun n'arrivent pas à s'entendre sur le tracé de la frontière tel que spécifié par l'arrêt.
I – Retrait des troupes du Nigéria
"Les troupes du Nigeria vont se retirer dans un délai de 60 jours" de la péninsule pétrolière de Bakassi, objet d'un litige frontalier avec le Cameroun, a ajouté M. Annan, à l'issue d'une réunion avec les présidents du Cameroun, Paul Biya, et du Nigeria Olusegun Obasanjo.
Un délai supplémentaire de 30 jours pourrait être accordé au Nigeria si des problèmes survenaient au cours du retrait, mais cette décision relèverait des Nations unies, a ajouté M. Annan. La population de la péninsule pourrait rester ou être relogée au Nigeria, a-t-il poursuivi.
Le secrétaire général de l'Onu a eu durant le week-end d'intenses consultations avec les deux présidents.
II – Raisons du différend
La visite de M. Biya aux Etats-Unis a pour objet principal une rencontre tripartite Cameroun-ONU-Nigeria portant sur la mise en oeuvre de l'arrêt international de la justice rendu le 10 octobre 2002 en faveur du Cameroun , concernant le différend sur la délimitation de la frontière Cameroun-Nigeria dans la zone de Bakassi. Depuis lors, le Nigeria a usé de divers arguments pour ne pas se retirer de la région, après avoir quitté bon gré mal gré certains territoires le long de la frontière septentrionale entre les deux pays, tandis que le Cameroun restituait lui aussi des villages à l'autorité d'Abuja.
Avec le soutien de l'ONU, Nigérians et Camerounais ont néanmoins préparé le retrait des forces armées nigérianes de la presqu'île camerounaise. Les réunions de l’équipe technique mixte de la sous-commission de démarcation, de la Commission mixte Nigeria-Cameroun chargée de la mise en oeuvre de l’arrêt de la Cour de La Haye, se sont ainsi tenues à Yaoundé du 19 au 20 avril. Ces rencontres étaient principalement consacrées à l'examen du rapport sur les coûts de la démarcation, ainsi que le rapport conjoint de la première phase de l’évaluation sur le terrain pour identifier l’emplacement des bornes-frontière sur une distance de 400km.
Cette sous-commission devait également se pencher sur la planification de la phase suivante des travaux d’évaluation sur le terrain. La dernière réunion de la sous-commission de démarcation, qui se tenait le 20 avril, devait, à la suite, adopter le rapport de travail de l’équipe technique et faire le compte des contributions récentes au Fonds d’affectation spéciale qu’alimentent l’Union européenne et le Canada, en vue de faciliter ces opérations qui concourent à la restitution de Bakassi au Cameroun.
Cette reprise, après le coup d'arrêt observé depuis mars 2005, et qui n'avait été interrompu en juin dernier que par une attaque nigériane à l'origine de la mort d'un soldat camerounais, n'a pas fait permis d'aboutir à des avancées concrètes. La Commission avait pris la résolution depuis le 14 octobre 2005 de soumettre conformément à son calendrier, un nouveau programme de démarcation aux chefs d’Etat camerounais et nigérian.
III – Enjeux pétroliers liés à la région de Bakassi
Les observateurs camerounais étaient nombreux en 2002 à se réjouir à la lecture du verdict de la Cour internationale de Justice sur le conflit de Bakassi. Mais si la CIJ avait certes reconnu la primauté du Cameroun sur la presqu’île, les initiés savaient que le verdict était inapplicable sur le terrain. En effet, celui-ci ne fixait aucun délai pour le retrait des troupes nigérianes, pas plus qu’il ne prévoyait des voies de recours en cas de non respect du verdict par la partie nigériane.
Or les avocats et les experts camerounais s’attendaient à beaucoup plus qu'une réparation, sous le contrôle du Conseil de sécurité de l’Onu du préjudice subi par le Cameroun du fait de l'occupation d'une partie du territoire camerounais par le Nigeria. Les ressources pétrolières et halieutiques de la presqu’île sont exploitées depuis par des multinationales, pour le compte du Nigéria, devenu par ailleurs le premier producteur d’Afrique noire et un des ténors de l’Opep alors que le Cameroun menace dangereusement d’être rayé de la carte des pays producteurs de pétrole.
Même si des accords de coopération militaire ont été signés entre le Cameroun et la France, et que des troupes françaises aient dû être dépêchées à Bakassi en 1993, il n’était pas certain que la France aille plus loin dans son soutien. En effet, le Cameroun pèse cent fois moins que le Nigeria pour les intérêts économiques de la France. Avec cent millions d’habitants, la première puissance pétrolière d’Afrique noire ne manque pas d’arguments.
Le Cameroun n’a que l’avantage d’une position stratégique dans le pré-carré francophone d’Afrique centrale. Le Nigeria représente à lui seul quatre fois la population de l’Afrique centrale francophone. Depuis des années, après la fermeture de la chaîne de montage Peugeot au Nigeria, les majors françaises du pétrole sont à leur tour très présentes via Total, la compagnie constituant même une des majeures compagnies pétrolières opérant au Nigeria. Le pétrole exploité sur Bakassi enrichit ainsi au premier chef les compagnies françaises.
La France se retrouve ainsi dans une situation cornélienne. Entre le Cameroun et le Nigeria, le choix sera douloureux. L'handicap du Cameroun est de ne pouvoir compter que sur la France, assez peu dynamique sur le sujet. Dans la bataille de Bakassi, le Nigeria s’est quant à lui déjà gagné un allié inattendu, la Guinée Equatoriale, qui tire le plus gros de son pétrole d’un puits foré dans la zone de no man‘s land convenue en 1974 entre les présidents Ahidjo et Gowon.
A défaut de vigilance, Bakassi aurait pu demeurer de longues années sous la coupe du Nigeria avant qu'il ne consente à en partir, les réserves pétrolières une fois épuisées.
A lire également :
. Total se renforce au Nigeria
. Le Nigéria invite le Soudan à rejoindre l'OPEP

4 Commentaires
1
YAOUNDE - 13 JUIN 2006
Jean Baptiste Ketchateng, Mutations
C'est la principale résolution de la rencontre Obasanjo-Biya d'hier à New-York.
Selon la radio nationale, l'accord passé à New-York entre les chefs d'Etat nigerian, Olusegun Obasanjo et camerounais, Paul Biya, comporte en son article 2, un engagement d'Abuja à quitter la presqu'île camerounaise de Bakassi dans les soixante jours qui suivent ce contrat diplomatique paraphé hier. La rencontre Obasanjo-Biya sur le sol américain, parrainée par Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, était la cinquième du genre. Elle a permis de préciser les modalités du nouvel engagement nigérian à se retirer de Bakassi.
Ainsi, a-t-on appris que quelles que soient les circonstances, la prorogation de la date butoir de départ des troupes nigérianes, qui doit être prise par le secrétaire général de l'Onu à la demande des autorités d'Abuja, ne peut excéder trente jours. Cet accord, dans le pire des cas, fixe la fin de la crise à la fin du mois de septembre prochain. Ce qui mettrait un terme à une crise qui a éclaté au milieu des années 1990 par l'occupation par l'armée nigéraine de Bakassi et qui a connu un épisode judiciaire entre 1994 et 2002.
13 juin 2006 Ã 10:202
Le président nigérian Olusegun Obasanjo a confirmé jeudi le retrait dans un délai de 60 jours des troupes nigérianes stationnées dans la péninsule pétrolière de Bakassi, dans le golfe de Guinée, trois jours après un accord signé avec le Cameroun sous les auspices des Nations unies.
"Les troupes du Nigeria se retireront dans les 60 prochains jours après avoir combattu vaillamment pour protéger les vies et les biens des Nigérians de la péninsule... pendant les 13 dernières années", a déclaré M. Obasanjo dans une émission radio-télévisée diffusée nationalement, confirmant l’accord annoncé lundi par le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, à l’issue d’un sommet à Manhasset, près de New York.
16 juin 2006 à 10:13"Si pour quelques circonstances extraordinaires, le besoin d’un délai supplémentaire se faisait sentir pour le retrait des troupes nigérianes, le secrétaire général de l’Onu pourrait décider d’accorder 30 jours supplémentaires au total", a poursuivi le président nigérian.
3
Bakassi: accord sur le tracé de la frontière maritime Nigeria/Cameroun
ABUJA - La Commission Mixte Cameroun-Nigeria est parvenue vendredi à un accord à Abuja sur la frontière maritime entre les deux pays au niveau de la péninsule de Bakassi, a-t-on appris de source onusienne samedi.
Les deux parties ont suivi les conclusions des juristes et des cartographes et retenu le tracé de la carte de l'Amirauté britannique, édition 1994.
Le tracé de cette frontière maritime est d'autant plus important que des champs pétroliers sont à cheval sur la ligne retenue, séparant les eaux nigérianes et camerounaises.
"Désormais, il s'agit d'accélérer la démarcation physique du restant de la frontière terrestre et d'aborder la coopération bilatérale concernant les champs pétroliers à cheval sur la frontière maritime", précise le communiqué officiel de l'ONU publié à l'issue de la réunion de la commission mixte.
La décision adoptée est conforme à l'arrêt pris le 10 octobre 2002 par la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye, plus haute instance judiciaire de l'ONU.
Dans cet arrêt, la CIJ avait attribué la péninsule de Bakassi au Cameroun.
Potentiellement riche en pétrole, cette péninsule d'environ 1.000 km2 que le Nigeria a officiellement remise à son voisin le 14 août 2006, a longtemps fait l'objet d'un conflit frontalier hérité de l'ère coloniale.
(AFP / 12 mai 2007 13h30)
13 mai 2007 Ã 21:374
Cameroun/attaques à Bakassi: le bilan officiel est de 2 tués et 13 otages
YAOUNDE - Le porte-parole du gouvernement camerounais a affirmé mercredi en soirée, après trois jours de silence, que le bilan officiel des attaques de dimanche et lundi dans la péninsule de Bakassi (sud-ouest) s'élevait à deux gendarmes tués et 13 personnes prises en otage.
Une source proche des services de sécurité a affirmé mercredi à l'AFP que les négociations pour la libération des otages avaient commencé avec l'Africa Marine Commando (AMC), le groupe rebelle le plus actif dans la zone.
Jusque là, des bilans officieux provenant du préfet avait fait état de deux morts et 11 otages.
La première attaque s'est produite le 6 février "aux environs de 15H30 locales (14H30GMT)" lorsque le sous-préfet d'Akwa, une ville de Bakassi, et 12 personnes qui l'accompagnaient "ont été interceptés et pris en otages par un groupe de pirates non encore identifiés", a déclaré à la presse M. Tchiroma, également ministre de la Communication.
La seconde attaque a eu lieu "dans la nuit du 6 au 7 février vers 2H (1HGMT): une bande armée (venue) à bord de deux embarcations a attaqué la brigade de gendarmerie maritime de Mbonjo dans la péninsule de Bakassi", a-t-il déclaré. "Le bilan de cette attaque fait état d'un blessé et de deux morts, dont le commandant de brigade et un gendarme", a-t-il poursuivi.
M. Tchiroma a estimé que le sous-préfet, qui a été enlevé alors qu'il tentait de rallier Kombo Abedimo (une autre localité de Bakassi) pour Akwa, leur ville de résidence, n'a pas suivi les consignes de sécurité prescrites par "les responsables du BIR (Bataillon d'intervention rapide)", unité d'élite l'armée déployée à Bakassi.
Ces responsables "ont sans succès tenté de le (sous-préfet) dissuader de prendre la mer avec sa suite, sans escorte de sécurité appropriée", a-t-il affirmé.
A la suite de ces deux attaques, le président camerounais Paul Biya, qui rentré de Suisse en urgence, a prescrit la création "d'une cellule de crise", ainsi que "la mise en oeuvre de tous les moyens légaux" pour la libération des otages "dans les meilleurs délais", selon M. Tchiroma.
Selon le quotidien privé Le Jour, l'AMC exige "le versement d'une prime mensuelle de 6 millions de Nairas (monnaie nigériane) par chacune des cinq compagnies pétrolières opérant dans la région de Bakassi, soit un total de 30 millions de Nairas, environ 100 millions de Francs Cfa (150.000 euros) par mois".
Depuis trois ans, les attaques en mer et enlèvements, souvent attribués par les autorités camerounaises à des "pirates" et concernant des cibles variées, se sont multipliés au large de la péninsule de Bakassi, région marécageuse de 1.000 km2, difficile d'accès, potentiellement riche en pétrole et gaz.
(©AFP / 09 février 2011 22h48)
09 février 2011 Ã 23:08Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.