Le ministère russe des Ressources naturelles a annoncé qu'il entendait réviser les accords sur le partage de la production des gisements de Sakhaline, prétextant de leur caractère inopérant. La Russie envisage de porter à 51% la part des sociétés russes dans les consortiums.
De plus, selon la Russie, la société Total qui contrôle 50 % du gisement de Khariaga exploiterait le gisement de manière inconsidérée en enfreignant la législation. La presse russe avait rapporté en avril les critiques du gouvernement qui mettait en garde contre une possible remise en cause des droits du groupe sur ce projet.
Les nouvelles menaces du ministère ont été rendues publiques parallèlement au sommet Russie-UE. Par ailleurs, et nous en reparlerons, le Président Russe a proposé à la mi-mai de créer une bourse du pétrole et du gaz avec des cotations en roubles. Le gouvernement russe a revu lundi à la hausse sa prévision des prix du pétrole pour les années à venir.
I – La Russie remet en cause les accords sur les projets de Sakhaline
La Russie se montre en total désaccord sur les projets sur Sakhaline I et II et entend réviser les accords sur le partage de la production des gisements. Concernant le projet Sakhaline-2 détenu par Shell à hauteur de 55%, Mitsui pour 25% et Mitsubishi pour 20%, l'opération constitue le plus grand projet d'investissements directs réalisé en Russie, les opérateurs annonçant un chiffre de 20 milliards de dollars.
Le projet Sakhaline-1 prévoit l'exploitation de 3 gisements situés sur le plateau continental au nord-est de Sakhaline. Le projet avait été annoncé rentable en octobre 2001. Les réserves exploitables sont estimées à 307 millions de tonnes de pétrole et à 485 milliards de m3 de gaz. Exxon Neftegaz, une société affiliée à ExxonMobil, est l'opérateur du projet Sakhaline-1 dont le consortium comprend notamment la compagnie japonaise Sakhalin Oil&Gas, et la compagnie indienne ONGC Videsh . ExxonMobil qui détient 30% Sakhaline-1 a déclaré 12 milliards de dollars d'investissements, la Russie est représentée par Rosneft (20%).
Selon certains analystes, les investisseurs étrangers sont confrontés à des changements dans les règles du jeu. En effet, les projets sur Sakhaline ont démarré dans les années 1990, à une époque où l'Etat ne disposait pas de ressources propres, mais depuis la situation a changé et les fonds des investisseurs sembleraient moins indispensables qu'auparavant.
D'autres estiment par ailleurs qu'une augmentation de la participation de l'Etat dans le secteur pétrolier ne serait pas efficace et parlent de risque d'"enterrement" de la branche, comme cela s'était produit dans les années 1990. Cependant, la Russie est un pays influent et laisser une part importante de l'extraction de brut aux mains de compagnies étrangères pourrait se révéler dangereux pour elle, ne serait-ce que du point de vue de la sécurité.
Pour les experts russes, il s'avère fort probable que d'une façon ou d'une autre le contrôle des gisements passe à la Russie. Dans le meilleur des cas l'augmentation de la participation pourrait se faire au moyen d'un rachat, certains analystes penchant pour un règlement via échange d'actifs.
II - La Russie hausse le ton face à Total
Le ministère russe des Ressources naturelles a haussé le ton récemment contre le groupe Total, remettant en cause sa gestion d'un projet dans le Grand Nord un mois après de premières critiques. "Le ministère russe des Ressources naturelles est inquiet de l'absence de plan d'action efficace de la compagnie Total pour remédier aux violations constatées dans l'exploitation du gisement de Khariaga", met en garde le ministère dans un communiqué. Il dénonce "les écarts significatifs" entre le projet présenté par le groupe français et ses réalisations, appelant l'exploitant à respecter ses engagements notamment en terme de volume d'extraction.
La presse russe avait rapporté en avril les critiques émises par le ministre des Ressources naturelles qui mettait en garde contre une possible remise en cause des droits du groupe sur ce projet. Le groupe français et les autorités russes se sont déjà affrontés pendant plusieurs années devant la justice à propos de Khariaga, le désaccord portant notamment sur l'estimation des investissements français, que Moscou jugeait surévaluée. Mais les deux parties étaient finalement parvenues à un compromis et Total avait abandonné sa procédure engagée contre la Russie devant le tribunal d'arbitrage de Stockholm.
Le gouvernement russe estimait en avril que Total n'avait pas assuré le niveau de production prévu par son accord de partage de production dans les délais et s'inquiétait du fait que la Russie recevrait avec du retard la part des bénéfices lui revenant. Total contrôle 50% de Khariaga, le norvégien Hydro 40% et la compagnie pétrolière de la région des Nenets 10%.
III – La Berd diffère sa décision sur le projet Sakhaline-2
La Berd a différé jusqu'à l'été sa décision d'engager 300 ou 400 millions d'euros sur le projet Sakhaline-2, premier site à produire du gaz naturel liquéfié (GNL) en Russie, qui devrait commencer à en livrer à l'été 2008. Elle a organisé une consultation en Russie et au Japon, et en étudie actuellement les résultats. La Banque a participé au financement de la première phase du projet, mais la deuxième prévoit la construction de 2 plate-formes de forage offshore et de pipelines en partie sous-marins reliant le nord et le sud de l'île, dont l'impact sur les saumons et les baleines grises inquiète les défenseurs de l'environnement.
Le WWF, l'organisation mondiale de protection de la nature, a appelé récemment la Berd à ne pas apporter son soutien au projet Sakhaline-2 développé par Royal Dutch Shell dans l'Extrême-orient russe, accusant la compagnie pétrolière d'enfreindre les critères environnementaux internationaux.
Le rapport montrerait "différentes atteintes" à l'environnement lors de la traversée des rivières par le pipeline, "et jusqu'à dix infractions sur une seule traversée de rivière". Le WWF indique que la version de ce rapport publiée sur le site internet du projet est différente "et présente les travaux sous un meilleur jour". "La Berd doit se demander si elle peut croire son client potentiel", ajoute le WWF, qui rappelle que la banque "a dit clairement que les traversées de rivières étaient le point essentiel pour l'obtention du financement".
IV – Cours du pétrole : la Russie revoit ses prévisions à la hausse
Le gouvernement russe a revu à la hausse sa prévision des prix du pétrole pour les années à venir, a annoncé lundi un responsable du ministère russe du Développement économique et du Commerce.
Le directeur du département des prévisions macro-économiques a en effet précisé que la Russie avait décidé de relever la prévision du cours du pétrole à 62 dollars le baril en 2006, à 58 dollars en 2007, à 53 dollars en 2008 et à 48 dollars en 2009. Selon les prévisions antérieures, le prix annuel moyen du pétrole devait s'élever à 60 dollars le baril en 2006, à 49 dollars le baril en 2007, à 50 dollars le baril en 2008 et à 46 dollars le baril en 2009. M. Klepatch a toutefois reconnu que les risques de baisse brusque des prix pétroliers demeuraient élevés.
Par ailleurs, et nous en reparlerons, le président russe, Vladimir Poutine, a proposé dans son message annuel à l'Assemblée fédérale à la mi-mai de créer une bourse du pétrole et du gaz avec des cotations en roubles. Le rouble doit être un instrument plus répandu dans les règlements internationaux, il doit élargir sans cesse sa sphère d'influence, a précisé le chef de l'Etat.
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