Ami personnel du président Abdelaziz Bouteflika, le président vénézuélien Hugo Chavez sera mardi en visite officielle en Algérie, dans le cadre d’une tournée internationale. Coopération bilatérale et coordination au sein de l’Opep seront à l'ordre du jour.
A Vienne, où il participait au sommet Union européenne-Amérique latine Caraïbes, le chef de l’Etat vénézuélien a créé l’événement en compagnie du leader bolivien Evo Morales en s’exprimant au rassemblement des alter-mondialistes, en promettant de fournir du fuel aux Européens qui ne pourraient pas se payer leur chauffage l’hiver prochain, comme il l’a déjà fait avec certains Etats pauvres des Etats-Unis. La visite de Hugo Chavez est la deuxième du genre qu’il effectue en Algérie, après celle de 2001. Elle a été préparée lors du séjour du chef de la diplomatie algérienne à Caracas entre les 20 et 23 avril dernier.
Hasard de calendrier ? Les USA ont décidé lundi d'interdire la vente d'armes et de matériel militaire de fabrication américaine au Venezuela, en raison de son manque de coopération dans la guerre contre le terrorisme.
I- Les enjeux de la visite de Chavez en Algérie
Le président vénézuélien Hugo Chavez arrivera lundi soir à Alger pour une visite de travail en Algérie, pays membre de l'OPEP tout comme le Venezuela. Le président Chavez doit également se rendre en Libye, où il est attendu mardi et où il s'entretiendra avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Hugo Chavez a déjà effectué deux visites en Algérie, l'une en août 2000, dans le cadre d'une tournée des pays membres de l'OPEP, préparatoire à un sommet du cartel à Caracas, l'autre en octobre 2001. Un "mémorandum d'entente" avait été signé lors de la première visite afin de renforcer les relations bilatérales et d'établir des consultations régulières entre les deux pays.
Lors de la première réunion de leur commission mixte de coopération, début 2002, l'Algérie et le Venezuela s'étaient engagés à réactiver l'accord de partenariat qu'ils avaient conclu en 1985, pour augmenter le modeste volume de leurs échanges commerciaux, alors évalués à quelque 30 millions de dollars. Alger et Caracas projettent de conclure un accord sur la promotion et la garantie des investissements et la non-double imposition, et de mettre en place un Conseil d'hommes d'affaires algéro-vénézuélien chargé d'intensifier leur partenariat commercial.
II – Les domaines de coopération
Au moment où l’Algérie signe l’accord d’association avec l’Union européenne et négocie son accession à l’OMC, les domaines de coopération entre Alger et Caracas sont également nombreux, notamment dans le domaine énergétique, les deux pays étant des membres très actifs au sein de l’Opep. La compagnie algérienne Sonatrach et son homologue vénézuélienne PVD ont entamé un partenariat profitable, et la coopération énergique entre les deux pays commence à se développer.
Malgré certaines divergences de forme, les deux chefs d’Etat défendent la même opinion sur les sujets de la défense des intérêts stratégiques en matière d’énergie, mettant en avant la nécessité de renforcer la coopération Sud-Sud. 5ème exportateur mondial de brut, le Venezuela reste un partenaire incontournable pour tous, producteurs et consommateurs confondus.
Le chef de la diplomatie algérienne Mohamed Bedjaoui a affirmé pour sa part que les relations économiques bilatérales pourraient connaître un développement accru dans des secteurs aussi importants que les échanges commerciaux, le partenariat énergétique, pétrochimique et industriel, ainsi que celui de l’électrification et de la fourniture de gaz au monde rural. Le même pragmatisme, qui avait amené le président de gauche brésilien Lulla à effectuer une visite en Algérie peut être de mise pour celle de Chavez.
III – Le Venezuela et l'Algérie dans l'OPEP
La visite du président vénézuélien survient deux semaines avant une réunion extraordinaire de l'OPEP, le 1er juin à Caracas. L'actuel quota de production du Venezuela, 5ème exportateur mondial de brut, est de 3,22 millions de barils par jour. Caracas affirme produire 3,27 mbj, mais selon l'Agence internationale de l'Energie, la production vénézuélienne ne serait que de 2,6 mbj, la société pétrolière nationale, Petroleos de Venezuela (PDVSA), n'ayant toujours pas réussi à retrouver son plein niveau de production suite à la grève générale qui l'a paralysée fin 2002/début 2003.
L'Algérie produit pour sa part quelque 1,3 mbj, dépassant largement son quota de production fixé par l'OPEP, s'élevant actuellement à 894.000 b/j. Début 2002, l'Algérie et le Venezuela avaient examiné la possibilité de mettre en oeuvre des projets de prospection pétrolière et de liquéfaction du gaz entre PDVSA et Sonatrach.
IV – Prochain sommet des pays non alignés en préparation
Le renforcement de la coopération entre l’Algérie et le Venezuela fut l'objet des discussions entre Mohammed Bedjaoui, le chef de la diplomatie algérienne en visite de trois jours à Caracas fin avril , et plusieurs hauts responsables vénézuéliens.
Dans son communiqué rendu public, le vice-président du Vénézuela, José Vincent Rangel a mis en exergue « son admiration et celle des intellectuels vénézuéliens et latino-américains pour la lutte héroïque de libération nationale du peuple algérien et l’influence marquante qu’elle a eue sur les peuples de l’Amérique latine ». Cette volonté de hisser les relations entre les deux pays à des niveaux encore meilleurs est partagée par le président Bouteflika qui souhaite œuvrer au « renforcement des relations économiques bilatérales pour les hisser au niveau politique ».
Au sujet des relations entre les deux pays dans le cadre de la coopération Sud-Sud, le ministre algérien n’a pas manqué de relever que le prochain sommet des pays non alignés, prévu en septembre prochain à Cuba, « offrira une occasion importante pour examiner les voies et moyens pour la refondation de la doctrine du mouvement face aux défis contemporains ». L’Algérie et le Venezuela estiment que ce sommet « sera également une opportunité pour approfondir les relations entre les pays des continents africain, latino- américain et asiatique ».
V – Les Etats-Unis interdisent les ventes d'armes au Venezuela
Les Etats-Unis ont décidé d'interdire la vente d'armes et de matériel militaire de fabrication américaine au Venezuela, en raison de son manque de coopération dans la guerre contre le terrorisme, a annoncé lundi le Département d'Etat. Cela signifie que les ventes américaines et les licences pour l'exportation d'articles et de services au Venezuela, dont le transfert vers d'autre pays de matériel militaire ne sera pas autorisé.
Dans son rapport 2005 sur le terrorisme, publié le 28 avril, le Département d'Etat avait accusé le Venezuela d'avoir "virtuellement cessé" toute contribution à la lutte internationale contre le terrorisme, affirmant que ce pays "tolérait des terroristes sur son sol et entretenait des relations avec des pays comme Cuba et l'Iran".
A lire également :
. Accord entre Sonatrach et une firme américaine
. L'OPEP de marbre devant la flambée du pétrole
. UE-Amérique latine: gaz bolivien à son Sommet

10 Commentaires
1
La Suisse en parle enfin !!!
16 mai 2006 à 15:392
Sans chauvinisme mal placé, j'admire beaucoup la diplomatie algérienne qui peut faire en sorte d'avoir de trés bonnes relations avec un pays comme le Venezuela ou Cuba et de ne jamais être épinglée par le gendarme du monde !!!
16 mai 2006 à 22:323
Le gendarme du monde a interet à s'accorder les faveurs de l'Algerie et demeure fortement associé avec elle sur le domaine anti -terroriste.. ceci explique cela
La presse algerienne parle egalement de pragmatisme de Bouteflika. Pour ma part j'admire la subtilite dont fait preuve l'Algerie pour arriver à mettre en concurrence France et USA.
16 mai 2006 à 23:094
Oui Bouref est vraiment doué en diplomatie, d'ailleurs c'est parmi les rares dirigents arabes pour ne pas dire le seul qui n'a jamais été critiqué par l'étranger et spécialement par l'administration de Bush, et pourtant l'Algérie n'est pas l'un des plus grands cautionneurs zélés de la politique américaine actuelle.
juste une anecdonte: peu de temps aprés l'indépendance algérienne en 1962, comme le président Kennedy était partisant de l'indépendance algérienne, donc il a convié le président algérien de l'époque Ben Bella pour une visite au Etats-Unis, Ben Bella c'est rendu làbas, il a été trés bien reçu, et à son départ il n'a pas trouvé mieux que de rendre visite a un ami de la révolution algérienne, qui n'est d'autre que le président cubain Fidèle Castro en pleine crise cubaine suite aux missiles soviétiques.
Les américains à l'époque n'ont pas digéré ça !!!
17 mai 2006 à 13:355
Voici un article qui évoque un peut les discutions qui ont ponctué la réunion du conseil d'association UE/Algérie qui c'est tenu hier à Bruxelles, mais je vais publier ici juste la partie qui montre un peut comment la diplomatie algérienne profite des évenements internationaux pour plaider l'intéret du pays comme pour l'affaire du gaz par exemple :
" Outre la problématique de délivrance des visas pour les ressortissants algériens, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères a défendu la vision algérienne sur un autre dossier stratégique. [b]L’ouverture du marché énergétique européen à l’Algérie non seulement pour les approvisionnements, qu’elle alimente déjà, mais également dans des infrastructures en territoire européen.[/b] Face à une Europe inquiète pour la sécurité de son approvisionnement, l’Algérie rassure et assure de sa disponibilité avec toutefois l’ambition exprimée d’élargir sa présence dans tous les domaines. Si Mohamed Bedjaoui a rassuré les Européens sur la sensibilité et la disponibilité de l’Algérie quant à leurs besoins croissants en gaz, il a surtout exprimé l’intention d’Alger de ne pas, ou plus, se contenter d’être un simple fournisseur. Alger veut dépasser ce rôle et renforcer sa présence en Europe, notamment dans les infrastructures. D’autant que les pays européens n'ont “jamais eu d'interruption d'approvisionnement” en gaz algérien, a-t-il rappelé au passage. L’Europe a un statut particulier dans le panel des clients de l’Algérie parce qu’elle est le “principal partenaire” de l'Algérie en matière énergétique. Alger est donc disposée à pousser cette relation encore “plus en avant”, a précisé le ministre. Mais, “on veut suivre notre gaz naturel en Europe, même participer aux travaux d'infrastructures”, a précisé le ministre. Et donc de pénétrer le marché interne européen. Un “dialogue stratégique” dans le domaine de l’énergie est lancé entre Alger et Bruxelles. L’UE a convenu d’établir un dialogue d’un haut niveau dans ce domaine et un protocole d’accord est prévu à la fin du mois.
L’Algérie via la Sonatrach investit à l’étranger et se positionne que ce soit en matière d’approvisionnement, d’infrastructures, de transport ou de distribution.
Ces dernières années, la compagnie nationale d’hydrocarbures a développé une politique d’internationalisation de plus en plus soutenue. Amérique du Nord, Amérique latine, Afrique, Europe ou Asie, la Sonatrach veut être présente à tous les niveaux de la chaîne.
Ce dialogue stratégique consacré à l’énergie devrait se poursuivre prochainement à Alger afin de trouver “des formules mutuellement satisfaisantes”, selon le communiqué des Affaires étrangères. Dans un contexte marqué par les craintes suscitées par la crise du gaz russo-ukrainienne en janvier dernier, l’Algérie se positionne et affiche ses ambitions."
Tout ça pour développer à tout prix les activités de SONATRACH à l'international.
17 mai 2006 à 13:536
Merci bcp , tres intéressant ;pour ma part , je pense que le voyage de Chavez en Algérie est loin d'etre anecdotique dans le contexte actuel .
En effet - désolée, je n'ai pas eu encore le temps de publier l'article - une priorité arrivant toujours au dessus, n'oublions pas que l'OPEP du gaz risque rapidement de poindre à l'horizon.
Or quels en seraient les principaux protagonistes : Russie et Algérie , j'allais dire au départ ...
Mais la Bolivie pourrait bien etre aussi interessée , sachant de + qu'elle a dit tres recemment vouloir intégrer l'OPEP, le Vénezuela ne devrait pas etre trop loin dans la "bataille" ...
A SUIVRE ....
17 mai 2006 à 14:127
Oui c'est bien vrai,le marché du gaz risque bien d'etre restructuré.
Mais je pense que la politique et la stratégie algérienne diffère un peut de ses autres "amis" comme le Vénezuela ou la Russie.
Ces derniers jouent la carte nationaliste, alors que l'Algérie joue la carte capitalite et libérale.
Il suffit juste de voir comment la politique Algérienne avec la nouvelle loi sur les hydrocarbures est trés trés loin de l'ésprit souvrainiste et nationaliste de la Bolivie par exemple.
Je crois bien que l'Algérie éssaie d'afficher sa différence en jouant la carte de la politique ultra-libérale pour glaner quelque concessions et profits de ses partenaires et clients comme l'UE par exemple, sur fond de stratégie de développement de SONATRACH à l'international.
Et le coup de la Bolivie et avant celui de la Russie avec la crise du gaz arrangent trés bien les affaires des algériens.
17 mai 2006 à 14:258
A surveiller de pres avec OPEP du gaz :
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L’Algérie intéresse le Venezuela
Le président vénézuélien, Hugo Chavez Frias, a quitté Alger, hier, après une visite officielle qui a duré deux jours. Lors de cette visite qui intervient dans le cadre du processus de promotion et de renforcement des relations d’amitié et de partenariat économique entre les deux pays, le président Chavez a déclaré que «l’Algérie a une grande expérience en matière de gaz et nous pourrons en bénéficier énormément».
Les deux pays ont réitéré, à ce propos , leur attachement au renforcement de leur concertation au sein de l’OPEP, et ce, «en vue de la stabilisation des prix du pétrole sur le marché mondial à des niveaux assurant la protection du pouvoir d’achat des deux pays producteurs et leurs besoins en développement», précise le communiqué commun publié à l’issue de cette visite, rapporte l’APS.
http://www.lanouvellerepublique.com/actualite/lire.php?ida=38411&idc=4&refresh=1%2B%2B
18 mai 2006 à 13:349
A surveiller d'autant plus de pres que black out sur le sujet ...
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Paru dans El Watan :
"Visite de Chavez, le black-out
Il semble que la présidence de la République soit attachée à la politique du black-out concernant, notamment les visites de chefs d’Etat étrangers.
Avant-hier, les journalistes de la presse privée ont été empêchés d’assister à la conférence de presse de l’ambassadeur du Venezuela, à l’occasion de la visite de Hugo Chavez, qui avait eu lieu à Djenan El Mithak, sur les hauteurs d’Alger.
Seuls les médias publics ont été autorisés à couvrir cette rencontre. Pourtant, l’ambassade du Venezuela, pays souverain, a invité les journalistes de la presse privée à assister à la conférence de presse. Autre restriction : les journalistes de la presse privée n’ont pas été accrédités à l’aéroport d’Alger, hier matin, pour couvrir la venue de M. Chavez. Une entrave claire à l’exercice du travail du journaliste."
... qu'avaient-ils donc de si confidentiel à se dire ???
18 mai 2006 à 13:4210
El WATAN
Sur le plan international, les présidents Bouteflika et Chavez ont réitéré leur appui aux efforts déployés dans le cadre des Nations unies pour une solution de la question du Sahara-Occidental conforme à la légalité internationale sur la base des résolutions pertinentes de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, et notamment par la mise en oeuvre du plan de règlement adopté par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies dans sa résolution 1495.
En ce qui concerne la question palestinienne, les deux chefs d’Etat ont rappelé la nécessité de la « concrétisation des droits légitimes du peuple palestinien, notamment son droit à l’établissement d’un Etat indépendant et souverain. Ils ont aussi réaffirmé la nécessité du retrait d’Israël de tous les territoires arabes occupés ».
Au sujet de l’Irak, ils ont réitéré « l’importance de la cessation de la violence et la nécessité du respect de la souveraineté totale du peuple irakien, y compris sur ses ressources naturelles, et de son intégrité territoriale ». Les deux présidents ont échangé leurs points de vue sur la situation et l’avenir du mouvement des non-alignés et ont réitéré leur engagement à assurer la réussite du prochain sommet de ce mouvement qui aura lieu à La Havane du 11 au 16 septembre 2006. Chavez a invité le président algérien pour effectuer une visite au Venezuela.
Bouteflika a accepté l’invitation de son homologue vénézuélien qui s’est envolé hier pour la Libye, où le dossier pétrolier sera abordé, selon des sources libyennes. Il s’agit de la seconde visite de Chavez en Libye depuis 2004, où il était venu à Tripoli pour recevoir le prix Kadhafi des droits de l’homme.
18 mai 2006 à 13:45Ajoutez un commentaire
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