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Newmont : des profits plombés au T4 2005

Nemgraphe_1 Transformer l'or en plomb, c'est le curieux exploit que vient de réussir la compagnie américaine Newmont Mining, (mnémonique de l'action sur le NYSE : NEM ; cliquer sur le graphique pour l'agrandir) qui a publié lundi ses comptes du quatrième trimestre 2005 ce lundi. Ce que les boursiers de Wall Street ont salué… en faisant déraper le titre de presque 10 % depuis vendredi, passant de 58,10 dollars (clôture de vendredi dernier, avant la publication) à 52,9 dollars mardi soir.

Qu'a donc annoncé le deuxième producteur d'or mondial, après son concurrent canadien Barrick Gold-Placer Dome, pour mettre le marché en émoi ? Un bénéfice trimestriel en chute de près de 70%, tout simplement, en dépit d'une hausse du cours et de la demande de l'or soutenues sur la même période. Et des prévisions pour le moins déprimantes...

Wellsfargonewmont_4Qui es-tu, Newmont ? Il s'agit d'un groupe aurifère américain dont le siège est depuis 1989 situé à Denver, dans le Colorado (photo en regard : immeuble abritant les sièges sociaux de Wells Fargo et de Newmont Mining, à Denver). Pour la petite histoire, Newmont a été fondé en 1921 par le colonel William Thompson. Il s'agissait alors d'une holding regroupant des intérêts dans les mines, le pétrole, et les minéraux en général. La raison sociale de cette entreprise est formée des premières lettres de "New-York" et de celles de "Montana". Pourquoi ces deux lieux ? Car le colonel "a grandi dans le premier, et fait fortune dans le second", selon un de ses biographes cité par le site www.newmont.com.

Dernièrement, Newmont a fait parler d'elle comme un des grands acteurs de la concentration aurifère. Qu'on en juge. Mai 1997 : Newmont fusionne avec Santa Fe Pacific Gold et devient le numéro un de l'or en Amérique du Nord. Juin 2000 : fusion avec l'américain Battle Mountain Gold. Février 2002 : fusion avec l'australien Normandy Mining et l'américano-canadien Franco-Nevada Mining. Newmont se hisse au premier rang mondial des producteurs d'or et le restera jusqu'en 2006. Aujourd'hui, Newmont emploie 14.000 personnes et possède des intérêts aux Etats-Unis, au Pérou, en Australie, en Indonésie, en en Ouzbékistan...

Rappelons que le "president" de Newmont, le québécois Pierre Lassonde, dirige également le World Gold Council (voir notre article sur le sujet). Le poste plus opérationnel de "chairman & CEO" est occupé par quelqu'un d'autre, Wayne Murphy. 

  • Les comptes du T4 2005: pas fameux !

Newmontlogo_1 Au terme du T4, Newmont a enregistré un bénéfice net de 62 millions de dollars (14 cents l'action), en chute de 67% par rapport aux 190 millions (42 cents le titre) dégagés un an plus tôt sur la même période. Pourtant, les ventes du T4 2005 ont enregistré une hausse de 9% sur la période à 1,3 milliard de dollars, et la production d'or a pris 5,5% à 2,43 millions d'onces.

La hausse des coûts plus rapide que celles du prix de vente. Au T4, Newmont a vendu son or à un prix moyen de 472 dollars l'unité (+ 8,2% par rapport au T4 2004), à comparer avec un cours moyen de l'or de 487 dollars sur la même période : peu d'écart entre les deux, car Newmont ne pratique pas - ou plus - le "hedging". Mais les coûts d'extraction se montent à 230 dollars l'once (+ 9% par rapport au T4 2004).

Le consensus des analystes s'attendait à un résultat net avant coûts non récurrents de 36 cents le titre, alors que Newmont a réalisé 35 seulement, selon les analystes de Crédit suisse.

Pour se justifier, Newmont indique, à titre d'explication principale, que des dépréciations d'actifs (par exemple, des mines arrivant en fin de vie) ont particulièrement grevé ses comptes du T4. Sur la période, on note :

  1. 41 millions de dollars d'actifs ont été rayés du bilan pour le site de Nevada, au titre de sa dépréciation ;
  2. 26 millions ont subi le même sort pour d'autres sites du groupe, soit un total de 67 millions déjà ;
  3. en outre, Newmont enregistre une perte de 18 millions de dollars sur le T4 au titre de l'indemnisation de l'Etat indonésien pour les nuisances de sa mine locale de Bati Hinjau, près Buyat Bay. Il s'agit du prix de la transaction évitant un procès pour pollution, un peu comme Freeport MacMoran, des villageois s'étant plaint de souffrir de maladies après avoir mangé des poissons pêchés dans la baie ; et nous voilà déjà avec un résultat réduit de 85 millions de dollars.

Il est vrai qu'il s'agit de dépenses non récurrentes imputées sur les comptes d'un trimestre. Dans un souci d'ensemble, voyons les résultats de l'ensemble de l'année.

  • Sur l'année 2005 : bénéfice en baisse, production d'or en recul

Sur l'ensemble de son exercice 2005, les performances de Newmont ne sont pas plus brillantes. Au contraire : le groupe américain a dégagé un résultat net de 322 millions de dollars, en baisse de 27% par rapport aux 443 millions de l'exercice 2004.

Yanacocha4Et son chiffre d'affaires 2005, avec ses 4,4 milliards de dollars, reste pratiquement inchangé par rapport à 2004. Pour être précis, les ventes de Newmont reculent même de 5 "petits" millions de dollars. Le chiffre d'affaires sur l'or, qui représente 3,73 milliards de dollars de cet ensemble, augmente de 3%. A noter que la production de cuivre représente cette année 15% des ventes de Newmont, soit 672 millions de dollars ; et que ces ventes enregistrent une une baisse de 14,5% par rapport aux 786 millions qu'elles représentaient un an plus tôt (ci-contre : camion géant à la mine géante de Yanacocha, au Pérou, exploitée conjointement par Newmont et Buenaventura ; source : Newmont).

En volume, et hors effet prix, la production d'or de Newmont recule sur 2005 : Newmont a extrait 8,55 millions d'onces en 2005, soit moins (- 3%) que les 8,83 millions de l'année précédente. D'après les paragraphes consacrés à chacune de ses grandes mines, la raison principale est la réduction de la teneur en métal des minerais exploités. On peut supposer que les gisements en question s'approchent, pour nombre d'entre eux, de leur fin de vie. Alors qu'il faut environ 8 ans pour passer de l'exploration à la mise en production d'une mine nouvelle. La production de cuivre, qui se concentre sur la mine indonésienne de Batu Hinjau, a reculé de 16% à 572,7 millions d'onces en 2005.

Sur l'ensemble de 2005, le prix de vente de l'once d'or est passé à 441 dollars (+ 7% sur un an), à comparer avec un cours moyen de 446 dollars l'once sur l'année passée. Mais les coûts ont grimpé à 236 dollars l'once (+ 9,2 % sur l'année). Pour le cuivre, les coûts ont augmenté de près de 18% à 0,53 dollar par once.

Au final, pas grand' chose de fameux dans ces résultats. Le "chairman" Wayne Murphy indique dans le communiqué de presse présentant les résultats qu'"en 2005, nous avons encore généré des cashs flows de premier ordre dans le secteur, en dépit de la pressions exercée par les coûts et de l'impact de plusieurs dépréciations d'actifs". C'est le moins que l'on puisse dire...

  • Des réserves de minerai en petite hausse

Le communiqué ajoute que le groupe a surcompensé la baisse de ses réserves résultant des dépréciations d'actifs puisque "en 2005, la Compagnie a vu ses réserves s'accroître de 9,4 millions d'onces grâce à ses efforts d'exploration, compensant les 8,6 millions d'onces rayées des réserves par l'épuisement des gisements (- 8,3 millions) et les désinvestissements (- 0,3 million)". A fin 2005, les réserves d'or prouvées et probables de Newmont se montent à 93,2 millions d'onces (pour un prix de référence de 400 dollars l'once), contre 92,4 millions l'année précédente. Soit une hausse inférieure à 1%.

Newmont précise que seuls 28% de l'augmentation 2005 des réserves résulte de la hausse du cours de l'or - qui rend rentable davantage de gisements -, le reste venant de découvertes liées à l'exploration et des forages.

  • Et l'activité "Merchant Banking" ?

Newmont n'est pas seulement un mineur d'or : il possède aussi des mines louées et des participations dans d'autres entreprises qui lui rapportent royalties et dividendes. Au T4 2005, royalties et dividendes se montaient à 23 millions de dollars (+ 24% par rapport au T4 2004). Sur l'ensemble de l'année, on atteint 79 millions de dollars (+ 20%). Par segment, les revenus tirés du pétrole représentent la moitié de ces 79 millions, ceux de l'or 36% et ceux des métaux platinoïdes 11%.

Cos_1 La part du pétrole augmente rapidement, notamment grâce à une participation que Newmont a pris dans la société pétrolière canadienne de sables bitumineux Canadian Oil Sands Trust, à hauteur d'environ 7%. Le but de Newmont était que les dividendes versés par ses actifs pétroliers compensent la hausse du coût du pétrole dans l'extraction minière. Apparemment, ce n'est pas très réussi... et ce malgré une hausse très sensible desdits revenus.

La valeur de marché du portefeuille d'actifs de Newmont était fin décembre de 940 millions de dollars, contre 433 un an plus tôt.

  • Et en 2006 ? Baisse de production & hausse des coûts, selon Newmont !

Pour l'année prochaine, Wayne Murphy se montre euphorique sur la première page du communiqué de presse : "pour 2006 et au-delà, (...) nos dernières initiatives nous permettront d'améliorer notre structure de coûts et notre position concurrentielle dans le secteur". Et de citer nombre de projets d'expansion au Nevada (Phoenix, Leeville), au Ghana (Ahafo et Aykem), et en Australie (Boddoington).

Tout irait très bien si ces propos n'étaient pas démentis, à la fin, par les prévisions chiffrées pour l'année prochaine !

En guise de "2006 Guidance" ("Pistes 2006"), Newmont prévoit de produire environ 7,98 millions d'onces d'or en 2006. Ah ? Soit une baisse prévisionnelle de 6,7% par rapport aux chiffres 2005 qui viennent de sortir !!! De quoi justifier une belle chute en Bourse... D'autant que les prévisions de coûts communiquées pour 2006 sont de l'ordre de 283 dollars l'once d'or ; contre 236 dollars en 2005, soit une hausse anticipée de 20%.

Et ce n'est pas le cuivre qui permettra de rattraper ce dérapage : les prévisions 2006 de production de métal orangé sont de 565 millions d'onces, en baisse de 1,3%. Seul baume au coeur (ouf !) : les coûts d'extraction de l'once de cuivre devraient se contracter de 15% pour revenir à 0,45 dollar l'once, leur niveau de 2004.

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Voici les sites qui parlent de Newmont : des profits plombés au T4 2005:

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