L'inquiétante réforme de l'hypothèque

Euro_vat_2Ce matin, je prends ma plume électronique pour répondre à la question d'un lecteur sur la réforme de l'hypothèque. Oui, elle inquiète les Français, et ils interprètent cette mesure comme une tentative supplémentaire de les pousser à l'achat dans un marché au sommet du cycle.

Plutôt que d'intervenir pour orienter le marché à la baisse (comme le gouvernement chinois en juin dernier), l'Etat donne l'impression à ces citoyens de poser un emplâtre sur la jambe de bois, en sortant une nouvelle mesure qui leur permettra d'emprunter un peu plus.

Essayons d'y voir plus clair. Le gouvernement envisage de réformer le droit des sûretés et étudie la possibilité de faire passer la durée maximale de l’hypothèque de 35 à 50 ans. Les établissements financiers se disent prêts à allonger d’autant la durée des prêts hypothécaires garantis sur l’immobilier.

Concrètement, cela signifie qu'au final le logement coûtera encore bien plus cher à son propriétaire. Et qu'il sera coincé encore plus longtemps entre les quatre murs d'un bien qui sera peut-être tout sauf la maison de ses rêves, et qui risquera vite de ne plus être adapté à la taille de sa famille, extensible par définition.

En donnant aux très jeunes primo acquéreurs (comme la jeune femme sur notre photo) la possibilité d'acheter tout court, vu que même en s'endettant sur des périodes déjà très longues, sur 25 ou 30 ans, ils sont exclus du marché, les établissements financiers y voient une opportunité de gagner de l'argent, et répondent présents.

On se dirige vers l'emprunt à vie, que les parties concernées n'ont pas hésité, à tort, à comparer au loyer à vie. Et vantent les avantages de cet étirement (jusqu'où ?) : pas d'apport personnel exigé et des mensualités plus modestes. Les aléas dus à la conjocture économique et les éventuels problèmes personnels ou changements de lieu d'affectation (dans ce village mondialisé qu'on appelle Terre) sont étrangement absents de ce discours.

Mais il ne faut pas perdre de vue que cet allongement de la durée se traduit par une augmentation des taux et du montant des intérêts versés au total. Sur 50 ans, on devra emprunter davantage, payer le bien nettement plus cher. Les coûts des assurances chômage et décès risquent d'exploser, et alourdir une facture déjà salée. Et qui dit emprunt très long, dit commencer à rembourser le capital beaucoup plus tard.

Si la vente du logement, forcée, s'effectue dans un contexte déprimé, et le marché immobilier, tout le monde s'accorde à le reconnaître cyclique, les conséquences financières risquent d'être graves pour un débiteur qui n'a pas commencé à rembourser le capital et dont la valeur de la maison a été divisée par 2 (comme entre 1991 et 1998).

Une montagne dettes se profile à l'horizon, et les associations qui dénoncent et luttent contre le surendettement, doivent être déçues et déjà sur le pied de guerre.

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7 Commentaires

  1. 1

    krachimmo

    Bonjour Marie,

    Merci à vous pour les précisions que vous nous apportez au sujet de ces réformes qui seront sur le long terme meurtrières. On est en train de créer toute une génération de surendettés au nom de l'intérêt général, qui dit qu'un krach immobilier serait mauvais. Bizarrement, le gouvernement soutient les prix élevés alors que le Sénat (par Roger Karoutchi) tire le signal d'alarme et appelle à la prudence.
    En tous cas, à court terme, cela confirme mes craintes, à savoir que ces réformes auront un effet haussier sur l'immobilier. J'ai bien peur que les baissiers ne doivent être encore patients de nombreuses années...
    Affaire à suivre donc.

  2. 2

    Anonyme

    Celui qui se construira un patrimoine sérieux sera celui capable de remboursement par anticipations voir par "tranches" plus rapidement que son point de départ, au delà, le bien est tellement surévalué puis payé en multiple, que ce n'est plus de la "thésaurisation", mais de la destruction de valeur...

  3. 3

    Anonyme

    " l'Etat donne l'impression à ces citoyens de poser un emplâtre sur la jambe de bois, en sortant une nouvelle mesure qui leur permettra d'emprunter un peu plus." ...

    c'est totalement vrai mais "monstrueux" ... deja que je croyais presque à une blague qd om m'annoncait des prets à 30 ans ... alors 50 !!! mais les banquiers n'ont pas froid aux yeux !!+
    qd je pense à mon ami banquier qui precisait qu'au dela de 13 ans un emprunt n'était pas rentable ...

  4. 4

    Marie

    Oui, et les taux pratiqués seront - au final - usuriers ! Un bien payé en multiple, c'est clair... c'est monstrueux (pour faire la synthèse de vos messages).

  5. 5

    Marie

    L'un des commentaires à mon article trouvé sur le Net.

    "Effectivement, comme le dit très bien l'article, on se demande vraiment pourquoi tout est fait pour soutenir un marché déjà en surchauffe depuis 3-4 ans... la réponse tient probablement au fait que les politiques ont souhaité user de l'astuce du "shoot and forget" (pour faire oublier aux épargnants de la middle classe le lessivage de 2000-03 sur la bourse, on les console en leur donnant une impression de richesse plus important par une valorisation de leur patrimoine immobilier). cette martingale marche encore, mais pour combien de temps. et surtout je reste persuadé que les dommages collatéraux de l'explosion de la bulle immo seront sans commune mesure au niveau du patrimoine des français avec celle de la bourse il y a 5 ans."

  6. 6

    Anonyme

    le plus sidérant...
    C'est que la grande majorité des français gu*ulent quand il s'avère que la dette publique endette nos enfants sur x générations mais dès qu'il s'agit d'immobilier, là on n'entend plus personne!
    Pourtant, le résultat final sera le même, en pire...

  7. 7

    Marie

    Je partage ce dernier avis à 100 % !

    Je viens d'écrire un article sur l'immo japonais. A méditer !

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