Le risque de hausse de l'inflation américaine fait monter le cours du pétrole

Infaltion20040901inflationLes prix du pétrole ont fini en hausse jeudi à New York, après avoir “swingué” tout au long de la séance, les marchés prenant en compte les risques d'inflation accrue tout en s'inquiétant des tensions géopolitiques mondiales.

La hausse plus importante que prévue des prix à la consommation en avril aux Etats-Unis, annoncée mercredi, a conduit le marché à envisager de nouvelles hausses des taux d'intérêt en vue de contenir l'inflation. De telles mesures pourraient freiner l'économie, induisant de ce fait une baisse de la demande de produits pétroliers.

Mais le ralentissement de l'activité économique ne devrait pas en tout état de cause faire oublier les nombreuses menaces géopolitiques qui pèsent sur la production de pétrole, ces dernières étant encore très récemment d'une importance primordiale pour les courtiers.

I – Le prix du pétrole en hausse après un net recul

Sur le New York Mercantile Exchange, le prix du baril de "light sweet crude" pour livraison en juin a progressé de 76 cents à 69,45 dollars. Il était tombé jusqu'à 67,85 dollars en début de séance, son cours le plus bas depuis le 10 avril. A Londres, le baril de Brent de la mer du Nord a pris 63 cents à 69,67 USD sur l'échéance de juillet. Plus tôt dans la journée, il était descendu à 68,32 dollars, le positionnant également à son cours le plus bas depuis le 10 avril.

Lors des 4 dernières séances à à New York, les cours du brut avaient perdu près de 5 dollars. Les marchés s'inquiètent en particulier de voir la hausse des prix de l'énergie peser sur la croissance économique et donc sur la demande de pétrole. La hausse plus importante que prévu en avril des prix américains à la consommation laisse présager de nouvelles hausses des taux d'intérêt en vue de contenir l'inflation. De telles mesures pourraient freiner la demande de produits pétrolièrs, la croissance pouvant être ralentie de ce fait.

Compte-tenu du manque de capacités excédentaires de production, de l'approche de la saison des ouragans aux Etats-Unis et de la probabilité accrue d'octrois de sanctions à l'Iran, les prix du pétrole devraient s'échanger à un prix plus élevé à court terme, selon certains analystes. Le risque d'une grève des cadres de la compagnie ExxonMobil au Nigeria accroît également les tensions sur le cours.

II – Les tensions géopolitiques en Iran toujours présentes

Le marché demeure toujours très inquiet des suites de la crise nucléaire iranienne, après le rejet mercredi par Téhéran de l'offre des Européens d'aider l'Iran à développer son nucléaire civil en échange d'une suspension de son enrichissement d'uranium. Jeudi, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, semblait avoir rompu l'espoir d'un possible compromis en déclarant que les pays qui s'opposent au progrès de l'Iran dans le domaine nucléaire souffraient de "maladie mentale".

La réunion des six grands sur le nucléaire iranien initialement prévue ce vendredi à Londres aura lieu mercredi 24 mai. Le Foreign Office a en effet annoncé mercredi le report de cette rencontre, affirmant que les Six avaient besoin de quelques jours de plus pour finaliser de nouvelles propositions à l'Iran.

Selon le porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères, cette réunion de l'UE-3 (France, Allemagne, Royaume-Uni) des Etats-Unis, de la Chine et la Russie se tiendra au niveau des directeurs politiques "pour discuter de la prochaine étape sur l'Iran". Selon lui, les discussions seraint considérées comme confidentielles.

Les mesures proposées qui se veulent incitatives - , "maniant la carotte et le bâton" selon un diplomate européen - , n'ont cependant peu de chance d'aboutir, Téhéran les ayant rejetées mercredi sans même connaître leur contenu. Par ailleurs, les dirigeants iraniens ont ces derniers jours réitérer leurs propos affirmant refuser de suspendre leurs activités d'enrichissement.

III – USA: risques d'inflation accrue

Le président de la Réserve fédérale (Fed) de Saint Louis, William Poole a estimé jeudi que l'inflation risquait de s'accélérer aux Etats-Unis. Selon lui la hausse des prix a peu surpris ces derniers mois mais a progressé "de façon persistante". Il a ainsi noté que les prix à la consommation de base (hors alimentation et énergie), pris en moyenne sur trois mois, avaient augmenté au cours de l'année écoulée.

Il n' a pas indiqué cependant considérer ce facteur comme une donnée décisive pour la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), qui se tiendra fin juin, auquel il siège cette année au titre de membre suppléant.

En début de journée, le président de la Fed de Richmond Jeffrey Lacker avait estimé qu'une pause de la banque centrale américaine se révélait d'une plus faible probabilité compte-tenu des chiffres sur les prix à la consommation d'avril publiés le jour même. Ces derniers ont en effet progressé de 0,6% en avril par rapport à mars aux Etats-Unis tandis que l'indice de base augmentait de 0,3%. Sur un an, l'inflation est en hausse puisque les prix ont augmenté de 3,5% en avril après 3,4% en mars et l'indice de base a progressé de 2,3% après 2,1%.

Selon M. Poole, le problème inflationniste ne va nécessairement disparaître si l'économie ralentit de façon marquée. Il a reconnu par ailleurs que les attentes d'inflation avaient un peu progressé mais qu'elles n'étaient en aucune façon sorties de la fourchette qui avait été la leur ces dernières années.

Les décisions du FOMC et les attentes des marchés devraient évoluer au fur et à mesure que les nouvelles statistiques modifieront ou confirmeront les perspectives économiques actuelles. "L'expérience montre que les prévisions économiques ne sont pas particulièrement fiables, et cela signifie que les décisions de politique monétaire devraient dépendre de la façon dont les nouvelles informations changent les perspectives au lieu d'être décidées à l'avance sur la base de prévisions", a-t-il ajouté. M. Poole réaffirmait ainsi le message que le président de la Fed Ben Bernanke tente de faire passer auprès des marchés.

Lors de sa dernière réunion le 10 mai, le FOMC avait relevé son principal taux directeur de 0,25 point à 5% et affirmé qu'il prendrait ses décisions ultérieures au vu des futures statistiques. L'ampleur et le moment de tels resserrements monétaire devraient ainsi dépendre en grande partie de l'évolution des perspectives économiques au vu des futures statistiques, selon le Comité.

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6 Commentaires

  1. 1

    Anonyme

    France: "pas d'effet de second tour" sur l'inflation malgré pétrole (Breton)- PARIS, 19 mai 2006 (AFP)

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    Le ministre français de l'Economie et des Finances, Thierry Breton, a déclaré vendredi qu'il ne "voyait pas d'effet de second tour dans les chiffres de l'inflation" en France, malgré la hausse des prix du pétrole, lors d'une conférence de presse.

    "Je ne vois pas d'effet de second tour dans les chiffres de l'inflation: l'inflation sous-jacente --c'est-à-dire hors prix volatils en particulier ceux du pétrole-- reste très faible, à +1,2%", a-t-il déclaré, estimant que "l'inflation restait extrêmement bien contenue".

    "Pour ce qui est de la zone euro, mon diagnostic est similaire: la hausse sous-jacente à +1,6% s'explique essentiellement par des effets de calendrier liés aux vacances de Pâques", a-t-il ajouté.

  2. 2

    Panama

    Que se passera-t-il aux USA quand la Chine devra réévaluer le Yuan face au dollar ? Pas pour demain certes...

    La hausse de l'inflation me parait logique, et suivre la hausse du prix du pétrole. On ne peut pas tout faire fabriquer ou pousser en Chine, et il faut du pétrole pour faire pousser du blé ou construire une automobile.

    A ce propos, avez-vous déjà goûté une pomme ou une poire importée de Chine ? C'est beau, gros, protégé par un petit treillis en plastique rose. Et absolument sans goût !

    On ne peut pas tout faire aussi bien que les autres. Heureusement pour nous

  3. 3

    Elisabeth

    En tout cas les agriculteurs français s'inquietent en effet des pommes chinoises , j'avais vu un article sur le sujet , ils commenncent à nous concurrencer .

  4. 4

    Anonyme

    Sur le sujet Chine / USA / interets financiers croisés :
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    Les deux principales économies qui tirent la croissance mondiale sont aussi les plus dépendantes du facteur pétrolier : les Etats-Unis et la Chine ont contribué en 2003
    . pour plus de la moitié à la croissance mondiale (52 % en termes de parité de pouvoir d'achat)
    . pour près de 24 % à la croissance des importations mondiales en dollars


    Etats-Unis et Chine occupent également la 1ere et la 2de place mondiale en tant que consommateur de pétrole :
    leur taux de dépendance pétrolière s'élève respectivement à 60 % et à 40%.
    Elles ont contribué aux deux tiers de la hausse de la demande mondiale de pétrole en 2003 (environ 1,6 million de barils par jour).


    En termes d'intensité énergétique, les Etats-Unis caracolent en tête des pays industrialisés
    malgré une baisse depuis le premier choc pétrolier.
    La quantité d'équivalent pétrole nécessaire à la production d'un dollar de PIB y est une fois et demie plus élevée qu'en Europe et presque trois fois plus élevée qu'au Japon.
    Leur facture pétrolière est passée de 103 milliards de dollars en 2002 à 133 milliards en2003. Pour sa part,
    la Chine se place au premier rang des économies les plus intensives en énergie au niveau mondial.


    L'équilibre sur lequel repose la croissance mondiale est instable, car la Chine et les Etats-Unis, vulnérables à la hausse des cours du pétrole, sont aussi deux économies très interdépendantes, à la fois d'un point de vue commercial et sur le plan financier :
    Les Etats-Unis sont en effet le quatrième fournisseur de la Chine et son deuxième client, ce qui en fait l'un de ses principaux partenaires commerciaux.
    La dynamique des importations américaines en provenance de Chine a d'ailleurs conduit à un creusement du déficit déjà colossal des Etats-Unis vis-à-vis de ce pays (125 milliards de dollars en 2003 après 103 milliards en 2002), ce qui a alimenté les tensions commerciales entre les deux pays en 2003, dans le contexte d'une reprise américaine à l'époque encore pauvre en emplois.


    L'interdépendance entre ces deux puissances est renforcée par le fait que ces flux commerciaux bilatéraux relèvent, pour partie, de l'activité de firmes américaines implantées en Chine.


    La Chine a par ailleurs accueilli plus de 50 milliards de dollars d'investissements directs étrangers en 2003,
    et les entreprises étrangères dans leur ensemble réalisent désormais plus de la moitié du commerce extérieur chinois.

    En outre, si l'intégration chinoise dans l'économie mondiale se traduit par une intensification de ses flux
    commerciaux, en terme de flux financiers, Chine et Etats-Unis apparaissent particulièrement dépendants.
    ********************************************************
    La Chine disposait jusqu'à mi-2005 d'un régime de taux de change fixe vis-à-vis du dollar américain, la valeur du yuan fluctuant alors dans une bande très étroite (plus ou moins 0,3 %) autour d'un taux d'ancrage
    de 8,28 yuans pour 1 dollar. La dépréciation du dollar observée ces deux dernières années face aux monnaies de ses partenaires (- 14 % en deux ans pour le taux de change effectif réel) a dès lors contraint la banque centrale chinoise à acheter massivement des dollars
    pour stabiliser la parité du yuan vis-à-vis de la monnaie américaine.
    **********************************************
    En 2004, les réserves de change de la Chine s'élèvaient ainsi à près de 450 milliards de dollars,
    soit les deuxièmes plus importantes au monde après le Japon, provoquant une croissance accélérée de la masse monétaire chinoise.

    Cette puissance financière se double du fait que
    la Chine détient une part non négligeable des bons du Trésor américain (150 milliards de dollars environ sur un total de 1.500 milliards, soit 10%), finançant ainsi largement le déficit public américain ;un déficit qui associé à celui de la balance commerciale, a été à l'origine de la vague de dépréciation du dollar.
    Cette situation n'est pas sans risques pour les Etats-Unis, compte tenu de la fragilité du système bancaire chinois (22 % de créances douteuses pour les quatre grandes banques publiques selon les données officielles,
    de 40 % à 50 % pour l'ensemble du secteur bancaire selon des estimations officieuses).


    Les autorités chinoises ont déjà puisé dans leurs réserves en décembre 2003 pour re-capitaliser deux des plus grandes banques du pays (un tiers du système bancaire) ; elles pourraient être amenées à le faire plus largement encore en cas de crise bancaire systémique
    - une hypothèse qui n'est pas à exclure. La Banque de Chine serait ainsi conduite à vendre massivement les bons du Trésor dont elle dispose, obligeant les autorités américaines à relever leurs taux d'intérêt pour attirer de nouveaux investisseurs.
    Or une hausse brutale des taux aurait pour conséquence un alourdissement de la charge de la dette américaine
    et freinerait la croissance outre-Atlantique, entraînant des pressions à la baisse sur le dollar
    et déstabilisant l'ensemble des marchés financiers internationaux.
    En effet, au-delà de l'interdépendance entre les Etats-Unis et la Chine, il n'est pas inutile de rappeler que
    60 % des réserves de devises mondiales sont concentrées en Asie (Japon compris), que la Chine est au coeur du commerce intra-asiatique et que l'ensemble des économies émergentes de la région (à l'exclusion de la Malaisie et de l'Indonésie) sont importatrices nettes de pétrole.
    Si de tels enchaînements constituent un risque pour l'économie mondiale, leur concrétisation dépendra
    de la capacité d'absorption du choc énergétique par les Etats-Unis et la Chine, ainsi que de l'évolution de la croissance chinoise.


    Source :
    Les Echos
    EMMANUEL HACHE ET SANDRINE ROL
    Economistes au Centre d'observation économique de la Chambre de commerce
    et d'industrie de Paris. 25/05/2004

    Mis à jour pour prise en compte des modifications intervenues en juillet 2005 sur regime de taux de change

  5. 5

    Anonyme

    "ils commenncent à nous concurrencer." : il y a eu un essai de fruits chinois dans nos supermarchés (allez, je les balance : Carrefour et Casino) l'année dernière. Rien depuis : le consommateur ne suivrait-il pas ?

    Et puis quid de la réaction des producteurs français, européens et... marocains ?

  6. 6

    Elisabeth

    Sur les pommes chinoises

    Les pommes chinoises ne font plus recette
    Les pommes chinoises, ultra-compétitives, ont fait une entrée en force sur le marché français il y a trois ans, au détriment des producteurs français. Les ventes s’annoncent pourtant moins élevées cette année : les consommateurs se lassent.

    http://www.endirectdusia.com/article17.html

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