Le gouvernement français va déposer un nouvel amendement pour renforcer la défense des entreprises contre les OPA hostiles, dans le cadre du projet de loi encadrant les OPA, discuté au Sénat le 21 février, a indiqué jeudi le ministère de l'Economie, confirmant une information du Monde.
Cet amendement gouvernemental permet à une société visée par une OPA d'émettre rapidement des bons de souscription d'actions (BSA), renforcçant ainsi son capital et augmentant mathématiquement son prix pour un acquéreur, en vue d'éloigner d'éventuels “prédateurs”. Ce dispositif place tous les actionnaires à égalité, contrairement aux émissions d'actions réservées à tel ou tel actionnaire.
Le gouvernement avait déjà introduit cet automne un dispositif, dit "amendement Danone", prévoyant davantage de transparence et d'informations en cas de lancement d'une OPA, une initiative prise après les rumeurs d'une OPA de l'américain PepsiCo sur le groupe Danone.
Cependant, fin janvier, la Commission européenne avait dénoncé le caractère “protectionniste» de ce décret visant à protéger certains secteurs stratégiques contre des prises de contrôle étrangères et a adressé un courrier aux autorités françaises afin de soulever quatre éléments douteux du texte.
Le débat sur les risques d'OPA pour les entreprises françaises a resurgi lors de l'offre hostile lancée par le groupe Mittal Steel sur Arcelor.
Toutefois, la loi sur les OPA ne s'appliquera pas à Arcelor, qui est une société de droit luxembourgeois. On souligne en outre à Bercy que le dispositif sur les bons de souscription d'action était en préparation avant l'OPA de Mittal Steel, précisant que cela fait "des mois" qu'il est à l'étude.
I – Contenu de l'amendement
Le gouvernement a décidé d'autoriser les entreprises françaises à recourir aux "bons de souscription d'actions" (BSA) pour se défendre contre des OPA hostiles. Bercy a ainsi confirmé des informations du Monde selon lesquelles le gouvernement déposera au Sénat un amendement au projet de loi transposant en droit français une directive européenne sur les OPA, actuellement en cours de deuxième lecture au Parlement.
Selon les termes de l'amendement, l'assemblée générale d'une entreprise pourrait à l'avance ou en cours d'OPA déléguer au conseil d'administration le droit d'émettre des BSA à destination de ses actionnaires. Ce type de titre pouvant être converti en action, à un prix avantageux, augmentera de facto le capital de la société ainsi que le montant de l'OPA.
Les efforts financiers devant être consentis par tout nouvel acquéreur s'en trouvent donc accrus, l'entreprise devient plus complexe à absorber. Le gouvernement espère ainsi pouvoir dissuader d'éventuels investisseurs prédateurs.
Le dispositif semble répondre à des objections des présidents de l'Association française des entreprises privées et du Medef. Bertrand Collomb et Laurence Parisot ont écrit il y a quelques semaines au ministre de l'Economie pour déplorer la "fragilisation des grandes entreprises françaises cotées" qui résulterait selon eux de ce projet de loi s'il n'était pas corrigé.
II – Projet de loi et mesures associées
Le projet de loi sur les OPA prévoit que les mesures de défense peuvent être mises en oeuvre si elles ont été adoptées auparavant en assemblée générale, et si l'entreprise qui a lancé l'OPA n'applique pas le même régime d'autorisation préalable, rendant ainsi difficile l'émission de BSA en urgence. Le texte, qui transpose en droit français une directive européenne de 2004, a été examiné en première lecture cet automne.
Le rapporteur (UMP) du projet de loi au Sénat, Philippe Marini, a indiqué être tout à fait favorable à l'amendement gouvernemental sur les émissions de BSA pour "compléter les moyens" de défense déjà à la disposition des entreprises.
Le gouvernement avait déjà, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2006, fait adopter deux mesures visant à stabiliser l'actionnariat d'une entreprise. Ces dispositions prévoient l'exonération pour les actionnaires qui gardent leurs titres six ans ou plus et d'autre part, la possibilité de déduire jusqu'à 75% de l'ISF pour les actions investies par les salariés, l'encadrement, la direction ou les anciens salariés d'une entreprise.
Le gouvernement prépare en parallèle un projet de loi sur l'intéressement et l'actionnariat salarié.
III – Amendement Danone et position de Bruxelles
La mise en place du système des BSA, s'il est adopté, complètera le décret du 31 décembre 2005 définissant 11 secteurs stratégiques dans lesquels le gouvernement peut s'opposer à la prise de contrôle d'une entreprise française par un investisseur étranger .
Fin janvier, la Commission européenne a cependant dénoncé le caractère “protectionniste» de ce décret visant à protéger certains secteurs stratégiques contre des prises de contrôle étrangères et a adressé un courrier aux autorités françaises afin de soulever quatre éléments douteux du texte. Pour Bruxelles, certains points de cette législation "protectionniste» sont incompatibles avec les règles européennes sur la libre circulation des capitaux.
En premier lieu, la Commission juge "discriminatoire, voire protectionniste» que les procédures d'autorisation s'appliquent aux seules entreprises étrangères et non aux sociétés françaises. Deuxièmement, elle estime “disproportionné» que le décret porte non seulement sur les prises de contrôle mais aussi sur les simples prises de participations. En troisième lieu, elle considère que le critère de défense de l'intérêt général choisi par la France est trop flou et porte à confusion. Enfin, elle s'interroge sur le choix des secteurs à protéger.
La France a moins de trois semaines pour se justifier et répondre à cette lettre informelle. Si sa réponse n'est pas satisfaisante, une procédure d'infraction sera lancée.
IV – Actionnariat salarié
Le gouvernement français mise également sur le développement de l'épargne salariale et de l'actionnariat salarié pour dissuader les OPA hostiles. "Je suis un fervent défenseur de l'actionnariat salarié", a réaffirmé jeudi Thierry Breton sur LCI. "D'abord parce que c'est un moyen de redistribution de la richesse (...) Deuxièmement, ça permet de créer des bases actionnariales de long terme."
"Toutes les entreprises sont vulnérables à partir du moment où leur projet n'est pas le meilleur projet et où leur capital n'est pas fait d'actionnaires qui sont prêts, aussi, en partie, à les accompagner dans le long terme", a-t-il ajouté.
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2 Commentaires
1
L'acier a perdu son caractère stratégique. Ni les militaires, ni d'autres grandes activités économique n'ont besoin d'un approvisionnement garanti par l'intervention étatique sur toute cette profession. Les groupes sidérurgiques privés en Europe n'ont pas de leçon à recevoir dans les domaines social et environnemental de la part des groupes nationalisés.
21 février 2006 à 10:28La sidérurgie européenne s'est adapté à son marché mondial en maintenant son niveau de production au prix d'une division de ses effectifs par trois sur 20 ans. Les contribuables français ayant participé un peu plus que d'autres européens à cette restructuration.
La raison d'être d'Arcelor est d'enclencher une concentration mondiale dans la sidérurgie. C'est aussi celle de la construction de l'empire de M. Mittal . Et quand il n'y aura plus que les fautes de "grammaire" à reprocher à ce dernier, mieux vaut continuer la stratégie de concentration avec lui que contre lui.
De toutes façons, Arcelor n'est français que pour le tiers de ses emplois, le cinquième de ses clients, le dixième de ses fournisseurs, alors que ce sont eux qui créent la valeur ajoutée de l'entreprise. Quant au pouvoir de décision, il est luxembourgeois pour les règles de droit boursier et apatride pour l'écrasante majorité de ses actionnaires et de sa direction.
2
France: le Sénat adopte en deuxième lecture le projet de loi sur les OPA
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PARIS, 21 fév 2006 (AFP)
Le Sénat a adopté en deuxième lecture mardi le projet de loi sur les offres publiques d'achat (OPA), qui vise à doter les entreprises françaises de moyens de se défendre contre des raids hostiles, mais sera sans effet pour Arcelor.
Ce texte d'une haute complexité technique transpose en droit français une directive européenne du 21 avril 2004. Il a fait le plein des voix UMP et UDF. Les groupes PS et PCF ont voté contre.
Le projet de loi affiche l'ambition d'assurer la transparence des OPA. Il prévoit l'information des membres du personnel des entreprises protagonistes et élargit les compétences de l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Le ministre de l'Economie Thierry Breton a souligné que ce texte serait sans influence sur l'issue de l'OPA de Mittal Steel, "entreprise de droit néerlandais", sur Arcelor, "entreprise de droit luxembourgeois".
21 février 2006 à 21:26Ajoutez un commentaire
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