USA-Alaska : pollution suite à rupture d'un oléoduc

Oleoducalaska_1 La rupture d'un oléoduc au nord du cercle polaire en Alaska a provoqué la fuite d'au moins 220.000 litres de brut dans la toundra, l'une des pires pollutions jamais vues dans cet Etat. La fuite sur une conduite du champ pétrolier de Prudhoe Bay, le plus important gisement des USA à 1.000 km de la ville d'Anchorage et en bordure de la mer de Beaufort serait due à la corrosion. L'oléoduc a été fermé et réparé. Des opérations de nettoyage sont en cours.

Le volume exacte des quantités répandues n'est pas encore connue mais actuellement 1.395 barils de liquides ont été récupérés, principalement du brut mélangé à la neige. Cette quantité correspond à environ 120.000 litres.

En 1960, les compagnies pétrolières explorèrent pour la première fois la zone qui entoure la mer de Beaufort, au nord de l’Alaska. En 1968, on estimait qu’elle équivalait à 25 % de réserves avérées de pétrole brut des USA et 10 % de leurs réserves de gaz. Avec la hausse du prix des hydrocarbures, il devenait rentable de creuser des puits coûteux et d’y brancher les conduites d’évacuation nécessaires.

Beaucoup de craintes qu’exprimaient les défenseurs de l’environnement se sont révélées sans objet. Mais, en 1989, le pétrolier Exxon Valdez, échoué dans le détroit du Prince-William et répandant 11 millions de barils de pétrole dans les eaux de l’Océan, a montré que les risques étaient réels. Or l’exploration des plates-formes continentales de l’océan Arctique pourrait au cours des prochaines décennies faire du Grand Nord l’une des principales régions productrices d’hydrocarbures du monde.

1 – Etendue de la pollution

La fuite a été découverte le 2 mars par un employé de British Petroleum (BP). Les opérations de nettoyage s'effectuent par des températures inférieures à moins 30 degrés Celsius.

La pollution s'étend sur 0,77 hectare de toundra couverte de neige, au bout d'un lac gelé. La pire fuite dans la région du nord de l'Alaska s'était produite en 1989, lorsque 127.500 litres d'hydrocarbures s'étaient répandus. La même année, le pétrolier Exxon Valdez s'était échoué sur la côte sud de l'Etat américain arctique, provoquant l'une des pires marées noires de l'Histoire: 41,8 millions de litres.

2 – Le potentiel de l'oléoduc Transalaska

Long de 1 270 km, l'oléoduc Transalaska relie la côte arctique à la côte occidentale de l'Alaska. Chaque jour, 1.7 million de barils de mazout brut sont ainsi expédiés entre Prudhoe Bay, sur la côte nord de l'Alaska, et le port de Valdez, 800 milles plus au sud. Dans le port ouvert à l'année parce que libre de glace, le mazout est transféré sur des pétroliers pour être expédié encore plus au sud vers la Côte Ouest des États Unis. En 1974, le coût de construction de cet oléoduc se chiffrait entre 8 et 9 $US milliards et serait encore plus élevé aujourd'hui. L'environnement de l'Alaska ne peut cependant pas soutenir de raffineries. Ainsi, une partie du mazout expédié dans le sud pour y être raffiné est ensuite retournée sous forme de pétrole. 

3 – Forages pétroliers en Alaska : enjeu et risque de pollution

Tentant depuis plus de deux décennies de lancer l’exploitation pétrolière dans la Réserve nationale de l’Arctique, les États-Unis ont finalement décidé de “se rabattre” sur l’Alaska. Même si l’administration Clinton en 1998 avait empêché l’exploitation pétrolière de cet écosystème fragile, le gouvernement Bush a décidé de passer outre cette décision et de permettre l’exploitation pétrolière sur près d’un demi million d’acres de ce territoire.

Les opposants au projet affirment que l’exploitation, le trafic aérien et la construction d’un oléoduc nuiront grandement à la faune de cette région. Mais contrairement aux terres convoitées en Arctique qui ont le titre de réserve naturelle, le gouvernement américain peut permettre l’exploitation de cette région sans l’aval du Sénat.

Le 21 décembre 2005, le Sénat américain avait bloqué de justesse le projet d’exploitation pétrolière de la Réserve nationale de l’Arctique approuvé fortement la veille par la Chambre des représentants. Le débat avait été mis à l'ordre du jour après les ouragans Katrina et Rita : les installations pétrolières texanes alors dévastées, le représentant républicain du Texas Joe Barton avait proposé d'autoriser le forage du pétrole en Alaska et sur les côtes d'autres Etats pour subvenir aux besoins pétroliers des Etats-Unis. Menés par le sénateur de l’Alaska, Ted Stevens, les travaux de forage devaient inclure un financement de l’ordre de 453 milliards de dollars US pour les sinistrés des ouragans du sud des États-Unis et pour les militaires en Irak, la mesure ayant pour objectif global affiché de réduire les dépenses gouvernementales 2006-2010.

Les partisans de ce volet budgétaire avaient alors affirmé que l'exploitation de pétrole en Alaska, permettrait de réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis et de créer des emplois. Les détracteurs estimaient, quant à eux, que la quantité de pétrole exploitable sur le site était trop faible pour faire baisser les prix de l'essence de façon significative, et considéraient que les dégâts causés par les ouragans étaient exploités en vue de mieux faire adopter la législation.

Les réserves du territoire protégé de l’Arctique sont estimées à 10,4 milliards de barils. Cette réserve n'aurait permis de satisfaire à la demande pétrolière américaine pour une maigre période de seize mois. Le territoire donné pour l’exploitation pétrolière en Alaska comptant seulement sur une réserve de 1,5 milliard de barils, la région ne réussirait même pas à alimenter les États-Unis en pétrole pendant plus de trois mois.

Les opposants estimaient également que le forage nuirait aux espèces animales de la réserve faunique nationale, peuplée notamment d'oiseaux migrateurs, d'ours polaires et de caribous. Le ministre canadien de l'Environnement, Stéphane Dion, faisait remarquer en novembre 2005, que: «Penser au court terme n'est pas la solution. Protéger les écosystèmes, protéger la biodiversité devrait plus que jamais être une priorité.» Depuis plus d’une quinzaine d’années, la position canadienne sur le dossier est claire. En décembre dernier, Paul Martin a d’ailleurs réitéré au président Bush fils que le Canada est contre toute exploitation dans ces territoires. 

4 – Le réchauffement climatique : élément “positif” pour le trafic maritime ...

Selon le Groupe International d'Experts sur le Climat de l’ONU, l’Arctique est la région du monde qui se réchauffe le plus rapidement, soit deux fois plus rapidement que partout ailleurs. À cause de ce réchauffement climatique planétaire, une voie navigable reliant l’Occident à l’Orient commence à être envisagée dans cette région. À titre comparatif, le trajet Londres-Tokyo serait réduit à 16 000 km par rapport à 21 000 km par le canal de Suez et 23 000 km par celui de Panama, en passant par cette voie.

D'ici une trentaine d'années, la banquise d'été devrait avoir tellement fondu que peut-être même des navires non spécifiquement conçus pour l'Arctique devraient être capables de franchir le passage du Nord-Ouest. 20 à 30 navires franchiraient déjà le passage chaque été.

En 1986, le Canada avait proclamé sa souveraineté sur les eaux intérieures de l’Arctique, mais tant les États-Unis que l’Union européenne et le Japon n’ont jamais reconnu cette proclamation soutenant qu’il s’agit d’eaux internationales.

La frontière maritime et du plateau continental entre le Canada et les États-Unis n'est pas encore délimitée, ce qui risque d’entraîner des enjeux importants puisque la mer de Beaufort, aux limites des territoires du Yukon et de l’Alaska, est très riche en gaz et pétrole.

 

11 Commentaires

  1. 1

    + grave que exxon valdez

    Alaska oil spill could be largest on North Slope
    Dwarfed by Exxon Valdez, but it’s still significant in oil producing area

    Updated: 11:51 a.m. ET March 9, 2006
    ANCHORAGE, Alaska - An oil spill in Alaska's North Slope could end up being one of the region's largest, officials said Wednesday as the cleanup continued.

    Crews have recovered 58,590 gallons — or 1,395 barrels — of crude and snow since the pipeline spill was discovered last Thursday in the Prudhoe Bay field, about 650 miles north of Anchorage. Most of the recovered material will probably turn out to be crude once the water is separated out, officials said.

    That means the spill could be the largest ever in the North Slope, surpassing a 38,850-gallon spill in 1989.

  2. 2

    elisa

    les USA en parlent bien ,eux .... ;)

    ----------------------------

    The largest spill on record along the 800-mile Trans-Alaska Pipeline occurred shortly after it opened in 1978, when vandals blew up a section, causing about 700,000 gallons to escape. The Exxon Valdez spilled 11 million gallons when it ran aground in Alaska's Prince William Sound in 1989.

    In 2001, a man fired his hunting rifle into the pipeline, creating a leak that spilled about 285,000 gallons onto the tundra and led to a $7-million cleanup. Authorities arrested the 37-year-old hunter and he was convicted on federal weapons charges; it was not considered a terrorist incident. Pipeline operators say that it has been shot at through the years at least 50 times, but that the incident was the first time a bullet had punctured the double-steel-walled pipeline.

    The spill on the North Slope occurred in a "feeder line" to the main pipeline, causing a shutdown of that line and a temporary drop in overall production.

    Alaska is a major source of oil for West Coast refineries.

    The pipeline is supposed to be monitored for any evidence of a drop-off that could signal a leak in the system; and when a leak is detected, the pipeline is shut off to limit the fallout.

    Some industry watchdogs say the aging pipeline will become increasingly vulnerable to corrosion. "It's like a garden hose going bad on you," said Chuck Hamel, a former oil and tanker broker who runs a website that monitors Alaska oil development. "You patch one leak but then you'll get another."

    But a spokesman for BP Exploration (Alaska) Inc., which runs the section of the pipeline that leaked, disputed that characterization.

    "We have a very aggressive, robust corrosion monitoring program," said the spokesman, Daren Beaudo.

    He said the company thought it had a "very effective cleanup" going on.

    Pipeline operators say that spills have amounted to less than a teaspoon in a swimming pool when compared to the overall volume of oil delivered.

    In 1999, six pipeline employees wrote anonymously to federal officials arguing that neglect and maintenance cuts on the pipeline could lead to disaster.

    "It won't be a single gasket, or valve, or wire, or procedure, or person that will cause the catastrophe," the employees wrote. "It will be a combination of small, perhaps seemingly inconsequential events and conditions that will lead to the accident that we're all dreading and powerless to prevent."

  3. 3

    Elisabeth

    Malheureusement ,on n'enparle qu'aujourd'hui , soit le 15!!!!!

    Une fuite de pétrole sans précédent en Alaska
    Par Christophe Olry, Futura-Sciences, le 15/03/2006 à 18h32

    Suite à la rupture d’un oléoduc en Alaska, plus d’un million de litres de pétrole se sont déversés dans la toundra. Selon les autorités, cette pollution est d’ores et déjà l’une des plus catastrophiques qu’ait jamais connu l’état américain…

    Je peux vous dire que mon artcile est reste bien le seul sur le sujet en français pdt 4 jours !!!
    par contre sur presses anglaise, le pb a tjrs été vu comme d'importance !!!

    Du à quoi ?

  4. 4

    Elisabeth

    En fait une semaine pour réagir , car publié le 9 au soir !!

  5. 5

    Elisabeth / Alaska

    La suite :
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    Oléoduc endommagé en Alaska: jusqu'à un million de litres de brut ont fui
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    LOS ANGELES, 14 mars 2006 (AFP)
    Jusqu'à un million de litres de brut ont fui dans la nature après la rupture d'un oléoduc au nord du cercle polaire en Alaska au début du mois, la pire pollution de l'histoire dans cette région, selon un nouveau bilan des autorités publié mardi.

    Dans son dernier rapport, le département de l'Environnement de l'Alaska a estimé la quantité de brut ayant fui à "entre 201.000 et 267.000 gallons" (760.000 à 1,01 million de litres). Les hydrocarbures se sont répandus sur 0,8 hectare avant que l'oléoduc ne puisse être colmaté.

    Une précédente estimation, jeudi dernier, faisait état d'une fuite de 220.000 litres.

    Les opérations de nettoyage sont rendues très difficiles par la météo, avec des températures ressenties inférieures à -50 degrés Celsius, a indiqué mardi à l'AFP Lynda Giguere, porte-parole du département de l'Environnement.

    "La priorité est toujours d'aspirer le brut et de récupérer la neige polluée, pour faire en sorte que la toundra ne soit pas contaminée. Les opérations avancent très bien, il faut juste que le temps se mette de la partie", a-t-elle ajouté.

    La pollution est située en bordure d'un lac gelé, mais n'a pas atteint l'océan, selon elle.

    La plus grave pollution en date dans la région du nord de l'Alaska s'était produite en 1989, lorsque 127.500 litres d'hydrocarbures s'étaient répandus.

  6. 6

    frederique

    On est vraiment mauvais ... tant que les médias ne relaient pas .. ici bas, tout va bien !! regarde la presse, à part le CPE qu'est ce qui cloche en ce moment ?? Tu vois les profs de ma fille faire grève à cause d'un pb de société mondial ??? souvent je suis fatiguée .. c'est quand la journée du sommeil déjà ??

  7. 7

    Elisabeth

    En + google actu ne va mettre en avant un article que s'il y en a plusisuers sur le dossier

    le seul espoir pour que l'info passe ... c'est d'etre copiée ? .... ;)

    A la limite, pourquoi pas, si l'info passe ...

  8. 8

    Elisabeth

    Les équipes ont utilisé un camion aspirateur pour récolter le pétrole, qui forme des mares par endroit, et ont déposé de la neige à d’autres endroits pour absorber le liquide visqueux. Le pétrole récupéré sera traité et vendu, assure la compagnie. L’objectif est de ramasser au moins 90% de la fuite. "Nous espérons que la toundra s’en remettra", a déclaré Ed Meggert, du département de l’Environnement de l’Alaska. "Mais ce ne sera pas parfait."

  9. 9

    Elisabeth

    Enfin , le pb apparait !!!!! et comment !!! désormais .... ce n'est pas faute d'en avoir informé !

  10. 10

    Anonyme

    6 mois plus tard même problème mais en beaucoup plus grave sans doute.

    j'ai retrouvé le communiqué de BP

    BP ferme son champ pétrolifère de Prudhoe Bay


    ANCHORAGE, Alaska, August 7 /PRNewswire/ --


    - La société prend des mesures suite à un déversement et une corrosion
    inattendue

    BP Exploration Alaska Inc. a commencé une fermeture ordonnée et
    progressive du champ pétrolifère de Prudhoe Bay après la découverte d'une
    corrosion sévère et inattendue sur l'oléoduc de transit ainsi qu'à la suite
    d'un petit déversement. L'exécution de la fermeture prendra plusieurs jours.
    Ces mesures réduiront de 400 000 barils par jour la production de pétrole du
    projet Alaska North Slope.



    Cette décision a été prise après analyse le vendredi 4 août des données
    obtenues par l'inspection effectuée fin juillet avec un robot smart pig.
    L'analyse des données a permis d'établir 16 anomalies à 12 endroits d'un
    oléoduc de transit, dans la partie est du champ pétrolifère.


    En réponse aux résultats de l'inspection, BP a effectué des inspections
    de suivi des anomalies au cours desquelles il a été établi que
    l'amincissement des parois semblait dépasser les critères de BP pour le
    maintien des opérations. C'est pendant des inspections de suivi que le
    personnel de BP a découvert une fuite et un léger déversement estimé à 4 ou 5
    barils.


    Le déversement a été arrêté et un nettoyage est en cours. L'oléoduc a été
    fermé dimanche matin à 6 h 30. BP a notifié sa décision aux autorités de
    l'état et fédérales et continuera de collaborer étroitement avec, entre
    autres, le ministère du transport américain et les services de protection de
    l'environnement de l'Alaska.


    nos excuses au pays et à l'état de l'Alaska pour les impacts négatifs de ces
    actions >>, a déclaré Bob Malone, président de BP America. découverte de cette fuite ainsi que les résultats inattendus de cette toute
    récente inspection avec le robot smart pig ont levé des doutes sur l'état des
    oléoducs de transit à Prudhoe Bay. Nous ne reprendrons nos opérations que
    lorsque nous serons satisfaits, en accord avec les autorités, que les champs
    peuvent être exploités en toute sécurité et sans danger pour l'environnement.
    >>


    BP est en train d'identifier et de réunir des ressources additionnelles à
    travers l'Alaska et l'Amérique du Nord afin d'accélérer l'inspection des
    autres oléoducs de transit de Prudhoe Bay. BP exploite 22 miles d'oléoduc de
    transit à Prudhoe Bay. Environ 40 % de cette longueur a été inspectée avec un
    robot smart pig.


    BP avait annoncé précédemment son intention de remplacer une section de 3
    miles suite aux inspections effectuées après un déversement important
    découvert le 2 mars 2006.

    Site Web : http://www.bp.com

  11. 11

    Elisabeth

    merci bcp, je pense faire article dedié tout à l'heure en prenant egalement les autres infos que j'ai par ailleurs.

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