MITTAL STEEL/ARCELOR : bombe ou euphorie ?

ArcelortravailSi l'offre d'achat de Mittal Steel sur Arcelor a créé une véritable euphorie sur le titre à la Bourse de Paris vendredi, l'annonce a néanmoins fait l'effet d'une bombe au Luxembourg ou le conseil d'administration d'Arcelor se réunira demain.

Compte-tenu de l'enjeu majeur autour de cette opération, le cours de l'action pourrait bien être soumis à d'encore plus amples fluctuations. En effet, si le titre a progressé de 28,44% entrainant le CAC dans sa hausse, le gouvernement français a fait part de son inquiétude.

Une réunion du conseil d'administration d'Arcelor est prévue dimanche au Luxembourg, l'Etat luxembourgeois détenant 5,6 ,% de la société et Arcelor y employant plus de 6.000 salariés.

Pour la Belgique, Mittal devra respecter les engagements d'Arcelor, tandis la société fondée par l'indien Lakshmi Mittal affirme vouloir des "discussions amicales" malgré un premier refus. Directement concernée en tant qu'actionnaire d'Arcelor à hauteur de 2,5%, la Région wallonne a expliqué vendredi qu'elle privilégiait une solution favorisant l'emploi.

Par ailleurs, la Commission européenne a finalement dénoncé le caractère “protectionniste» du décret français visant à protéger certains secteurs stratégiques contre des prises de contrôle étrangères.

I – Position du gouvernement francais

Thierry Breton a exprimé vendredi "les préoccupations" du gouvernement français après l'annonce du projet d'OPA de Mittal Steel sur l'européen Arcelor.

Affirmant suivre avec la plus grande attention le développement du dossier, au regard en particulier de ses enjeux industriels européens et français, ainsi qu'en termes d'emploi, le ministre a ajouté avoir demandé à rencontrer M. Lakshmi Mittal, président de Mittal Steel, dans les plus brefs délais.

Le ministre a d'ores et déjà fait part des préoccupations du gouvernement français sur la manière dont cette OPA semblait être engagée, notamment au regard de son caractère hostile et de l'absence de discussion préalable entre les deux groupes.

II - Position d'Arcelor

Arcelor souligne le caractère hostile de la démarche de Mittal Steel en l'absence de discussion et de consultation entre les deux sociétés avant le lancement de cette offre. "Le conseil d'administration d'Arcelor se réunira prochainement pour se prononcer sur cette offre”, ajoute le groupe dans son communiqué.

M. Mittal a expliqué qu'il avait appelé Guy Dollé, le patron d'Arcelor, le 14 janvier pour lui faire part de son offre, et qu'il n'avait pas reçu de réponse positive. Un rendez-vous, par la suite, n'a pu avoir lieu.

III - Position de Mittal Steel

L'indien Lakshmi Mitta a affirmé vendredi souhaiter engager des "discussions amicales" avec Arcelor sur son offre d'achat, malgré une réponse négative du groupe européen il y a deux semaines. Il a par ailleurs précise vouloir engager le dialogue avec la direction d'Arcelor en vue d'une direction commune.

Lakshmi Mittal aurait tenté, en vain, de joindre M. Dollé jeudi, avant de décider d'annoncer publiquement son offre vendredi matin. Il a également indiqué qu'il ne pensait pas devoir relever son offre d'achat, qui valorise Arcelor à 18,6 milliards d'euros.

Le PDG de Mittal Steel a par ailleurs souligné la complémentarité des deux entreprises dans la production et d'un point de vue géographique. Le nouveau groupe compterait 61 usines dans 27 pays, employant 320.000 personnes, Lakshmi Mitta assurant qu'il n'avait pas l'intention de fermer des usines ni de supprimer des emplois. Les deux groupes réaliseraient dans leur globalité un chiffre d'affaires annuel de 69 milliards de dollars et un excédent brut d'exploitation de 12,6 milliards de dollars.

La transaction telle qu'elle est présentée n'entraînerait pas de détérioration majeure du profil de risque financier de Mittal, mais la société devra peut-être relever ou changer les termes de son offre, s'endettant ainsi davantage. Mittal a connu une croissance très rapide, et doit déjà faire face à un important travail d'intégration, avec de nombreuses acquisitions récentes, en Ukraine et aux Etats-Unis notamment.

IV - Position de Dofasco

Dofasco a indiqué vendredi n'avoir aucune raison de croire que son rachat par Arcelor n'aura pas lieu, bien que Mittal se soit entendu avec Thyssenkrupp pour lui revendre le canadien. Dofasco a fait savoir qu'en dépit de l'annonce de Mittal Steel, Arcelor compte mener à bien son acquisition de Dofasco au prix de 71 dollars canadiens l'action. La transaction demeure assujettie à des approbations des autorités régulatrices qu'Arcelor est en train de solliciter normalement.

En parallèle, ThyssenKrupp a indiqué avoir "signé un contrat avec Mittal Steel qui propose à ThyssenKrupp de reprendre Dofasco s'il rachète Arcelor. ThyssenKrupp s'est engagé à racheter jusqu'à 100% de Dofasco au prix de 68 dollars canadiens par action.

V- Position du Luxembourg

Le conseil d'administration d'Arcelor se réunira dimanche après-midi à Luxembourg. Le ministre luxembourgeois de l'Economie a par ailleurs indiqué que Lakshmi Mittal rencontrerait mardi matin à Luxembourg le Premier ministre Jean-Claude Juncker.

L'annonce de l'offre d'achat hostile de Mittal Steel sur Arcelor a fait l'effet d'une bombe au Luxembourg, où le sidérurgiste est le premier employeur du pays et l'Etat principal actionnaire, avec 5,6% du capital. Certains hommes politiques jugent même “inimaginable» que l'Etat luxembourgeois cède ses parts, le Luxembourg ayant toujours considéré sa participation dans Arcelor comme stratégique et non pas commerciale.

Les deux principaux syndicats de la sidérurgie du grand duché ont également fait part vendredi dans un communiqué commun de leur »surprise» à l'annonce de cette opération, et se sont dit "préoccupés par la situation». Les syndicats doutent sérieusement de l'intérêt de l'offre d'achat pour Arcelor et ont appelé les responsables politiques et la direction d'Arcelor à agir dans l'intérêt de la sidérurgie luxembourgeoise et de ses travailleurs, précisant qu'ils mettraient tout en oeuvre pour préserver la situation de l'emploi actuelle des salariés chez Arcelor et défendre le modèle social luxembourgeois.

Le président du parti des Verts, François Bausch, a demandé au président de la Chambre des députés une réunion d'urgence de la commission de l'Economie, s'agissant celon lui, d'un enjeu national.

VI – Position de la Belgique

Le gouvernement belge, relayée par les syndicats, a insisté vendredi sur le respect par Mittal Steel, des engagements pris en Belgique par Arcelor. Le Premier ministre a indiqué que Lakshmi Mittal l'avait contacté afin de l'informer de l'opération, qui concerne quelque 13.000 travailleurs d'Arcelor dans le royaume. L'homme d'affaires indien se serait engagé à respecter les accords conclus précédemment en Belgique par le groupe qu'il souhaite racheter.

Arcelor avait décidé en janvier 2003 la fermeture progressive, d'ici à 2009, de ses hauts fourneaux à Liège, mais s'était engagé à y maintenir une activité importante et à être un acteur de la reconversion économique de ce bassin industriel touché par la crise. En outre, le groupe avait décidé de faire de Charleroi un important pôle de production d'acier inoxydable.

Directement concernée en tant qu'actionnaire d'Arcelor à hauteur de 2,5%, la Région wallonne a expliqué vendredi qu'elle privilégiait une solution favorisant l'emploi. A noter qu'elle a récemment vendu cinq millions d'actions Arcelor (le 1/4 de ce qu'elle possédait) pour un montant de 90 millions d'euros, notamment pour financer un vaste plan de relance de la Wallonie.

VII - Position de l'UE sur l'amendement français anti-OPA

La Commission européenne a dénoncé le caractère “protectionniste» du décret français visant à protéger certains secteurs stratégiques contre des prises de contrôle étrangères et a adressé un courrier aux autorités françaises en début de semaine afin de soulever quatre éléments douteux de ce décret.

Pour Bruxelles, certains points de cette législation "protectionniste» sont incompatibles avec les règles européennes sur la libre circulation des capitaux. Le ministère français de l'Economie a simplement indiqué jeudi soir qu'il avait reçu la lettre et qu'elle serait examinée.

En premier lieu, la Commission juge "discriminatoire, voire protectionniste» que les procédures d'autorisation s'appliquent aux seules entreprises étrangères et non aux sociétés françaises. Deuxièmement, elle estime “disproportionné» que le décret porte non seulement sur les prises de contrôle mais aussi sur les simples prises de participations. En troisième lieu, elle considère que le critère de défense de l'intérêt général choisi par la France est trop flou et porte à confusion. Enfin, elle s'interroge sur le choix des secteurs à protéger.

La France a désormais un mois pour se justifier et répondre à cette lettre informelle. Si sa réponse n'est pas satisfaisante, une procédure d'infraction sera lancée.

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3 Commentaires

  1. 1

    Elisabeth

    Arcelor : le personnel contre l'OPA

    NOUVELOBS.COM | 29.01.06 | 14:35

    Les trois représentants des salariés au conseil d'administration annoncent qu'il se prononceront pour le rejet de l'offre d'achat hostile du groupe indien Mittal.


    Les trois représentants des salariés au conseil d'administration du sidérurgiste Arcelor se prononceront pour le rejet de l'offre d'achat hostile du groupe indien Mittal, déclare l'un d'entre eux à Reuters.
    "J'ai eu des contacts avec tous les autres représentants du personnel et nous demanderons au conseil d'administration de s'y opposer (à l'offre) par tous les moyens", a déclaré Michel Marti, représentant du personnel pour la France.

  2. 2

    Elisabeth


    LUXEMBOURG, 29 jan 2006 (AFP)

    Le conseil d'administration d'Arcelor doit se réunir dimanche à 15H00 (14H00 GMT) au siège du groupe sidérurgique à Luxembourg pour se prononcer sur l'offre publique d'achat hostile lancée par Mittal Steel vendredi.

    Présidé par le Luxembourgeois Joseph Kinsch, le conseil d'administration est composé de 18 membres, dont 3 représentants des salariés du groupe sidérurgique.

    Sa réponse à l'offre de Mittal est attendue dans la soirée. La direction d'Arcelor a annoncé qu'elle publierait un communiqué de presse.

    Les représentants des salariés au conseil d'administration ont d'ores et déjà annoncé leur opposition à la proposition de Mittal.

    "Nous disons à Monsieur Mittal que son offre ne nous convient pas" a déclaré dimanche à l'AFP Michel Marti, représentant CFDT des salariés français au conseil d'administration.

    "Il serait invraisemblable que le conseil d'administration approuve la proposition de Mittal". "Nous jouons gros cet après midi et nous ne devons pas sous-estimer la force de Monsieur Mittal", a-t-il ajouté.

    Le représentant des salariés au Luxembourg et député socialiste, John Castegnaro, désapprouvait également samedi dans la presse luxembourgeoise "la façon de faire" de Mittal et s'est déclaré "inquiet" à la perspective que "Mittal réussisse son opération". "Arcelor saura se défendre", a-t-il affirmé.

  3. 3

    rémy

    question de reflexion :

    L'opa de mittal sur arcelor était elle prévisible ?

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