Quand on est pour la paix et qui plus est la paix verte, on a des convictions, et on défend la planète, cela va de soi. Ainsi des militants de Greenpeace ont bloqué vendredi pendant près de cinq heures un embarquement de soja de la multinationale américaine Cargill dans le port de Santarem au nord du Brésil pour protester contre la destruction de la forêt amazonienne.
Vaste sujet, l'Amazonie subissant les multiples assauts des multinationales, et notamment au cœur de la forêt équatoriale, ou les Indiens livrent une lutte farouche aux puissants groupes pétroliers attirés par les royalties de l'or noir. Un combat que certains comme l'Express qualifient de combat de David contre Goliath, dans ce pays d'Amérique latine miné par la corruption. En attendant, les ravages paraissent gigantesques. Selon les estimations du gouvernement équatorien, en vingt ans, les fuites de brut dans l'Amazonie en provenance du pipeline Texaco et de ses installations équivaudraient à une marée noire de 400 000 barils de pétrole.
I - Greenpeace bloque un chargement de soja de Cargill en Amazonie
Des militants de Greenpeace ont bloqué vendredi pendant près de cinq heures un embarquement de soja de la multinationale américaine Cargill dans le port de Santarem au Brésil pour protester contre la destruction de la forêt amazonienne. Selon une porte-parole de Greenpeace, 15 militants ont été provisoirement arrêtés par la police qui leur a fait évacuer les lieux. De violentes échauffourées ont eu lieu entre les membres de Greenpeace et des planteurs de soja travaillant pour l'entreprise. Plusieurs membres de l'Organisation écologiste ont été blessés.
Greenpeace reproche aux entreprises américaines comme Cargill de “dévorer” l'Amazonie pour cultiver du soja, la viande du bétail alimenté par ce soja se retrouvant dans les rayons des supermarchés et dans les fast food d'Europe et d'autres pays. Ils souhaitent continuer à protester pacifiquement en faveur de la forêt tropicale qu'ils estiment la plus précieuse du monde. De plus, l'organisation écologiste exige que Cargill et l'industrie alimentaire européenne garantissent que la ration animale qu'ils achètent ne contribue pas à la destruction de l'Amazonie et que le soja n'est pas génétiquement modifié.
La culture du soja est l'une des causes principales du déboisement en Amazonie. Au total, une surface estimée à 1,2 million d'hectares de forêt a été détruite au cours des dernières années pour faire place au soja, affirme Greenpeace. Les zones où vivaient des communautés traditionnelles sont remplacées par d'immenses propriétés foncières hautement mécanisées, les propriétaires faisant parfois appel au travail forcé.
II - Equateur : les Indiens défendent la foret contre la pollution
Au cœur de la forêt amazonienne de l'Equateur, les Indiens livrent une lutte farouche aux pétroliers attirés par les royalties. Le territoire achuar (70 km2 pour 3 000 personnes environ, sur la frontière avec le Pérou) est interdit de facto aux compagnies pétrolières depuis l'adoption en 1997 d'une résolution conjointe avec les Shuar, l'autre peuple jivaro de cette région de l'Equateur. Le gouvernement équatorien a, depuis une dizaine d'années, accordé des droits considérables aux entreprises pétrolières. Mais si le pétrole sort des profondeurs de l'Amazonie depuis 35 ans, la population locale ne semble en avoir retiré que peu de bénéfices. Les élites, pétrole aidant, ont en effet fait de l'Equateur le champion de la corruption en Amérique latine. La dette extérieure a explosé et la misère s'est aggravée.
La mauvaise gestion du pays et de la manne pétrolière a été à l'origine des manifestations qui ont forcé Lucio Gutierrez à la démission. 4ème président équatorien renversé par la rue en moins de huit ans, cet ancien militaire, porté au pouvoir par un mouvement de révolte de la population indienne avait rapidement lâché ses alliés en annonçant pour le pays un second boom pétrolier grâce à de nouveaux forages sur leurs terres. Pour éviter un nouveau renversement, Alfredo Palacio, malgré de faibles marges de manœuvre, a promis d'utiliser les ressources pétrolières afin de financer des programmes sociaux.
Premiers venus, en 1997, la compagnie américaine Arco a vite compris qu'elle était indésirable. Les deux émissaires arrivés par la rivière s'étaient retrouvés ligotés, un millier d'Indiens armés faisant cercle autour d'eux, bloquant l'accès. Associé au groupe français Perenco, l'américain Burlington Resources, qui a succédé à Arco, a embauché comme «chargés de relations communautaires», des villageois payés 350 dollars par mois. Mais non seulement ces hommes ont été mis à l'écart, mais la méthode a été jugée contraire à l'esprit de la Constitution de l'Equateur qui, depuis peu, protège le droit à consultation des communautés indigènes sur les projets qui affectent leur territoire. Ici, les Indiens de l'Amazonie sont loin d'être isolés et naïfs et disposent de mobiles et de caméras de contrôle.
Les écologistes américains et européens voient dans la résistance indienne, qu'ils financent, la défense de l'un des rares îlots de biodiversité de la planète. Les Etats-Unis, principaux destinataires du brut équatorien affirment quant à eux que le développement de ce petit pays étranglé par la dette passe par l'exploitation du sous-sol de ces 130 000 km2 de forêt à peine habitée.
III – Un procès contre Chevron-Texaco
Depuis les premières découvertes de pétrole dans la forêt amazonienne par ses ingénieurs, en 1967, à leur départ, en 1992, Texaco a transformé l'ancienne jungle en un Far West latino. Mais sur la route de la raffinerie de Shushufindi, la rivière coule sous les tuyaux d'un oléoduc rouillé. A proximité, un marécage brille d'un intense noir argenté. En fait, un marécage de cambouis de 87 mètres de longueur sur 35 mètres de largeur, creusé il y a 18 ans pour déverser les déchets d'un puits de pétrole voisin ouvert par Texaco. Les habitants évoquent gravement les toux des bébés, les maux de ventre et des taches rouges inguérissables. Le procès intenté en 1993 contre Chevron-Texaco par les 30 000 habitants de la région suit les lenteurs de la justice équatorienne. Depuis douze ans que dure la procédure, l'entreprise américaine, en multipliant les recours et les contre-expertises, est parvenue avec succès à jouer la montre. Un combat inégal, car le chiffre d'affaires annuel de l'ex-Texaco pèse trois fois plus que le PNB de l'Equateur.
Heureusement, les plaignants réunis au sein du Front de défense de l'Amazonie, ne sont pas seuls dans leur bataille. Les colonos, ces fermiers et bûcherons arrivés dans la foulée des pétroliers pour «coloniser» la zone, se sont alliés aux survivants des deux «nations» indiennes de la région. Leurs avocats américains avancent l'intégralité des frais de leur dossier depuis le début de la procédure qui se chiffrent probablement en millions de dollars. Selon eux, le dossier Texaco relève de la violation des droits humains. «L'attitude de Texaco en Equateur était criminelle. La pollution qu'ils ont provoquée était intentionnelle: arrivés en terrain conquis dans un pays qui n'avait pas encore de législation environnementale, ils se sont cru tout permis», assure l'avocat Steven Donziger.
IV – Des ravages gigantesques
En attendant, les ravages paraissent gigantesques. Selon les estimations du gouvernement équatorien, en vingt ans, les fuites de brut dans l'Amazonie en provenance du pipeline Texaco et de ses installations équivaudraient à une marée noire de 400 000 barils de pétrole. Les fosses à ciel ouvert, trous creusés au bulldozer par Texaco afin d'y entreposer les eaux toxiques issues du forage débordaient sans cesse lors des pluies torrentielles. Le poison accumulé s'est répandu sur des dizaines de kilomètres, polluant les eaux d'infiltration et toutes les sources en eau potable de l'ancienne forêt vierge.
Une étude menée en 1994 par des toxicologues américains a trouvé dans des eaux censées être potables des concentrations de substances nocives à 2 500 fois le niveau admis aux Etats-Unis. Vivre dans cette zone c'est, pour les femmes, s'exposer à des fausses couches. Les probabilités de cancer du larynx, de la voie biliaire, du foie et de la peau sont entre 15 et 30 fois plus élevées que dans les zones situées hors de la concession pétrolière.
Pour faire taire les accusations, Chevron présente notamment un document signé en 1998 par les autorités équatoriennes qui, cinq ans après le début du procès, les exonérerait de toute responsabilité. Obtenu en échange du traitement d'environ une centaine de fosses, le document avait été signé après versement de 40 millions de dollars à PetroEcuador, une compagnie jugée mal gérée et inefficace dans le domaine environnemental.
Selon, David Russell, un expert américain en décontamination, on a affaire à un drame du même ordre de grandeur que celui de Tchernobyl ! Si l'on ne fait rien, on continuera, après des années, d'exposer la population à des risques de maladies chroniques. Selon Chevron, il n'existe aucune preuve irréfutable selon laquelle le pétrole et ses dérivés seraient la cause directe de cancers, les études menées sur le sujet ne formulant que des hypothèses et étant "dépourvues de données claires et objectives"...
V – De prochaines concessions ?
En attendant, les autres pétroliers intéressés par l'Equateur ne cessent de se plaindre de l'impact négatif sur leur business de la stratégie du géant américain. Néanmoins, ils estiment que beaucoup de choses ont changé depuis 1992, le pétrole étant désormais selon eux exploité en Amazonie comme en offshore, l'impact sur l'environnement et les populations serait ainsi quasi inexistant. René Ortiz qui représente les intérêts pétroliers étrangers en Equateur citent même pour preuve de bonne foi, la coopération des 3 000 Indiens Huaorani, qui ont autorisé les activités pétrolières sur leur territoire... en échange de 1 million de dollars par an ...
L'Equateur avait prévu d'ouvrir, dans quelques mois, une nouvelle concession dans le Parc national de Yasuni, un site désigné par les Nations unies comme une réserve de biosphère, mais qui contiendrait dans ses profondeurs des réserves évaluées à 1,5 milliard de barils. La chute du président Gutierrez avait gelé le projet, mais à 70 dollars le baril de pétrole brut, qui résisterait à la tentation?
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5 Commentaires
1
A mediter :
20 mai 2006 à 22:45http://t2web.amnesty.r3h.net/library/Index/FRAAMR280042006
2
Voire +
Appel D'AMNESTY INTERNATIONAL :
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ACTION URGENTE
Londres, le 16 mai 2006
Guadalupe de Heredia a été la cible d'une campagne d'intimidation, notamment d'agressions violentes. Elle est l'attachée de presse du service juridique qui représente des communautés indigènes dans le cadre d'une action en justice contre ChevronTexaco, multinationale pétrolière qui s'est gardée de nettoyer les zones polluées par des décennies de forage dans la région de Sucumbios, riche en pétrole. Amnesty International craint que Guadalupe de Heredia et les membres de sa famille ne soient en danger de mort. Les agressions dont elle a été la cible avaient également pour but, semble-t-il, d'intimider les membres du service juridique qui travaillent sur cette affaire. Parmi eux figurent les cinq avocats et défenseurs des droits humains nommés ci-dessus, qui ont déjà été menacés par le passé.
Amnesty International ignore si la police a enquêté sur ces événements. Le 28 avril, des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains ont introduit une requête auprès de la Commission interaméricaine des droits de l'homme afin que Guadalupe de Heredia bénéficie elle aussi du dispositif de protection prévu pour des membres du service juridique. À la connaissance d'Amnesty International, les autorités n'ont pris aucune mesure de protection en sa faveur.
Les cinq membres du service juridique nommés plus haut ont été la cible de multiples actes d'intimidation et menaces de mort. Amnesty International a écrit aux autorités équatoriennes le 21 décembre 2005 et le 8 mars 2006 pour leur faire part de ses vives préoccupations au sujet de ces personnes et pour leur demander d'enquêter et de déférer à la justice les responsables présumés de ces actes. Toutefois, selon les informations dont dispose l'organisation, elles n'ont pris aucune disposition, pas plus qu'elles n'ont proposé aux avocats des mesures de protection.
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Texaco (qui a fusionné avec Chevron en 2001 pour former ChevronTexaco) a effectué des forages pétroliers dans le nord de l'Équateur de 1964 à 1992. Les avocats affirment qu'au cours de cette période la société pétrolière aurait, pour des raisons économiques, déversé des déchets cancérogènes dans des fosses non cuvelées au lieu de les traiter correctement.
L'affaire est examinée par la Cour d'appel de Sucumbios, dans la ville de Lago Agrio.
Le 22 décembre 2005, la Commission interaméricaine des droits de l'homme a ordonné aux autorités équatoriennes d'assurer la protection d'Alejandro Ponce Villacís, Pablo Fajardo Mendoza, Ermel Chávez Parra et Luis Yanza. Or, d'après les informations reçues par Amnesty International, le gouvernement équatorien ne leur a pas fourni la protection demandée.
20 mai 2006 à 22:503
NB :
20 mai 2006 à 22:52La rédaction de mon article n'a pas été justifiée par cet appel d'Amnesty, que j'ai trouve à la suite, par "hasard" ?
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Soja en Amazonie: opérations tous azimuts de Greenpeace contre Cargill
SAINT-CYR-EN-VAL (Loiret), 22 mai 2006 (AFP)
La multinationale américaine de l'agro-alimentaire Cargill est depuis trois jours la cible des militants de Greenpeace au Brésil, à Londres et en France, qui dénoncent la déforestation de la forêt amazonienne au profit des plantations de soja.
Lundi, les militants environnementalistes ont ainsi déversé quatre tonnes de soja devant les bureaux de Cargill à Cobham, à l'ouest de Londres, tandis qu'au même moment, une quinzaine d'autres bloquaient l'entrée d'une usine Cargill de conditionnement de poulets en France, à Saint-Cyr-en-Val (Loiret).
Vendredi, Greenpeace avait déjà bloqué pendant près de cinq heures un embarquement de soja de Cargill dans le port de Santarem (nord du Brésil).
"Ces opérations visent la totalité de la chaîne depuis l'embarquement du soja au terminal de Santarem, au Brésil, vers Liverpool, jusqu'à son acheminement au siège européen qui répartit le soja dans les unités de production, puis à l'usine du Loiret qui transforme les poulets en beignets", a expliqué lundi Gregory Gendre, de Greenpeace France.
Les abords de l'usine française ont été évacués sans incident à la mi-journée, a-t-il ajouté.
A Londres, Greenpeace a été reçu par les responsables de Cargill qui "ont accepté d'envisager un moratoire sur la production et l'extension des cultures de soja dans l'Amazonie", selon l'organisation. Une militante, qui s'était enchainée aux grilles, a été interpellée par la police, a-t-elle ajouté.
"Une nouvelle réunion est prévue au siège de Cobham d'ici début juin en vue d'un moratoire, de six mois si possible" a précisé Ludovic Frère, responsable Biodiversité à Greenpeace-France.
Dans un rapport publié début avril ("Eating up the Amazon"), Greenpeace accuse Cargill de "passer des accords avec des fermes exploitant illégalement des territoires de la forêt amazonienne appartenant au domaine public ou aux populations indigènes". Selon ce document, trois géants de l'agroalimentaire américains - outre Cargill, Archer Daniels Midland et Bunge - contrôlent 60% de la production de soja du Brésil, qui représentait 1,2 M d'hectares en 2005.
"En un an, la surface déforestée autour de Santarem a doublé de 15.000 à 30.000 ha", assure M. Frère. Au total, 2,8 M d'ha ont été déforestés en Amazonie.
Joints par l'AFP, les responsables de la communication de Cargill en France ont estimé que "Greenpeace soulève de vraies préoccupations que nous partageons". "Mais si on se retire des zones cultivées au Brésil, cela n'empêchera pas les agriculteurs de continuer. La meilleure façon de préserver la forêt est pour nous de rester présents, tout en formant les travailleurs à de meilleures pratiques, limitant l'impact sur l'environnement", a indiqué Michel Salion.
Selon lui, Cargill travaille sur place avec une ONG internationale, the Nature Conservancy.
En Grande-Bretagne, une porte-parole de la direction de Cargill a déclaré à l'AFP que la compagnie, si elle est prête à regarder le dossier qui lui sera présenté par Greenpeace, n'a pas l'intention de renoncer à la culture de soja en Amazonie.
22 mai 2006 à 18:025
Pour rappel, Mme Rice a été Pdte du Conseil d'administration de Chevron-Texaco pendant 10 ans avant d'entrer au gouvernement Bush .
23 mai 2006 à 11:37Ajoutez un commentaire
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