Alcan : Brésil qui rit, Lannemezan qui pleure

Pub_22 Alcan a annoncé mercredi un investissement de quelque 129 M$ US au titre de sa participation dans l'expansion de 2,1 Millions de tonnes métriques/an de la production de l'usine d'alumine appartenant au consortium Alumar au Brésil. A l'issue des travaux, la capacité de production de l'usine d'alumine, dans laquelle Alcan détient une participation de 10 %, sera d'environ 3,5 Mt/a.

Le groupe canadien a lancé parallèlement le même jour le processus de fermeture progressive prévue entre juin 2006 et début 2008 de son usine d'aluminium de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), qui emploie 300 personnes, dont nous avions parlé précédemment.

Alcan et un consortium valaisan ont également mis fin récemment à leurs discussions sur la vente possible de l'activité électrolyse de Steg en Suisse.

I – L'investissement d'Alcan au Brésil

L'expansion, qui sera mise en service au cours du premier semestre de 2008, accroîtra la capacité de production d'alumine totale d'Alcan de 210 000 tonnes par année. Les partenaires d'Alcan dans la coentreprise Alumar sont Alcoa (54 %) et BHP Billiton (36 %).

"Cet investissement, a expliqué Jacynthe Côté, responsable direction, Alcan Bauxite et alumine, est tout à fait compatible avec la stratégie de Maximisation de la valeur de la Société qui prévoit un accroissement des revenus provenant de l'alumine grâce à l'expansion d'actifs à grande échelle et aux coûts avantageux. Comme la demande mondiale d'alumine augmente, cette initiative permettra à Alcan de bénéficier d'un meilleur accès à une source concurrentielle d'alumine dans la région de l'Atlantique."

II – Arrêt progressif du site d'Alcan Lannemezan

Le site de Lannemezan, en activité depuis 1939, produit 50.000 tonnes d'aluminium par an. Son arrêt progressif avait été annoncé en octobre dernier, avec la suppression de 300 emplois.
Alcan avait notamment invoqué alors, l'"âge" de l'usine, "sa technologie, sa taille et son emplacement géographique" ainsi que des "coûts d'exploitation élevés comparativement à d'autres usines de l'ensemble du secteur". Alcan avait aussi mis en avant le coût de l'électricité, comme pour d'autres sites en Europe qu'il a l'intention de vendre.

Le projet de la fermeture de cette usine d'électrolyse d'aluminium a été présenté ce mercredi aux syndicats réunis en comité central d'entreprise. Le groupe a assuré être à la recherche d'"alternatives" pour la poursuite d'activité sur le site au delà de 2008. Un projet de maintien de la fonderie en l'alimentant avec des rebuts d'aluminium est notamment "étudié". Ce projet permettrait de conserver une quarantaine d'emplois.

En revanche la proposition d'un consultant américain, GEA Overseas, dont nous nous faisions l'écho ne semble pas devoir être retenue par Alcan. Le consortium proposait de reprendre le site pour le compléter d'une centrale électrique autonome utilisant un type de coke permettant d'obtenir un coût du mégawatt heure consommé autour de 14 euros, un montant  presque deux fois moins cher que celui payé actuellement, suite à la hausse dûe à la fin du contrat préférentiel liant Alcan à EDF, ce point semblant être l'un des réels facteurs justifiant la fermeture du site.

Mi-novembre, Thierry Breton avait affirmé cependant, "qu'il était faux de laisser croire que c'est à cause des tarifs électriques que cette usine allait être fermée. [...]car depuis très longtemps il n'y avait pas assez d'investissements dans cette usine". Sa réaction est donc fort probable dans les heures qui viennent.

III – Discussions sur la vente de l'activité électrolyse de Steg

Alcan vient d'annoncer qu'au terme de discussions approfondies avec un consortium valaisan dirigé par Albert Bass, les parties ont conclu que la transaction projetée visant la production d'aluminium primaire à Steg, en Suisse, ne serait pas rentable et n'assurerait pas un avenir durable à cette activité.

Initialisés début d'octobre, les pourparlers entre les deux parties comprenaient un examen complet des conditions économiques nécessaires, l'activité électrolyse atteignant une capacité annuelle de 44 kt. Malgré le contexte d'approvisionnement énergétique très difficile, Alcan poursuit ces efforts et prendra une décision finale quant à l'avenir de l'électrolyse en janvier 2006.

Quelle que soit la décision, elle n'aura pas d'incidence négative sur les autres activités de production d'Alcan dans la région. Celles-ci sont spécialisées dans la coulée et la transformation de l'aluminium pour l'industrie des produits usinés (grands profilés) et des tôles fortes dans les secteurs de l'aéronautique, du transport et de l'industrie en général.

Selon le syndicat Unia, les chance d'une poursuite de l'électrolyse à Steg seraient bonnes. Les conditions sont actuellement d'autant plus favorables que la tonne vaut actuellement près de 1200 dollars et que le prix continue de monter. Steg, selon Unia, peut produite au prix mondial grâce à ses nouveaux fours si les producteurs d'énergie proposent des conditions acceptables.

 

1 Commentaire

  1. 1

    elisabeth

    LA DEPECHE DU MIDI AUJOURD'HUI

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    « Aujourd'hui, on veut continuer à faire de l'aluminium avec Alcan », réitère Michel Ducasse, secrétaire CGT du comité central. « Si Alcan se désiste, nous discuterons avec tout porteur de projet. Nous serons ouverts, d'autant plus que la direction nous a confirmé qu'elle était disposée à vendre. »

    En novembre déjà, le consortium Gea-Overseas, représenté par M. Tessier du Cros, avait proposé de reprendre l'usine en la couplant avec une centrale thermique électrique. "Ce projet est crédible », estime Michel Ducasse. « D'ailleurs, cela se fait au Canada. » M. Tessier du Cros viendra exposer son projet à Lannemezan la semaine prochaine.

    Ayant pris acte des décisions de la direction, les syndicalistes ont tout de même émis des réserves quant à certains chiffres donnés par Alcan. « En conséquence, nous allons demander au cabinet Sécafi d'étudier la faisabilité de tout projet ainsi que l'arrêt du brasquage des cuves. »

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