Pluie de prévisions stratosphériques sur le marché de l'or

Cns2005roostercolored10y Certes, les cours de l'once d'argent et par ricochet celle de son précieux cousin aurifère ont enregistré une vague de prises de bénéfices sensible. Mais cela n'empêche pas pour autant quelques connaisseurs des métaux précieux de formuler des prévisions des plus optimistes concernant le prix de l'once.

Bien sûr, tout marché haussier à ses Cassandre. Dans l'éditorial des Echos du 7 avril dernier, constatant la hausse des 'commodities' en général et de l'or en particulier, Pierre-Angel Gay écrivait : "c'est peut-être le signe que les fonds d'investissement, spéculatifs notamment, ont pris la main sur le marché des matières premières au détriment des industriels. Et qu'ils sont, peut-être, en train de pousser les feux trop loin. Sur le marché de l'or, en tout cas, c'est chose faite".

Nous serions curieux de savoir ce qui permet à l'éditorialiste de passer d'un prudent conditionnel pour les matières premières en général à un incontestable mode affirmatif quant à l'or. Son papier ne nous renseigne pas sur ce point.

Photo : pièce d'une once d'argent frappée par la République populaire de Chine en 2005, année du coq. Valeur faciale : 10 yuans.

Note aux lecteurs : pas de chronique demain vendredi, le prochain papier paraîtra lundi après-midi.

A ne suivre le marché de l'or que de loin en loin, nos brillants éditorialistes n'apportent finalement pas grand' chose au débat. D'ailleurs, le 7 avril au soir, à Londres, l'once d'or cotait presque 590$ et 485€. Lors du premier fixing de ce 20 avril, en fin de matinée, les cours étaient respectivement de 644,5$ et près de 522€, même si une correction a suivi ce soir. Cassandre n'est point l'Oracle de Delphes...

Les journalistes peuvent-ils utilement commenter les évolutions du marché de l'or s'ils ne s'interrogent jamais sur le caractère soutenable des positions dérivées sur métaux précieux, sur la réalité des stocks d'or des banques centrales, sur la profondeur du marché de l'or relativement à celles des autres marchés d'investissement, ou tout simplement sur la crise de confiance qui commence à toucher les monnaies fiduciaires, à commencer par le dollar américain ?

Bref. Histoire d'élever le débat, donnons donc la parole à quelques investisseurs patentés.

James B. Rogers : non seulement les matières montent, mais ce n'est pas fini !

James2_1Commençons par James B. Rogers (photo), un ancien partenaire de du célèbre investisseur américain d'origine centre-européenne George Soros, avec qui il a fondé le hedge fund Quantum dans les années 70. Soros a fait parler de lui en 1992 lorsqu'il a joué avec succès le mark contre la livre sterling, ce qui lui a valu le surnom de "l'homme qui a mis la Banque d'Angleterre sur la paille".

Mais ce n'est pas tout. Rogers a aussi un CV bien fourni lorsqu'il est question de 'commodities'. C'est ce que confirme Alastair McIntyre, responsable du marketing pour ScotiaMocatta (filiale Métaux précieux de la canadienne Bank of Nova Scotia) à Hong Kong : "Jim Rogers est une personnalité respectée depuis sa prévision du mouvement haussier des matières premières avant même qu'elle ne survienne". C'était en 1999, et dès cette date, Jim Rogers parlait des fortes hausses à venir sur les produits énergétiques et les matières premières. Nombreux sont les investisseurs qui auraient souhaité voir aussi juste aussi tôt... D'autant que Rogers a joint le geste à la parole : selon Bloomberg, le fonds sur matières premières qu'il a lancé en 1998 a vu sa valeur multipliée par plus de trois depuis lors.

Qu'a donc déclaré Rogers tout dernièrement ? Selon l'agence Bloomberg, lors d'une réunion à Singapour le 17 avril dernier, il a affirmé que "l'offre et la demande sont terriblement déséquilibrées pour pratiquement toutes les matières premières en ce moment". "Cela n'a rien d'une bulle".

Prévoyant la poursuite de la hausse des matières premières, Rogers indique : "pour les matières premières, la marché haussier le plus court a duré 15 ans, et le plus long 23 ans. (...) Donc à en croire l'histoire, les 'commodities' ont encore du chemin à parcourir". Rogers ajoute que l'or devrait par la suite toucher les 1.000$ l'once, sans toutefois s'avancer sur une date.

Alastair McIntyre semble partager ce point de vue : "les 1.000$ l'once sont à la portée de l'or, mais avant cela il faudra attendre une nouvelle détérioration de la situation macroéconomique menant à un déclin du dollar".

Rogers s'attaque d'abord aussi au pétrole : "personne n'a découvert de champ pétrolier d'importance depuis 35 ans. Les champs les plus gros sont tous sur le déclin", indique-t-il. "A moins que quelqu'un ne se décide à faire quelque chose rapidement, les prix du brut est bien parti pour aller encore beaucoup plus haut lors de la prochaine décennie".

Pour les métaux, Rogers ne dit pas autre chose : "Dans aucun endroit du monde, aucune entreprise n'a mis en exploitation de mine de grande taille depuis des années, alors qu'il faut un temps considérable avant qu'une mine n'entre en service. Toutes les vieilles mines sont sur la pente qui mène à l'épuisement alors que la demande ne cesse de grimper".

Pour finir, Rogers invite à considérer le segment des matières premières qui a la moins grimpé : les produits de base agricoles. "C'est là que les prix ont le moins bougé", constate-t-il. Et lui d'indiquer que le coton se traite 50% en-dessous de son cours le plus haut, le soja 60% et le sucre 80%. "Ces produits de base agricoles sont très bon marché d'un point de vue historique".

Jeffrey Rhodes : 1 chance sur 10 de voir l'once d'or à 850$

Concurrente de Bloomberg, l'agence britannique Reuters ne voulait sans doute pas être en reste. Dans une dépêche datée du 19 avril, en provenance de Dubai, l'agence nous rapporte les prévisions d'un autre américain, Jeffrey Rhodes. Agé de 54 ans (Rogers en a 63), Rhodes a commencé sa carrière dans les années 70, en tant que courtier en devises. De cette époque, qui fut également celle durant laquelle la spéculation des frères Hunt sur l'argent fit décoller l'once de métal blanc à un niveau record de 50$, Rhodes a gardé un souvenir d'autant plus précis qu'il consignait tout sur des carnets. Aujourd'hui, Rhodes dirige les opérations sur matières premières au Moyen Orient et en Afrique pour la "sud-af'" Standard Bank.

Que nous dit Rhodes ? "Si vous m'aviez demandé l'année dernière si l'once d'or pouvait atteindre les 850$, j'en aurais estimé la probabilité à 0,01%. Maintenant, c'est plus que cela - disons, 10%. Ne vous mettez jamais en travers de la route d'un taureau enragé". En anglais, le taureau, bull, est le symbole de la hausse, à l'inverse de l'ours ('bear').

Pas tout de suite, en tout cas : "traditionnellement, la demande chute en juin, juillet et août, puis les prix reprennent du poil de la bête durant la fin de l'année. (...) Je conseille toujours d'acheter au moment de ces reculs".

Et Cassandre a (aussi) une cousine canadienne

Enfin, et histoire de refléter l'ensemble des opinions du marché, les économistes Derek Burleton et Priscila Kalevar de la banque canadienne TD Financial Bank, basée à Toronto, ont averti, toujours le 19 avril, que les prix du pétrole et des métaux de base pourraient chuter fortement dans les mois qui viennent.

Comme nombre d'autres, les canadiens estiment que la hausse actuelle est tirée par une demande d'investissement plus que par les fondamentaux. Selon eux, la spéculation sur l'or et le pétrole est liée aux tensions géopolitiques. Pour les métaux industriels, ils parlent de frénésie ; selon eux, les stocks de métaux industriels sont en train de se reconstituer depuis quelques mois. Admettons, même si ce n'est pas ce dont témoigne l'état des stocks du London Metal Exchange (voir ce lien).

"De notre point de vue, les métaux industriels ont progressé trop fort, et trop vite, ce qui permet d'anticiper une correction dans les mois qui viennent". Et eux d'en conclure : "Sachant que les positions des spéculateurs sont erratiques par nature, nous sommes maintenant d'autant plus assurés qu'une correction sur le pétrole et les métaux de base de l'ordre de 20% se produira plus tard dans l'année".

Selon les deux économistes, la détente des cours trouvera sa source dans le ralentissement de la croissance américaine, prévue selon eux pour la fin de l'été 2006. Mais ce n'est pas pour tout de suite : "entre temps, nous n'excluons pas que l'activité spéculative fasse monter les prix encore plus haut". Et il n'est pas question des métaux précieux.

A suivre. Nous sommes le 20 avril 2006, nous verrons bien qui aura vu juste à la fin de l'année. Mais avouons au moins que cette pluralité de vues, bien argumentées, a plus de portée que les commentaires tant laconiques que d'arrière-garde dont nous abreuvent quelques quotidiens financiers parisiens.

 

9 Commentaires

  1. 1

    Elisabeth

    Bon week end Emmanuel .... ;)

  2. 2

    Elisabeth

    Et Cassandre ... tu le sais bien ... je l'apprécie beaucoup ...

  3. 3

    Armand

    Félicitations aussi pour la qualité de tes illustrations !

    A ma prochaine virée en Chine, j'essaierai de trouver cette pièce d'argent si joliement colorée.

  4. 4

    Frédéric

    Pour ma part, qui suit l'évolution du marché de l'or depuis les années 1975, je ne me fais pas de souci !

    Les autres métaux, je n'ai pas d'avis bien ciblé, mais je n'envisage pas de correction majeure quand même !

    Dans le marché actuel, 15 à 16000 Euros le lingot d'or, c'est encore un prix de braderie !
    Les institutions qui achètent actuellement n'envisagent pas de faire un bénéfice de 10% dessus

    Elles achètent pour garder et revendre tout doucement dans plusieurs années pour compenser la dévalorisation de leurs comptes courants.

    Personne n'a jamais acheté de l'or pour le revendre le lendemain, c'est une stratégie de long terme, avec comme je l'ai déja dit des vagues de plus en plus fortes au fur et à mesure que le temps passera.

    OBJECTIF: Plusieurs fois la mise (de 5 à 10)d'ici 2015

  5. 5

    Frédéric

    Vendredi 21 Avril 2006 à 19 h 30
    Cloture du SPOT pour la semaine

    632.50 USD $
    412.61 €uros

    l'once de 31.12035 grammes

  6. 6

    Frédéric

    A la une de l'éco : Les Iraniens se ruent sur l'or

    http://fr.biz.yahoo.com/21042006/214/a-la-une-de-l-eco-les-iraniens-se-ruent.html

    Y va avoir des grosses cabanes a vendre tantot.. plusieurs ont déjà le couteau sous la gorge.
    Ben content d'avoir fermé pour 5 ans dernièrement a du 5.4%

    NOTE IMPORTANTE: Mes propos sont de la fiction, avec un espoir de réalité.

  7. 7

  8. 8

    l'Helvète

    A quoi bon s'exciter:

    Ces "prises de bénéfice" qui font chuter sporadiquement les cours sont fondamentalement insignifiantes. Le marché s'épure de spéculateurs à la petite semaine. Ils ont placé un maximum de 100'000 US$ (qui, dans la plus part de cas ont été empruntés il y a quelques mois) et ils gagnent chichement 60 US$ (hors frais) et ils ont l'impression de devenir riche en US$. Que de chimères, que de visions à court terme sans stratégie et sans lendemain. C'est typique du mode de pensée anglo-saxon: "take the monney and run".

    Ces baisses sporadiques renforcent en fait la position fondamentales des cours. Comme le disait Lénine, "le Parti se renforce en s'épurant". Et lorsque des Caisses de retraites placent des millions d'Euros dans l'or, ce n'est pas pour revendre le lendemaim en espérant gagner des clopinettes. Elles sont peut-être limitées sur le plan intellectuel, mais le long terme de leur problèmes est présent à chaque instant du jour.

    Ceci est finalement assez rassurant et cela confirme les choix stratégiques sur le fameux invariant de la "relique barbare" qui a démontré ses preuves depuis des milliers d'années. (Heureux ceux qui pensent réinventer la roue avec des subterfuges de produits financiers miracles tout nouveau). Ces spéculateurs courent comme des poules à qui on a coupé le cou: c'est nerveux et sans suite.

    L'humain est tellement ... et cupide, de surcroît sans suite dans les idées que l'avenir est radieux pour ceux qui considèrent que "sauver le grisbi" est une option réaliste dans un contexte de pré-guerre au Moyen-Orient.

    Croire que le monde se résume entre Walt Disney, Bill Gates, le Pentagone et la Chine et l'Iran en ignorant 5 milliards de nos congénères avec leurs besoins fondamentaux est source de gros problèmes sur tous les plans.

    Donc, pronostics, mettez votre épargne au frais et wait and see, vous n'avez aucun risque d'être déçu. Bien au contraire.

    L'Helvète de service

  9. 9

    Frédéric

    Pour ceux qui achètent LYXOR GOLD BULLION SECURITIES
    diffusé par la SOCIETE GENERALE, ( code GBS )

    veuillez trouver ci dessous le lien de détention de l'or physique en couverture de ses émissions.

    http://www.lyxorgbs.com/fr/holdings/index.php

    http://www.lyxorgbs.com/pdf/gbs_bars_list.pdf

    Lyxor Gold Bullion Securities:

    Cotation sur Euronext: 07/11/2005.
    Référence: Once Troy d'or (31.1035g) cotée à Londres.
    Nature juridique: Obligation Zéro.
    Coupon, sans échéance.
    Date d'échéance: Pas d'échéance.
    Devise: Euro.
    Commission annuelle: 0.40% du niveau de l'once converti en EUR.
    Garantie de change: Non.
    Elligible au PEA: Non
    Elligible Compte-titres: Oui.
    Elligible au SRD: Non.
    ISIN: GBOOBOOFHZ82.
    Code: GBS.

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