L'accalmie aura été de courte durée. Si le pétrole avait pu baissé de plus de un dollar mercredi, compte tenu de chiffres de stocks US jugés satisfaisants et un espoir d'une résolution pacifique sur le dossier iranien, il n'en est plus rien aujourd'hui.
En effet, les prix du pétrole ont rebondi vendredi sur un marché à nouveau très inquiet de l'instabilité géopolitique que connaissent actuellement trois pays producteurs majeurs d'or noir : l'Irak, l'Iran et le Nigeria.
Jacques Chirac a souhaité vendredi pour sa part "une sortie de crise honorable pour chacun" sur le dossier iranien, à l'occasion du sommet franco-britannique.
I – L'instabilité politique fait rebondir le pétrole
Les prix du pétrole ont rebondi vendredi suite aux inquiétudes du marché liées à l'instabilité géopolitique sévissant actuellement dans trois pays producteurs majeurs d'or noir: l'Irak, l'Iran et le Nigeria. A New York, le baril de "light sweet crude" pour livraison en juillet a pris 1,28 dollar à 71,63 dollars. A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord a pris 1,43 dollar à 70,48 dollars.
L'annonce jeudi de la mort du chef d'Al-Qaïda en Irak, Abou Moussab al-Zarqaoui, avait laissé espéré une accalmie de la situation géopolitique dans ce pays et d'une éventuelle reprise de la production pétrolière, ce qui avait eu pour effet dans un premier temps d'amener les cours à la baisse. La tendance s'est cependant inversée vendredi. En effet, les analystes estiment maintenant que le décès de Zarqaoui ne signifiera pas la fin des menaces sur les exportations de pétrole irakiennes. Actuellement, l'Irak pompe difficilement 2 millions de barils par jour, contre une production de plus de 2,5 millions avant son invasion en mars 2003.
Par ailleurs, les ministres des Finances du G8 estiment que la croissance mondiale reste "forte" mais que les prix élevés du pétrole constituent un "risque" pour l'avenir, selon les termes d'un projet de communiqué examiné lors de leur réunion de Saint-Pétersbourg, dont nous reparlerons au plus tôt. La flambée des cours de l'énergie pourrait même pour certains entraîner une récession économique mondiale.
II – Inquiétudes liées au Nigéria
De plus, le Nigéria perturbe à nouveau grandement les marchés, et ce d'autant plus qu'un haut responsable du gouvernement a indiqué vendredi que la production de brut était réduite de plus de 800.000 barils par jour en raison des violences dans le Delta du Niger, alors que jusqu'à présent, le Nigeria affirmait que sa production était amputée « uniquement » de 500.000 barils par jour.
Par ailleurs, même si les militants séparatistes ont libéré vendredi les 5 prisonniers qu'ils détenaient en otage, il n'en demeure pas moins que les menaces proférées à l'encontre des compagnies pétrolières et de leurs salariés et sous-traitants se font de plus en plus menaçantes, laissant présager de nouvelles actions violentes, pouvant ainsi encore perturber la production.
III – Une solution diplomatique compromise en Iran
Le marché semble désormais également très sceptique quant aux chances de résolution diplomatique du dossier nucléaire iranien, l'Iran ayant confirmé vendredi avoir accéléré ses travaux d'enrichissement de l'uranium, contre l'avis de la communauté internationale.
Les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne ont présenté mardi à Téhéran des mesures incitatives et coercitives, dont le détail n'a pas été divulgué, et qui vise à ce que le régime iranien suspende l'enrichissement d'uranium. L'Iran a une nouvelle fois rejeté la demande et aurait même, selon l'AIEA, relancé pleinement cette activité cette semaine, éloignant dans l'immédiat toute perspective de décrispation voire de résolution.
Le président américain George W. Bush a affirmé vendredi que l'Iran avait "des semaines et non des mois" pour accepter l'offre des grandes puissances dans la crise nucléaire et que le Conseil de sécurité agirait si Téhéran ne le faisait pas. Cependant, si l'Iran ne décide pas suspendre de manière vérifiable son programme d'enrichissement d'uranium, le Conseil de sécurité de l'Onu agira, a prévenu Washington, tout en réaffirmant sa volonté de résoudre la crise par des moyens diplomatiques.
Les opérateurs du marché pétrolier craignent qu'en cas de sanctions contre l'Iran, Téhéran ne riposte en réduisant ses exportations de brut, estimées à 2,7 millions de barils par jour, ou en bloquant le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le trafic pétrolier à partir du Golfe.
La France et la Grande-Bretagne sont "associées dans un processus que nous avons engagé ensemble, qui a été récemment élargi aux Américains, aux Russes et aux Chinois et qui, je l'espère, nous permettra de trouver une sortie de crise honorable pour chacun", a déclaré pour sa part J. Chirac lors d'une conférence de presse.
A lire également :
. Stocks américains et Iran font chuter le pétrole malgré le Nigéria
. Le pétrole enflamme le Nigéria
. Le Nigéria invite le Soudan à rejoindre l'OPEP
. IRAK : guerre civile pétrolière menée par l'Iran?

1 Commentaire
1
Le Koweït renforce sa sécurité sur la frontière nord après la mort d'Al-Zarqaoui - 2006-06-12 08:15:11
KOWEIT, 11 juin (XINHUA) -- Les autorités koweïtiennes ont renforcé les mesures de sécurité le long de la frontière nord adjacente avec l'Irak en prévision de l'entrée en Irak des partisans d'Al-Qaïda à la suite de la mort du terroriste Abou Moussab al-Zarqaoui, a rapporté dimanche le journal local Kowait Times.
Selon le journal, les mesures de sécurité ont été prises, alors que les partisans d'Al-Zarqaoui pourraient entrer en Irak via le nord du Koweït pour venger la mort de Zarqaoui.
Al-Zarqaoui, le plus recherché en Irak, a été abattu lors d'un raid aérien américain mercredi soir dans le nord de Bagdad.
Il était considéré comme étant le chef du groupe d'Al-Qaïda en Irak, lequel a revendiqué certaines attaques des plus sanglantes dans le pays plongé dans les violences.
12 juin 2006 à 13:50Ajoutez un commentaire
Merci de consulter notre charte de modération avant de poster votre commentaire.